Daisy Jones & The Six

Taylor Jenkins Reid, Daisy Jones & The Six: j’ai été quelque peu désarçonnée en commençant ce roman – parce que oui, il s’agit bien de fiction même si le style laisse penser le contraire. Taylor Jenkins Reid a choisi d’écrire sous forme d’interviews et d’histoire orale, laissant la parole à chacun des protagonistes qui racontent leur vie à une journaliste. Début des années 1970, Daisy Jones est une jeune femme très talentueuse mais un peu paumée, elle est populaire auprès des hommes mais n’arrive pas à faire reconnaître son talent musical et vit d’alcool et de médicaments. Parallèlement, le récit suit la formation du groupe The Six, mené par Billy Dunne, chanteur assez charismatique. Les musiciens percent, et deviennent populaires, mais leur producteur trouve qu’il manque quelque chose et leur propose de rencontrer Daisy Jones. Le récit suit leur rencontre et la création d’un album mais surtout les rapports de force qui se créent entre Billy et Daisy, commentés par les autres membres du groupe et de l’entourage.

Ce roman est une plongée dans la vie d’un groupe rock populaire des années 70, créant un portrait plein de tensions et de désirs, surtout des personnages principaux mais décrivant aussi les autres par petites touches. J’ai eu un peu de mal à entrer dans l’histoire, et je trouve qu’il y a quelques petites longueurs (chaque morceau du nouvel album est décrit) mais j’ai avalé les dernières cent pages d’une traite, m’étant attachée au personnages et étant passionnée par la description du monde musical de l’époque, très certainement inspiré par l’histoire de nombreux groupes bien réels.

Riot Grrrls : Chronique d’une révolution punk féministe

Manon Labry, Riot Grrrls : Chronique d’une révolution punk féministe: en voyant cette photo d’Eva, j’ai eu envie de lire ce livre. En 1990, j’avais 18 ans; je commençais à découvrir les musiques rock alternatives grâce à MTV (120 minutes, puis Alternative Nation). Tout d’abord, je n’ai eu accès qu’aux artistes les plus populaires, et puis, en 1993 ou 94, je me suis inscrite à La Médiathèque et j’ai commencé à emprunter des disques de tous ces groupes alternatifs. Je me rends compte en lisant le livre de Manon Labry que j’ai peu écouté les artistes du mouvement Riot Grrrls – qui dans mon esprit était plus large. J’ai entendu des morceaux de Bikini Kill mais jamais de Bratmobile ou Heavens to Betsy qui sont les fondatrices de ce courant. Par contre, j’aimais des groupes plus ou moins proches, comme Hole (j’en conviens, on est dans le plus populaire, là) mais aussi L7.

Revenons au livre: Manon Labry est française mais a étudié la culture américaine. Elle avoue d’entrée de jeu être un peu trop jeune pour avoir connu cette scène en temps réel mais y porte cet intérêt qui l’a poussée à écrire une chronique de l’époque et du mouvement. Son récit est quasi chronologique, contant les histoires des principales protagonistes à Olympia (état de Washington) au début des années 90: Kathleen Hanna et Tobi Vail de Bikini Kill, Allison Wolfe et Molly Neuman de Bratmobile, Corin Tucker de Heavens to Betsy. Elle explique comment ces artistes souhaitaient que le rock soit féminin, joué par des femmes pour des femmes, dans une optique très DIY. Il y a eu plusieurs manifestes et le mouvement s’est très vite étendu dans l’ensemble des Etats-Unis, et même en Angleterre (avec Huggy Bear). Il y a eu de nombreux contacts avec la scène hardcore de Washington DC (Fugazi, entre autres). Et surtout, il a aidé les femmes à créer une culture alternative qui soit moins dans l’ombre des hommes.

Manon Labry emploie un style très personnel, très punk, très proche du langage parlé – ce qui peut déstabiliser le lecteur. Ce qui a été mon cas d’ailleurs, pendant quelques pages, et puis je me suis habituée, le trouvant adapté au sujet. Cette lecture m’a donné envie de me replonger dans toute cette scène, d’écouter et de réécouter les disques marquants de cette époque. Et la partie féministe ne pouvait que me plaire.

Paris to Calcutta: men and music on the desert road

Deben Bhattacharya, Paris to Calcutta: men and music on the desert road: à vrai dire, il s’agit ici d’un coffret de quatre disques édité par le label Sublime Frequencies, accompagné d’un livre contenant textes et photos de Deben Bhattacharya. Celui-ci a tout au long de sa vie enregistré des musiques traditionnelles en Europe et en Asie, et il raconte ici son voyage de 1954, partant d’Angleterre pour rejoindre son pays, l’Inde, par la route. Il parle de l’hospitalité des gens rencontrés dans les différentes régions traversées et de ses enregistrements de chansons et musiques auprès de différents peuples. Un document très intéressant pour qui s’intéresse aux voyages et à la musique.

Cuba and its music

51iol6itl3l-_sx331_bo1204203200_Ned Sublette, Cuba and its music: from the first drums to the mambo: dès l’introduction, Ned Sublette annonce qu’il a été tellement passionné par l’histoire de Cuba et de ses musiques qu’il doit scinder son livre en deux tomes. Il a écrit le premier en 2007 et promet une seconde partie qui en 2018 n’a toujours pas vu le jour. Dans ce volume, il s’arrête donc aux années 50 et à la mode du mambo. Mais il commence son histoire en Europe, parlant de l’esclavage et de la « découverte » des Amériques, décrivant les premiers liens entre le vieux continent et le nouveau, revenant en arrière sur l’Espagne musulmane et la reconquista. Et c’est important pour déterminer les origines des musiques cubaines, entre celles d’origine européennes qui ne connaissent pas les percussions et celles d’origine africaines marquées par la polyrythmie. Le livre est une plongée dans l’histoire en général avant de parler plus précisément des musiques. Et même lorsque l’état cubain est devenu indépendant, Ned Sublette accorde encore une grande part à l’histoire du pays. C’est évidemment très dense et très complet, parfois pas tout à fait clair dans le sens où les chapitres chronologiques décrivent souvent plusieurs musiques à la fois mais en même temps, cela reste passionnant du début jusqu’à la fin et en tournant la dernière page, le lecteur espère vraiment que le second tome sera publié un jour.

Laurel Canyon

51xhpa2bazpl-_sx341_bo1204203200_Arnaud Devillard, Laurel Canyon ou comment se perdre en musique dans les collines d’Hollywood: en achetant ce livre, je pensais qu’Arnaud Devillard avait écrit un récit suivi comme dans Journal des canyons. Ce n’est donc pas le cas, et cela ne m’a pas dérangée. L’auteur part ici de Laurel Canyon Boulevard, cette avenue qui serpente dans les collines d’Hollywood, cette avenue qui a hébergé de nombreuses rock stars, surtout dans les années 60-70. Il raconte l’histoire de la musique en partant des maisons où ont habité Crosby, Stills & Nash, Jim Morrison, Joni Mitchell et bien d’autres. Parfois il fait des incursions dans un passé plus ancien, parfois il parle de stars actuelles. De cette manière, il offre un panorama de tout un quartier et explique l’importance de celui-ci dans la création d’une scène musicale, égrenant les anecdotes mais aussi les moments forts de l’histoire du rock californien. J’ai beaucoup apprécié ma lecture même si j’ai regretté de connaître si peu de cette musique – j’aurais dû prendre plus temps à écouter les clips en même temps que ma lecture. En tous cas, cette approche rue par rue, maison par maison est une manière différente et insolite d’aborder l’histoire.

Noise uprising

9781781688564-51ad619398178a9c64c15f6689415f05_zpsb57hhzr9Michael Denning, Noise uprising. The audiopolitics of a world musical revolution: dans le livre, Michael Denning analyse une période toute particulière de l’enregistrement de la musique, celle qui a commencé avec l’électrification en 1925 et qui s’est abruptement arrêtée avec la Grande Dépression au début des années 1930. On assiste en effet pendant ce laps de temps à une prolifération des 78 tours dans toutes les régions du monde: des centaines de musiciens inconnus ont immortalisé sur disque les chansons et musiques de l’époque, les mélodies et rythmes des rues. C’est l’époque où se créent et se diffusent différents styles dans le monde par l’intermédiaire des grands ports coloniaux, selon plusieurs arcs ou zones musicales. Le premier de ces arcs couvre les côtes de l’Atlantique et des Caraïbes où se mélangent les musiques africaines et européennes pour créer le son à La Havane, le jazz à la Nouvelle-Orléans, le calypso à Trinidad, la biguine à la Martinique, la samba à Rio de Janeiro et même le tango à Buenos Aires et Montevideo. De retour en Afrique, ces musiques sont à la base de la création du highlife et de la palm-wine music au Nigéria et au Ghana et du marabi en Afrique du Sud. Le second arc part d’Espagne, pour se dérouler en Méditerranée, puis via le Canal de Suez, jusque dans l’Océan Indien. S’y mélangent les musiques ibériques, arabes et tsiganes, créant le fado portugais, le flamenco andalou, le rebetiko grec, le chaabi nord-africain, le taarab de Zanzibar. Enfin, le troisième arc, moins connu en Occident est celui qui part du Pacifique, d’Honolulu pour rejoindre la mer de Chine, le détroit de Malacca, la baie du Bengale et à nouveau l’Océan Indien. Les ukulélés et guitares steel connaissent un succès incroyable de Jakarta à Calcutta, mais de nouvelles musiques se développent aussi sous cette influence: le kroncong de Batavia, les chansons populaires huangse yinyue de Shanghai, les musiques des théâtres populaires d’Inde. Ceci n’est qu’un court résumé de ce que Michael Denning décrit dans son livre, il parle beaucoup de géopolitique mais surtout de musique et propose une playlist à écouter pendant la lecture. C’est une analyse d’une courte période mais qui permet de faire de nombreux liens et parallélismes entre les différentes musiques du monde et se rendre compte que, par exemple, tango et rebetiko sont nés à la même époque. La diffusion de la musique par l’intermédiaire de disques a provoqué la création de nouveaux styles de musiques dans le villes où se rencontraient des marins mais aussi des immigrants originaires de diverses contrées. Ce livre m’a passionnée du début jusqu’à la fin mais je dois bien avouer que peu de noms d’artistes m’étaient inconnus et que j’avais de nombreux points d’attache avant de commencer ma lecture.

Bilan culturel – juillet 2016

Romans (et récits de voyage):

  • Gaëlle Nohant, La part des flammes
  • Peter Hessler, River town
  • Emile Guimet, Huit jours aux Indes
  • Sok-yong Hwang, Princesse Bari

Livres documentaires:

  • Martin Cate, Smuggler’s Cove
  • Iain Gately, Drink. A cultural history of alcohol
  • Peter Bellwood, First migrants. Ancient migration in global perspective
  • Jean-Claude Martin, La bible de la communication non verbale
  • Joel Harrison & Neil Ridley, Distilled
  • Talia Baiocchi & Leslie Pariseau, Spritz
  • Gary Regan, The negroni

Séries:

  • The knick – saison 2 (7,5/10)
  • The Americans – saison 2 (7/10)
  • Indian Summers – saison 2 (7,5/10)
  • Black Sails – saison 2 (8/10)

Musique:

  • Jim Causley, Forgotten kingdom (7/10) – chansons folk anglaises racontant l’histoire ancienne
  • Imarhan, Imarhan (7/10) – guitares touareg
  • Khwanta Fasawang, Lam phaen motorsai tham saeb (8/10) – morlam thaï
  • Phairin Phonhibun, Lam klom thung: essential Phairin Phonphibun (8/10) – morlam thaï

Expositions (et jardins):

  • Velvet Underground (Philharmonie de Paris)
  • Jardins d’Orient (Institut du Monde Arabe, Paris)
  • la grande serre et le jardin alpin du Jardin des Plantes (Paris)
  • Beat Generation (Centre Pompidou, Paris)
  • Arte Povera (Centre Pompidou, Paris)

Restaurants et bars:

  • Le Sinople (Paris): pas mal mais sans plus, très « parisien »