Le tour du monde en 72 jours

Nellie Bly, Le tour du monde en 72 jours: journaliste américaine, Nellie Bly parie qu’elle pourra effectuer un tour du monde plus rapidement que les personnages de Jules Verne. Il ne faut pas oublier que nous sommes en 1889 et les transports intercontinentaux sont encore limités aux bateaux et au train. Elle embarque donc seule, sans chaperon, avec un seul bagage. Elle s’est fait confectionner une robe et un manteau qu’elle portera tout le long de son périple (aucune mention d’un quelconque lavage n’est fait dans le récit – oui, c’est le genre de choses qui me turlupine). Femme seule peut-être, mais elle est souvent accompagnée par quelqu’un dans différentes parties de son voyage et tout est organisé pour elle, tous les transports ont été réglés à l’avance. Elle traverse donc l’Atlantique puis la Manche, rencontre Jules Verne, prend le train pour Brindisi, puis le bateau qui la mènera via Colombo à Hong Kong et Yokohama pour enfin traverser le Pacifique et les Etats-Unis. En cours de route, elle décrit les paysages et ses expériences mais le récit laisse un goût de trop peu. Il est très plat, sans style, et plein de détails échappent au lecteur. A lire plutôt comme témoignage d’une époque…

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Riding the iron rooster

Paul Theroux, Riding the iron rooster: au milieu des années 1980, Paul Theroux – connu de ses récits sur Inde notamment – embarque dans le train à Londres pour un grand voyage qui le mènera en Chine qu’il traversera de part en part, toujours en train. Les débuts du récit sont laborieux: Theroux fait partie d’un groupe de touristes de diverses nationalités et passe son temps à les critiquer lors du voyage qui traverse l’Europe, puis dans le Transsibérien. Son négativisme a lourdement pesé sur ma lecture, que j’ai failli abandonner. Mais une fois arrivé à Shanghai, il commence à voyager seul, enfin presque. Le régime communiste lui flanque un acolyte pour le surveiller et “mieux le guider”. Cet homme est heureusement fort effacé et Theroux sillonne la Chine, prenant les vieux trains à vapeur et visitant les différentes provinces, du Xinjiang au Yunnan en passant par la Mandchourie. Il décrit une Chine marquée par la révolution culturelle – il pose d’ailleurs beaucoup de questions à ce sujet aux habitants et cette partie est passionnante. Il va dans les villes et les campagnes et ressent fortement le besoin de développement économique et de libertés des Chinois. A un moment, de guerre lasse, son “guide” le laisse tomber et Theroux voyage seul, beaucoup plus libre de ses mouvements. Dans le dernier chapitre du livre, il découvre même le Tibet et le récit devient parfois quasi hallucinant. En résumé, ce livre commence très mal mais s’améliore au cours des pages et propose un portrait de la Chine à une époque précise. Je ne suis pas sûre par contre que Paul Theroux soit quelqu’un de très agréable à vivre !

Challenge PAL de vacances: un livre avec un animal dans le titre

Chronique japonaise

Nicolas Bouvier, Chronique japonaise: sans les activités organisées par Lire le monde, je n’aurais sans doute pas continué ma lecture des Œuvres de Nicolas Bouvier. J’avais acheté ce gros volume il y a une dizaine d’années suite à la sortie du disque Poussières et musiques du monde qui reprenait ses enregistrements de terrain. A vrai dire, à l’époque, seul L’usage du monde m’avait intéressée (et passionnée) et je n’avais pas envisagé de lire les autres récits rassemblés dans ce lourd pavé peu pratique à emporter. Entre temps, j’ai voyagé au Japon et au Sri Lanka; j’ai donc choisi de lire Chronique japonaise (j’aurais aussi pu lire Le Poisson Scorpion).

Dans ce récit, Nicolas Bouvier parle de deux voyages au Japon, un premier en 1955-56, juste après son séjour désastreux à Ceylan et un second en 1964-65, avec son épouse Eliane et son fils. Il retrace d’abord l’histoire du pays puis raconte quelques épisodes de son voyage, des épisodes très épars, aux ambiances très différentes. D’abord son séjour à Araki-Cho, un quartier de Tokyo, et son immersion dans la vie du quartier, puis un périple dans le nord, sur l’île d’Hokkaido, à la rencontre des Aïnous. L’ensemble est fort décousu, mais peu importe, c’est l’écriture qui compte, une écriture poétique qui emporte le lecteur à la découverte intime d’un peuple. Une écriture qui m’a convaincue que je ne dois plus abandonner ce gros pavé aussi longtemps et que je dois continuer mes lectures de Nicolas Bouvier. Une écriture qui m’a également donné envie de relire L’usage du monde qui parle de ces périples sur la route de l’Asie que les anglophones ont surnommé “Hippie trail” – un sujet qui me passionne.

J’en ai profité pour regarder deux documentaires (l’avantage de travailler dans une médiathèque). 22 Hospital Street se base essentiellement sur le séjour de Nicolas Bouvier à Ceylan (après sa traversée du Moyen-Orient et de l’Inde) et sur ses neufs mois de réclusion à Galle, luttant contre diverses maladies. Il a relaté ce séjour dans Le poisson-scorpion, un récit qu’il n’a pas eu la force d’écrire de suite mais qui a attendu les années 1970. Un documentaire passionnant (si on oublie les images d’horribles bestioles en gros plan), avec des témoignages de personnes qui l’ont connu. Le hibou et la baleine m’a moins intéressée mais il donne l’occasion d’entendre parler l’auteur et montre des documents d’archive.

Lu dans le cadre de l’activité Lire le monde organisée par le blog Tête de Lecture – pour la Suisse.

A carpet ride to Khiva

51spefbhjhl-_sx324_bo1204203200__zpsklsvh6grChristopher Aslan Alexander, A carpet ride to Khiva. Seven years on the silk road: acheté en 2010 (j’ai été tentée parce que j’ai fait un voyage dans la région dans les années 1980), ce livre est resté très longtemps sur ma PAL, toujours devancé par d’autres lectures. Comme je m’oblige à lire des choses plus anciennes, A carpet ride to Khiva a enfin vu son tour arriver. L’auteur anglais, Christopher Aslan Alexander, s’est retrouvé à Khiva, en Ouzbékistan pour écrire un guide de voyage. Très vite son attention est attiré par les superbes tapis de la région dont il retrouve les motifs dans des miniatures du 15e siècle et il décide de créer grâce à des fonds étrangers (de l’Unesco, il me semble) un atelier de tissage selon les méthodes traditionnelles. Il raconte sa vie à Khiva, les mœurs locales, la recherche de teintures naturelles en Afghanistan (on est juste après le 11 septembre), l’histoire de la route de la soie, la fabrication de cette soie, la corruption aussi, qui ne sera pas sans conséquences sur son séjour. Son récit permet au lecteur de découvert une des ces anciennes républiques soviétiques un peu oubliées, sous la coupe de dictateurs corrompus et luttant contre la montée de l’islamisme. Le voyage est passionnant et permet de mieux comprendre cette partie du monde.

De l’art d’ennuyer en racontant ses voyages

41rai7rnn1l-_sx303_bo1204203200__zpssymech1qMatthias Debureaux, De l’art d’ennuyer en racontant ses voyages: un court recueil qui me semblait d’application au moment où j’allais commencer à écrire mon récit de voyage du Sri Lanka. L’auteur fait le portrait de ces personnes qui ont l’art d’accaparer un public pour expliquer les nombreuses péripéties de leurs voyages, photos et souvenirs à l’appui. Que ce soient les interminables soirées diapositives du passé ou les récits de blogs plus actuels, certaines personnes ont l’art de mettre en avant des choses qui leur semblent extraordinaires tandis que les spectateurs ou lecteurs s’endorment (ou ricanent) dans leur coin. Je pense qu’on a tous eu des excès du genre mais les voir rassemblés tous ensemble est assez drôle. Des extraits:

“Dénigrez les touristes. Fouettez la “bronzaille”. Martelez que vous préférez voyager “intelligent” et marquez bien votre distance avec le visiteur moyen qui est transporté avec ses certitudes et se peur panique d’être déstabilisé.”

“Dès que vous êtes connecté, dupliquez de façon quasi identique le récit de vos aventures sur tous le réseaux existant sur la toile, car cela permet aux proches qui utilisent plusieurs outils de relire plusieurs fois les mêmes informations et, ainsi, de mieux les assimiler.”

“Féminisez les lieux. Révélez une ville comme une femme dont on devient l’amant: “C’est la belle enchanteresse” ou “la diva d’eau et de pierre. On n’épuise jamais les sortilèges de cette séductrice aux multiples visages.””