Bilan culturel – janvier 2023

Romans

  • Mitsuyo Kakuta, Celle de l’autre rive – 2/5
  • Sun Jung, Bukit Brown – 4/5
  • Hiromi Kawakami, People from my Neighbourhood – 3/5

Récits personnels

  • Michelle Zauner, Crying in H Mart – 4/5
  • Doug Peacock, Une guerre dans la tête – 4/5

Non-fiction

  • Yotam Ottolenghi, Plenty More – 3/5
  • Steven B. Miles, Chinese Diasporas: A Social History of Global Migration – 4/5

Séries tv

  • The English – 4/5

Films

  • White Noise (Noah Baumbach, 2022) – 2/5
  • The Petrified Forest (Archie Mayo, 1936) – 3/5
  • Dodsworth (William Wyler, 1936) – 4/5
  • Tempura (Hold me Back en anglais) (Akiko Okhu, Japon, 2020) – 4/5
  • Fury (Fritz Lang, 1936) – 4/5
  • Follow the Fleet (Mark Sandrich, 1936) – 3/5
  • She Said (Maria Schrader, 2022) – 4/5
  • Camille (George Cukor, 1936) – 2/5
  • Aristocrats (Yukiko Sode, Japon, 2021) – 4/5
  • Partie de campagne (Jean Renoir, France, 1936) – 3/5
  • La nuit du 12 (Dominik Moll, France – Belgique, 2022) – 4/5
  • The Prisoner of Shark Island (John Ford, 1936) – 2/5
  • Mr. Deeds Goes to Town (Frank Capra, 1936) – 3/5
  • Ticket to Paradise (Ol Parker, 2022) – 1/5
  • Rembrandt (Alexander Korda, Royaume-Uni, 1936) – 3/5
  • The Housewife (Red / Shape of Red, Yukiko Mishima, Japon, 2020) – 3/5
  • Corsage (Marie Kreutzer, Autriche, 2022) – 3/5
  • Swing Time (George Stevens, 1936) – 3/5
  • Where the Crawdads Sing (Olivia Newman, 2022) – 3/5
  • Things to Come (William Cameron Menzies, Royaume-Uni, 1936) – 2/5

At the movies – 34 (2020s)

Corsage – Marie Kreutzer (photo via Imagine Films)

Cinq films réalisés par des femmes ! Je crois que je ferai rarement mieux, mais je suis très contente de cette évolution. Six des sept films montrent ou dénoncent les violences faites aux femmes, qu’elles soient physiques ou psychologiques (les effets de la société patriarcale) (et l’intrus est une erreur de casting de ma part).

She Said, Maria Schrader (2022) – 4/5: Maria Schrader raconte comment l’affaire Harvey Weinstein a vu le jour grâce à une enquête de deux journalistes du NY Times (jouées par Carey Mulligan et Zoe Kazan). Le film est assez classique; le spectateur sent à un moment que le temps devient long, tout comme les journalistes qui n’avancent pas, et puis les choses se débloquent. C’est une histoire qu’il faut raconter, et le film est important parce qu’il montre comment un homme puissant a tout fait pour se protéger et acheter les jeunes femmes dont il profitait, les enfermant dans le silence et la culpabilité. #52FilmsByWomen

Aristocrats, Yukiko Sode (Japon, 2021) – 4/5: Hanako est une jeune fille très réservée d’une bonne famille tokyoïte, qui à 27 ans n’a pas encore trouvé de mari. Après quelques rendez-vous arrangés, elle rencontre Koichiro qui appartient à une famille de politiciens et qui est voué à suivre cette voie (cela ressemble à une certaine aristocratie européenne mais sans les titres de noblesse). Parallèlement, on suit aussi Miki qui est une jeune provinciale issue d’une famille modeste et qui gagne sa vie comme hôtesse. C’est de cette manière qu’elle rencontre Koichiro d’ailleurs. Ce film dénonce la société patriarcale et hyper conservatrice japonaise, et met en avant des femmes. J’ai trouvé très intéressant de découvrir ce monde très codifié de la haute société – la réalisatrice a d’ailleurs appliqué tous les code de l’étiquette lors des repas par exemple. Elle filme aussi très bien Tokyo à la veille des jeux olympiques. Je conseille ! #52FilmsByWomen

La nuit du 12, Dominik Moll (France – Belgique, 2022) – 4/5: une jeune fille est brûlée vive alors qu’elle rentre chez elle, de nuit, dans un petit village des Alpes. La police judiciaire de Grenoble est chargée de l’affaire. Dominik Moll suit de près le travail des policiers (Bastien Bouillon et Bouli Lanners) et analyse comment fonctionne l’équipe. Divers suspects sont interrogés, tous pourraient être coupables. Ce qui frappe pendant la première moitié du film, c’est l’absence de femmes, ou presque; deux personnages importants arrivent en cours de route, une juge et une nouvelle policière, et elles mettent le doigts sur certaines injustices que les hommes ne remarquent même plus. A noter: les chats, les superbes scènes de nuit au vélodrome qui marquent à chaque fois une pause dans l’histoire.

Ticket to Paradise, Ol Parker (2022) – 1/5: une comédie avec George Clooney et Julia Roberts se passant à Bali ? Pourquoi pas ! Mais c’était sans le côté « bons sauvages vivant dans une île paradisiaque mais parlant quasi tous parfaitement anglais » totalement dépassé aujourd’hui. Et ce n’est même pas tourné à Bali (mais en Australie, et ça se voit). J’ai tenu 40 minutes. (Le 1, c’est pour George Clooney qui reste très séduisant).

The Housewife (Red / Shape of Red), Yukiko Mishima (Japon, 2020) – 3/5: Toko est mère de famille et femme au foyer. Quand elle revoit Kurata, son ancien amant, sa vie change complètement: elle reprend son métier d’architecte (dans son étude) et recommence la relation avec lui. Ce film met en avant des éléments intéressants sur la condition des femmes japonaises mais les hommes sont trop clichés, voire même incohérents comme le mari de Toko qui exige que son épouse revienne de suite alors qu’elle est bloquée dans une tempête de neige et qu’il n’y a plus de trains, puis qui lui exprime son amour inconditionnel un peu plus tard, oubliant l’horrible personnage qu’il a été. A noter: les paysages dans la neige, le vieux break Volvo (qui m’a fait penser à la Saab dans Drive my Car), le fait que de plus en plus de femmes japonaises ont réalisé des films ces dernières années – c’est le troisième que je vois en quelques semaines, grâce aux sorties en dvd. #52FilmsByWomen

Corsage, Marie Kreutzer (Autriche, 2022) – 3/5: une réécriture de l’histoire de l’impératrice Elisabeth d’Autriche – Sissi, donc, jouée admirablement bien par Vicky Krieps. Le film la suit pendant quasi une année, alors qu’elle a 40 ans, et qu’elle se sent de plus en plus mal. J’ai trouvé ce film très froid, un peu bizarre, même s’il montre bien comment un rôle imposé peut provoquer des troubles mentaux. Les anachronismes ne m’ont pas dérangée, ils sont clairement voulus (« it’s a design choice » dirait Bernadette Banner), et les images sont très belles. Mon cerveau n’a juste pas pu s’empêcher de crier « Titanic » à un moment. #52FilmsByWomen

Where the Crawdads Sing, Olivia Newman (2022) – 3/5: j’ai hésité à regarder ce film, parce que le livre dont il est adapté est un bestseller, mais en même temps c’était un moyen rapide de connaître l’histoire. Le film est très prenant et je me suis laissée entraîner, mais une fois terminé, j’ai surtout remarqué le côté hollywoodien: tous les acteurs sont beaux et musclés (pour les hommes) alors qu’on décrit les gens qui vivent dans les marais et dans la petite ville d’à côté. C’est un peu facile tout ça. #52FilmsByWomen

Short diary of the week (477)

Lundi: composer une longue to-do list pour cette semaine, pas sûre que je terminerai tout, des corrections tout en écoutant des disques, un passage par l’Iran, partir plus tôt pour faire des courses, deux heures assez productives, j’ai enfin le livre de cuisine srilankaise que je n’avais pas acheté à Singapour, un nouveau sac à main d’une couleur assez flash (corail, donc), des ingrédients bizarres du supermarché chinois (mais il n’y avait plus que les couvercles des grands paniers en bambou), et enfin deux nouvelles poêles de qualité (Tefal, c’est vraiment mauvais), des restes de curry et un début de vidage de surgélateur (le dhal au lait de coco ça ne survit pas bien, les épinards non plus), Call the Midwife, une dose de téléréalité

Mardi: une nuit agitée avec des rêves bizarres (y compris une référence à la maison de ma grand-mère – ce qui est récurrent), continuer la to-do list, de l’encodage, le rendez-vous chez l’ophtalmo qui me dit pour la première fois que ça fait des années que ma tension oculaire est à la limite supérieure de la normale mais que comme ça n’évolue pas et que les photos sont parfaites il ne faut pas s’inquiéter (ma maman avait un glaucome, d’où mes visites annuelles), une réunion le reste de l’après-midi, les restes du curry et une salade de légumes – j’avais vraiment besoin de ces légumes, le début d’un film qui se révèle être affreusement mauvais et irregardable: Ticket to Paradise (Ol Parker, 2022)

Mercredi: passer du temps à faire des commandes en duo, et donc la matinée est déjà terminée, je ne terminerai donc pas ce que j’avais prévu et ça m’ennuie un peu surtout qu’il y a d’autres problèmes à régler entre temps, des makis du Tagawa et une petite salade, Rembrandt (Alexander Korda, Royaume-Uni, 1936)

Jeudi: remettre à jour la to-do list, évacuer les trucs les plus urgents avant de m’attaquer à l’écriture de textes, The Housewife (Red / Shape of Red, Yukiko Mishima, Japon, 2020), de la lecture, de la raclette, le début d’un second film

Vendredi: la suite de l’écriture – où je m’intéresse à des exorcismes au Baloutchistan, ce qui me prend une grande partie de la journée, la fin du film d’hier: Corsage (Marie Kreutzer, Autriche, 2022), de la lecture, trop de mails du boulot en cette fin de vendredi – ce qui provoque un début de crise d’angoisse et une chute vertigineuse de mon humeur, sélectionner un second film sans prise de tête: Swing Time (George Stevens, 1936) – un peu long mais heureusement il y a les parties dansées

Samedi: une longue nuit, une météo toute grise – encore, traîner un long moment, prendre une décision quant au choix du tissu pour une nouvelle robe et ranger les patrons qui traînent – bref tout est prêt pour commencer de la couture demain, oh ça s’éclaircit ! oh du ciel bleu !, terminer un passionnant livre d’histoire en écho avec mes lectures de fiction du moment, papillonner entre plusieurs autres livres, Where the Crawdads Sing (Olivia Newman, 2022)

Dimanche: il a bien gelé, et il fait de nouveau tout gris, commencer une nouvelle robe et couper le tissu, de la lecture – tout l’après-midi, c’est là que je me dis que bouger un peu m’aurait fait du bien mais je n’arrive pas à me motiver, prendre la décision de supprimer les notifications de mails du boulot sur mon téléphone (ce qui m’ennuie un peu parce que du coup je n’aurai plus celles de mon mail privé non plus, le tout étant chez outlook – je l’aurais fait bien plus vite si ça n’avait pas été le cas), de la cuisine, Things to Come (William Cameron Menzies, 1936)

Sur suasaday, la suite de mon récit de voyage, avec mon départ et l’arrivée à Singapour.

Celle de l’autre rive

Mitsuyo Kakuta, Celle de l’autre rive: Sayoko est la maman d’une petite fille de trois ans dont elle s’occupe à plein temps. Elle est fatiguée de sa vie de femme au foyer et d’une timidité maladive; elle n’arrive pas à avoir des contacts avec les autres mamans qu’elle rencontre aux aires de jeux. Elle décide de chercher du travail et rencontre Aoi qui l’engage dans son entreprise de voyage et de nettoyage. Les deux femmes se rapprochent et Sayoko se sent enfin appréciée. Parallèlement, l’autrice raconte le passé d’Aoi. Adolescente, celle-ci était persécutée par ses camarades de classe et ses parents ont déménagé pour qu’elle puisse continuer à étudier dans une nouvelle école. Elle y rencontre Nanako qui l’accepte de suite comme sa meilleure amie, mais leurs aventures vont prendre un tournant assez sombre.

Mitusyo Kakuta met en scène la condition féminine au Japon, décrivant les femmes au foyer enfermées dans le quotidien répétitif, au service de leur mari (et critiquées par leur belle-mère). Elle parle aussi des groupes qui se forment, des cliques d’adolescentes qui critiquent les autres filles au moindre prétexte, les excluant et les bannissant psychologiquement des classes. En parallèle, elle montre comment ces schémas se reproduisent lors de la vie d’adulte. Tous ces sujets sont très intéressants mais le roman n’est pas agréable à lire. L’écriture est froide, maladroite par moments, et je n’ai pris aucun plaisir à ma lecture. De plus, je n’ai rien compris au fait que l’agence de voyages d’Aoi devient aussi une entreprise de ménage. Dommage pour la forme, parce que le fond avait un certain potentiel.

Mitsuyo Kakuta, Celle de l’autre rive, Actes Sud, 2008, 286p. (traduction par Isabelle Sakai, première édition de 2004)

Crying in H Mart

Michelle Zauner, Crying in H Mart: Michelle Zauner, musicienne et chanteuse dans le groupe Japanese Breakfast, raconte sa vie dans ce livre. Elle a été très marquée par le décès de sa mère, et revient en arrière sur son enfance et adolescence à Eugene en Oregon. Elle est eurasienne: son père américain a rencontré sa mère coréenne lorsqu’il était stationné à Séoul. Cette dernière l’a maternée et entourée de soins à l’extrême, toujours très critique et exigeante, espérant créer l’enfant et l’adulte idéale selon ses normes à elle. Michelle a très vite été étouffée par ces attentions, elle s’est rebellée à l’adolescence et elle a donc décidé d’étudier sur la côte est pour mettre de la distance entre elles. Elle revient à Eugene quand sa mère lui apprend qu’elle est atteinte du cancer pour la soigner et essayer de renouer avec sa part coréenne qu’elle a toujours niée, se rendant compte qu’elle la connaît si peu.

Ce livre est une réflexion sur la perte mais aussi surtout sur le mélange de deux traditions, l’américaine à laquelle Michelle veut se conformer, et la coréenne qui s’immisce par plein d’interstices. C’est par la nourriture et la cuisine qu’elle apprivoise cette part asiatique en elle, et elle décrit tous les plats coréens qu’elle adore mais qu’elle ne sait pas cuisiner parce que sa mère ne lui a pas montré comment faire, ou très peu, sans vraie recette et sans quantités précises. Elle se tourne vers youtube et les clips de Maangchi (ce qui m’a fait sourire parce qu’on m’avait conseillé ses livres) et retourne en Corée, un pays qu’elle voit d’un regard neuf même si elle y a passé de nombreuses vacances lorsqu’elle était petite. Le deuil transparaît au cours de l’entièreté du roman mais il est assez apaisé (cela me faisait un peu peur à vrai dire), et j’ai beaucoup aimé la sensibilité de l’autrice, sa manière de décrire comment elle a vécu cette période difficile, et surtout la description de tous les plats.

L’avis d’Electra, qui l’a mis dans son top 2022. C’est le premier livre que j’ai terminé en 2023.

Michelle Zauner, Crying in H Mart, Knopf, 2021, 242p. (non traduit)

At the movies – 33 (1930s)

Le roman d’un tricheur, Sacha Guitry

Dodsworth, William Wyler (1936) – 4/5: Samuel Dodsworth (Walter Huston) prend sa retraite après une carrière très réussie dans l’industrie de l’automobile. Il décide avec son épouse Fran (Ruth Chatterton) de faire un voyage en Europe. Cette dernière est beaucoup plus jeune que lui (elle a la quarantaine) et se laisse courtiser par divers hommes sur le bateau et à Paris, oubliant totalement son mari. Au début, Sam subit cette situation mais au fil du temps, il décide de ne plus se laisser faire par cette épouse très superficielle. L’histoire est intéressante, même si c’est la femme qui a le mauvais rôle, et j’ai aimé le fait que les protagonistes voyagent, allant des Etats-Unis en Europe (en prenant le Queen Mary), à Paris, à Vienne, à Naples. Il n’y a pas de moments creux et le caractère des personnages évolue au fil du temps.

Fury, Fritz Lang (1936) – 4/5: ce qui commence comme une comédie romantique se transforme en film très violent, impliquant lynchage, désir de vengeance et procès. Joe Wilson est arrêté alors qu’il rejoint sa bien-aimée, et accusé à tort d’un kidnapping. La communauté locale se révolte et veut le lyncher, mettant le feu à la prison. La seconde partie du film montre le procès contre les 22 responsables principaux du lynchage. C’est le premier film américain de Fritz Lang, mais on y retrouve certains éléments des films allemands, les gros plans, le rythme, le procès filmé. Avec Spencer Tracy et Sylvia Sydney, et Franz Waxman pour le score.

Follow the Fleet, Mark Sandrich (1936) – 3/5: un agréable divertissement avec Fred Astaire et Ginger Rogers, avec évidemment de belles scènes dansées. Pour le reste, le film a pas mal de défauts: un scénario un peu alambiqué, Fred Astaire qui joue mal ce rôle de marin censé être très masculin, et puis cette scène dérangeante aujourd’hui où on dit à la brune au look d’institutrice qu’elle ferait mieux de jouer la blonde idiote pour plaire aux hommes.

Camille, George Cukor (1936) – 2/5: une adaptation de La dame au camélias, encore un classique que je ne connaissais pas. L’histoire m’a ennuyée (je sais aussi pourquoi je n’ai jamais lu Alexandre Dumas, il ne m’inspire pas du tout), et je me fatigue de Greta Garbo qui joue quand même souvent de la même manière, même si ce rôle est considéré comme son meilleur.

Le roman d’un tricheur, Sacha Guitry (France, 1936) – 3/5: un film un peu bizarre mais intéressant en fin de compte pour sa liberté de ton et de conception. Il est tourné quasi tout le temps comme un film muet avec une voix off qui raconte ce qui se passe, le générique de début est parlé, présentant tous les acteurs, et il change beaucoup d’endroit, de Monaco à Paris en passant par Biarritz. Un homme (joué par Sacha Guitry lui-même) raconte sa vie, comment elle a complètement changé après un repas de champignons et comment il est de devenu tricheur dans les jeux de cartes au casino – j’ai pensé à The Card Counter.

J’ai tenté de revoir Modern Times de Charlie Chaplin mais j’ai arrêté le film après 5 minutes (en plus le dvd était rayé), je me suis dit que mon visionnage dans les années 1990 ferait l’affaire. Certains classiques sont devenus trop classiques et je n’ai plus envie de les voir si je ne les aime pas plus que ça.

Partie de campagne, Jean Renoir (France, 1936) – 3/5: Jean Renoir a tourné ce film pendant l’été 1936 mais a été interrompu par les conditions météo. Il ne l’a jamais achevé et il est finalement sorti en 1946, ne comptant que 40 minutes. Basé sur une histoire de Guy de Maupassant, il conte l’excursion d’une famille de commerçants parisienne en bord de rivière en plein été 1860, pour un pique-nique. Deux hommes locaux sont de suite intéressés par Henriette et sa mère et leur proposent une promenade en barque. J’ai eu du mal avec la réaction d’Henriette quand dans un premier temps elle refuse les approches du canotier, puis accepte quand même et se laisse aller, mais c’est sans doute une réaction liée à mon époque. A part ça, le film fait clairement penser aux tableaux des peintres de la fin du 19e siècle.

The Prisoner of Shark Island, John Ford (1936) – 2/5: le docteur Samuel Mudd est accusé d’avoir aidé John Wilkes Booth à fuir après avoir assassiné Lincoln. Il est sommairement jugé et envoyé en prison dans une îles aux eaux infestées de requins. Sa femme tente de le libérer mais c’est finalement grâce à sa lutte contre une épidémie de fièvre jaune qu’il pourra rejoindre sa famille. C’est basé sur une histoire vraie, mais le film insiste sur l’innocence de Mudd alors que dans les faits, elle n’a jamais été prouvée. Si John Ford a l’art de filmer, avec des jeux d’ombres et lumières, il perpétue cependant le racisme ambiant de l’époque: les Noirs sont montrés comme de grands enfants qui ont besoin de l’aide paternaliste des Blancs, perpétuant le système de l’esclavage même s’il vient d’être aboli. Et puis, c’est un film avec un procès et des scènes de prison, le genre de choses que je préfère éviter en temps normal.

Short diary of the week (476)

Lundi: la pluie au moment de partir, et il fait toujours nuit, régler une série de choses tout en tentant d’avancer sur plusieurs fronts, du tri de cd, rentrer alors qu’il fait encore jour – enfin au moins lors du départ, chercher mon colis de nouveaux vêtements chez les voisins (deux jupes et un t-shirt), traîner, terminer le livre en cours, Call the Midwife, traîner devant de la téléréalité (certaines chaînes ont l’air de s’être arrangées pour que la pub tombe simultanément), commencer un autre livre, une sorte de crise d’angoisse qui m’assaille et me réveille juste après m’être endormie, avoir du mal à me rendormir

Mardi: il fait tout noir – les réverbères de la rue sont éteints, et il fait tout glissant sur la terrasse – heureusement en rue ça va, du tri de cd, des réunions – deux, ah mais il est l’heure de rentrer avec tout ça, une recette de Tim Anderson que je vais adapter dans le futur – sur base d’un bol de riz avec des condiments, Le roman d’un tricheur (Sacha Guitry, France, 1936)

Mercredi: je tousse toujours comme une possédée le matin mais je commence à voir le bout de ce rhume interminable, il fait toujours noir dans la rue – mais la lueur du jour commence à pointer tout juste quand je pars, réunion 1, réunion 2, c’est déjà l’après-midi avant que je ne puisse commencer vraiment le boulot – les réunions me frustrent très fort – j’ai l’impression de ne pas avancer, tenter de partir à l’heure mais il y a un problème de dernière minute, un gros coup de pompe, Wednesday qui ne me passionne pas du tout après quatre épisodes

Jeudi: il a neigé, mais je peux rester à la maison, une liste avec tout ce que dois faire, barrer plusieurs items après quelques heures, Aristocrats (Yukiko Sode, Japon, 2021), de la lecture, décider de revoir Modern Times (Charlie Chaplin, 1936), me rendre compte que je n’ai pas envie de le revoir et que je ne vais donc pas m’imposer ça, choisir un autre film – le dvd est de si mauvaise qualité que j’arrête après deux minutes, voir que sur ma liste il y a un film de 40 minutes – ce sera donc celui-là: Partie de Campagne (Jean Renoir, 1936)

Vendredi: il a à nouveau neigé un peu, m’attaquer à ces deux courts textes et arriver à me limiter à 800 signes, relire d’autres textes, du tri de cd, bloquée par des problèmes – ce sera pour lundi, terminer le livre en cours, et choisir le suivant, La nuit du 12 (Dominik Moll, France – Belgique, 2022)

Samedi: ne pas réussir à me réchauffer, traîner dans le canapé, réfléchir à un nouveau projet couture mais ne pas réussir à me décider sur le tissu, préparer un gâteau banane-chocolat, de la lecture, ce gâteau est un peu collant et pas tout à fait réussi, terminer le livre en cours, et choisir le suivant, deux plats de Sirocco de Sabrina Ghayour – des brochettes de porc marinées aux épices et au citron confit et une salade d’hiver (dont j’ai changé une partie des ingrédients en fonction de ce qu’il y avait dans mon frigo), The Prisoner of Shark Island (John Ford, 1936)

Dimanche: réveillée par des avions, la météo a promis une journée grise et froide – soupir, traîner beaucoup, de la lecture, préparer un curry indien et une quiche aux champignons, Mr. Deeds Goes to Town (Frank Capra, 1936)

J’ai commencé la publication de mon récit de voyage en Malaisie et à Singapour, avec le préambule. Je tenterai de publier tous les mercredi, et parfois peut-être, il y aura un second article dans la semaine. Je mettrai à chaque fois les liens à la fin du short diary.

Nouveau départ & La fin d’une ère

Elizabeth Jane Howard, Nouveau départ: la guerre est enfin terminée et la famille Cazalet quitte Home Place. Les aînés des enfants sont maintenant adultes et volent de leurs propres ailes, découvrant les difficultés de la vie. Polly et Clary vivent ensemble à Londres; la première est assistante dans une entreprise de décoration d’intérieur et la seconde est la secrétaire d’un agent littéraire assez exigeant et exécrable. Archie est toujours le confident de toute la famille. Elizabeth Jane Howard emmène le lecteur dans les méandres de cette chronique familiale, racontant la vie de l’après-guerre et les difficultés du rationnement qui continue, décrivant les sentiments des différents membres de la famille – des sentiments reconnaissables par tous: amour, jalousie, incompréhension, non-dits…

J’aime ces romans, et comme ils sont faciles à lire, ils sont idéaux en voyage. J’ai donc enchaîné de suite avec La fin d’une ère, qui se passe dix ans plus tard, à la fin des années 1950. Howard était déjà âgée au moment de l’écriture et propose ici une succession de chapitres très courts mais qui décrivent malgré tout très bien l’évolution des différents personnages de la famille. Le thème sous-jacent du roman est celui de la mauvaise gestion de l’entreprise de bois des Cazalet et des conséquences que cela pourrait avoir sur la famille. J’ai retrouvé avec plaisir les personnages qui ont tous mûri, même si les histoires des plus jeunes (Simon, Neville, Teddy) ne m’ont pas vraiment passionnée. Howard a toujours cette attention pour le détail, notamment au niveau de la nourriture et des différents repas que prennent les protagonistes. Elle décrit aussi l’évolution d’une société qui délaisse les anciennes valeurs pour en créer de nouvelles. En tous cas, j’ai passé un très bon moment pendant la lecture des cinq volumes de cette chronique familiale !

Elizabeth Jane Howard, Nouveau départ & La fin d’une ère, La Table Ronde, 2021 & 2022, 600 & 560p. (traduction par Cécile Arnaud, premières éditions en 1995 et 2013)

Le verger de marbre

Alex Taylor, Le verger de marbre: au milieu de la nuit, Beam Sheetmire doit faire traverser la rivière Gasping (au Kentucky) à un client en manoeuvrant le bac familial. Mais ce client le cherche et Beam finit par l’assommer, le tuant par la même occasion. Appelant son père à la rescousse, ce dernier lui dit de fuir; il a en effet reconnu la victime, qui est le fils de Loat Duncan, homme d’affaires et malfrat local. Au fil des pages, on suit le jeune homme un peu perdu qui tente de survivre mais aussi les autres personnages, Loat, avide de vengeance, le père et la mère de Beam qui ont des secrets à révéler, ainsi que d’autres personnages locaux pas très reluisants.

C’est une histoire sombre et sans espoir, qui se déroule dans une zone rurale et arriérée. J’ai eu beaucoup de mal avec tous ces hommes qui ne pensent qu’avec leurs couilles, et avec les personnages féminins qui n’existent que pour se faire manipuler et violer. Alex Taylor écrit bien, et j’avais beaucoup aimé Le sang ne suffit pas, mais je n’ai pas vraiment accroché à ce livre (que j’ai lu en voyage – cela a peut-être joué en partie). Je me rends compte de plus en plus que pour j’aime un livre, il faut qu’il y ait des personnages de femmes fortes et intéressantes, pas juste des objets de décoration dont on peut faire ce qu’on veut. Et pour cela, les autrices sont souvent plus sensibles que les auteurs. Mais au moins ce livre m’a permis de vider ma PAL de romans de 2020 – c’était le dernier à lire (je l’avais gardé en me disant qu’il y avait peu de chances que je sois déçue…).

Alex Taylor, Le verger de marbre, Gallmeister, 2016, 288p. (traduction par Anatole Pons, première édition en 2015: The Marble Orchard)

At the movies – 32 (2020s)

Tempura – Akiko Okhu

Boiling Point, Philip Barantini (Royaume-Uni, 2021) – 2/5: lors de cette soirée juste avant Noël, le chef Andy Jones se trouve confronté à plein de problèmes alors que son restaurant est rempli de clients, de l’inspection de l’hygiène à un personnel en retard ou incompétent, sans parler de la fête de son fils qu’il a oubliée. Philip Barantini raconte cette histoire en un long plan-séquence qui suit les personnages au plus près, passant de l’un à l’autre. C’est une prouesse technique, évidemment, mais j’ai eu l’impression qu’on sentait moins l’énergie du restaurant (alors que ça aurait dû l’augmenter) – cela fonctionne bien mieux dans la série The Bear (le montage très haché aide justement). Je me suis un peu ennuyée et je n’ai pas vraiment accroché aux divers éléments de l’histoire. Ce qui ne m’empêchera pas de créer un nouveau #: #filmculinaire

The Card Counter, Paul Schrader (2021) – 4/5: William Tell passe ses journées au casino; il compte les cartes et sait comment gagner, mais il essaie de ne pas se faire remarquer. On sent très vite qu’il a vécu beaucoup de choses et que son passé est sombre, lié à la guerre en Irak (avec Willem Dafoe en méchant). Ce film est fort, tout particulièrement à cause du personnage principal (Oscar Isaac) qui a beaucoup de charisme ; il renvoie aussi à des questions morales et au poids du passé. A priori je n’étais pas intéressée par le sujet mais mes collègues m’ont encouragée à le regarder. J’ai beaucoup aimé.

Good Luck to You, Leo Grande, Sophie Hyde (Royaume-Uni, 2022) – 4/5: Nancy (Emma Thompson) est une enseignante retraitée, dont le mari est décédé deux ans auparavant. Comme elle a l’impression qu’elle a manqué certaines expériences, elle engage un jeune homme de compagnie, Leo, (Daryl McCormack) pour deux heures, dans une chambre d’hôtel. Elle est partagée entre une immense insécurité et une to-do list dont elle aimerait rayer toutes les lignes. Ce qui provoque évidemment des échanges assez drôles. Mais c’est surtout le portrait d’une femme qui aimerait découvrir sa sexualité après la ménopause, et qui n’aime plus son corps. C’est touchant, sensible et très beau. Et comme Nancy le dit, les services de Leo devraient être d’utilité publique. Après, je me suis malgré tout dit que c’était quand même un monde de bisounours et j’ai bien peur qu’avant de trouver un Leo, on risque de tomber sur des hommes avec beaucoup moins d’intelligence émotionnelle que lui. Mais peu importe: c’est un film qui met en avant une femme, et sa sexualité, à un âge où elle serait normalement oubliée par le cinéma. #52FilmsByWomen

Call Jane, Phyllis Nagy (2022) – 3/5: 1968, Etats-Unis – Joy (Elizabeth Banks), mère de famille et épouse d’un avocat, est enceinte d’un second enfant mais cette grossesse menace sa vie. Les médecins refusent un avortement (ils préfèrent qu’une femme adulte meure), et elle décide alors de chercher une autre solution. Elle tombe sur « Call Jane », une association de femmes menée par Viriginia (Sigourney Weaver) qui facilitent la procédure malgré son illégalité. Elle s’engage dans la lutte et offre ses services. Je ne sais pas s’il s’agit d’une histoire vraie, mais elle est en tous cas très proche d’une réalité, celle de la fin des années 1960 où l’avortement était encore illégal. Et c’est encore important de parler de ça aujourd’hui. Par contre, le film est de facture très classique, d’où ma note moyenne. #52FilmsByWomen

Top Gun: Maverick, Joseph Kosinski (2022) – 3/5: un film idéal à voir dans l’avion, avec beaucoup d’action et des scènes assez époustouflantes. Plein de nostalgie aussi par rapport au premier film (que j’avais vu à l’époque). Et je n’aime toujours pas Tom Cruise.

White Noise, Noah Baumbach (2022) – 2/5: ce film est une adaptation d’un roman de Don DeLillo. Je n’ai jamais réussi à lire Don DeLillo. Je n’ai pas réussi non plus à me passionner pour ce film qui avait pourtant tout me plaire: réalisé par Noah Baumbach, il rassemble Adam Driver (on ne l’a jamais vu aussi laid) et Greta Gerwig (avec permanente eighties). L’histoire est fragmentée, entre milieu universitaire, catastrophe écologique et addiction à un médicament bizarre. Le style par contre est assez flash, le film est filmé en couleurs primaires et il faut absolument voir la chorégraphie de fin dans le supermarché. Mais j’ai regardé en accéléré la dernière demi-heure, je n’en pouvais plus. #theAdamDriverFilmography

Tempura (Hold me Back en anglais), Akiko Okhu (Japon, 2020) – 4/5: Mitsuko a 31 ans, elle vit seule dans un minuscule appartement à Tokyo. Elle est un peu décalée et s’invente chaque jour un nouveau défi, comme aller à un atelier de fabrication de faux tempuras en plastique ou manger dans un certain resto. Elle parle à un personnage imaginaire, « A », qui est en fait une autre part de sa personnalité. Un soir, elle rencontre Tada, un jeune homme qu’elle avait aperçu à son bureau, mais leur immense timidité à tous les deux rend leurs conversations très compliquées. Il lui demande cependant si elle peut cuisiner pour lui et c’est ainsi que commence une relation. Je me suis un peu reconnue dans certains aspects de la personnalité neuro-atypique de Mitsuko, et j’ai beaucoup aimé le ton drôle mais aussi poignant par moments du film, son côté bonbon acidulé. C’est d’ailleurs une adaptation d’un roman de Risa Wataya dont j’ai adoré lire les romans traduits en français. Il y a certaines longueurs, notamment lors du passage à Rome, mais on les oublie vite pendant le seconde moitié du film. #52FilmsByWomen