Short diary of the week (463)

Lundi: bizarrement j’ai bien dormi – mais la raison est très claire, puisque que je dois aller à cette réunion jeudi j’ai échangé mon jour de télétravail avec aujourd’hui – ça me fera sept jours de suite à la maison en fait vu que demain c’est congé, corriger les textes d’un collègue, de l’encodage, de la lecture, abandonner très vite le roman en cours (Exciting Times de Naoise Dolan) pour cause de manque d’intérêt (pourtant ça se passe à Hong Kong, mais lire les aventures d’une jeune femme de 22 ans qui se cherche ainsi que ses amours ne m’intéresse pas), chercher un autre roman dans ma PAL, terminer le film d’hier: Elvis (Baz Luhrmann, 2022)

Mardi: une mauvaise nuit avec un réveil intempestif où je suis persuadée que j’ai de la fièvre (après vérification: 36,3°), congé donc aujourd’hui pour la fête de la Fédération Wallonie-Bruxelles, aller à la recherche d’une petite plante à offrir, heureusement le fleuriste près de la maison est déjà ouvert à 9h, aller chez mon cousin à Hoeilaart (heureusement j’avais pris le GPS – la route habituelle était fermée), partir ensemble pour une visite de ma vieille tante, elle n’arrive plus à parler mais était relativement en forme, des achats de tissu à Tervuren en vue d’un ou deux nouveaux pantalons pour mon voyage, une sieste, de la lecture, George Clarke’s Old House New Home, Garden Rescue

Mercredi: réveil matinal et donc un métro matinal – ce qui n’était pas une bonne idée vu la foule d’enfants/étudiants, de retour au bureau après une semaine, parler avec les collègues, et puis encore plus l’après-midi lors du drink de départ/renouveau, une journée pas productive du tout au niveau du boulot mais très agréable au niveau des relations humaines, plus trop envie de cuisiner en rentrant, commencer un long film que je suis très impatiente de voir (et me délecter de sa musique)

Jeudi: un quart d’heure plus tard et le métro est bien plus praticable – vidé de sa foule de jeunes, me préparer mentalement à cette longue réunion à 34 tout en écoutant le score du film vu à moitié hier, c’est sombre et dissonant mais aussi lumineux par moments, la réunion – donc – qui dure trois heures et qui a de grosses tendance à s’éparpiller avec quelques piques assez désagréables, sortir de la vidée et fondre en larmes dans mon bureau – un vrai « meltdown » de ma part, je suis clairement la seule à avoir aussi mal vécu cette réunion même si certains collègues sont malgré tout fâchés de son (absence) de contenu, je ne sais même pas où me positionner par la suite: tout le travail que j’aimais faire est balayé – reste l’encodage (mais avec un budget d’achat tellement limité que ce ne sera même pas intéressant), tenter de me consoler avec des makis du Tagawa (après 17h30, ils sont mis à -30% en plus), trop vidée pour regarder la suite du film et me tourner vers un épisode de George Clarke’s Old House New Home

Vendredi: une très mauvaise nuit entrecoupée de réveils intempestifs et d’encore quelques crises de larmes, cette dernière séance de sport est une fois de plus reportée alors que ça me ferait du bien de pouvoir passer à autre chose (et ça me ferait un poids de moins même si je ne sais pas trop encore comment je vais continuer à faire de l’exercice), m’occuper du site (site voué à disparaître sous sa forme actuelle mais « ce n’est pas urgent »), de la lecture, aucune énergie, n’empêche le meltdown de jeudi va sans doute me pousser à réagir et à reprendre certaines choses en main, découvrir six mois plus tard que j’ai maintenant un compteur d’électricité bi-horaire et donc reporter la mise en route du lave-vaisselle à demain, la fin du film: Blonde (Andrew Dominik, 2022) – superbe et tellement triste à la fois

Samedi: espérer que le soleil sorte de derrière les nuages pour réchauffer mon salon, une toile de pantalon qui révèle que je me suis complètement plantée dans les mesures, de la lecture, me sentir fatiguée d’un coup, et ne pas réussir à me réchauffer, cette fois-ci j’ai vraiment de la fièvre (et mal à la gorge), me traîner tout l’après-midi, faire un autotest qui est clairement négatif, aller dormir tôt

Dimanche: une très mauvaise nuit avec la fièvre qui ne baisse pas, mal à la gorge et un nez qui a envie de se boucher, traîner du lit au canapé et retour, me sentir très seule, discuter en fin de journée avec un ami qui me fait des câlins virtuels et qui essaie de calmer mes angoisses, aucun appétit mais il faut quand même que je mange, George Clarke’s Old House New Home, Garden Rescue

Bilan culturel – septembre 2022

Romans

  • Tew Bunnag, Curtain of Rain – 3/5
  • A.M. Stuart, Revenge in Rubies – 3/5

Non-fiction

  • Owen Hatherley, Trans-Europe Express. Tours of a Lost Continent – 5/5
  • America n°15 – 4/5
  • Amy Stanley, Stranger in the Shogun’s City: A Japanese Woman and Her World – 3/5
  • America n°16 – 3/5
  • David Graeber & David Wengrow, Au commencement était…: Une nouvelle histoire de l’humanité – 5/5
  • Mandy Yin, Sambal Shiok: The Malaysian Cookbook – 4/5
  • Andreas Stynen & Gerrit Verhoeven, Bestemming België. Een geschiedenis van toerisme in dertien etappes (1830-2030) – 3/5

Séries tv

  • The Sandman, saison 1 – 4/5

Films

  • Me And You And Everyone We Know (Miranda July, 2005) – 4/5
  • Le château de l’araignée (Akira Kurosawa, Japon, 1957) – 3/5
  • Judge Priest (John Ford, 1934) – 1/5
  • The Gay Divorcee (Mark Sandrich, 1934) – 3/5
  • The Merry Widow (Ernst Lubitsch, 1934) – 2/5
  • It’s a Gift (Norman Z. Mc Leod, 1934) – 2/5
  • The Man Who Knew Too Much (Alfred Hitchcock, Royaume-Uni, 1934) – 3/5
  • Imitation of Life (John M. Stahl, 1934) – 4/5
  • The Scarlet Pimpernel (Harold Young, Royaume-Uni, 1934) – 2/5
  • Wet Season (Anthony Chen, Singapour, 2019) – 3/5
  • Elvis (Baz Luhrmann, 2022) – 3/5
  • Blonde (Andrew Dominik, 2022) – 5/5

Documentaires

  • Last and First Men (Jóhann Jóhannsson, Islande, 2020) – 3/5
  • Punk the Capital: Building a Sound Movement (Paul Bishow & James Junes Schneider, 2019) – 4/5

At the movies – (2010s)

Il n’y a aucune logique dans les films de cette période, vus entre juin et septembre 2022, à part quelques demandes liées à des médiagraphies au boulot, mais surtout beaucoup d’envies personnelles.

Les super effets spéciaux de Pompeii

Shut Up Sona, Deepti Gupta (Inde, 2019) – 4/5: un documentaire à propose de Sona Mohapatra, chanteuse indienne (de Bollywood) qui n’a pas sa langue dans sa poche. Accusée de blasphème par une confrérie soufie, elle part à l’attaque et défend le rôle des femmes dans une société extrêmement misogyne. Passionnant ! #52FilmsByWomen #documentary

Mustang, Deniz Gamze Ergüven (Turquie, 2015) – 5/5: au bord de la mer Noire, en Turquie, cinq sœurs adolescentes fêtent la fin de l’année scolaire en allant se baigner (toutes habillées) avec leurs amis. Une voisine les dénonce à leur grand-mère (leurs parents sont décédés) et leur oncle prend des mesures. La maison familiale devient leur prison, et après une fugue, les aînées sont mariées contre leur gré. La même voie est prévue pour les plus jeunes. Un très beau film qui dénonce les mariages arrangés mais surtout la violence du patriarcat, obligeant les jeunes filles à rester dans le rang et à devenir de bonnes épouses. Avec en plus, la superbe musique de Warren Ellis. J’ai adoré ! #52FilmsByWomen

The Legend of Tarzan, David Yates (2016) – 2/5: les pires éléments du film de 1933 ont été gommés ici (le racisme pur et dur, le massacre d’animaux) mais on est loin du chef-d’œuvre. Il reste toujours ce fait que ce sont les Blancs qui sauvent les Noirs, même si l’esclavage est dénoncé tout le long du film. A part ça, c’est toujours agréable de voir Alexander Skarsgard, mais savoir que ce film a complètement été tourné en studio nuit à l’ensemble (et ça se voit vraiment trop – finalement à ce niveau-là on est très proche de la version de 1933). Et le cri de Tarzan avec yodel est bien trop peu utilisé.

Midnight Special, Jeff Nichols (2016) – 2/5: un petit garçon aux pouvoirs spéciaux est enlevé par son père biologique. Il résidait dans une communauté religieuse extrémiste et était censé sauver le monde. Un agent de la NSA (Adam Driver) s’intéresse à l’affaire. Je n’ai jamais été prise par ce film que j’ai trouvé lent et sans rythme alors que l’histoire aurait pu être haletante, j’ai même accéléré un peu vers la fin. Mais j’ai aimé y voir Adam Driver et Kristen Dunst. #theAdamDriverFilmography

Pompeii, Paul W.S. Anderson (2014) – 1/5: quel mauvais film (à tel point que ce n’est même pas un plaisir coupable) ! un mélange de Gladiator et de romance, avec l’éruption du Vésuve en point de mire. Si la reconstitution de la cité romaine est sans doute plus ou moins fidèle (à part le phare), il n’en est pas le cas pour les costumes, les gens (il n’y avait pas de Noirs à Pompéi à l’époque) et l’éruption en tant que telle. Le réalisateur s’est inspiré d’éruptions des dix dernières années pour les effets spéciaux, niant la réalité historique, et rajoutant un… tsunami ! Avec Kiefer Sutherland en méchant, Kit Harrington en gentil, Adewale Akinnuoye-Agbaje en ami du gentil, Carrie-Anne Moss et Jared Harris en parents et Emily Browning en jeune fille en quête d’amour. A noter que les pages wikipedia en anglais et français sont très différentes, la première défendant le réalisme de l’éruption, la seconde pointant vers toutes les incongruités historiques (un baise-main dans l’Antiquité, un phare à Pompéi ?).

Punk the Capital: Building a Sound Movement, Paul Bishow & James June Schneider (2019) – 4/5: un documentaire musical qui remonte aux sources du punk rock et du hardcore à Washington DC, avec de nombreux documents d’archives qui montrent comment cette scène a émergé dans une ville où ce n’était clairement pas évident (la capitale est plutôt coincée dans son côté administratif et présidentiel). Intéressant (mais une fois de plus je me suis demandée où étaient les femmes ? même si certaines sont interviewées, cela reste un monde de mecs). Avec entre autres Bad Brains et Minor Threat. #documentary

Wet Season (Anthony Chen, Singapour, 2019) – 3/5: Ling, d’origine sino-malaise, enseigne le chinois dans une école secondaire de Singapour. Elle vit avec son mari, souvent absent et très distant, et son beau-père, aphasique, dont elle s’occupe avec beaucoup de soin. Cela fait huit ans qu’elle essaie désespérément de concevoir un enfant et elle s’injecte chaque jour des hormones en prévision d’une FIV. Elle se rapproche d’un de ses élèves, Wei Lun, à qui elle donne des cours de rattrapage. Lui aussi est un peu perdu, ses parents étant absents pendant une longue durée. Tout cela se passe alors que la mousson s’abat sur la ville, mais on ne voit pas grand-chose de celle-ci: tout est centré sur l’enfermement des personnages dans l’appartement, la classe, la voiture… et les couleurs sont très fades, très tristes. C’est un film aux ambiances particulières, très feutrées, crues parfois, et qui traite de sujets difficiles avec beaucoup de sensibilité. A noter: les durians que mangent Ling et Wei Lun à plusieurs reprises. #chinesecinema

Stranger in the Shogun’s City

Amy Stanley, Stranger in the Shogun’s City: A Japanese Woman and Her World: Japon – première moitié du 19e siècle. Fille d’un prêtre bouddhiste d’un petit village à l’ouest du Japon, Tsuneno était vouée à une vie tranquille d’épouse, proche de sa famille. Mais après trois mariages arrangés et trois divorces, elle n’en peut plus et décide d’aller à la capitale, Edo (la future Tokyo), à un mois de marche de là. Elle y entame une nouvelle vie, pour la plus grande partie dans la pauvreté et au service de divers nobles de la capitale.

Cette histoire pourrait être celle d’un roman, mais ce n’est pas le cas. Amy Stanley, spécialiste de l’histoire sociale du Japon, a retrouvé des archives, les lettres que Tsuneno a envoyé à sa famille, mais aussi celles de son frère, de sa mère et d’autres personnes. Elle nous raconte donc une histoire vraie, et fait le portrait de toute une société à une époque donnée. Elle explique la vie d’une femme, ses joies et ses peines, mais aussi son rôle parfois limité à celui d’un objet ou presque, qu’on peut renvoyer à sa famille si le mariage ne convient pas (si par exemple, elle n’arrive pas à avoir des enfants ou a un caractère trop marqué) – le divorce était courant et très facile à obtenir. Dans la seconde partie, Stanley décrit aussi une ville, Edo, à une époque où les shoguns ont encore tout le pouvoir, juste avant que le pays ne soit forcé à s’ouvrir au monde. Elle parle des grandes demeures et du petit peuple qui vit et survit sur place, elle détaille le fonctionnement du théâtre kabuki et des quartiers de plaisir, elle nous emmène dans les temples. C’est le portrait d’une ville qui n’existe plus, ravagée par les nombreux incendies de l’époque puis rasée par le grand tremblement de terre de 1923 et par les bombes de la Seconde Guerre mondiale.

Si l’histoire de Tsuneno est au final assez ténue, ce livre est surtout intéressant pour la description de la vie quotidienne au Japon, à Edo, pendant la première moitié du 19e siècle, avant que de grands changements ne surviennent. Je me suis parfois un peu perdue dans les nombreuses descriptions, et les nombreuses suppositions d’Amy Stanley quant à la vie de Tsuneno montrent que les documents de base, les lettres, n’apportaient que des bribes d’histoire. Mais ce livre reste malgré tout un portrait passionnant d’une époque, vue de l’intérieur, par une femme. Je dirais que mon erreur a été d’entamer ce livre comme un roman plutôt que comme un livre d’histoire et j’ai parfois été un peu frustrée par mon rythme de lecture assez lent.

Encore un livre donc pour le challenge « Sous les pavés, les pages » organisé par Athalie et Ingannmic, à propos de Tokyo cette fois-ci.

Amy Stanley, Stranger in the Shogun’s City: A Japanese Woman and Her World, Scribner, 2020, 352p. (non traduit).

Short diary of the week (462)

Lundi: une mauvaise nuit (sans médicament), me lever plus tôt que d’habitude pour aller chez le dentiste pour le détartrage annuel, et du coup aller en voiture au boulot, croiser quelques collègues et parler des décisions de vendredi, appeler la société de parking et faire annuler mes amendes (mes mails n’avaient pas été traités – bizarrement), m’occuper le reste de l’après-midi, bien crevée en rentrant, pas le courage de regarder un film et choisir une émission enregistrée sur la BBC: George Clarke’s Old House New Home qui présente des rénovations modernes dans des maisons anciennes

Mardi: retrouver mes collègues et discuter avec plusieurs d’entre eux, la discussion houleuse que j’entends malgré les portes fermées, corriger les textes d’un collègue, la bonne nouvelle du dimanche à laquelle je repense aujourd’hui – j’ai vérifié: ma maison a un très bon score énergétique pour une construction de 1954 (mais rénovée en profondeur vers 2005), malgré tout on sent bien que les températures baissent fort, improviser un plat avec ce qui traîne au frigo, Imitation of Life (John M. Stahl, 1934) – un film assez étonnant pour son époque

Mercredi: grève des transports en commun = un jour de télétravail de plus cette semaine, il a fait glacial cette nuit – à peine 6° !, mettre la page d’accueil à jour, de l’encodage, régler une série de petites choses (mais ne pas terminer ma liste), me sentir molle, et ce n’est pas l’annonce de cette réunion de ma nouvelle équipe qui compte 35 (!!!) personnes jeudi prochain qui va aider – un jour de télétravail en plus, à vrai dire je le sens même comme un poids qui m’écrase, plus aucune énergie ni courage pour regarder un film, deux épisodes de George Clarke’s Old House New Home (j’avais déjà vu la moitié du premier), me mettre au lit fort tôt et m’endormir comme une masse

Jeudi: il fait encore plus froid ce matin, de l’encodage, des maux de tête et des vertiges, cette séance de sport où la coach me demande si je ne serais pas déprimée, et voilà que je me mets à pleurer, la situation au boulot m’inquiète plus maintenant qu’il y a quelques mois et à cela il faut rajouter ma tendance à la dépression saisonnière, tondre la pelouse, de la lecture, juste crevée et donc regarder juste un épisode de Garden Rescue avant de mettre au lit à 21h30 (même Naomi Watts dit que c’est bien dans sa story sur la ménopause !)

Vendredi: une longue nuit, de l’encodage – mes journées se répètent et ne sont pas très intéressantes au niveau du boulot – la diversité de la rédaction me manque tellement, une rapide sortie pour acheter des bulbes de tulipes et jonquilles, le retour des menus plus hivernaux, The Scarlet Pimpernel (Harold Young, Royaume-Uni, 1934)

Samedi: c’est parti pour une journée de pluie, essayer ces vieux pantalons en craignant qu’ils ne soient tous trop petits – finalement quatre sont encore mettables, ressortir le patron du seul que j’ai cousu mais il me faudra du tissu adéquat, de la lecture – terminer enfin le dernier volume d’America, Wet Season (Anthony Chen, Singapour, 2019)

Dimanche: tenter de créer un patron à partir de ce pantalon que j’aime bien – au lieu de reprendre celui qui existe déjà mais que j’aime moins – ou comment se compliquer les choses, de la lecture: terminer le roman en cours et terminer le pavé commencé début août, et puis choisir le roman suivant, de la cuisine – retourner à des recettes de Jamie Oliver, le début d’un film

Curtain of Rain

Tew Bunnag, Curtain of Rain: Claire, éditrice britannique, sent qu’elle commence à perdre la mémoire et désire retourner une dernière fois à Bangkok pour y rencontrer Tarrin Wandee, un écrivain qu’elle édite mais qui a ses propres soucis. Se mêlent à ce fil principal de nombreuses autres histoires qui au début du roman semblent n’avoir ni queue ni tête, comme si c’étaient des nouvelles écrites par Tew Bennag ou par Tarrin Wandee. Elles racontent le futur, mais surtout le passé, et il faudra attendre les dernières pages du roman pour comprendre les liens. C’est assez déroutant au début, et j’ai eu un peu de mal à entrer dans l’histoire même si les « nouvelles » sont intéressantes en elles-mêmes. Elles font le portrait d’une ville, Bangkok, et d’un pays, racontant comment l’armée américaine stationnée là lors de la guerre du Vietnam a modifié les moeurs et a incité une migration interne de la population depuis les zones plus reculées et pauvres comme l’Isaan.

J’avais noté l’auteur en lisant un recueil de nouvelles sur Bangkok; son style me plaisait et j’étais curieuse de lire un roman (écrit en anglais, même si l’auteur est thaï). J’ai eu un l’impression que ça manquait un peu de cohésion et qu’il est plus à l’aise dans le format de la nouvelle mais son écriture me plaît toujours.

La ville de Bangkok est souvent mise en avant et décrite à diverses périodes, et j’ai retrouvé des ambiances particulières qui m’ont rappelé mes visites sur place. Un extrait:

« Bangkok under a white haze: in all directions, a jagged skyline of irregular glass peaks that pierce the bleached canopy; unfinished buildings exposing naked concrete, rusting rebar, cranes perching on top like idle crows waiting for the next dubious downpour of construction cash. »

Un livre qui convient donc très bien au challenge « Sous les pavés, les pages » organisé par Athalie et Ingannmic, et qui donne envie de retourner à Bangkok (d’autres idées de livres qui parlent de la ville avec le tag « Bangkok« ).

Tew Bunnag, Curtain of Rain, River Books, 2014, 224p.

At the movies – 26 (1930s)

Cette série de films, commencée en juin, a été interrompue par l’été chaud et ses longues soirées lecture. Avec l’arrive subite de l’automne, j’ai repris le fil et j’ai bien avancé sur ma liste.

L’Atalante de Jean Vigo

The Count of Monte Christo, Rowland V. Lee (1934) – 2/5: voilà un film qui m’a laissée complètement indifférente, et que j’ai regardé jusqu’au bout juste parce que je ne connaissais pas l’histoire. Je n’ai d’ailleurs pas grand-chose à en dire (pas d’acteurs ni un réalisateur très connus mais Alfred Newman à la musique).

L’Atalante, Jean Vigo (France, 1934) – 4/5: j’ai failli arrêter ce film en cours de route à cause de Michel Simon (Père Jules) que je déteste (dans le genre grotesque et qui surjoue, il gagne le premier prix) mais je me suis attachée aux autres personnages, à ce capitaine de péniche et sa jeune épouse qui découvre Paris toute seule (son mari lui avait promis une visite mais il est empêché parce que le Père Jules est parti se saouler, et du coup, elle part seule, sauf que le mari ne l’attend pas et repart avec la péniche – sympa, le mari, n’est-ce pas ?). Il y a tellement de poésie dans ce film, et puis tant de modernité en comparaison au cinéma américain. Déjà, ça se passe en grande partie en extérieur et il n’y a aucun souci à faire dormir dans le même (petit) lit un couple enlacé. Il y a aussi une scène très érotique, juste par les expressions du visage. Le second et dernier film de Jean Vigo. A noter: une colonie de chats qui vit sur la péniche.

The Scarlet Empress, Josef von Sternberg (1934) – 3/5: l’histoire de Catherine II de Russie, jouée par Marlene Dietrich et filmée par Josef von Sternberg et avec de très nombreuses libertés par rapport à la réalité historique. Je dirais même que c’est du grand n’importe quoi avec des décors remplis de statues paganistes et d’icônes religieuses très naïves, des robes à froufrous et des coiffures à bouclettes. J’ai préféré de loin le minimalisme de Queen Christina. On voit la marque de von Sternberg et ses éclairages très travaillés mais je préfère des thèmes plus modernes qui conviennent d’ailleurs mieux à Dietrich.

Judge Priest, John Ford (1934) – 1/5: une comédie par John Ford, racontant l’histoire d’un juge dans l’état sudiste du Kentucky. Son meilleur ami est un Noir, dont le personnage est censé être comique. J’ai eu du mal… J’ai aussi eu du mal quand le neveu du juge, Rome, tente de courtiser sa voisine, ne lui laissant aucune échappatoire, la bloquant physiquement avec ses bras. La seule actrice que j’ai reconnue est Hattie McDaniel, qu’on retrouvera dans Gone With the Wind. C’est un film qui a mal vieilli et qui est bien loin des westerns du réalisateur.

The Gay Divorcee, Mark Sandrich (1934) – 3/5: une des premières collaborations entre Fred Astaire et Ginger Rogers, sur fond d’une histoire de divorce pleine de quiproquos. Les scènes de danse sont très réussies, le tout dans un décor évoquant un hôtel art déco d’une cité balnéaire anglaise. A noter: la cage avec les canaris.

The Merry Widow, Ernst Lubitsch (1934) – 2/5: Maurice Chevalier et Jeanette MacDonald jouent les deux protagonistes de ce film adapté d’une opérette. Chansons et danses se succèdent, entrecoupées de scènes de dialogue. Est-ce que je me suis ennuyée ? ça va encore. Est-ce que j’ai trouvé ça intéressant ? non. J’ai eu une impression de déjà vu et rien ne m’a aidée à m’attacher au film et aux acteurs (même pas les robes créés par Adrian – sans doute parce que ça se passe en 1885 et non dans les années 1930).

It’s a Gift, Norman Z. McLeod (1934) – 2/5: une comédie – heureusement fort courte – qui met en avant l’acteur du muet W.C. Field dans une série de gags (repris en partie des films muets, d’après wikipédia). Le film raconte l’histoire d’un épicier maladroit et de son épouse désagréable, ainsi que de leurs deux enfants, puis leur départ en Californie pour exploiter une plantation d’orangers. Je n’ai pas vraiment ri, à peine souri, mais je suis un public très difficile pour les comédies. A noter: le rôle de Baby LeRoy, un des enfants acteurs mis en avant par les studios, qui a eu une très courte carrière (et sérieusement, ce rôle, c’est du grand n’importe quoi et ça n’apporte rien à l’histoire).

Short diary of the week (461)

Lundi: cette fois-ci j’avais pris de l’anxiolytique pour dormir mais ça m’a juste assommée plutôt que de permettre un sommeil profond, j’ai donc passé une partie de la nuit à moitié éveillée, comment régler ce problème quand les personnes compétentes sont soit absentes soit inexistantes ?, la journée qui se passe – interrompue par une panne prévue d’internet, cette fatigue, The Sandman, Garden Rescue

Mardi: cette immense frustration face au sommeil qui ne vient pas – je suis à nouveau dans une période où je ne sais plus quoi faire, en plus s’y rajoute une certaine angoisse par rapport à la journée qui vient, le tram qui n’arrive pas, c’est donc la journée de cet entretien « d’embauche », entretien qui se passe très bien avec une personne de moins que prévu (c’était pas plus mal) et dans un climat de confiance et bienveillance, discuter avec les collègues, trouver un début de solution pour un problème, cette fatigue, The Sandman

Mercredi: ces moments passés avec les collègues, de l’encodage – quand même – un peu, des informations qui sont divulguées sous le manteau, trouver une bonne source pour des références d’hôtels dans des villes où ils sont pléthoriques, The Sandman

Jeudi: il ne fait plus que 21° à l’intérieur, c’est officiel: j’ai froid (même avec un pull et sous une couverture), je crains donc bien fort l’hiver, le boulot, un rendez-vous, une séance de sport, cette colère/frustration quand je remarque les trois amendes pour stationnement tout à fait injustifiées (cela fait des années que je paie ma carte de parking et que je me gare devant chez moi sans soucis – là j’imagine que c’est un nouveau contrôleur de l’autre commune, celle de l’autre côté de la rue, qui ne sait pas que je suis dans mon droit), frustration surtout à cause du temps que je vais perdre à cause de ça, et du coup aucune concentration pour de la lecture, les deux derniers épisodes de The Sandman – une belle série avec quelques épisodes exceptionnels (le 6 surtout)

Vendredi: le boulot, la journée qui se passe, les averses qui se succèdent, les courbatures qui augmentent au fil du temps, les colis déposés dans la boîte aux lettres, le mail qui confirme que je serai affectée au poste que j’ai demandé (je suis donc maintenant créatrice de contenu – on verra bien ce que ça englobe), est-ce que ça me met en joie ? pas plus que ça vu que je me demande vraiment comment ça va se passer avec un nouveau chef et une nouvelle directrice (son nom vient d’être annoncé par le directeur actuel), des sushis (mais j’ai un peu raté la cuisson du riz), The Merry Widow (Ernst Lubitsch, 1934)

Samedi: la température extérieure qui est descendue en dessous des 10° cette nuit, j’aurai tenu une heure avant de rallumer le chauffage, un peu de chaleur chez moi c’est non-négociable (à vrai dire tout ce qui a été dit dans la presse a créé une angoisse qui est un peu extrême), la difficulté de prendre une décision (à propos de tout à fait autre chose que le chauffage), éteindre à nouveau le chauffage une fois 21° atteints, la pluie qui tombe à verse à intervalles réguliers, de la lecture, deux recettes d’Ottolenghi relativement simples – l’une à base d’aubergines l’autre à base de tomates mais aucune des deux ne rejoindra mon panthéon de recettes habituelles, It’s a Gift (Norman Z. Mc Leod, 1934)

Dimanche: beaucoup de procrastination, et puis m’y mettre, un voyage de trois semaines en décembre est donc réservé (malgré un problème de payement, les hésitations, les dilemmes, l’hôtel déjà complet – le seul que j’avais choisi sans hésiter, le jour en moins pour cause de prix très différents du ticket d’avion…), et puis ne rien ressentir – ce qui est bizarre – c’est comme vendredi après le mail de confirmation de mon nouveau poste, est-ce parce que je n’ai personne avec qui partager l’info là tout de suite ? – possible, plus aucune concentration pour lire, préparer le repas du soir et ceux du midi pour la semaine, The Man Who Knew Too Much (Alfred Hitchcock, Royaume-Uni, 1934) – un bon divertissement

Trans-Europe Express

Owen Hatherley, Trans-Europe Express. Tours of Lost Continent: Owen Hatherley est un écrivain et journaliste britannique qui est passionné par l’architecture (et par Pulp – un de ses premiers livres est une biographie du groupe). Pas l’architecture classique – même si elle est abordée par moments – mais l’architecture moderne / contemporaine. Dans ce livre, il fait un tour de l’Europe et décrit de nombreuses villes par l’intermédiaire des bâtiments et de l’urbanisme. Il parle des exemples réussis mais aussi des catastrophes architecturales (Skopje est l’exemple type: chaque façade a été « modernisée » par des colonnes antiques et des panneaux miroir). Il explique comment ces ensembles se sont formés, suite à des politiques particulières (l’influence du communisme est importante dans les pays de l’Est) ou en conséquence de catastrophes comme les bombardements de la Seconde Guerre mondiale (Rotterdam, de nombreuses villes anglaises). Il analyse comment les villes se sont organisées, soit dans un ensemble très cohérent, soit tout à fait anarchiquement, insérant des bâtiments de styles complètement divers dans le tissu urbain. Il a une prédilection pour le modernisme, et surtout pour le brutalisme, pour ces immeubles de béton aux formes très organiques et brutales à la fois.

Il n’a pas sa langue dans sa poche et est très critique, mais aussi très drôle. Il envoie de nombreuses piques mais reconnaît aussi la beauté dans ce qui est laid, par contraste. Il déteste Paris à cause de la grandiloquence – il n’en parle que dans son introduction d’ailleurs – et n’est pas tendre pour les villes britanniques mais adore des villes complètement foutraques comme Liège ou Bruxelles (si je cite ces exemples, c’est sans doute parce qu’ils me parlent le plus, évidemment). Il loue également la cohérence des rénovations de Hambourg, mêlant l’ancien et l’hyper-moderne (j’ai en effet adoré cette ville). Son livre est divisé par zones géographiques et s’intéresse autant à des capitales qu’à des villes de moindre importance, de Madrid à Nicosie, du Havre à Lviv, de Thessalonique (une autre horreur d’après lui et je peux confirmer d’après ce que j’avais vu de la ville) à Aarhus, le tout est illustré par certaines de ses photos. Tout cela donne furieusement envie de voyager !

Ce livre est un vrai coup de coeur pour moi, il est tombé au bon moment et n’a fait que raviver mon intérêt pour l’architecture du 20e siècle. C’est à nouveau mon ami/collègue qui me l’a offert et il ne s’attendait pas à l’effet qu’il aurait sur moi. Depuis, j’ai exploré les possibilités de faire des voyages (en Europe) consacrés à l’architecture – plus spécifiquement l’architecture brutaliste, notamment des anciens pays de l’Est, mais aussi dans tout le continent. La seule chose qui me retient pour le moment, c’est l’arrivée de l’automne et de l’hiver et du délai un peu court pour organiser tout ça (j’aime m’y prendre au moins deux mois à l’avance, voire trois ou quatre pour être à l’aise).

J’ai hâte de lire les autres livres de l’auteur ! En tous cas, il tombait pile poil dans le challenge « Sous les pavés, les pages » organisé par Athalie et Ingannmic.

Owen Hatherley, Trans-Europe Express. Tours of Lost Continent, Penguin, 2018, 427p.

This Is How You Lose the Time War

Amal El-Mohtar & Max Gladstone, This Is How You Lose the Time War: dans les cendres d’un monde qui se meurt, Red trouve une lettre. Commence alors un échange épistolaire avec Blue. Le roman nous plonge dans un monde qui semble bien différent au premier abord et les éléments pour comprendre le contexte sont très ténus au départ. La quatrième de couverture aide un peu à établir le tableau: Red et Blue sont deux voyageuses dans le temps, au service de deux entités différentes et en guerre. Mais ce n’est pas cela le plus important, le coeur du roman est dans les lettres qui dévoilent une connivence grandissante entre les deux protagonistes alors que tout les oppose. Et comme il y a voyage dans le temps, les auteurs jouent avec celui-ci: on reconnaît des bribes de civilisations du passé et il y a un jeu de cycles temporels.

Je n’aurais jamais acheté ce livre (même après les commentaires élogieux de A_Girl_From_Earth – j’étais passée complètement à côté) mais un ami me l’a offert pour mon anniversaire. Nous avions eu quelques jours auparavant des discussions sur nos lectures et plus précisément sur les voyages dans le temps suite au dernier roman d’Emily St John Mandel qu’il venait d’entamer. A vrai dire, c’est quasi la seule frange de la SF que j’aime lire, avec les uchronies (il y a aussi cette question de temps, du passé), alors que j’ai beaucoup de mal avec les mondes construits de toutes pièces. J’ai d’ailleurs eu du mal au début de ce roman, parce que j’avais l’impression de ne rien comprendre, mais je me suis laissée prendre par l’écriture, par Red et par Blue. Chacun des auteurs a écrit une partie, mais ils l’ont fait ensemble, simultanément, lisant la lettre écrite par l’autre dès qu’elle était terminée. J’ai senti un sentiment d’urgence, d’immédiateté mais surtout un très grand respect de l’autre, respect qui se transforme au fil des pages en quelque chose de bien plus profond. J’ai été très touchée par les émotions, par la sensibilité qui émane des personnages et j’ai laissé de côté mes incompréhension du monde dans lequel ils vivent. A vrai dire, c’est un roman que je devrais relire, pour mieux le comprendre mais je perdrais peut-être cette première impression de flottement. L’écriture est belle, poétique par moments, et m’a fait penser à Emily St John Mandel, justement. Parfois, m’offrir une « wild card » peut avoir un résultat bien plus important que prévu !

Amal El-Mohtar & Max Gladstone, This Is How You Lose the Time War, Saga Press, 2020, 198p. (traduit en français: Les oiseaux du temps)