Dangerous Men

Mick LaSalle, Dangerous Men: Pre-Code Hollywood and the Birth of Modern Man: il était évident pour moi, qu’après avoir lu Complicated Women, il fallait que je lise son pendant masculin. Dans ce livre, le critique américain Mick LaSalle fait le portrait des acteurs américains qui ont dominé le cinéma d’Hollywood entre 1929 et 1934, des débuts du cinéma parlant à l’instauration du Code Hays qui a limité fortement ce qui pouvait être montré dans les films. Je trouve que le livre est un peu moins bien construit que celui sur les femmes, mais il y a quand même une belle palette d’hommes, souvent spécialisés dans un type de rôle: les monstres pour Boris Karloff et Bela Lugosi, les gangsters pour James Cagney et Edward G. Robinson, les latin lovers pour Ramon Navarro, les militaires, les avocats, les hommes un peu louches… C’est l’époque de Clark Gable qui enflamme les coeurs des jeunes filles (avec ou sans moustache), mais aussi de Gary Cooper ou Maurice Chevalier. Tous ces hommes sont engagés pour l’un ou l’autre studio, et jouent des rôles en fonction des caractéristiques de ceux-ci. Ils sont dans l’air du temps et sont « modernes » dans le sens où le cinéma de l’époque a abandonné le conservatisme d’antan et ose décrire la vie telle qu’elle est, n’hésitant pas à montrer de la violence ou une sexualité exacerbée (dans les limites de l’époque évidemment – les corps dénudés, c’est pour bien plus tard).

J’aime toujours autant le ton de Mick LaSalle; j’ai dévoré trois de ses livres en quelques mois. A vrai dire, il ne m’en reste qu’un seul à lire, mais j’hésite à cause de son sujet: ce que Hollywood peut apprendre des actrices françaises contemporaines. En même temps, ça pourrait être intéressant (edit: je l’ai commencé). En attendant, je continue à regarder les films des années 1930 avec tous ces acteurs et actrices et je m’amuse beaucoup.

Teach yourself to sleep

Kate Mikhail, Teach yourself to sleep: an ex-insomniac’s guide: c’est un article du Guardian qui m’a mis sur la voie de ce livre, et vu mes problèmes de sommeil, je me suis dit que c’était peut-être un bon investissement. Ce genre de livres de self-help peut être très mauvais mais peut aussi apporter certaines choses. On est ici dans la seconde catégorie. Kate Mikhail part de ses propres insomnies, et de son histoire familiale: elle est la nièce de Richard Waters, un pionnier de la thérapie cognitive et comportementale et protégé d’Emile Coué. Cette méthode Coué résonnait en moi, pas forcément de manière positive, mais comme moyen d’inculquer quelque chose de force. Or, il y a un côté plus positif: la répétition de certaines phrases peut changer à la longue un comportement (je résume très fort ici). C’est l’idée de base du livre, mais avant d’arriver au coeur du problème, Mikhail analyse le sommeil sous toutes ses facettes, relayant de nombreuses études scientifiques: elle parle des effets du stress, de la nourriture, même de la ménopause. Elle décrit aussi les différentes phases du sommeil et met le doigt sur celles qui peuvent poser problème, ajoutant au passage quelques exercices de visualisation (j’aime beaucoup les courbes des ondes cérébrales qui ont de nombreux pic en phase d’éveil et qui s’aplatissent dans le profond sommeil). Et c’est passionnant ! Enfin, elle propose un choix de scripts à lire / écouter tous les jours (dans l’idée de la méthode Coué) pour améliorer son sommeil (ils sont disponibles sur son site).

J’ai appris énormément de choses sur le sommeil en lisant ce livre, et j’ai commencé à écouter tous les jours (vers 17-18h) un des scripts, celui de Kirsty MacDonald. Une phrase fait pas mal d’effet chez moi: « le sommeil est quelque chose de tout à fait naturel ». Au moment d’écrire ce brouillon de billet, ça ne fait qu’une semaine que j’ai commencé, mais il est certain que ces cinq minutes de coupure dans ma journée font du bien. Une semaine plus tard, j’ai déjà perdu le rythme et j’oublie systématiquement ma pause – je vais faire des efforts pour m’y remettre. Je suis sûre qu’au final ce livre m’aidera (j’applique la méthode Coué, là), tout simplement parce que j’essaie de créer de plus en plus des images positives sur le sommeil (et non plus celles que j’avais avant et que je ne vais donc pas écrire ici). Un bon achat, donc !

Short diary of the week (426)

Lundi: une nuit meilleure que la moyenne pour un lundi, de la procrastination, de l’écriture, un gros coup de pompe lié à une digestion compliquée, une mini-sieste, de la lecture, Call the Midwife, A House Through Time

Mardi: partir au bureau alors qu’il fait encore noir et chargée comme une mule, discuter toute la matinée avec un collègue et tenter d’établir un plan de travail, continuer la discussion l’après-midi et avoir une table des matières, et puis discuter avec deux autres collègues et même partir plus tard que l’heure normale de pointage, mais je le regretterai, arrivée au métro me voilà coincée dans une station trop loin de la maison pour rentrer à pied et sans aucune correspondance pour cause d’intrusion sur les voies, rentrer trois quart d’heure plus tard que prévu, préparer rapidement à manger et puis m’effondrer dans le canapé, et commencer la série Landscapers

Mercredi: me mettre au travail, devoir m’interrompre suite à une panne d’internet, faire la vaisselle en attendant, et le harcèlement reprend de plus belle (mais seuls les hommes de l’équipe sont visés cette fois-ci), il est déjà midi et j’ai l’impression de n’avoir rien fait (c’est faux en fait, mais je n’ai pas fait tout ce que je voulais faire à cause de la panne), me sentir super agitée, recevoir ce coup de fil qui m’annonce que j’ai oublié ce rendez-vous, ce qui m’agite encore plus, une séance de vélo d’appartement, régler un problème qui traîne depuis longtemps, aucune concentration pour lire avec tout ça, choisir de regarder un film plutôt que la suite de la série en cours: Thumbsucker (Mike Mills, 2005) et enfin réussir à me calmer

Jeudi: une bonne nuit, cette fois-ci j’ai une courbature au cou mais à l’avant du côté de la clavicule – l’effet des sacs trop lourds et de l’attente dans le métro mardi ?, relire et améliorer un texte, repousser l’écriture d’un autre à demain, la journée où je retrouve mon calme après deux jours un peu trop survoltés à mon goût, et c’est parti pour l’Ethiopie, une courte promenade pour emmagasiner de la vitamine D, de la lecture, la suite et la fin de Landcapers – une série de Will Sharpe (dont j’avais beaucoup aimé le film The Electric Life of Louis Wain) – j’ai trouvé ça un peu ennuyeux et assez vide – et trop d’effets tuent l’effet

Vendredi: si j’ai bien calculé mon coup toutes mes commandes arrivent aujourd’hui (mais à des heures différentes et avec trois livreurs différents dont un à vélo), et hop voilà le premier !, écrire ce texte longtemps reporté – la deadline approche, voilà le second !, de retour en Ethiopie, terminer le roman en cours – le premier coup de coeur de l’année et le premier coup de coeur depuis très longtemps, le troisième livreur est prévu entre 18h et 22h – tant pis si je suis déjà en pyjama, ah mais le voilà juste avant 18h !, Dr. Jekyll and Mr. Hyde (Rouben Mamoulian, 1931)

Samedi: réveillée tard après une nuit un peu compliquée, de la lecture de blogs, un peu de couture – enfin du repassage de plis pré-couture, me lancer dans un classique qui à vrai dire m’ennuie un peu après une cinquantaine de pages (mais il paraît que ça s’améliore à la moitié), terminer le tome 8 de la revue America commencé en… septembre !, un essai de cuisine coréenne – ce sera mieux au barbecue – et les goûts étaient un peu trop forts pour moi, Le Mont Fuji et la lance ensanglantée (Tomu Uchida, 1955) – je me suis posée pas mal de questions au début mais au final c’était très distrayant, oh non ! j’espère qu’un de mes blogs préférés n’a pas disparu complètement

Dimanche: une bonne nuit et un réveil matinal, tenter de rattraper mon retard dans l’écriture de billets lecture, et on ne parlera pas du blog voyages laissé à l’abandon au premier tiers de mon récit, et ce n’est pas ma semaine remplie de réunions (chiantes) qui aidera, une sieste (parce que même en ayant bien dormi je me sens souvent super fatiguée en début d’après-midi), de la lecture, préparer un curry thaï en m’inspirant d’une recette mais en faisant quelques raccourcis, Beginners (Mike Mills, 2010) – un beau film mais qui a amené beaucoup de larmes vu que ça parle en partie du décès d’un père

At the movies – VI (1930s)

Norma Shearer & Clark Gable dans A Free Soul

La chienne, Jean Renoir (France, 1931) – 2/5: l’histoire est similaire à Der blaue Engel de Josef von Sternberg: Maurice Legrand, un homme d’âge moyen (Michel Simon), rudoyé par son épouse et peintre à ses heures, s’amourache d’une prostituée qui profite de lui. Evidemment, ça se termine mal (il y a malgré tout un petit twist dans l’histoire à la fin). Jean Renoir est célébré pour son réalisme et c’est en effet très bien filmé (en studio et aussi un peu en extérieur), mais l’histoire n’est pas passionnante et les acteurs déclament leur texte dans un style théâtral et ampoulé (je n’ai jamais aimé les films français à cause de ce jeu). J’ai accéléré un peu vers la fin parce que je n’en pouvais plus. Et puis cette insistance sur la femme qui est mauvaise alors que Maurice est lui-même une vraie calamité par sa naïveté. A noter: un canari, un chat noir et le cocktail français du moment, le chambéry fraise (un mélange de vermouth et liqueur de fraise).

Dracula, Tod Browning (1931) – 4/5: ce n’est pas le meilleur film à propos de Dracula mais je me suis laissée emporter par l’histoire, et ça (mon degré de divertissement donc), c’est un point très important dans mon appréciation. Bela Lugosi pourrait même presque faire peur mais ce sont plutôt les décors gothiques qui m’ont fait frissonner – ils sont vraiment superbes. C’est très court: 75 minutes à peine, mais ça concentre les éléments clé de l’histoire (wikipedia dit que le film faisait 85 minutes mais que des scènes ont été censurées en 1936 suite au code Hays). C’est un film très silencieux et il n’y a pas de musique accompagnant les images – ce qui fait un peu bizarre (Philip Glass a composé un score en 1999, mais j’ai regardé une version sans celui-ci). Evidemment, je n’ai pas pu m’empêcher de penser à des versions ultérieures, notamment à celle de Coppola où le rôle de Renfield joué par Tom Waits m’est resté en tête.

M – Eine Stadt sucht einen Mörder (ou M le Maudit), Fritz Lang (1931) – 4/5: il est clair que ce film est un chef d’oeuvre et que j’ai attendu bien trop longtemps pour le voir. Si je ne lui mets pas la cote maximale, c’est à cause de quelques longueurs (ça cause beaucoup quand même) et d’une fin très abrupte (je sais que c’est courant dans ces années là, mais ça aurait mérité d’une ou deux minutes de plus). J’ai vu la version de 109 restaurée en 2000 (on voit plus ou moins quels passages ont été rajoutés, souvent ils sont muets). A noter: il n’y a quasi que des hommes, les femmes ont vraiment des rôles mineurs, et tous fument à s’en donner des cancers du poumon.

Frankenstein, James Whale (1931) – 3/5: le dvd que j’ai pu voir faisait 67 minutes, wikipedia annonce 71 minutes – il manquerait donc quatre minutes à la version que j’ai vue, mais une scène qui avait été coupée à cause du code Hays est présente (celle où Frankenstein jette une fillette à l’eau). Mystère donc. C’est un classique, et tout le monde reconnaît Boris Karloff, mais à part ça, je n’ai pas grand-chose à en dire. Comme on connaît l’histoire, il n’y a plus une once d’angoisse. Et il y a une belle fête bavaroise avec costumes traditionnels.

Mata Hari, George Fitzmaurice (1931) – 3/5 (ou 2 ?): interprétée par Greta Garbo, Mata Hari n’a rien dans ce film de la beauté aux traits exotiques qu’elle était dans la réalité (même si elle était hollandaise, elle avait un teint mat et des cheveux noirs). Le film mélange d’ailleurs deux époques, celle où elle était danseuse et effeuilleuse (au tournant du siècle) et celle où elle était espionne en 1917 (et avait donc 41 ans, Garbo en avait 26 à l’époque). Des détails, dirons-nous. Ses costumes (conçus par Adrian) sont superbes, très fluides, très années 1920 et 30 aussi, mais ces « bonnets »… Même ornés de paillettes, ce n’est pas très beau. Avec aussi Ramon Novarro, la latin lover et sexy boy d’origine mexicaine, qui joue le rôle d’un pilote russe. Comme souvent avec Garbo, le film se termine tragiquement, avec un certain sens du sacrifice. A noter que la Cinematek (à Bruxelles) possède l’unique copie non tronquée par le code Hays de ce film, et contenant quelques scènes plus osées, notamment de l’effeuillage du début (mais j’ai vu le dvd).

A free soul, Clarence Brown (1931) – 4/5 qui devient 2/5: le début de ce film est fantastique, grâce à Norma Shearer (Jan) qui est parfait dans son rôle de femme libre et qui sait ce qu’elle veut. Elle quitte son amoureux un peu fade (Leslie Howard) et tombe dans les bras d’un gangster séduisant (Clark Gable), mais elle ne se laisse pas prendre. Si elle accepte le premier baiser, elle refuse le second et ne veut pas entendre parler de mariage (ce qui pose évidemment problème pour un homme qui obtient tout ce qu’il veut). La seconde moitié du film est moins intéressante, mettant en avant la relation entre Jan et son père alcoolique, et se terminant en film de procès (le père est avocat). Les robes (créées par Adrian) sont superbes, tout particulièrement la première en satin fluide, montrant les formes de l’actrice (qui ne portait probablement rien en dessous). A l’époque, il y avait deux camps: celles (et ceux) qui préféraient Clark Gable sans moustache et les autres qui le préféraient avec. Je fais partie du second camp, je le trouve même très banal sans moustache. C’est aussi le premier film où je le vois si jeune, à trente ans. Je ne le connaissais que de Gone with the wind (avec aussi Leslie Howard) et de Misfits (juste avant sa mort).

Dr. Jekyll and Mr. Hyde, Rouben Mamoulian (1931) – 2/5: disons-le d’emblée: ce film m’a dérangée. Je n’ai pas du tout aimé comment Mr. Hyde harcèle et attaque sa victime, Ivy Pearson, et comment il s’en prend ensuite à la fiancée du Dr. Jekyll, éléments du récit qui ne sont pas dans le roman écrit par Robert Louis Stevenson. Il y a une sexualisation extrême où l’homme ne peut être que prédateur et la femme victime, le tout causé par la société victorienne. En effet Dr. Jekyll veut épouser Muriel au plus vite mais son père refuse et il est frustré. Au niveau technique par contre, il y a des avancées: la caméra bouge beaucoup plus et suit le point de vue du Dr. Jekyll. Et il est assez drôle de voir Mr. Hyde grimper dans la bibliothèque et sauter partout. Avec Fredric March dans son seul rôle de méchant.

Et donc, la question du jour: Clark Gable, avec ou sans moustache ?

Silence

Shûsaku Endô, Silence: je voulais voir le film, mais j’ai préféré lire le roman avant (et j’ai bien fait, vu que le film suit de très près le roman). Dans le Japon du début du 17e siècle, les shoguns ont décidé de limiter le plus possible les contacts avec les Européens et ils ont banni la religion catholique qui avait pourtant convaincu un certain nombre de personnes. Deux missionnaires portugais, Rodrigues et Garupe, sont envoyés sur place pour faire le point sur la situation et retrouver les traces de Ferreira qui aurait renié sa religion. Ils sont accompagnés par un étrange personnage, Kichijiro, un Japonais qui aurait été converti (ou pas), et qui est le spécialiste pour changer de camp.

Le roman est très beau, apportant de beaucoup de détails sur une période particulière de l’histoire du Japon et sur la détermination des missionnaires européens (à tel point que je me suis à nouveau posé beaucoup de questions sur le fanatisme, la religion et la violence de l’imposer à quelqu’un). Je regrette cependant d’avoir lu la version française du roman, qui a été traduite de l’anglais, qui a elle-même été traduite du japonais. Il y a parfois quelques mots bizarres dans le contexte (Halloween, pour parler d’O bon, le festival honorant les esprits des ancêtres, par exemple). Le livre ayant été écrit en 1966, il serait aussi intéressant de savoir de quand datent les traductions, et même d’en faire une nouvelle en français, le roman restant passionnant encore aujourd’hui.

En sortir 22 en 2022

En 2021, j’ai sorti 8 12 titres de ma liste (8 lus et 4 abandons – en refaisant mes comptes, j’en ai plus qu’annoncé à l’origine) et je m’étais dit, vu mon faible score (en fait, ça va) que je ne ferais pas de nouvelle liste cette année. Mais j’ai été influencée par celles qui fleurissent sur d’autres blogs et j’adore faire des listes (et j’avais aussi 30 minutes à remplir d’une façon ou d’une autre) ! J’ai repris une grande partie des catégories de l’année passée, avec certains des titres, mais j’ai aussi adapté un peu, notamment en créant de nouvelles catégories en fonction de ma PAL. Si l’un ou l’autre de ces titres vous intéresse, on peut faire une lecture commune.

le titre contient le nom d’une ville ou d’une région

  • Stephen Markley, Ohio
  • Julia Kelly, The last garden in England

le titre contient soit « chant/chanson », soit « musique » ou est le titre d’une chanson, ou s’en inspire très fort, ou contient le nom d’un musicien/chanteur

  • Nguyen Phan Que Mai, The mountains sing
  • Wright Morris, Plain song for female voices

le titre contient un prénom

  • Kali Fajardo-Anstine, Sabrina & Corina
  • Medoruma Shun, L’âme de Kotaro contemplait la mer

le titre est composé d’un seul mot

  • Serizawa Akato, Inheritors
  • Matt Lennox, Redemption

le titre contient une un métal ou une pierre précieuse

  • A.M. Stuart, Revenge in rubies
  • C. Pam Zhang, How much of these hills is gold

le titre contient un mot lié aux arbres et à la forêt

  • Marion Poschmann, The pine islands
  • Alex Taylor, Le verger de marbre

le titre contient un mot lié au ciel et à la météo (pluie, tempête, mais aussi étoiles, nuages…)

  • Emma Donoghue, The pull of the stars
  • Jean Hegland, Apaiser nos tempêtes

le titre contient un mot désignant un animal

  • Craig Johnson, série Walt Longmire: 8. A vol d’oiseau
  • Melissa Broder, The pisces

le titre renvoie à la mort

  • Tash Aw, Nous, les survivants
  • Riku Onda, The Aosawa murders

le titre contient le mot fleuve ou rivière, ou assimilés

  • Andrée A. Michaud, Rivière tremblante
  • Kakuta Mitsuyo, Celle de l’autre rive

le titre contient un chiffre

  • Asha Lemmie, Fifty words for rain
  • Kim Jiyoung, Born 1982

Short diary of the week (425)

Lundi: une nuit pas trop mauvaise pour une veille de retour au travail, bon ben j’ai l’impression que je suis une des seules à être présente (difficile à savoir en télétravail), une séance de vélo d’appartement, la fatigue qui me tombe dessus – de même que des maux de tête et ces fichues courbatures qui reprennent en force, de la lecture pour terminer l’après-midi, Call the Midwife, Garden Rescue

Mardi: est-ce que ce sera plus animé aujourd’hui au bureau (enfin en télétravail) ?, le silence est assourdissant, et puis comme si de rien n’était ce mail qui annonce la réunion d’équipe pour cet après-midi, des discussions par mail entre collègues, la réunion donc – qui n’aidera pas à motiver les troupes, d’ailleurs il est peut-être mieux que dorénavant je ne parle plus trop de mes activités au boulot à part les événements marquants, des maux de tête, de la lecture sans trop de conviction, Mata Hari (George Fitzmaurice, 1931)

Mercredi: pas grand-chose à dire sur le boulot, terminer cette liste chronologique de films à regarder, le retour des maux de tête, faire une sieste et ne pas du tout être reposée, de la lecture, tenter de ne pas succomber aux idées noires, A free soul (Clarence Brown, 1931) – encore un très beau rôle pour Norma Shearer

Jeudi: ce n’est pas la grande forme, déprimer complètement, écrire à deux amis-collègues et trouver du réconfort, et même réussir à construire une certaine perspective (vu que la direction a totalement laissé tomber les bras), une promenade au soleil (rien de très spécial – le tour du quartier en forme de rectangle depuis ma rue), de la lecture – une longue nouvelle de 50 pages (mais vu que ce sont des grandes pages écrit petit et en anglais, ça me met le double du temps habituel – 100 minutes donc en gros), hésiter longtemps pour le film du soir, choisir finalement un film de Hong Kong: My Prince Edward (Norris Wong, 2019)

Vendredi: ne même pas allumer mon ordinateur du bureau ce matin (j’ai vérifié sur mon téléphone: pas de mails importants), et puis partir en ville pour l’activité du jour: la première vision de presse de l’année, et donc voir C’mon C’mon de Mike Mills (2021), une rapide course sous la pluie – acheter une cloche à gâteau – ce qui me permettra de ne plus utiliser plein de papier alu, rentrer à la maison, répondre aux mails du matin, de la lecture, et bam ! le retour des maux de tête et une sieste impromptue en fin d’après-midi, un film ? ou plutôt le premier épisode de la quatrième saison de A house through time (j’ai complètement loupé la diffusion en direct mais il y a une chaîne youtube), aller dormir tôt

Samedi: un rêve plein de frustrations juste avant le réveil (j’étais en voiture avec mon père, nous avions débarqué d’un ferry et nous étions dans une grande ville en Nouvelle-Calédonie. Il fallait rejoindre l’hôtel mais mon père roulait dans la mauvaise direction, et quand je lui disais d’aller à gauche comme l’indiquait google maps, il allait à droite – je me suis réveillée à ce moment-là), reprendre enfin la couture de cette robe mais prendre beaucoup de temps pour couper la jupe et marquer l’endroit des plis (de grandes pièces dans un tissu très fluide donc), terminer le livre de nouvelles en cours, choisir un nouveau roman, l’abandonner après une vingtaine de page (je vais les noter dans ma PAL cette année pour laisser une trace de ces abandons), commencer un autre et me forcer un peu à persévérer, il sera peut-être très bien mais j’ai toujours cette impression d’être dans un marasme littéraire, une recette russe en partie modifiée (et sans photo parce que j’ai vraiment présenté n’importe comment), le début d’un film

Dimanche: une nuit un peu agitée parce que je me suis réveillée plusieurs fois à cause de la pluie qui tombait à verse, je prends du poids à vue d’oeil alors que je tente vraiment de limiter les quantités, mais je lis partout que les régimes ne fonctionnent pas et d’ailleurs je n’ai pas envie de me priver (même si c’est ce que je fais quand même un peu, je mange peu de pâtes et de gâteaux par exemple), je sais d’ailleurs très bien qu’une partie de la solution est de bouger plus (mais j’ai beaucoup de mal et je dois me forcer presque à chaque fois), de la couture (je pensais terminer aujourd’hui mais il y a encore trop à faire), filtrer l’infusion de myrtilles et de prunelles et en faire de la liqueur et du sloe gin, le rhum arrangé à la mangue par contre est totalement raté – la mangue ne donne pas bon goût dans une infusion, de la lecture, le fin du film: Lincoln (Steven Spielberg, 2012), Garden Rescue

Les simples

Yannick Grannec, Les simples: Située en Provence, l’abbaye Notre-Dame du loup abrite une communauté de bénédictines, qui en cette année 1584 continue ses tâches traditionnelles: la prière pour certaines des religieuses et le soin aux malades pour d’autres, grâce à la connaissance des plantes – les simples – de soeur Clémence. Mais le nouvel évêque de Vence, Jean de Solines, voit d’un mauvais oeil l’indépendance du couvent et souhaite s’attirer les revenus de la vente des remèdes. Assisté par ses deux vicaires, dont le jeune Léon, il élabore un plan pour semer le trouble, mais ses intrigues dépassent ses prévisions et c’est un véritable brasier qu’il allume.

Le récit est conté par différentes voix, celles de Clémence et de la mère principale mais aussi de Jean et Léon, plongeant le lecteur dans les pensées divergentes des protagonistes. Si les parties consacrées à l’herboristerie sont intéressantes, l’intrigue met un certain temps à se mettre en place et semble même un peu exagérée au fil des pages, comme s’il fallait toujours en rajouter. Mais cela reste un roman agréable à lire et une plongée dans le monde de la fin du 16e siècle. Et c’était assez drôle de lire comment une communauté de religieuses n’est pas exempte de jalousies et de chamailleries dignes du jardin d’enfants.

A History of Narrative Film

David A. Cook, A History of Narrative Film (5th edition): (ce billet est moitié critique moitié tranche de vie). J’avais dû me procurer ce livre (la seconde édition à l’époque) pour un cours d’histoire du cinéma à l’université. Cet été, j’ai eu envie de le lire en entier, et j’ai donc cherché une édition plus récente. Ma passion pour le cinéma s’est tarie pendant des années, à cause de l’omniprésence des séries et ma vie de couple de l’époque. En effet, souvent nous ne commencions à regarder la télévision que vers 21h et un épisode de série de 45 minutes à une heure était le maximum que je pouvais regarder sans m’endormir. Et nous n’avons quasi pas été au cinéma (à part certaines éditions du BIFFF, le Festival du Film Fantastique de Bruxelles – mon ex avait une prédilection pour ce genre de films). Aujourd’hui moins de séries me tentent et au travail, on m’a proposé d’écrire sur les nouvelles sorties, activité qui m’a beaucoup intimidée au début mais que j’ai embrassé avec beaucoup de plaisir depuis. Je retourne donc au cinéma, tout en empruntant pas mal de dvd (l’avantage de mon boulot). J’ai aussi décidé de combler certains trous dans ma culture, et du coup, je me suis concocté une liste de films à voir inspirée de best of trouvés sur le net (elle fait 70 pages, mais j’ai tout le temps, un peu comme pour le challenge Joyce Carol Oates). C’est comme ça que je me suis lancée dans le visionnage de films des années 1930, entrecoupé de productions plus modernes vu que j’ai aussi une liste de westerns en cours, ainsi qu’une liste de films japonais. J’ai décidé de ne pas regarder les films muets, c’est plus fastidieux et souvent plus ennuyeux.

Mais revenons au livre: c’est une bible, c’est clair. L’auteur aborde l’histoire du cinéma américain mais consacre au moins la moitié du livre (voire les deux-tiers même) au cinéma du monde entier (et c’est là que je me rends compte que je n’ai vu aucun film d’Europe de l’Est par exemple). Il cite beaucoup de noms (mais moins que dans la seconde édition) et fait de courts résumés de beaucoup de films mais il donne en même temps une image assez globale de l’évolution et de la création de nouveaux styles, s’attachant notamment aux innovations techniques qui ont forcé les réalisateurs à se réinventer. J’ai noté une chose cependant: il ne parle jamais de la musique, des scores composés spécialement pour les films et qui ont souvent changé l’appréciation qu’on a des films en question. Or c’est un sujet que je connais un peu à cause de mon boulot. D’autres lecteurs ont noté d’autres lacunes, mais pour moi, ce livre m’a permis de rafraîchir ma mémoire et de découvrir plein de nouvelles choses. A moi maintenant d’approfondir certains sujets qui m’intéressent plus (au hasard, les années 1930, le cinéma japonais ou de Hong Kong – j’ai déjà (lu) quelques livres sur le sujet).

Ménopausée et libre !

Sophie Kune, Ménopausée et libre ! Manifeste pour une ménopause réinventée: la ménopause est sujet encore tabou aujourd’hui mais heureusement la parole commence à se libérer. Et ça tombe bien, parce que je commence à avoir des premiers symptômes, souvent passagers mais concentrés par moments. Du coup, j’ai envie de savoir, de m’informer, de mieux me préparer à ce qui m’attend. Ce livre me faisait de l’oeil, je me suis précipitée dessus (sans savoir qu’à la base c’était un compte instagram), et j’ai failli le jeter à travers la pièce une fois terminé (parce que oui, je l’ai malgré tout terminé).

Je risque d’être un peu de mauvaise foi. Ou pas. Ou alors je n’étais pas le public cible (pourtant à 49 ans, il n’y a pas plus cible que moi). Il y a une différence entre poster de courts textes sur instagram et remplir un livre. Du coup, pour remplir le livre, Sophie Kune commence par raconter sa propre expérience, et c’est en effet intéressant d’avoir l’avis de quelqu’un qui a vécu ça. Puis elle se penche sur les origines du mot et renvoie à Charles de Gardanne, le médecin français qui l’a inventé en 1821. A partir de là, chaque chapitre contient de larges extraits de son traité de l’époque. Sauf qu’en 2021, à part si on est historien, on n’a pas envie de lire ces textes complètement dépassés et pour la plupart misogynes.

Si ce n’était que ça (pourquoi les critiques négatives sont-elles toujours les plus longues ?): je cherchais des informations précises sur les traitements possibles mais ça se limite à trois pages. Pour le reste, Sophie Kune donne pléthore de conseils dignes d’un Elle ou d’un Marie-Claire, avec plein d’injonctions voilées. J’ai eu la nette impression qu’elle est pro clean beauty (il y a tout un débat à ce sujet et comme toujours il est plein d’extrémismes) et son discours sur la teinture des cheveux gris part dans tous les sens. Elle prône aussi certaines marques de vêtements en coton bio, évidemment. Ce qui me fait penser que ses conseils sont limités à une certaine catégories de femmes qui ont les moyens de se payer ça (j’ai poussé le vice jusqu’à vérifier: 107 euros le t-shirt basique). Son style est clairement parisien et bourgeois – à l’opposé total du mien. Et puis ces phrases comme « je préconise », « il faut se supplémenter », « faites »… Là où j’ai même carrément ri c’est quand elle insiste sur le fait qu’il faut dormir avec un oreiller plat, parce qu’avoir la tête trop élevée la nuit provoquerait un double menton.

Tout ça est entrecoupé d’entretiens avec des personnes diverses, de la gynécologue à une représentante La Redoute (j’en conviens, les vêtements de la marque sont moins coûteux que les t-shirts cités plus haut), ainsi que de QR codes renvoyant à des tableaux pinterest qu’elle a composé.

Je suis vraiment déçue de ce livre (et même du compte instagram auquel je me suis abonnée depuis). J’ai tellement aimé la poésie de Darcey Steinke, et ses histoires de baleines (dont parle Kune, mais sans donner la référence), et même ses explications sur l’origine des hormones de remplacement. On a clairement ici un exemple du fait que je me sens bien plus proche des sensibilités anglo-saxonnes que franco-parisiennes. C’est extrêmement rare que je mette une cote aussi basse à un livre, mais c’est aussi parce que j’abandonne les plus mauvais en cours de route. Ici, j’ai continué à le lire, espérant y trouver des informations intéressantes. Ce n’était pas le cas. Je préciserai quand même que ma voix dissonante est bien unique: tous les commentaires sur amazon et fnac sont à 100% positifs (à tel point même que cela semble bizarre).