Flash count diary

Darcey Steinke, Flash count diary. A new story about the menopause: quand j’ai écouté le podcast de France Culture à propos de la ménopause, j’ai été bercée par la voix de Darcey Steinke et j’ai eu envie de lire son livre. A vrai dire, il traînait déjà depuis un certain temps dans ma wishlist mais ce n’était pas le bon moment. Et puis j’ai eu quelques gros symptômes de pré-ménopause (enfin je pense) et j’ai voulu me préparer (depuis ça s’est calmé). Dans ce livre, Steinke raconte comment ses bouffées de chaleur à répétition l’ont menée à apprendre à connaître un peu mieux cette transition. Elle parle d’elle, en mode autobiographique, mais aussi de la recherche scientifique et du monde animal. Elle s’est tout particulièrement intéressée aux baleines, les seuls mammifères qui connaissent la ménopause et elle explique comment les vieilles baleines deviennent une guide pour les autres, plus jeunes. L’analogie est belle, et en totale opposition avec ce qui se passe dans le monde humain, où les femmes ménopausées deviennent très souvent invisibles. Steinke parle aussi des traitements hormonaux, les plus anciens étant fabriqués à partir d’hormones venant de l’urine de juments en chaleur… ça ne donne pas très envie, n’est-ce pas ? En Belgique, j’ai l’impression que les gynécologues prescrivent d’office un traitement hormonal, mais ce n’est pas la cas aux Etats-Unis, pour diverses raisons.

Ce livre est le portrait d’une femme qui change et qui se pose des questions sur cette transition, et même si c’est en partie personnel, il offre aux autres femmes une vision qui se veut positive malgré les divers tracas occasionnés par ce bouleversement. Je ne sais pas encore comment cela se passera pour moi mais j’ai des éléments pour mieux aborder cette période, et pour en discuter avec ma gynécologue (si elle m’en laisse l’occasion – sinon ce sera le moment de changer). Cela fait maintenant quelques semaines que j’ai terminé le livre, et même si j’ai déjà oublié une partie du contenu, il m’en reste surtout un sentiment de douceur, une approche chaleureuse (à l’inverse des médecins souvent très cliniques) et une écriture très poétique.

Short diary of the week (395)

Lundi: une nuit un peu agitée mais ça aurait pu être pire, me remettre au boulot sans grand enthousiasme, une crise de courbature et de maux de tête aussi violente que subite, et surtout qui disparaît après quelques heures en prenant du dafalgan, et puis voilà le programme qui me permet de faire des commandes qui ne fonctionne plus, une sieste, de la lecture – terminer un court roman, Call The Midwife – fin de la 10e saison, Garden Rescue avec un thème sur les pirates mais du coup il y avait des plantes exotiques

Mardi: une mauvaise nuit, une belle crise d’angoisse par rapport au vaccin, appeler mon médecin qui me dit qu’il ne peut rien changer à la date mais qui prend son temps pour me parler, de la relecture et de l’encodage, la réunion d’équipe et les sombres perspectives d’avenir, complètement craquer quand je parle de mes angoisses à ma voisine et qu’elle ne comprend pas du tout, sangloter pendant une heure, me rendre compte quand je me suis un peu calmée que j’ai évacué bien plus que les angoisses du matin (le sombre futur à mon boulot, la pandémie, mon poids, ma solitude, mon papa qui me manque…), évidemment j’ai les yeux tout gonflés et ce n’est pas très propice à de la lecture, j’arrive quand même à terminer le film en cours – El Dorado de Howard Hawks (1966)

Mercredi: une mauvaise nuit – encore – avec des maux de tête, le boulot, est-ce qu’on aurait enfin reçu cet accès gratuit demandé il y a plus de deux ans ?, de le lecture, The Outsiders (Francis Ford Coppola, 1983) – c’était mon film préféré quand j’étais plus jeune mais je me rends compte aujourd’hui qu’il m’a moins touchée, l’orage

Jeudi: ça va mieux aujourd’hui, me plonger dans le taarab tanzanien, aller voir ces salons de jardin en vrai dans un immense magasin, et puis aller à la jardinerie un peu plus loin, m’excuser auprès de ma voisine, The Great British Sewing Bee, Garden Rescue

Vendredi: relire un texte écrit la semaine passée et constater qu’il tient la route, trier des disques, l’orage, les litres d’eau qui tombent du ciel, de la lecture, commencer Mare of Easttown et être accro dès le premier épisode, Anthony Bourdain’s No Reservations au New Jersey

Samedi: lecture de blogs, un aller-retour à Schaerbeek en voiture pour aller chercher une pile de vieux magazines Burda, un retour laborieux après avoir raté l’entrée de l’autoroute, un temps si gris qu’il invite à la lecture, céder à la fatigue en fin d’après-midi et faire une mini-sieste, The painted veil (John Curran, 2006)

Dimanche: le jour des lessives, les jour où j’écris des brouillons d’articles pour le blog, de la couture, le retour des maux de tête, une sieste, de la lecture, Mare of Easttown, No Reservations au Vietnam

Revolusi

David Van Reybrouck, Revolusi. Indonesië en het ontstaan van de moderne wereld (L’Indonésie et la création du monde moderne): après avoir écrit l’histoire du Congo, David Van Reybrouck s’est attaqué à l’Indonésie. Cela ne lui semblait pas évident au départ, et il craignait ne pas être la bonne personne pour l’écrire, mais justement, le fait d’être Belge et non Hollandais lui a permis d’avoir un point de vue neutre et impartial. Il a appliqué la même technique: interroger les gens qui ont vécu les événements importants du 20e siècle. Si le livre commence par relater l’histoire ancienne de l’Indonésie en très résumé, puis celle de la colonisation par les Hollandais, il se concentre sur la Seconde Guerre mondiale et surtout sur les quelques années qui ont mené à l’indépendance en 1949, années troubles marquées par un pays qui ne veut pas lâcher sa colonie et fait tout pour la garder, même envoyer son armée.

Les personnes qui ont vécu cette période sont aujourd’hui âgées, et il était temps de recueillir leurs témoignages (beaucoup sont décédées depuis). Comme Van Reybrouck ne fait pas les choses à moitié, il a interrogé des Hollandais et des Indonésiens, visitant de nombreuses maisons de repos à Jakarta ou La Haye mais il s’est aussi intéressé aux vétérans japonais, aux quelques-uns qui ont bien voulu parler (cette guerre est gommée des mémoires locales) et aux gurkhas, ces soldats népalais qui sont intervenus dans le cadre d’une mission de l’armée britannique pour surveiller le retrait des troupes nippones.

Van Reybrouck raconte les événements mais explique aussi le contexte plus large, comment le colonisateur a divisé une société en trois classes, comme sur les paquebots de l’époque, les Indonésiens ayant été relégués dans la cale. Il relate comment certains ont tenté de se libérer de ce système et ont oeuvré à l’indépendance. Et il n’hésite pas à expliquer comment les Hollandais ont abusé de leur pouvoir, envoyant des escadres de l’armée qui massacraient des villages entiers. Les Pays-Bas ont longtemps gommé ces épisodes et ce n’est que depuis peu qu’il resurgissent dans les discussions politiques. Enfin, il parle de la place importante qu’a prise l’Indonésie dans le monde de l’après-guerre, rassemblant les pays du tiers monde (l’appellation n’était pas péjorative à l’époque) en un groupe distinct, conscient de leur force, en organisant la conférence de Bandung.

Ce livre est un pavé, mais il est passionnant du début à la fin, et comme toujours superbement bien écrit. Il y a un rythme, il y a le choix des mots, il y a ces inserts plus personnels racontant les expériences de l’auteur qui coupent l’aride somme des événements, il y a cette envie de raconter l’histoire en mettant en avant tous les points de vues différents, pas que celui du colonisateur. Il y a la grande histoire et puis la petite, celle des gens qui ont vécu ces moments. Je recommande, évidemment, et j’espère qu’il sera traduit très vite (en néerlandais, c’était un bestseller dès sa sortie et il y a déjà eu plusieurs réimpressions). Et comme après Congo, je souhaiterais lire d’autres livres du genre, expliquant la décolonisation de pays d’Afrique ou d’ailleurs, mais prenant compte de tous les points de vue.

Bilan culturel – mai 2021

Romans

  • Joyce Carol Oates, Les mystères de Winterthurn – 4/5
  • Souvankham Thammavongsa, How to pronounce knife – 4/5
  • Nocturne d’un chauffeur de taxi – 3/5
  • Bangkok noir – 3/5
  • Shuichi Yoshida, Park life – 4/5

Non-fiction

  • David Van Reybrouck, Revolusi – 5/5
  • Darcey Steinke, Flash count diary – 4/5
  • Andrew McCarthy, Brat. An ’80s story – 4/5
  • Rob Lowe, Stories I only tell my friends – 4/5

Séries tv

  • The good fight, saison 4 – 4/5
  • It’s a sin – 4/5

Films

  • Crimson Peak, Guillermo Del Toro (2015) – 3/5
  • Spotlight, Tom McCarthy (2015) – 3/5
  • The Shooting, Monte Hellman (1966) – 4/5
  • Sicario, Denis Villeneuve (2015) – 4/5
  • Les amants crucifiés, Kenji Mizoguchi (1954) – 4/5
  • The graduate, Mike Nichols (1967) – 3/5
  • Nomadland, Chloé Zhao (2020) – 4/5
  • Songs my brothers taught me, Chloé Zhao (2015) – 4/5

Sorties

  • une courte promenade du côté de Nijlen avant d’aller chez Exotica pour des plantes exotiques

Short diary of the week (394)

Lundi: congé !, encore une journée bien pluvieuse, cuisiner le plat du midi pour la semaine, préparer un castella cake (une spécialité de Nagasaki) (il faudra que je trouve une autre recette – c’était très moyen), une après-midi entre amis avec même une éclaircie qui nous permet d’aller au jardin, recevoir un pile de vieux Burda des années 1960 et 70 et un vieux shaker, Call the Midwife, Garden Rescue (une nouvelle saison !)

Mardi: dur de se remettre au travail, quelques ethnies tanzaniennes, une réunion d’équipe, une seconde réunion, ou comment remplir sa journée, de la lecture, les deux derniers épisodes de It’s a sin – très soap opera mais pas mal quand même

Mercredi: de la procrastination, commencer à écrire, rendre service à un collègue, terminer le livre en cours, commencer un autre dans la même veine, No Reservations en Islande, Air Crash Investigations

Jeudi: de l’écriture, encore un de ces mails désobligeants et à côté de la plaque, une réponse courte mais brève, trouver dans ma boîte aux lettres l’invitation à la vaccination – ma patience est mise à rude épreuve avec une seconde dose fin août (après avoir téléphoné pour avoir des informations, l’explication me fait râler encore plus: « beaucoup de gens se sont plaints de devoir changer leurs projets de vacances si c’est début août »), le retour des films l’après-midi en vue d’un article pour le boulot: Nomadland de Chloé Zhao, planter les tomates, de la lecture, The Great British Sewing Bee, Garden Rescue

Vendredi: de la procrastination indice mille, commencer finalement à écrire, écrire toute la journée, tondre la pelouse, le retour de la lecture au jardin – enfin !, regarder le début du documentaire Laurel Canyon et arrêter parce que c’est trop centré sur l’hôte (Jakob Dylan), recommencer cette série que j’aimais à la fin des années 1980: China Beach

Samedi: lecture de blogs comme tous les samedis matins, et donc ce n’était pas l’interrupteur qui était cassé mais il fallait juste remplacer le starter du néon, laver les vitres de la grande baie vitrée, du jardinage, préparer les pots pour rempoter les piments, arrêter en cours de route pour cause de maux de dos, de la lecture sous le parasol – les feuilles de mon arbre favori ne sont pas encore assez grandes pour me protéger du soleil, Songs my brothers taught me de Chloé Zhao – encore un très beau film de cette réalisatrice – se passant la réserve indienne de Pine Ridge au Dakota du Sud

Dimanche: traîner pas mal, planter le reste des piments, une seconde tentative de semis de basilic (la première a eu un pourcentage de 15% de germination – pas grand chose donc), ajouter de la terre et de l’engrais dans les pots sur la terrasse, de la lecture, un barbecue, terminer le livre en cours, le début d’un film

Bangkok noir

Bangkok noir: édité en 2011 par Christopher G. Moore, ce recueil rassemble des nouvelles d’auteurs anglophones, des expats vivant en Thaïlande pour la plupart, et d’auteurs thaïs écrivant en anglais. Je l’ai ressorti du fin fond de ma wishlist amazon – il y avait abouti après ma lecture de Phnom Penh noir en 2015. Bangkok est au centre des récits (sauf un qui se passe à Chiang Mai), une ville marquée par la corruption, le sexe et les esprits maléfiques, les « phii ».

John Burdett, connu pour ses romans policiers (dont je recommande chaudement la lecture), raconte une sombre histoire de tatouages, de fantômes et de chamanisme dans « Gone East », un récit dans lequel on ne sait plus trop qui est vivant ou mort. La nouvelle suivante, « Inspector Zhang and the dead thai gangster » de Stephen Leather est un pastiche d’Agatha Christie, avec un inspecteur singapourien qui doit résoudre un crime dans un avion, à la manière d’Hercule Poirot. Je n’ai pas trouvé ça très réussi !

Plusieurs histoires tournent autour de la prostitution, « Thousand and one nights » de Pico Iyer ou encore « The mistress wants her freedom » de Tew Bunnag. Il y a aussi un homme paumé, un vétéran de la guerre du Vietnam qui tente de retrouver son amour d’antan, dans « Hansum man » de Timothy Hallinan. Les « phii » sont assez terrifiants dans l’histoire de Samart, ce faux-devin engagé par la police, qui a affaire avec le fantôme d’une femme coupée en deux (« Halfheaded). Ils reviennent d’une manière plus contenue dans « Daylight », une nouvelle d’Alex Kerr dont j’avais beaucoup aimé son récit du Japon en voie de disparition (il a écrit un livre du même genre pour la Thaïlande mais il est indisponible). C’est d’ailleurs un des meilleurs textes du recueil, à mon avis.

Je n’ai pas compris grand-chose à l’histoire de Christopher G. Moore – est-ce qu’on était dans un jeu vidéo ? Dean Barrett raconte des histoires de tueurs à gages, tandis qu’Eric Stone se penche sur la condition d’une marchande ambulante de nourriture qui se fait racketter par un restaurant. C’est une nouvelle qui a des moments des drôles, avec un bras de fer assez inédit entre riches et pauvres.

Je regrette que ce recueil ne rassemble que des auteurs masculins et ne donne que ce point de vue. Il y a quelques femmes mais les rôles importants sont tous tenus par des hommes, souvent des expats. J’ai malgré tout passé un bon moment à me replonger dans le côté sombre de Bangkok, une ville que j’aime beaucoup et que j’ai visitée plusieurs fois. Ce sera ma dernière contribution pour « Mai en nouvelles », organisé par Electra et Marie-Claude, et je reprendrai avec plaisir le fil l’année prochaine (même si ça ne m’empêchera pas de lire des recueils de Joyce Carol Oates que j’avais également sélectionné pour cette année mais que je n’ai pas eu envie de lire immédiatement après Les mystères de Wintherturn).

Les nouvelles:

  • John Burdett, Gone East
  • Stephen Leather, Inspector Zhang and the dead thai gangster
  • Pico Iyer, Thousand and one nights
  • Colin Cotterill, Halfheaded
  • Christopher G. Moore, Dolphins Inc.
  • Tew Bunnag, The mistress wants her freedom
  • Timothy Hallinan, Hansum man
  • Alex Kerr, Daylight
  • Dean Barrett, Death of a legend
  • Vasit Dejkunjorn, The sword
  • Eric Stone, The lunch that got away
  • Colin Piprell, Hot enough to kill

Nocturne d’un chauffeur de taxi

Nocturne d’un chauffeur de taxi: cette couverture ne pouvait que m’attirer – une ville asiatique, la nuit, avec des néons colorés ! et puis des nouvelles coréennes ? ça me tentait aussi. C’est Electra qui en parlé en premier, et je me suis dit que ce serait aussi un bon livre pour participer au challenge coréen de Cristie tout en complétant « Mai en nouvelles » organisé par Electra et Marie-Claude.

Ce recueil rassemble dix histoires, écrite par dix auteurs différents, des hommes et (surtout) des femmes. Les thèmes sont variés: amour, meurtres, solitude… Il y a ce chauffeur de taxi un peu paumé qui parcourt les rues de Séoul, cette fille tout aussi paumée qui va s’occuper de sa soeur qui s’est cassé un bras à Tokyo, cet homme qui se rend compte qu’il ne communique plus avec sa femme alors qu’un homme, un Sikh qui ne parle quasi pas coréen, répare et accorde leur piano, ces rencontres furtives entre un homme et une femme lors du festival de Busan…

J’ai eu du mal avec ces nouvelles fort différentes, surtout à cause du style et du ton. Est-ce une question de traduction ? Je ne pense pas que ce soit uniquement ça; je crois que c’est lié à mes attentes: je préfère des récits avec des descriptions de l’environnement, que ce soit la ville ou la campagne, et il y en a très peu ici. Les auteurs se sont plus focalisés sur l’histoire des personnages. Une nouvelle dénote par rapport à cela, « Neuf épisodes » de Han Kang: le ton est très rêveur, les paysages coréens sont très présents, même si l’histoire est très décousue – c’est ma préférée. Au contraire, deux nouvelles ont réussi a m’énerver un peu: « Rumeurs » de Baek Ka-hum que j’ai trouvée trop banale et « La fabrique des conserves » de Pyun Hye-young qui se rapproche trop de l’absurde à mon goût.

Une lecture en demi-teinte donc, mais qui donne envie de mieux découvrir la littérature coréenne, par l’intermédiaire de romans ou de nouvelles, mais alors dans des recueils consacrés à un seul auteur pour mieux pouvoir appréhender leur style et leurs thèmes de prédilection. Encore un prétexte pour agrandir ma PAL donc !

Les nouvelles:

  • Kim Ae-ran, Nocturne d’un chauffeur de taxi
  • Baek Ka-hum, Rumeurs
  • Ahn Yeong-sil, Amour impossible
  • Jo Kyung-ran, Semailles
  • Park Chan-soon, Stoppie à moto
  • Kim Yeon-su, Bonne année à tous !
  • Choi Jin Young, Mon mari
  • Han Kang, Neuf épisodes
  • Yoon Sung-hee, La maison en Lego
  • Pyun Hye-young, La fabrique des conserves

Short diary of the week (393)

Lundi: une mauvaise nuit (ou comment j’ai senti l’angoisse monter dès que je me suis mise au lit – c’est extrêmement frustrant), aller au bureau le matin, un mini coup de gueule par écrit lié à une grosse fatigue, de l’encodage l’après-midi, terminer la lecture d’un recueil de nouvelles, et puis un message qui me fait lire mes mails du boulot – ce que je n’aurais pas dû faire – et donc le truc pas clair d’il y a deux semaines est tout d’un coup plus clair mais j’ai dépassé la deadline – à moins de le faire encore ce soir contre tous mes principes, j’explose toute seule chez moi et sans témoins, et je fais le truc en question pour ne pas me pourrir encore plus la soirée et la nuit tout en râlant très très fort sur les personnes qui n’ont jamais répondu à mes demandes d’explications, Call the Midwife qui me calme un peu mais quand même

Mardi: disons que vu les circonstances j’ai bien dormi mais cette grosse fatigue est toujours bien présente, et ce n’est pas une semaine de réunions difficiles sur l’avenir de la boîte qui va améliorer ça, est-ce que je recevrai une invitation à la vaccination cette semaine ? (en Flandre on reçoit une date et une heure sans devoir faire quoi que ce soit soi-même – mais ça met plus de temps qu’ailleurs parce que plus de 95% des personnes âgées de plus de 65 ans se sont fait vacciner – un taux très élevé donc), une réunion d’équipe qui se termine sur une grosse déprime commune – heureusement les Totoro viennent à la rescousse, tenter d’organiser une interview par mail – encore un truc de dernière minute, du vélo d’appartement, terminer un livre, It’s a sin, commencer un autre livre

Mercredi: me sentir enfin à nouveau reposée, des échanges de mail pour organiser des choses, et de la Tanzanie en même temps, peu de concentration pour de la lecture, les jeux sur le téléphone sont bien plus attirants, recommencer à regarder No Reservations avec Anthony Bourdain (l’épisode à Paris), de la lecture – et donc lire une longue nouvelle en une fois au lit alors que d’habitude je m’endors après trois pages

Jeudi: faire quelques petits trucs, la réunion en visio de la direction, manger, une seconde réunion avec mon chef pour organiser des choses, une troisième réunion pour discuter d’un projet particulier, du vélo d’appartement, de la lecture, The Great British Sewing Bee

Vendredi: me réveiller à cause d’un rêve bizarre, avoir du mal à me rendormir, un projet urgent qui n’est plus urgent, une réunion syndicale, encore une journée de travail morcelée peu propice à la concentration, et puis c’est le retour d’une belle crise de maux de tête, me réfugier au lit pour une sieste, It’s a sin, Kodoku no gurume

Samedi: les maux de tête ont l’air d’avoir disparu après une prise régulière de dafalgan – même avant d’aller dormir alors que ça allait déjà un peu mieux – croisons les doigts, lecture de blogs, de la couture, cette pluie incessante, de la lecture: terminer un dernier recueil de nouvelles pour « Mai en nouvelles » puis attaquer une autobiographie qui me faisait de l’oeil depuis quelques jours, Les amants crucifiés (Kenji Mizoguchi, 1954)

Dimanche: le retour du soleil – enfin – même s’il ne sera que passager, rédiger des brouillons de billets de blog, un court passage dans la rue pour dire bonjour aux voisins qui participent à la garage sale, de menus travaux de jardins et l’aménagement de la terrasse pour l’été (les plantes ont enfin pris leur place pour les prochains mois), il fait encore trop froid pour planter les tomates dehors mais ça commence à être urgent vu leur taille (peut-être jeudi ?), de la lecture, de la cuisine, The Graduate (Mike Nichols, 1967) – encore un des ces films où l’âge des acteurs est bien trop différent de celui du rôle qu’ils jouent (un jeune homme de 21 ans joué par quelqu’un de 31 ans, son amante, qui devrait avoir l’âge de sa mère, n’a que 36 ans)

How to pronounce knife

Souvankham Thammavongsa, How to pronounce knife: avec ce troisième recueil de nouvelles lu dans le cadre de « Mai en nouvelles », organisé par Electra et Marie-Claude, on part au Canada et au Laos en même temps. C’est d’ailleurs ce second pays qui m’a attirée, j’y ai été en 1997. Souvankham Thammavongsa est née dans un camp de réfugiés en Thaïlande et a grandi à Toronto au Canada; elle a publié plusieurs livres de poésie, ainsi que ce premier ce premier recueil de nouvelles. Chacune des histoires parle de ces immigrants laotiens dans un pays un peu étrange et surtout très froid; ce sont très souvent les enfants – les seuls qui parlent déjà l’anglais convenablement – qui racontent certaines bizarreries qu’ils vivent, avec des parents souvent illettrés, relégués à des boulots peu glorieux, en marge de la société.

Il y a cette histoire – touchante et drôle en même temps – qui donne le titre au recueil, avec cette incompréhension sur la manière de prononcer le mot « knife » – faut-il prononcer le K ou pas ? Il y a ces plongées dans le monde du travail des immigrés, que ce soit dans une usine de découpage et plumage de poulets ou dans le ramassage de vers de terre. Ou encore dans un salon de beauté, où cet homme qui était boxeur, puis balayeur, se retrouve à peindre les ongles des femmes. Il y a cette autre femme dont la passion pour le chanteur country Randy Travis tourne à l’obsession, et dont le mari tente malgré son peu de moyens de lui faire plaisir, le tout vu par les yeux de leur petite fille.

Les nouvelles sont courtes, de six à dix pages, mais elles créent un petit monde en soi; elles décrivent une vie souterraine, peu connue et qui pourtant est un des piliers de la société; elles décrivent ces boulots mal payés, dont personne ne veut. Elles racontent aussi les jolis moments, ou ces moments un peu étranges d’adaptation à un nouveau mode de vie si différent, dont on ne connait pas les codes mais dont on veut à tout prix faire partie. La langue est belle, les mots bien choisis, et même s’il y a une certaine poésie, elle ne domine pas l’écriture. Une belle découverte – repérée sur le goodreads de Jackie Brown, qui rassemble pas mal de livres sur le thème de l’immigration en Amérique du Nord. Et puis Marie-Claude l’a lu aussi et publié un billet sur son blog.

Les mystères de Winterthurn

Joyce Carol Oates, Les mystères de Winterthurn: à la fin du 19e siècle, dans la petite ville de Winterthurn à l’est des Etats-Unis, vit la famille Kilgarvan. D’un côté il y Georgina et ses deux demi-soeurs, Thérèse et Perdita, que l’aînée élève depuis la mort de leur père; de l’autre il y a les Kilgarvan qui ont été déshérités, avec parmi les quatre fils, Xavier, que l’on retrouvera dans les trois parties du livre. La vie n’est pas un long fleuve tranquille à Winterthurn: trois fois de suite, à quelques années d’intervalle, il y aura des meurtres. D’abord le bébé d’Abigaïl, la cousine de Georgina – pourtant la chambre était fermée de l’intérieur; plus tard, ce sont cinq femmes qui sont retrouvées assassinées en dehors la ville; enfin ce sont le pasteur, son amante et la mère du pasteur qui ont été tués. Xavier ne croit pas aux balivernes de la police qui effectue des enquêtes pleines de préjugés et sans aucun souci scientifique; il prend les choses en main.

Ceci pourrait ressembler à un polar type, sauf qu’on est entre les mains de Joyce Carol Oates. C’est sont troisième roman gothique et elle décrit la société de la fin du 19e siècle et du début du 20e siècle avec un certain sens du grotesque. Tous les personnages ont les traits exagérés, dans des descriptions où les mots s’accumulent dans un flot ininterrompu; l’époque aussi est décrite par tous ses extrêmes: la pudibonderie est exacerbée, le cours de la justice est une vraie caricature, tous les détails de la mode sont expliqués. Mais il y a aussi des éléments inexpliqués, surtout dans la première partie de l’histoire; et un passage un peu frustrant dans lequel le héros est dans une situation inextricable – ce qui fait évidemment tourner les pages, mais le lecteur n’aura jamais d’explication.

Foncièrement, je n’aime pas le grotesque, et pourtant le talent de Joyce Carol Oates est tel que ça passe sans problèmes avec moi; je me suis retrouvée à avaler les pages de ce livre pourtant épais en quelques jours. C’est le dernier volume de sa trilogie gothique, est-ce que les romans suivants seront fort différents ? Mystère ! Mais d’abord, j’ai deux recueils de nouvelles à lire, datant tout comme le roman de 1984.