The Night the New Jesus Fell to Earth

Ron Rash, The Night the New Jesus Fell to Earth and other stories from Cliffside, North Carolina: Tracey, Randy et Vincent racontent leur vie à Cliffside, en Caroline du Nord. Ils prennent la parole chacun à leur tour et le livre prend le format de la nouvelle, mais les récits forment un tout, reliés entre eux par une introduction et une conclusion. C’est le premier écrit de Ron Rash, publié en 1994. Il y raconte la vie d’une petite communauté très religieuse, très attachée aux traditions, avec des histoires liées au mariage, à l’alcoolisme, à l’enfance, à l’élevage des opossums. Le ton est par moments sérieux, mais aussi souvent très léger, très drôle même, contrairement aux futurs livres plus sombres de l’auteur. Dans l’histoire qui donne le titre au recueil, on suit le pasteur de la communauté qui, pour redonner de l’élan à son église, organise une Passion avec un vrai-faux Jésus crucifié. Sauf que tout ne se passe pas comme prévu. Il y a également une histoire d’apparences et de couple qui se sépare presque parce que le mari ne s’occupe pas du jardin, une vraie jungle remplie de broussailles, le tout raconté du point de vue de leur jeune fils. C’est un livre qui se lit vite, et qui laisse une très bonne impression. Je crois que j’ai bien fait de décider de lire tout Ron Rash (son second livre est introuvable, par contre, mais je n’ai pas encore essayé Abe Books qui est souvent une bonne source – j’y trouve les Joyce Carol Oates qui sont épuisés – après recherche, je laisse tomber: les prix sont exorbitants, plus de 100 euros).

Ron Rash, The Night the New Jesus Fell to Earth and other stories from Cliffside, North Carolina, University of South Carolina Press, 2014 (édition du 20e anniversaire, première publication en 1994), 160p. (non traduit)

L’Amérique avant les États-Unis

Bertrand Van Ruymbeke, L’Amérique avant les États-Unis. Une histoire de l’Amérique anglaise, 1497-1776: j’ai toujours été curieuse de l’histoire des Etats-Unis, tout particulièrement la période de formation, mais je n’avais jamais cherché de livre sur le sujet. C’est en lisant un article dans la revue America que j’ai découvert l’historien français Bertrand Van Ruymbeke et que je me suis dit que cela pourrait être un bon candidat. J’avais le choix entre deux livres, un premier se limitant à la période avant l’indépendance et un second allant jusqu’à aujourd’hui. Le premier l’a emporté. Est-ce que j’ai bien fait ? Je n’en suis pas si sûre: le livre est extrêmement détaillé, et même si l’écriture est tout à fait abordable, l’auteur se perd un peu dans l’explication de divers éléments qui m’ont peu intéressés, comme les religions ou les institutions locales. Ce sont des éléments importants pour la formation de la nouvelle nation, mais j’aurais du lire la version plus résumée, ce que je ferai un jour vu que je m’intéresse aussi à la conquête de l’Ouest.

J’espérais également plus de détails sur la vie quotidienne des premiers colons, et les Premières Nations ne sont quasi pas évoquées, à moins qu’elles n’aient formé l’une ou l’autre alliance avec les colons. J’aurais aimé en savoir plus sur la vie à l’époque à l’ouest des Treize Colonies mais ce n’est pas abordé. Après avoir lu des livres d’auteurs anglo-saxons (ou belges), la liberté de la langue m’a un peu manquée, cette écriture qui n’hésite pas à faire des remarques tout à fait contemporaines dans le texte et à quitter quelque peu l’académisme (qui n’est malgré tout pas trop présent ici, j’ai lu bien pire dans le passé). Je suis tombée également sur un manque dans ma culture: j’ai eu du mal à comprendre la géopolitique de l’Europe à cette époque et les nombreux conflits entre nations (la guerre de Sept Ans), et cela me poussera à lire (enfin) une histoire de l’Europe (également abordée dans le récit de voyage d’Erika Fatland que je lisais en même temps).

Bertrand Van Ruymbeke, L’Amérique avant les États-Unis. Une histoire de l’Amérique anglaise, 1497-1776, Flammarion, 2016, 783p.

La revue America

America, N°1-16: pendant les quatre années de la présidence de Donald Trump, François Busnel s’est penché sur les Etats-Unis et sa littérature, consacrant chaque numéro à un thème particulier (sexe, argent, Amérindiens…). J’ai mis du temps à tout lire, mais ça y est. J’ai aimé retrouver à chaque fois de nouveaux auteurs, classiques et contemporains, ainsi que des rubriques comme celle sur le cinéma et les séries. Globalement j’ai beaucoup apprécié ma lecture et donné une note moyenne de 4/5 à chaque volume. Mais – parce que c’est facile – je vais mettre le doigt sur ce qui m’a moins plu: il y a un seul numéro consacré aux femmes – qui en plus n’est pas des meilleurs. Pourquoi ne pas avoir pris le parti de faire moitié-moitié dans chaque volume ? On va me répondre qu’il y a plus d’auteurs masculins – oui, mais non – cet argument ne passe plus vraiment aujourd’hui. De même, il n’y a qu’un seul volume consacré aux Premières Nations.

J’ai aussi regretté la limitation à un genre, la « grande » littérature, sans qu’il n’y ait le moindre intérêt pour la science-fiction ou la fantasy, ou encore la poésie. Le polar est abordé, sans doute parce qu’un auteur comme James Ellroy semblait incontournable. Au fil des pages, j’ai eu l’impression de ne lire que des auteurs établis, avec parfois l’un ou l’autre jeune auteur qui eu du succès en France.

Le découpage par thème est intéressant, mais à ce niveau, le dernier volume est raté. Ce n’est pas tout à fait la faute de l’éditeur – la date de sortie était prévue d’avance. A cause de cela, il y a de nombreuses suppositions dans les textes qui tombent complètement à plat au vu des événements de janvier et de la tentative de prise de pouvoir de Trump. Pour les auteurs qui avaient été interrogés à ce sujet à l’automne un tel événement semblait totalement impossible.

Malgré ces bémols, ces seize volumes sont un magnifique portrait de l’Amérique et de ses habitants, vus par le biais de la littérature.

America, N°1-16, 2016-2020

Kindred

Octavia E. Butler, Kindred: Dana, jeune femme afro-américaine qui vient de fêter ses 26 ans, vit avec son compagnon blanc en Californie (on est en 1976). Un jour, elle est atteinte subitement de nausées et de vertiges et se retrouve dans le Maryland bien avant la guerre de Sécession pour sauver un petit garçon blanc de la noyade. Très vite, elle se rend compte que celui-ci est son ancêtre Rufus. Et elle réalise quel est le but de ce retour dans le temps, et des suivants qui l’obligeront à vivre dans une société esclavagiste où les Noires comme elle n’ont pas un mot à dire.

Je poursuis mon opération « vidage de la PAL de 2019 », et quand je ne sais pas choisir, je prends le suivant sur la liste. En regardant sur goodreads, je n’ai pas eu d’indice sur qui m’avait conseillé ce roman, mais en discutant avec mon ami-collègue, je me suis rendue compte que c’était lui. Il sait que j’ai du mal avec la science-fiction mais que j’aime les voyages dans les temps, et Octavia E. Butler a écrit dans les deux styles. C’était d’ailleurs la première femme afro-américaine à écrire ce genre de romans. Ce qu’elle décrit dans Kindred est l’histoire tragique des esclaves dans les plantations nord-américaines, et le fait d’utiliser le personnage de Dana qui voyage dans le temps offre une toute autre vision des choses: c’est une femme moderne qui se retrouve plongée dans une société rétrograde, patriarcale et violente (elle la compare aux camps d’extermination des nazis) et son regard est bien plus lucide par ce procédé. Butler décrit les relations humaines dans les moindres détails et ne cherche pas la facilité. Rufus est un personnage complexe et marqué par son temps – le contact avec Dana n’influence pas sa personnalité – et même si c’est parfois difficile à lire, c’est bien plus réaliste. Je ne pensais pas aimer autant ce roman alors que j’ai tendance à fuir les histoires d’esclavage (je crois que j’ai été un peu traumatisée par des films étant petite). C’est tout simplement superbe et extrêmement triste et pessimiste à la fois !

Octavia E. Butler, Kindred, Beacon Press, 2004 (première édition de 1979 – en français: Liens de sang)

Lonesome Dove

Larry McMurtry, Lonesome Dove (I & II): 1880, Texas. Augustus McCrae et Woodrow Call, deux anciens rangers qui ont combattu les Comanches et pacifié la frontière, se sont installés à Lonesome Dove, une bourgade un peu perdue, et ont créé un ranch. Ils sont entourés de quelques fidèles cowboys et d’un cuisinier qui frappe violemment sur la cloche à chaque repas. La vie est tranquille, chacun vaque à ses tâches sans trop se presser, la chaleur les accable tous. Un jour réapparaît Jake, ancien comparse des deux héros, et grand coureur de jupons – la prostituée du coin, Lorena, tombe amoureuse immédiatement. Il lance l’idée de conduire un troupeau dans la Montana, terre encore quasi vierge à cette époque.

Il faut environ 150 pages avant que la troupe, qui s’est agrandie depuis, quitte Lonesome Dove, et j’ai eu un peu de mal à entrer dans le roman. En même temps, ces pages sont tout à fait nécessaires pour présenter les différents protagonistes, même si l’action n’est pas encore vraiment au rendez-vous. Par la suite, Larry McMurtry réussit à créer un rythme, dosant les scènes d’action – dont certaines sont particulièrement spectaculaires et font tourner les pages à un rythme effréné (quel malheur quand mon métro arrivait à destination !) – et les scènes plus calmes, d’introspection même. Il entre dans la tête de quelques-uns de ses personnages principaux, y compris de quelques femmes comme Lorena et plus tard, Clara. Parfois aussi apparaissent de nouveaux personnages qui croiseront la route des cowboys.

C’est un roman foisonnant, un pavé de plus de mille pages (que l’édition français a coupé en deux tomes mais que j’ai lu d’une traite – ce serait dommage de s’interrompre) qui n’ennuie jamais (à part peut-être le début qui est une mise en place – mais c’est souvent le cas dans un pavé). J’ai adoré ! J’ai été prise par l’histoire, par le passé et le présent des héros, tout particulièrement Augustus et le jeune Newt – l’un bourré d’expérience, l’autre devant tout apprendre. Il y le côté western, les aventures avec le troupeau de bétail, les rencontres avec des hors-la-loi et des Indiens mais aussi tout un monde intérieur, intime qui dévoile les sentiments de ces hommes (et femmes) de la frontière. J’ai été prise par les suspense, mais j’ai aussi été au bord des larmes à plusieurs moments. J’ai hâte de lire les autres romans de la série !

Est-ce que vous avez lu d’autres séries de Larry McMurtry ?

Larry McMurtry, Lonesome Dove, Gallmeister (Totem), 2017, 532 + 585 p. (traduction: Richard Crevier, édition originale: 1985) – un second roman donc pour le challenge Pavé des l’été organisé par Brize

The Lincoln Highway

Amor Towles, The Lincoln Highway: en juin 1954, Emmett Watson est libéré du camp de travail pour délinquants juvéniles où il avait été enfermé. Il revient à la ferme dans le Nebraska où vit encore son petit frère de huit ans, Billy, mais la propriété lui est enlevée parce que son père, entre temps décédé, n’a pas pu payer l’hypothèque. Il décide alors de rejoindre San Francisco où il est possible que vive leur mère. Il possède en effet une voiture et son père y a caché une enveloppe avec de l’argent, de quoi survivre un premier temps. Mais c’est sans compter Duchess et Woolly, deux amis du camp de travail, qui débarquent à ce moment-là et qui vont chambouler les plans d’Emmett, l’obligeant à aller plutôt vers New York en suivant la Lincoln Highway.

Ce pavé est un vrai roman d’aventures, contées par les divers protagonistes qui offrent chacun leur point de vue sur les mêmes événements. Il y a parfois quelques répétitions mais c’est intéressant de voir comment les personnages très divers voient les choses. J’ai regretté cependant le parallélisme Billy/Woolly, un jeune garçon et un jeune homme très intelligents mais tous les deux dans leur monde et pas très conscients de la réalité. J’ai aussi eu beaucoup de mal à me faire à l’idée que ce livre n’était pas vraiment l’histoire d’un road-trip et cela a perturbé ma lecture qui a été assez laborieuse au début. Et puis, ça manque de femmes ! Il y a bien la voisine d’Emmett, mais son personnage est assez unidimensionnel et c’est dommage. Une semi-déception donc pour ce premier pavé de l’été que j’avais repéré chez Electra, qui elle, avait adoré. Peut-être que j’aurais dû suivre mon instinct: je n’avais pas été séduite non plus par cet autre roman d’Amor Towles, Les règles du jeu, lu en en 2012.

Amor Towles, The Lincoln Highway, Viking, 2021, 576p.

Wilderness

Lance Weller, Wilderness: avant de plonger dans le coeur de l’histoire, un premier chapitre présente une vieille dame aveugle dont les pensées oscillent entre présent et passé. Il neige et cela lui rappelle comment elle a été sauvée du blizzard. Elle repense à Abel Truman, son « deuxième père », et la suite du roman raconte son histoire, mais aussi celle de plusieurs personnages qui ont croisé son chemin. Abel vit dans une cabane au bord du Pacifique, dans le nord-ouest. Il décide de partir avec son chien pour réaliser un dernier voyage. Il est hanté par son passé; il a en effet combattu pendant la guerre de Sécession, du côté des Sudistes. Les chapitres alternent le récit du voyage avec les scènes de guerre, et tout particulièrement la bataille de Wilderness.

La violence est partout: dans la guerre, évidemment, qui est décrite dans ses moindres détails, de manière très cinématographique, mais aussi dans les rencontres que fait Abel lors de son voyages – il se fait dérober son chien et part à la poursuite des voleurs qui sont des hommes particulièrement agressifs. J’ai eu beaucoup de mal à entrer dans le roman (la faute au précédent, Sea of Tranquility), et je n’ai jamais beaucoup apprécié les histoires de guerre de Sécession, mais je dois bien avouer que j’ai été prise par l’intensité de l’écriture, tout particulièrement lors de la description de la bataille de Wilderness. Lance Weller a écrit un roman qui conte l’Amérique sauvage, sauvage dans sa nature mais aussi dans les relations humaines, et dans cette coupure qu’a causé la guerre. C’est un roman fort, et je lirai avec plaisir d’autres livres du même auteur.

Lance Weller, Wilderness, Gallmeister, 2013 (en vo, 2012) (traduction François Happe)

L’autre moitié de soi

Brit Bennett, L’autre moitié de soi: Stella et Desiree Vignes sont jumelles; elles vivent à Mallard, petite localité du sud des Etats-Unis habitée par des Afro-Américains qui ont toujours cherché à avoir la peau la plus claire possible en se mariant en fonction de cette idée. Les deux filles fuguent et se retrouvent à la Nouvelle-Orléans où elles reprennent le cours de leur vie jusqu’à ce que Stella disparaisse. Quelques années plus tard, Desiree revient à Mallard, chez sa mère, elle-même maman d’une petite fille à la peau noire comme l’ébène, fuyant son mari violent. Le roman passe alors à Stella, qui se fait passer une Blanche et qui vit dans le luxe à Los Angeles. Britt Bennett mêle les points de vue et les temporalités, mettant en scène Desiree, Stella, mais aussi leurs filles respectives qui tentent de démêler le cours de l’histoire et les mensonges ou omissions de leurs mères. Parce que prendre la place d’une Blanche dans les Etats-Unis des années 1960 n’est pas évident, et Stella a une peur bleue d’être démasquée. Elle s’est enfermée dans une carapace et a changé sa personnalité, devenant une femme dure et constamment sur ses gardes; seules les apparences comptent encore.

Ce roman a traîné longtemps sur ma PAL, je n’étais pas trop tentée et puis je me suis un peu forcée. J’ai été happée par l’histoire, surtout à partir du moment où Jude, la fille de Desiree entre en scène, menant sa vie à Los Angeles avec Reese, un personnage très attachant. Par la suite, j’ai eu l’impression que le roman perdait un peu en intensité, mais il reste très intéressant dans son questionnement de l’identité et de l’image de soi. J’espère que je trouverai encore d’autres perles dans ma PAL la plus ancienne (datant de 2020, donc ce n’est pas si ancien que ça en fait); l’idée serait de la terminer pour la fin de l’année mais elle est encore bien fournie (peut-être que je supprimerai quelques livres en cours de route, j’hésite à lire les Liane Moriarty par exemple).

Brit Bennett, L’autre moitié de soi, Autrement, 2020, 480p. – traduction par Karine Lalechère (The Vanishing Half)

Slouching Towards Bethlehem

Joan Didion, Slouching Towards Bethlehem: ce recueil rassemble divers textes de Joan Didion – de la non-fiction – écrits pour des périodiques américains dans la seconde moitié des années 1960. Elle y fait un portrait de l’Amérique de l’époque, des hippies de San Francisco à John Wayne, de l’histoire d’un meurtre d’un homme par son épouse au tourisme à Hawaï. Elle évoque aussi sa propre vie et réfléchit sur certains aspects de son caractère (elle remplit des carnets entiers de notes). Ce sont des textes très divers et j’ai complètement décroché pour quelques-uns. Mais j’ai tellement savouré d’autres que je ne peux qu’être très positive suite à cette lecture. J’y ai retrouvé une certaine Californie décrite dans d’autres romans (je pense à Bret Easton Ellis, à Kem Nunn) mais aussi au livre de Mick LaSalle sur le cinéma (Dream State) ou à Laurel Canyon d’Arnaud Devillard. Sauf que Joan Didion a écrit ces textes bien avant tous ces auteurs (qui s’en sont peut-être inspirés ?). J’ai aussi beaucoup pensé à Joyce Carol Oates pour l’écriture: il y a cette précision des mots, on sent une certaine fébrilité, il y a de très fines descriptions des caractères, avec une certaine distance par rapport aux personnages. C’est certain: je vais continuer mon exploration de la bibliographie de Joan Didion !

Merci à Electra qui m’a indiqué la voie avec ses nombreux articles.

Joan Didion, Slouching Towards Bethlehem, Farrar Straus Giroux, 2008 – première édition de 1968

Ohio

Stephen Markley, Ohio: aujourd’hui adultes, quatre anciens élèves de la même école se retrouvent le même soir à New Canaan, petite ville de l’Ohio. Stephen Markley décrit leur trajectoire en quatre parties consacrées à chacun d’entre eux. Il y a d’abord Bill Ashcraft qui doit livrer un mystérieux paquet. C’est pour lui un moyen facile de gagner de l’argent pour s’acheter alcool et drogues. Stacey Moore revoit la mère de sa petite amie disparue, mère qui n’a jamais accepté leur relation homosexuelle – de même d’ailleurs que le frère de Stacey qui tente à chaque fois de la remettre dans le droit chemin. Dan Eaton est vétéran de la guerre d’Irak et a perdu un oeil; il revient à New Canaan en espérant revoir son amour de jeunesse. Tina Ross quant à elle porte en elle un profond désir de vengeance suite à un événement du passé impliquant d’autres élèves de son école.

J’ai failli abandonner après 50 pages: le personnage de Bill est détestable et l’écriture est souvent un peu alambiquée, compliquée, et très foisonnante. J’ai souvent eu envie de dire à l’auteur: « Abrège un peu ». Une fois de plus, c’est le fait que c’est une lecture commune (avec Ingannmic) qui m’a poussée à continuer et le passage à un autre personnage un peu plus intéressant (Stacey) m’a aidé. Je me suis rendue compte au fil des pages que jamais je n’accrocherais à ce roman MAIS que c’était une description très détaillée de tout ce qui n’allait pas aux Etat-Unis, tout particulièrement dans les petites villes conservatrices du coeur du pays: la drogue (y compris les médicaments), les armes à feu, le racisme, le déni de l’homosexualité, la foi en dieu exacerbée, la misère suite à la fermeture des industries et usines. Stephen Markley fait un formidable portrait de l’Amérique profonde (je lisais en même temps le volume 11 d’America, consacré à l’Amérique des marges – beaucoup de choses ont fait écho) mais du coup, j’ai l’impression qu’il a voulu écrire une thèse plus qu’un roman (l’histoire du paquet mystère semble ajoutée pour prouver un des éléments de la thèse et ne concerne pas vraiment le coeur du roman qui est d’une noirceur totale). D’où mon avis mitigé – j’aurais sans doute préféré lire une non-fiction sur le sujet.

Stephen Markley, Ohio, Albin Michel, 2020 (traduction de Charles Recoursé)