Le petit-fils

Nickolas Butler, Le petit-fils: Lyle et Peg, aujourd’hui pensionnés, vivent dans un coin isolé du Wisconsin. Lyle aide un ami dans les vergers et profite de la nature et de la beauté environnante. Leur fille adoptive, Shiloh, et leur petit-fils, Isaac, se sont installés avec eux depuis peu. Mais Shiloh s’éloigne d’eux après avoir rencontré un prêtre charismatique à la tête d’une congrégation religieuse qui porte tous les traits d’une secte, emmenant son fils et disloquant le monde des grands-parents.

C’est un roman facile et agréable à lire, mais il ne laisse que peu de traces (je l’ai lu fin mai et j’écris cette chronique mi-juin). Il est inspiré de faits réels et dès le départ, le lecteur sait que quelque chose de terrible risque d’arriver. La plongée dans le monde de la secte reste pour moi un peu superficielle mais j’ai aussi eu du mal avec la foi pourtant très modérée des grands-parents, notamment le fait que Lyle continue à aller à l’église alors qu’il ne croit plus. Mais ceci est évidemment très personnel et lié à mes propres conceptions de la religion. Bref, un roman plaisant mais vite oublié.

Protest song

Yves Delmas & Charles Gancel, Protest Song : La chanson contestataire dans l’Amérique des Sixties: ou une lecture pour le travail. La collection Le mot et le reste est devenue essentielle dans le monde francophone pour les livres parlant de musique. Les deux auteurs s’intéressent aux années 1960, à la chanson contestataire de l’époque mais plus largement aux divers styles pop, rock et soul qui ont marqué la décennie. Ils retournent aux sources, parlant évidemment de Woody Guthrie et Pete Seeger (qui a commencé sa carrière à la fin des années 1940), puis détaillent la vie de Bob Dylan, ses chansons folk, puis son passage à une musique électrique. Ils abordent les problèmes de société qui ont inspiré les artistes: guerre du Vietnam, lutte pour les droits civiques, le mouvement hippie… et expliquent aussi comment la contestation s’est essoufflée dans les années 1970. De nombreux textes de chansons illustrent le propos. Ce livre est une autre manière d’appréhender l’histoire des Etats-Unis à cette époque et c’est passionnant.

La légende de Bloodsmoor

Joyce Carol Oates, La légende de Bloodsmoor: second volume de la trilogie gothique (même si les romans n’ont pas d’histoire commune), La légende de Bloodsmoor est un de ces pavés qui s’attaquent quand on a du temps. Le récit se situe en Pennsylvanie, à la fin du 19e siècle. La famille Zinn est composée d’un père inventeur, d’une mère issue d’une famille riche et de cinq filles à marier. Lors d’une fête, la plus jeune, Deirdre, est enlevée par un homme mystérieux se déplaçant en montgolfière. Et là, tout bascule: chacune des filles connaîtra une histoire bien différente de celle qui était prévue (du genre mariage et enfants).

Joyce Carol Oates raconte ces aventures d’un ton parfois grotesque, y ajoutant des éléments de fantastique, caricaturant les personnages, parfois à l’extrême. Ce n’est pas une chronique familiale classique, cela va bien plus loin. Si j’ai été happée par le roman dans ses 300 premières pages, je me suis lassée par la suite. Certaines parties, notamment celle qui raconte en détails l’histoire du spiritisme, m’ont parues un peu longues, et l’histoire d’une des soeurs est finalement résumée en quelques pages alors qu’elle aurait mérité une partie à elle toute seule. Mais j’ai quand même été étonnée de ma rapidité de lecture, l’histoire est haletante et le lecteur souhaite connaître la suite des aventures des soeurs Zinn. Ma note reste cependant moyenne à cause des longueurs mais aussi parce que j’ai toujours du mal avec le grotesque, et parfois, il m’a dérangée.

Un silence brutal

Ron Rash, Un silence brutal: le shérif Les, est à trois semaines de la retraite, mais il a encore une affaire importante à régler. Gerald, un vieux monsieur qui adore pêcher les truites, est accusé par Tucker, le propriétaire d’un hôtel situé au bord de la rivière, d’avoir versé du kérosène dans le cours d’eau, tuant les poissons et privant donc Tucker des revenus des citadins qui venaient là pour s’adonner aux joies de la pêche. Ron Rash alterne les chapitres vus du point de vue de Les, et ceux vus par Becky, une poétesse et amie de Les et Gerald, tout en décrivant la nature sauvage de la Caroline du Nord. C’est beau, c’est bien écrit, ça donne envie d’aller se promener dans la nature, et cela révèle aussi la nature humaine sous diverses facettes. Je vais certainement encore lire d’autres romans de Ron Rash.

Le pont des soupirs

Richard Russo, Le pont des soupirs: ou le récit d’une lecture commune laborieuse. Plusieurs bloggueurs s’étaient montrés particulièrement enthousiastes à la lecture des romans de Richard Russo, et Ingannmic a proposé une lecture commune à toute personne intéressée. Le choix s’est porté sur Le pont des soupirs et je me suis inscrite. Prévoyante, j’ai commencé ma lecture début mars et je me suis plongée dans cette histoire d’une petite ville américaine.

Louis C. Lynch, dit Lucy, n’a jamais quitté Thomaston, dans la région de New York. La soixantaine arrivée, il décide d’écrire l’histoire de sa vie tandis que sa femme, Sarah, organise un voyage en Italie où ils visiteront Venise et le vieil ami de Louis, Bobby Marconi, qui est un artiste reconnu sous le nom de Noonan. Dans son autobiographie, Louis raconte les problèmes financiers de ses parents, leur vie parfois difficile, comment son père a acheté une épicerie alors qu’il ne pouvait pas vraiment se le permettre et que les supermarchés avaient déjà vidé les petits magasins de quartier. Il décrit surtout son amitié, pas toujours partagée, avec Bobby et ses déboires avec les autres enfants qui se moquent de lui.

Les premières 150 pages alternent le récit de Louis avec celui de Noonan à Venise. Je n’ai trouvé aucun point d’accroche à ce monde masculin, celui très limité du naïf Louis et celui d’homme à femmes et d’artiste dépressif de Noonan. J’étais en manque de descriptions de la nature et de grands espaces. J’ai interrompu ma lecture. Je voulais lire le récit de femmes et j’ai trouvé mon bonheur dans The Break de Katherena Vermette.

Fin mars, j’ai repris ma lecture, en plein confinement, ce qui m’a sans doute aidée: je me suis forcée à lire 50 pages à la fois, puis même 100 pages, terminant les 150 dernières d’une traite. Louis continue son récit, puis l’interrompt. Les autres personnages commencent à s’exprimer, Sarah notamment, la femme de Louis. Au début, cela a apporte une heureuse diversion dans le monde très étriqué de Louis qui ne vit que pour ses épiceries. Mais par la suite, j’ai eu l’impression que ces autres voix faisaient partie d’autres romans et avaient été imbriqués ici un peu de force. J’ai encore douté plusieurs fois si j’allais terminer ce roman et si ce n’avait pas été une lecture commune, je l’aurais abandonné.

Richard Russo excelle sans aucun doute dans la description de la vie américaine mais j’ai trouvé son récit poussif, mal structuré. J’ai souvent pensé à Joyce Carol Oates, dont certains romans peuvent être pénibles à lire, mais j’y ai toujours trouvé un style plus particulier, plus incisif. Bref, ce roman était une vraie déception et ma note est sévère. Je ne lirai sans doute pas d’autres Russo, d’autant plus que ce sont des pavés.

Un titre découvert dans le cadre d’une lecture commune autour de Richard Russo (j’ai recopié ce passage chez Ingannmic): Ont également lu « Le pont des soupirs » : KrolEve et The Austist Reading. Aifelle a lu « Un homme presque parfait » MarylineMarie-Claude et Valentyne ont lu : « A malin, malin et demi » Goran a lu « Ailleurs » 
Keisha a lu « Quatre saisons à Mohawk »

Angel of light

Joyce Carol Oates, Angel of light: ce roman raconte l’histoire de la famille Halleck. Maurice Halleck, le père, s’est suicidé après avoir été impliqué dans une affaire d’état. Isabel, sa femme, a toujours été très proche du meilleur ami de Maurice, Nick Martens. Les deux enfants – presque adultes, Owen et Kirsten, n’arrivent pas à croire que leur père s’est suicidé et veulent se venger. Joyce Carol Oates décrit une famille dysfonctionnelle, elle souligne les traits extrêmes des enfants, à tel point qu’ils en deviennent détestables, et elle utilise des flashbacks pour raconter le passé de Maurice, Isabel et Nick.

J’ai mis beaucoup de temps à continuer mon challenge JCO, un an et demi, parce que j’appréhendais la lecture de ce roman. Il n’a jamais été réédité et sa cote est très moyenne sur goodreads. Le résumé mettait l’accent sur une affaire politique, dans les rouages du gouvernement à Washington mais au final, il s’agit surtout d’une saga familiale. Ma lecture a été difficile par moments – Joyce Carol Oates est toujours la spécialiste du flot de conscience – mais j’ai eu aussi des moments plus positifs: les flashbacks sont passionnants parce qu’ils font avancer l’histoire. Par contre, le récit des deux enfants est pénible, parce que comme je le disais plus haut, ils sont vraiment détestables. Ce qui était sans doute voulu mais qui n’est pas toujours agréable à lire. Bref, un avis mitigé mais pas la catastrophe à laquelle je m’attendais.

Les deux livres suivants sur la liste font partie des « romans gothiques », j’imagine que cela relancera mon challenge. Et je pense que je commence tout doucement à dépasser la période des romans pénibles, où le flot de conscience était plus important que l’histoire.

Les patriotes

Sana Krasikov, Les patriotes: Années 1930 – Florence Fein, jeune femme juive américaine de 24 ans, ne se sent pas heureuse à Brooklyn. Elle part en Russie, rêvant d’une vie meilleure, plus égalitaire, mais elle veut également retrouver le beau Russe qu’elle avait rencontré aux Etats-Unis. Elle déchantera très vite. Parallèlement, le roman suit Julian, son fils, qui est envoyé en mission commerciale dans la Russie de Poutine. Les deux histoires s’entrelacent, mais sans emmêler le lecteur: chaque chapitre est marqué d’un cachet de passeport indiquant le lieu et la date.

Je me suis lancée dans ce roman souhaitant en apprendre plus sur l’histoire de l’URSS, et c’est ce que j’y ai trouvé: Florence vit le communisme des années 30, puis la guerre et le goulag, la persécution des Juifs, l’abandon des Américains en plein terreur stalinienne… et Julian donne une image de la Russie actuelle, corrompue, basée sur les richesses des uns et la pauvreté des autres. Tout ceci était intéressant mais Sana Krasikov tire son roman en longueur et aurait pu écourter ce livre de nombreuses pages, les déboires de Julian n’étant pas extrêmement passionnants et la vie quotidienne de Florence fort répétitive.

Daisy Jones & The Six

Taylor Jenkins Reid, Daisy Jones & The Six: j’ai été quelque peu désarçonnée en commençant ce roman – parce que oui, il s’agit bien de fiction même si le style laisse penser le contraire. Taylor Jenkins Reid a choisi d’écrire sous forme d’interviews et d’histoire orale, laissant la parole à chacun des protagonistes qui racontent leur vie à une journaliste. Début des années 1970, Daisy Jones est une jeune femme très talentueuse mais un peu paumée, elle est populaire auprès des hommes mais n’arrive pas à faire reconnaître son talent musical et vit d’alcool et de médicaments. Parallèlement, le récit suit la formation du groupe The Six, mené par Billy Dunne, chanteur assez charismatique. Les musiciens percent, et deviennent populaires, mais leur producteur trouve qu’il manque quelque chose et leur propose de rencontrer Daisy Jones. Le récit suit leur rencontre et la création d’un album mais surtout les rapports de force qui se créent entre Billy et Daisy, commentés par les autres membres du groupe et de l’entourage.

Ce roman est une plongée dans la vie d’un groupe rock populaire des années 70, créant un portrait plein de tensions et de désirs, surtout des personnages principaux mais décrivant aussi les autres par petites touches. J’ai eu un peu de mal à entrer dans l’histoire, et je trouve qu’il y a quelques petites longueurs (chaque morceau du nouvel album est décrit) mais j’ai avalé les dernières cent pages d’une traite, m’étant attachée au personnages et étant passionnée par la description du monde musical de l’époque, très certainement inspiré par l’histoire de nombreux groupes bien réels.

Ugly girls

Lindsay Hunter, Ugly girls: Perry et Baby Girl sont deux adolescentes, amies depuis longtemps même si elles jouent constamment à des jeux entre elles, testant leur pouvoir sur l’autre. Elles passent les nuits en rue, à l’insu de leurs familles, loin de la caravane où vit Perry, se baladant dans des voitures volées, allant à l’école le matin en manquant de sommeil. La mère de Perry la laisse faire, son beau-père tente de s’occuper un peu plus d’elle; Baby Girl vit avec son oncle et son frère handicapé après un accident. Et puis, elles ont des contacts par internet avec Jamey qui prétend avoir leur âge…

En lisant le début, je me suis dit que je ne continuerais pas – je n’accrochais pas trop à ces deux ados un peu paumées – et puis j’ai tourné les pages et j’ai commencé à m’intéresser à leur histoire, et à celle de leur famille, celle du beau-père surtout. Le roman est sombre mais il y a des éléments plus positifs de temps en temps et au final, j’ai aimé lire cette histoire.

There there

Tommy Orange, There there: le roman raconte l’histoire de douze personnes d’origine indienne qui sont en route vers le grand powwow d’Oakland: Jacquie Red Feather l’ancienne alcoolique ayant abandonné sa famille, Dene Oxendene qui filme des interviews en souvenir de son oncle décédé, Orvil, l’adolescent qui a appris les danses traditionnelles en regardant des vidéos sur le net, et d’autres personnages dont certains aux intentions peu recommandables. Cette multitude d’hommes et de femmes m’a très vite perdue, d’autant plus que le chronologie est aussi fragmentée. Et dès les premières pages, j’ai eu du mal avec le style très contemporain d’écriture. J’ai sans doute manqué de concentration dans ma lecture, et d’attachement aux personnages, et je suis donc complètement passée à côté de ce roman que j’ai quand même terminé parce qu’il n’est pas très long. Je vous renvoie donc vers des critiques plus positives et plus nuancées, celle d’Electra, de Marie-Claude ou de Jackie Brown. Je rajouterais également que je l’ai lu à un moment où je déprimais pas mal – au mois de septembre – mon état d’esprit recherchait clairement quelque chose de moins urbain et de plus feelgood à ce moment-là.