Bohemian Flats

Mary Relindes Ellis, Bohemian Flats: de cet auteur, j’avais adoré Wisconsin et j’avais acheté ce roman-là peu après. Bohemian Flats commence en Allemagne en 1881. Albert et Raimund Kaufmann sont les fils d’un brasseur et agriculteur et vivent près d’Augsbourg. Ils sont amis avec Magdalena Richter, la fille d’un professeur et d’une femme roumaine, mal vue à cause de ses longs cheveux noirs et de ses talents de voyance qu’elle cache pourtant. Leur vie est déterminée par les conventions et la mentalité rétrograde de l’époque. Suite au décès de leur père, la ferme des Kaufman revient au fils aîné, Otto, un homme gras et mauvais. Raimund part le premier: il vole de l’argent à son frère et prend un bateau vers l’Amérique. Il échoue à Minneapolis, plus précisément dans la banlieue boueuse des rives du Mississippi nommée Bohemian Flats. Il y rencontre toute une galerie de personnages d’origines différentes, des Tchèques, des Finlandais, des Allemands comme lui. Quelques années plus tard, Albert et Magdalena (qui se sont mariés) le rejoignent. Mary Relindes Ellis, elle aussi d’origine européenne, raconte la vie de ces émigrés de la première heure, leur vie difficile mais aussi leurs joies. Elle ne se limite pas à quelques années mais relate une vie entière, la vie en Allemagne, l’arrivée aux Etats-Unis ainsi que la Première Guerre mondiale, qui provoque un sentiment anti-allemand envers les immigrés de cette origine. Ce roman est passionnant du début à la fin, intégrant l’Histoire dans un récit très personnel d’une famille. J’en veux encore !

En faisant des recherches sur l’auteur, j’ai appris avec tristesse qu’elle est décédée le 12 décembre 2016 et qu’elle n’a pas écrit d’autres romans.

Commencé fin juin, je l’intègre malgré tout dans le challenge PAL vacances 2017 – je l’ai terminé début juillet – pour la catégorie 1. le titre contient un nom de lieu géographique. Il permet également de compléter la catégorie Minnesota des 50 novels for 50 states (que je n’ai plus vraiment mis à jour ces derniers mois).

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Nulle part

9782246811824_zpszhja8petKalyan Ray, Nulle part: ce gros pavé de plus de 600 pages m’a été conseillé par une libraire qui en a parlé avec beaucoup de passion. Le sujet avait beaucoup pour me plaire – une chronique familiale au travers des siècles et des continents. Le livre commence par la fin, par la mort d’un couple en Nouvelle-Angleterre – l’arbre généalogique situé en début du livre permet de comprendre qu’une longue histoire se termine avec cet épisode. En 1843, en Irlande à la veille de la grande famine, Padraig Aherne et Brendan McCarthaigh sont les meilleurs amis du monde mais les hasards de la vie vont les séparer. Padraig se retrouve en Inde, à Calcutta; Brendan devient père malgré lui, s’occupant de la petite fille de Padraig, un enfant qu’il n’a jamais connu.

De génération en génération, Kalyan Ray raconte les aventures des deux héros et de leurs descendants, face aux événements du monde: la famine irlandaise, l’époque coloniale en Inde, la scission de l’Inde et du Bangladesh, l’immigration aux Etats-Unis, la vie à New York au début du 20e siècle… Ce roman de grande envergure est par moments passionnants, surtout la première moitié. Je n’ai jamais été fort intéressée par l’Irlande mais la description de la vie sur place à l’époque de famine est très détaillée et j’ai été touchée par les personnages. La partie indienne semble introduire quelques éléments surnaturels mais ils ne sont pas vraiment exploités; c’est plutôt la vie quotidienne à Calcutta et au Bangladesh qui est mise en avant, ce qui m’a évidemment fort intéressé.

Par contre, j’ai eu l’impression que l’auteur a eu peur d’ennuyer son lecteur et qu’il a donc rajouté des couches: aucun personnage n’a une vie vraiment heureuse, les catastrophes s’accumulent, parfois au point d’en être grotesques (je pense à un épisode à New York – il faut vraiment un hasard inexplicable pour qu’une telle chose arrive). Ces exagérations ont un peu plombé ma lecture mais il ne me restait à ce moment-là plus que 200 pages que j’ai vite avalées. Un commentaire encore sur le style: il est très fleuri, parfois un peu alambiqué et il faut un certain moment d’adaptation, surtout au début du livre. J’ai été assez énervée par ces personnages qui répétaient constamment des phrases telles “ma chère Irlande”. Je ne peux pas dire que je n’ai pas aimé ce roman-fleuve – il y a des passages superbes – mais je dois bien avouer qu’il était trop long et trop exagéré sur la fin.

No home

51ildkeuv5l-_sx195__zpskuqamkn9Yaa Gyasi, No home: ce sont quelques critiques très positives sur des blogs qui m’ont menée vers ce livre que je n’aurais jamais lu en temps normal. De la littérature africaine ? Sur la traite des esclaves ? C’est un sujet que j’ai toujours évité et c’est sans doute lié à des images vues (ou lues) pendant mon enfance mais sans que je n’aie de souvenir précis. En fait, Yaa Gyasi est née au Ghana mais a émigré aux Etats-Unis quand elle avait deux ans et a écrit ce roman en anglais – ce n’est donc pas tout à fait de la littérature africaine. Deux histoires se déroulent en parallèle mais elle commencent toutes deux au Ghana au 18e siècle. Effia et Esi naissent de la même mère mais elles ne se connaissent pas et leur destin sera totalement différent: la première est mariée de force à un Anglais, le capitaine du fort de Cape Coast. Esi, elle, est vendue comme esclave et déportée aux Etats-Unis. Yaa Gyasi déroule le récit sous forme de petites nouvelles, toutes en lien avec la précédente – en tous cas, avec celle de la même lignée. Le lecteur suit en effet les descendances d’Effia et Esi jusqu’à aujourd’hui en prenant à chaque fois connaissance d’un moment de la vie des personnages. Deux siècles d’histoire parallèle se déroulent ainsi, très différents, montrant la souffrance de ces familles. No home est un roman sensible, souvent dur dans son propos, mais très attachant et j’ai adoré ce voyage dans le temps aux Etats-Unis et au Ghana. Je recommande.

Son of the morning

9780814907931-us-300_zpsggflhgtwJoyce Carol Oates, Son of the morning (1978): la jeune Elisa Vickery se fait violer par des inconnus sur un chemin de campagne. Un bébé, Nathan, naît suite à cet acte de violence et ce sera sa grand-mère, une pieuse croyante, qui s’occupera de lui, dans la foi chrétienne. L’enfant est très tôt prédestiné: il a une première vision à l’âge de sept ans lors d’un service religieux évangéliste. Dès ce moment-là, il ne vivra plus que pour Dieu, partageant sa foi lors de longs sermons très habités. Pris sous l’aile d’un pasteur, il parcourt les routes de l’état de New York (et au-delà) et guérit de nombreuses personnes. A vrai dire, ce n’est pas le sujet qui m’intéresse le plus mais j’ai appris pas mal de choses en me plongeant grâce à Joyce Carol Oates dans le monde des prédicateurs. J’ai détecté une belle dose de folie et un art de la manipulation très poussé, un fanatisme extrême qui peut amener à commettre des choses innommables et des sentiments exacerbés à tous points de vue. J’ai eu beaucoup de mal avec les romans de Joyce Carol Oates du milieu des années 70. Celui-ci commence tout doucement à sortir de l’écriture automatique qui caractérisait les précédents mais est encore trop axé sur les pensées du héros, sur sa folie. Heureusement, quelques autres personnages permettent de donner un certain fil à l’histoire.

Book_RATING-35

Et toi, tu as eu une famille ?

cvt_et-toi-tu-as-eu-une-famille-_9621_zpsgeuvuawjBill Clegg, Et toi, tu as eu une famille ?: pendant mes vacances, j’ai enchaîné les romans relativement courts, ce qui m’a poussée à les terminer très vite. La lecture de celui-ci est plutôt due au hasard, il se trouvait au début de la bibliothèque de ma liseuse. June est une femme brisée: sa fille Lolly, son futur gendre Will, son petit ami Luke et son ex-mari Adam – tous réunis dans le Connecticut pour le mariage de Lolly – meurent dans un incendie. Criminel ou accidentel ? L’enquête est bâclée mais ce n’est pas le propos du roman. Bill Clegg alterne les voix et les différents acteurs du livre parlent chacun à leur tour, June, évidemment, qui fuit le Connecticut pour traverser les Etats-Unis, mais aussi d’autres personnes du village ou celles croisées en chemin. Chacun raconte une partie de l’histoire, narre les drames du passés et partage ses pensées du moment, ce qui conduit le lecteur à rassembler les différentes pièces du puzzle. Ces portraits, aussi subtils qu’ils soient, ne m’ont pas fort passionnée et j’ai terminé ce roman parce qu’il n’était pas très long. Je n’ai jamais été émue par les personnages et la succession de portraits différents fait parfois perdre le fil de la lecture.

Ce livre remplit la case “Connecticut” dans le challenge 50 novels for 50 states.

Book_RATING-30

Deux jours à Paris: des expos, des jardins, des thés

Mon escapade à Paris a été centrée autour de deux thèmes: l’underground américain et les jardins. J’ai commencé mes visites par l’expo sur le Velvet Underground à la Philharmonie de Paris, ce qui m’a permis par la même occasion d’admirer ce bâtiment très “pailleté” aux formes très organiques. Un jeudi matin, il n’y avait pas trop de monde, ce qui m’a permis de profiter des nombreux artefacts proposés: superbes photos, pochettes de disques, affiches, pamphlets en tous genres et surtout de nombreux films et extraits musicaux qui s’écoutent grâce au casque fourni à l’entrée. C’est toute l’histoire du Velvet Underground qui est contée mais aussi de l’underground new-yorkais. Andy Warhol est évidemment présent mais il ne domine pas l’expo, il y a bien d’autres sujets abordés. Un voyage sonore et visuel très intéressant.

Paris

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Après une pause lecture en bord de Seine, sous un saule, rendez-vous avec Kleo et Shermane à l’Institut du Monde Arabe pour l’expo Jardins d’Orient. Une première partie plus technique montre l’évolution de l’irrigation, une seconde montre les jardins, les objets qui l’occupent et les œuvres inspirées par ceux-ci, partant de l’Afrique du Nord à l’Inde des Moghols. J’ai été un peu déçue, je m’attendais à plus de photos des jardins, à des explications plus poussées (et à moins de monde). L’intérêt de l’exposition vient de l’installation d’un jardin oriental dans la cour du musée mais je n’y ai pas retrouvé le charme des jardins de l’Alhambra l’Alcazar (merci Malena !) à Séville (par exemple (les seuls jardins d’Orient que j’ai visité en fait) (l’avis de Kleo). Une glace, une citronnade, et nous voilà reparties, Shermane et moi, vers le jardin suivant.

Paris

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Le Jardin des Plantes est situé tout près et je rêvais de voir la grande serre avec ses plantes tropicales. Mais d’abord nous avons visité le jardin alpin dont l’entrée est bien cachée. Intéressant mais pas mon style préféré. La serre par contre… J’ai adoré ces grands palmiers sous les voûtes métalliques de la serre.

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Nous avions rendez-vous plus tard avec Malena dans un restaurant aux jolies plantes exotiques, le Sinople. Un peu surfait à la parisienne mais les cocktails étaient très bons. Pour ma plus grande frustration, j’ai commencé à avoir des maux de ventre – la fatigue ? – et j’ai dû annuler la sortie dans un bar à cocktail prévue par la suite.

Paris

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Le lendemain, après une virée shopping de tissus autour de la Halle Saint-Pierre, j’ai continué mon exploration de l’underground américain avec l’exposition Beat Generation au Centre Pompidou. Ce sujet m’a passionnée il y a quelques années et j’ai lu à l’époque Sur la route de Jack Kerouac, déjà intéressée par les récits de voyage. L’exposition présente notamment le tapuscrit du livre dans une immense vitrine qui traverse toute la salle. Photos, musique, films, livres et affiches diverses proposent une image assez complète du mouvement et présentent les principaux protagonistes.

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Paris

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Retour à la nature avec la petite présentation de l’Arte Povera, ce style italien des années 1960 qui marque un retour à la nature dans des œuvres très minimalistes. Ainsi que le film d’une chorégraphie de Thierry De Mey à Gibellina en Sicile qui m’a captivée.

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Un thé glacé avec Kleo et Shermane à l’Autre Thé, l’achat de thés et de quelques récits de voyage ont clôturé cette escapade sous le soleil d’été.

Je ne dirais pas que ce fut mon meilleur séjour à Paris – j’ai été vraiment frustrée de ce malencontreux mal de ventre – mais j’y ai découvert et approfondi des sujets qui me tiennent à cœur et qui m’intéressent depuis très longtemps. Le Velvet Underground et la Beat Generation marquaient le retour à mes intérêts d’il y a une vingtaine d’années et voir ces expositions m’a rappelé cette période. Période où je n’aurais jamais osé voyager seule à Paris ! La chaleur m’a un peu assommée et j’ai été moins réceptive à mon environnement que d’autres fois. Projets pour une prochaine visite: (re)découvrir Paris quartier par quartier, en commençant par les plus anciens et apprendre bien plus sur son histoire – l’effet Vikings sans doute ! (D’ailleurs, si vous connaissez un bon livre proposant des promenades historiques à Paris…)

L’Amérique des écrivains

amerique_zpszaypvemzPauline Guéna & Guillaume Binet, L’Amérique des écrivains: la romancière Pauline Guéna et le photographe Guillaume Binet ont eu un projet un peu fou: traverser les Etats-Unis à la rencontre des écrivains américains (et canadiens) en camping car et accompagnés de leurs quatre enfants. Le résultat est ce livre qui conte leur récit (en résumé – on aimerait parfois en savoir plus) mais qui surtout propose les interviews des auteurs rencontrés. Les questions sont souvent les mêmes, parlant de la genèse d’un livre, du succès, de l’origine du premier roman, des critiques mais aussi de choses plus propres à chaque auteur. Ces rencontres sont l’occasion d’apprendre à mieux connaître le roman américain mais aussi à mieux appréhender les manières d’écrire, les techniques de chacun des écrivains. Un livre passionnant à tous points de vue (que je conseille d’ailleurs pour toute personne qui écrit) et richement illustré des photographies prises sur le route.

Un livre qui donne plein d’idées pour le challenge “50 novels for 50 states” !