There there

Tommy Orange, There there: le roman raconte l’histoire de douze personnes d’origine indienne qui sont en route vers le grand powwow d’Oakland: Jacquie Red Feather l’ancienne alcoolique ayant abandonné sa famille, Dene Oxendene qui filme des interviews en souvenir de son oncle décédé, Orvil, l’adolescent qui a appris les danses traditionnelles en regardant des vidéos sur le net, et d’autres personnages dont certains aux intentions peu recommandables. Cette multitude d’hommes et de femmes m’a très vite perdue, d’autant plus que le chronologie est aussi fragmentée. Et dès les premières pages, j’ai eu du mal avec le style très contemporain d’écriture. J’ai sans doute manqué de concentration dans ma lecture, et d’attachement aux personnages, et je suis donc complètement passée à côté de ce roman que j’ai quand même terminé parce qu’il n’est pas très long. Je vous renvoie donc vers des critiques plus positives et plus nuancées, celle d’Electra, de Marie-Claude ou de Jackie Brown. Je rajouterais également que je l’ai lu à un moment où je déprimais pas mal – au mois de septembre – mon état d’esprit recherchait clairement quelque chose de moins urbain et de plus feelgood à ce moment-là.

The longest night

Andria Williams, The longest night: 1959. Nat et Paul Collier s’installent à Idaho Falls, avec leurs deux petites filles. Paul a été envoyé là par l’armée pour travailler sur le site d’un réacteur nucléaire. Il rejoint son équipe et découvre rapidement que son supérieur cache de nombreuses informations sur les dysfonctionnements du réacteur. Pendant ce temps, Nat tente de s’adapter à sa vie de femme au foyer, s’occupant des enfants mais, empreinte de liberté, elle ne respecte pas toujours les normes très restrictives de l’époque. L’histoire connaît encore des développements par la suite mais je m’attendais à un récit moins linéaire et moins convenu. Ce n’est pas désagréable à lire mais certains éléments sont cousus de fil blanc, dès les premières pages même qui annoncent un “accident”. C’est au final une belle analyse d’un mariage très normal, de ses écueils et de ses petites joies.

Une vie comme les autres

Hanya Yanagihara, Une vie comme les autres: pavé de plus 800 pages, ce roman a eu un succès certain lors de la rentrée littéraire 2018. Poussée par les notes très positives sur goodreads, j’ai entamé le livre début juillet, l’abandonnant après 80 pages parce que je le trouvais prétentieux. Je l’ai repris quelques semaines plus tard parce que j’étais malgré tout attirée par l’histoire. Et j’avais aussi découvert l’Instagram de l’auteur et les photos me parlaient.

Le roman raconte la vie de quatre amis vivant à New York: Malcom, métis et architecte, JB, peintre aux racines haïtiennes, Willem, aux parents d’origine suédoise et acteur en devenir et enfin Jude, avocat. C’est sur ce dernier que le récit va se focaliser: Jude est un homme blessé, marchant avec une canne suite à un accident; il est torturé, très peu sûr de lui; il se mutile et, surtout, ne raconte à personne son passé. Or le lecteur sait que de choses graves se sont passées pendant son enfance et l’auteur a l’art de faire monter la tension en racontant des bribes de cette histoire, puis de la casser complètement pour reprendre un récit plus quotidien. Et c’est ce procédé qui m’a scotchée au roman pendant plusieurs centaines de pages… mais il ne fonctionne pas tout à fait. Vers la page 600, j’étais lassée et j’ai terminé pour terminer.

Le roman possède en effet de nombreux défauts: pour commencer, il est bien trop long et aurait pu être élagué de 200 pages, voire plus. Il décrit la vie quotidienne d’hommes riches (car les quatre protagonistes réussissent tous dans leur secteur – quel hasard !) qui peuvent tout se permettre, et dans le cas de Jude, des soins de santé sans limite. Tout se passe dans leur cercle d’amis, même le médecin de Jude est avant tout un proche. La seule femme dont parle le roman est un personnage assez effacé, l’épouse d’un ami de Jude. Et puis surtout, la violence est insoutenable par moments, entre les automutilations et la description du passé de Jude.

J’ai eu l’impression de lire un roman qui voulait absolument plaire à un certain public, quitte à utiliser des procédés assez faciles. Je l’ai terminé mais je ne lirai plus de romans de cet auteur. Et depuis, je vois son Instagram d’un autre œil, comme celui de quelqu’un qui vit dans la jet set et qui voyage sans compter l’argent… (je n’ai aucune idée si c’est vraiment le cas, mais c’est l’image présentée) (mais l’auteur a malgré tout bon goût).

La fin de l’innocence

Megan Abbott, La fin de l’innocence: un jour, dans une banlieue résidentielle américaine, la jeune Evie disparaît. Lizzie, 13 ans, est sa meilleure amie et sa voisine. Interrogée par la police, elle ne dit que des bribes de la vérité: elle a en effet vu une voiture près de l’endroit où Evie a été vue la dernière fois mais elle ne parle pas des mégots de cigarette dans le jardin. Elle essaie plutôt de créer une nouvelle vérité, tout particulièrement pour attirer l’attention du père d’Evie, M. Verver, par qui elle est attirée. Le roman raconte la recherche de la disparue sous l’angle de vision de Lizzie, mais aussi ses premiers émois et ses tentatives de séduction maladroites. Je n’ai pas trop accroché à l’histoire et à son déroulement; je n’ai pas réussi à apprécier les personnages, ni celui de Lizzie, ni celui de M. Verver, ni les personnages secondaires. Et comme le style n’a rien de spécial, cela donne une cote très moyenne, plutôt de 2,5 même que de 3. J’avoue que pendant toute cette période, je ne suis tombée que sur les livres moyens, sans vraiment en trouver un qui sorte du lot. Et ça manque à un moment.

A place for us

Fatima Farheen Mirza, A place for us: L’histoire commence au mariage de Hadia. Elle est musulmane, d’origine indienne mais est née en Californie. Son frère Amar est présent, alors qu’il avait tourné le dos à sa famille depuis trois ans. Au fil du roman, Hadia, Amar et Huda – l’autre sœur, mais aussi leurs parents Layla et Rafiq racontent leur histoire comme famille d’immigrés, observant strictement leur religion. Les deux filles aînées s’adaptent sans trop de problèmes aux règles de leur père, mais Amar est en révolte. Depuis qu’il est enfant, il est plus difficile, différent. Le récit n’est pas chronologique mais il n’est pas trop compliqué de suivre l’histoire. Elle se dénoue dans la dernière partie mais j’ai trouvé le temps très long. Mirza raconte les choses du quotidien, les petites histoires, avec beaucoup de sensibilité et de justesse, mais rien ne m’a semblé très passionnant, même la révolte d’Amar. Je n’ai aucune affinité avec des familles dont la vie est régie par la religion et cela me met même un peu mal à l’aise. Sans doute que j’avais espéré quelque chose de plus radical pour Amar et pour ses sœurs. Une déception.

Northland

Porter Fox, Northland: A 4,000-mile journey along America’s forgotten border: le titre dit tout ! Porter Fox est parti à la découverte de la région qui forme la frontière entre les Etats-Unis et le Canada et en profite pour raconter l’histoire de ces territoires et de leur exploration. Il marche, il prend des bateaux – du canoë au navire de fret, il emprunte le train et la voiture. Il s’intéresse aux populations natives qui ont résisté contre l’envahisseur étranger et aux Indiens d’aujourd’hui qui se battent contre l’installation de pipelines dangereuses pour l’environnement. Il aborde également le problème de frontière comme lieu de passage et surtout de contrôle de plus en plus strict. Un récit de voyage passionnant et instructif.

Une fille bien

Holly Goddard Jones, Une fille bien: avec ce recueil de nouvelles, Holly Goddard Jones nous emmène dans la petite ville de Roma, au Kentucky. La vie y est en apparence paisible mais les histoires nous racontent autre chose. Violence, meurtre, amour malheureux…, les récits sont des tranches de vie très intimes, très touchantes, racontées avec brio par Holly Goddard Jones. Je ne suis pas une grande lectrice de nouvelles, trouvant le format souvent trop court pour vraiment me plonger dans une histoire, mais j’ai lu les commentaires de nombreuses autres lectrices (qui en parlent bien mieux que moi, et avec bien plus de détails: Electra, Eva et Marie-Claude, entre autres) et j’ai fait une exception pour ce livre. J’ai bien fait, j’ai adoré l’ambiance du Midwest américain et ses petites histoires du quotidien. Je recommande donc à mon tour.