My absolute darling

cvt_my-absolute-darling_7668Gabriel Tallent, My absolute darling: jeune fille de quatorze ans, Turtle vit avec son père Martin dans une maison plus que rustique dans le nord de la Californie, entre bois et océan. Sa mère est décédée, son grand-père vit tout près dans un mobile home. Tous les jours, Martin l’accompagne jusqu’au bout du chemin pour attendre avec elle le bus scolaire. A l’école, Turtle n’a pas d’amis, elle est plutôt solitaire malgré les approches que tente un de ses professeurs, Anna. Une fois de retour à la maison, elle arpente la nature environnante, s’exerçant à tirer avec les armes que son père lui a confiées. Celui-ci a en effet sa propre conception de l’éducation de sa fille qu’il adore – “my absolute darling” – et lui inculque les préceptes du survivalisme.

Je préfère ne pas en dire plus, la quatrième de couverture révèle déjà beaucoup et je n’ai moi-même pas pu éviter d’être un peu spoilée – même si ce n’était pas trop grave. Gabriel Tallent décrit la vie d’une jeune fille un peu différente, y mêlant des descriptions de la nature tout simplement superbes et extrêmement précises. Il se dégage de ce livre une intensité extrême qui pousse le lecteur à tourner page après page, sans plus pouvoir s’arrêter (je préviens cependant les âmes trop sensibles, certains passages sont difficiles). J’avais commencé ma lecture en anglais mais après quelques pages, j’ai réalisé que je ne comprendrais pas tout: le vocabulaire est très étendu, surtout dans les descriptions, et j’admire d’autant plus le travail de la traductrice, Laura Derajinski, qui m’a permis de profiter de la beauté de l’écriture tout en me facilitant la compréhension. J’ai hésité dans ma notation, entre 4 et 5, mais je sais que je me souviendrai encore longtemps de ce livre et que les personnages et la nature ont pris une place dans ma tête.

Une fois que vous l’avez lu, je vous conseille l’interview de l’auteur pour La Grande Librairie.

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Little fires everywhere

34273236Celeste Ng, Little fires everywhere: Mia Warren et sa fille Pearl arrivent à Shaker Heights, une petite ville résidentielle dans la banlieue de Cleveland où tout est propre et bien organisé. Mia est artiste et ne reste jamais longtemps dans un même lieu, chacun de ses projets est lié à un endroit spécifique et elle a toujours emmené sa fille sur les routes, mettant tous leurs biens dans leur Coccinelle. Mia a cependant promis que cette fois-ci, elles se fixeraient pour un long moment. Elle trouve un logement au second étage d’une maison louée par Elena Richardson, femme d’avocat, mère de famille et journaliste au journal local. Pearl se lie d’amitié avec les enfants Richardson et bientôt les vies des deux familles s’entremêlent. Mais il y a une part d’ombre… Ce roman de Celeste Ng m’a au départ un peu décontenancée: différentes histoires s’imbriquent et certaines ne commencent qu’à un tiers du roman. Mais une fois lancée, il m’a été impossible de ne pas m’attacher aux personnages, surtout ceux de Mia et Pearl, et à Izzy, une des filles Richardson. Quant à sa mère Elena, elle est également décrite avec finesse, en totale opposition avec les autres personnages. Celeste Ng réussit très bien à décrire le microcosme d’une banlieue résidentielle où tout le monde se connaît et où un élément perturbateur met en branle des choses insoupçonnées. Une belle chronique à l’américaine.

Le camp des morts

couv rivièreCraig Johnson, Le camp des morts: après une mauvaise passe dans le choix de mes lectures, il me fallait une valeur sûre. Je suis retournée avec plaisir aux aventures de Walt Longmire, shérif du comté d’Absaroka dans le Wisconsin. Quand Mari Baroja meurt à la maison de retraite de Durant, l’ami de Longmire, l’ancien shérif Lucian Connally, suspecte un meurtre. Longmire se met à enquêter, assisté de son ami Henry Standing Bear, et retourne ainsi cinquante ans en arrière pour démêler l’histoire qui se complique de jour en jour, parsemée de péripéties et de cadavres. La neige est omniprésente et ne facilite pas les recherches. Comme dans le premier volume, Craig Johnson ne se dépêche pas dans son histoire – les premières cent pages sont même plutôt lentes – mais il a l’art de décrire la nature et le rude climat des Hautes Plaines du Wisconsin. Il faut toujours lire une série de romans policiers qu’on retrouve avec bonheur à chaque volume, et c’est le cas de celle-ci.

Wild

9782264062208Cheryl Strayed, Wild: j’avais repéré ce livre sur différents blogs – je ne sais plus trop lesquels – mais j’ai été convaincue par les commentaires très positifs. Cheryl Strayed décide sur un coup de tête de parcourir à pied la Pacific Crest Trail, un chemin suivant les crêtes du Pacifique, partant de la frontière mexicaine, traversant la Californie, la Sierra Nevada, l’Oregon, l’état de Washington et se terminant à la frontière canadienne. Elle est totalement inexpérimentée et affublée d’un sac à dos bien vite baptisé “Monster”. Elle essaie d’oublier que sa vie est un désastre: sa mère est décédée d’un cancer, elle vient de divorcer parce qu’elle a trompé son mari de nombreuses fois, notamment avec un homme qui lui a fait découvrir la drogue. Sa randonnée est une fuite, une manière d’oublier dans l’effort. Car les 1700 kilomètres qui l’attendent ne seront pas de tout repos. Pendant 500 pages, Cheryl Strayed raconte son passé et sa marche et les deux sont passionnants. Elle se dévoile sous toutes ses facettes, celle d’une femme perdue et sensible mais aussi celle d’une femme forte qui arrive à se créer une nouvelle vie. J’ai adoré récit qui mêle émotions et description d’une nature superbe, et cela m’a poussé à regarder le film de Jean-Marc Vallée avec Reese Witherspoon – un film qui ne rajoute pas trop d’éléments accrocheurs. J’en ai aussi profité pour faire quelques recherches sur le PCT, lisant au passage des récits d’autres personnes qui l’ont parcouru.

Book_RATING-45

Bohemian Flats

Mary Relindes Ellis, Bohemian Flats: de cet auteur, j’avais adoré Wisconsin et j’avais acheté ce roman-là peu après. Bohemian Flats commence en Allemagne en 1881. Albert et Raimund Kaufmann sont les fils d’un brasseur et agriculteur et vivent près d’Augsbourg. Ils sont amis avec Magdalena Richter, la fille d’un professeur et d’une femme roumaine, mal vue à cause de ses longs cheveux noirs et de ses talents de voyance qu’elle cache pourtant. Leur vie est déterminée par les conventions et la mentalité rétrograde de l’époque. Suite au décès de leur père, la ferme des Kaufman revient au fils aîné, Otto, un homme gras et mauvais. Raimund part le premier: il vole de l’argent à son frère et prend un bateau vers l’Amérique. Il échoue à Minneapolis, plus précisément dans la banlieue boueuse des rives du Mississippi nommée Bohemian Flats. Il y rencontre toute une galerie de personnages d’origines différentes, des Tchèques, des Finlandais, des Allemands comme lui. Quelques années plus tard, Albert et Magdalena (qui se sont mariés) le rejoignent. Mary Relindes Ellis, elle aussi d’origine européenne, raconte la vie de ces émigrés de la première heure, leur vie difficile mais aussi leurs joies. Elle ne se limite pas à quelques années mais relate une vie entière, la vie en Allemagne, l’arrivée aux Etats-Unis ainsi que la Première Guerre mondiale, qui provoque un sentiment anti-allemand envers les immigrés de cette origine. Ce roman est passionnant du début à la fin, intégrant l’Histoire dans un récit très personnel d’une famille. J’en veux encore !

En faisant des recherches sur l’auteur, j’ai appris avec tristesse qu’elle est décédée le 12 décembre 2016 et qu’elle n’a pas écrit d’autres romans.

Commencé fin juin, je l’intègre malgré tout dans le challenge PAL vacances 2017 – je l’ai terminé début juillet – pour la catégorie 1. le titre contient un nom de lieu géographique. Il permet également de compléter la catégorie Minnesota des 50 novels for 50 states (que je n’ai plus vraiment mis à jour ces derniers mois).

Nulle part

9782246811824_zpszhja8petKalyan Ray, Nulle part: ce gros pavé de plus de 600 pages m’a été conseillé par une libraire qui en a parlé avec beaucoup de passion. Le sujet avait beaucoup pour me plaire – une chronique familiale au travers des siècles et des continents. Le livre commence par la fin, par la mort d’un couple en Nouvelle-Angleterre – l’arbre généalogique situé en début du livre permet de comprendre qu’une longue histoire se termine avec cet épisode. En 1843, en Irlande à la veille de la grande famine, Padraig Aherne et Brendan McCarthaigh sont les meilleurs amis du monde mais les hasards de la vie vont les séparer. Padraig se retrouve en Inde, à Calcutta; Brendan devient père malgré lui, s’occupant de la petite fille de Padraig, un enfant qu’il n’a jamais connu.

De génération en génération, Kalyan Ray raconte les aventures des deux héros et de leurs descendants, face aux événements du monde: la famine irlandaise, l’époque coloniale en Inde, la scission de l’Inde et du Bangladesh, l’immigration aux Etats-Unis, la vie à New York au début du 20e siècle… Ce roman de grande envergure est par moments passionnants, surtout la première moitié. Je n’ai jamais été fort intéressée par l’Irlande mais la description de la vie sur place à l’époque de famine est très détaillée et j’ai été touchée par les personnages. La partie indienne semble introduire quelques éléments surnaturels mais ils ne sont pas vraiment exploités; c’est plutôt la vie quotidienne à Calcutta et au Bangladesh qui est mise en avant, ce qui m’a évidemment fort intéressé.

Par contre, j’ai eu l’impression que l’auteur a eu peur d’ennuyer son lecteur et qu’il a donc rajouté des couches: aucun personnage n’a une vie vraiment heureuse, les catastrophes s’accumulent, parfois au point d’en être grotesques (je pense à un épisode à New York – il faut vraiment un hasard inexplicable pour qu’une telle chose arrive). Ces exagérations ont un peu plombé ma lecture mais il ne me restait à ce moment-là plus que 200 pages que j’ai vite avalées. Un commentaire encore sur le style: il est très fleuri, parfois un peu alambiqué et il faut un certain moment d’adaptation, surtout au début du livre. J’ai été assez énervée par ces personnages qui répétaient constamment des phrases telles “ma chère Irlande”. Je ne peux pas dire que je n’ai pas aimé ce roman-fleuve – il y a des passages superbes – mais je dois bien avouer qu’il était trop long et trop exagéré sur la fin.

No home

51ildkeuv5l-_sx195__zpskuqamkn9Yaa Gyasi, No home: ce sont quelques critiques très positives sur des blogs qui m’ont menée vers ce livre que je n’aurais jamais lu en temps normal. De la littérature africaine ? Sur la traite des esclaves ? C’est un sujet que j’ai toujours évité et c’est sans doute lié à des images vues (ou lues) pendant mon enfance mais sans que je n’aie de souvenir précis. En fait, Yaa Gyasi est née au Ghana mais a émigré aux Etats-Unis quand elle avait deux ans et a écrit ce roman en anglais – ce n’est donc pas tout à fait de la littérature africaine. Deux histoires se déroulent en parallèle mais elle commencent toutes deux au Ghana au 18e siècle. Effia et Esi naissent de la même mère mais elles ne se connaissent pas et leur destin sera totalement différent: la première est mariée de force à un Anglais, le capitaine du fort de Cape Coast. Esi, elle, est vendue comme esclave et déportée aux Etats-Unis. Yaa Gyasi déroule le récit sous forme de petites nouvelles, toutes en lien avec la précédente – en tous cas, avec celle de la même lignée. Le lecteur suit en effet les descendances d’Effia et Esi jusqu’à aujourd’hui en prenant à chaque fois connaissance d’un moment de la vie des personnages. Deux siècles d’histoire parallèle se déroulent ainsi, très différents, montrant la souffrance de ces familles. No home est un roman sensible, souvent dur dans son propos, mais très attachant et j’ai adoré ce voyage dans le temps aux Etats-Unis et au Ghana. Je recommande.