My year of rest and relaxation

Ottessa Moshfegh, My year of rest and relaxation: ce roman raconte l’histoire d’une jeune femme new-yorkaise jamais nommée qui décide de passer l’année qui vient en dormant. Elle quitte son travail dans une galerie d’art et trouve une psy qui lui prescrit tout ce qu’elle demande, tout particulièrement des somnifères et des antidépresseurs, de plus en plus forts. Elle n’a aucun souci d’argent, ses parents décédés lui ont laissé un bel héritage et rien ne s’oppose à son expérience. Tout commence bien, elle dort beaucoup, mais ce n’est pas encore suffisant. Elle essaie un nouveau médicament et là, elle se rend compte qu’elle fait des choses dont elle ne se souvient plus du tout, mais elle voit les traces: de nouveaux vêtements et objets apparaissent dans sa vie.

Difficile de parler d’un roman déjà lu et apprécié (ou détesté) par des millions de personnes. Je suis restée longtemps dubitative, mais c’est en le refermant que je me suis rendue compte de l’intérêt de ce roman. C’est l’histoire d’une jeune femme qui ne se sent plus à sa place dans la société et qui décide d’un « reboot », d’un nouveau départ. Sa manière de faire semble radicale mais elle l’est beaucoup moins qu’un suicide en fin de compte. Elle se coupe du monde, des contacts sociaux et tente une expérience nouvelle. Elle est détestable par son côté « petite fille de riches » mais elle est touchante par son désir d’autre chose… C’est un roman acerbe sur la vie new-yorkaise et ses apparences; et les personnages de la psy et de l’amie, Reva, sont assez typés, jusqu’à en devenir drôles (surtout pour la psy). C’est un roman qui se dévore en quelques jours, le lecteur se demandant si la narratrice va se sortir de la situation qu’elle s’est imposée.

The outside lands

Hannah Kohler, The outside lands: San Francisco, 1968. Kip et Jeannie, frère et soeur marqués par la perte de leur mère, et dont le père a quelque peu laissé tomber les bras, tentent de mener au mieux leur vie. Suite à un petit délit, Kip s’engage pour la guerre du Vietnam; Jeannie se marie, un peu forcée, à un jeune médecin qu’elle a rencontré dans le diner où elle travaille. Puis, Kip est accusé d’un meurtre et Jeannie tentera de le défendre, se rapprochant d’un groupe opposé à la guerre mais aussi d’un vétéran atrocement mutilé. Elle est bouleversée par l’affaire et découvre une femme différente en elle, grâce à ses nouvelles relations.

Ce roman a traîné comme dernier sur ma PAL ancienne (d’avant 2019, et maintenant complètement clôturée) et pourtant, il avait de quoi me séduire. Hannah Kohler raconte avec une grande sensibilité l’évolution d’une jeune fille, mariée trop tôt, en une femme. Elle décrit également l’esprit un peu troublé de Kip et son passage au Vietnam. Mais il n’est pour moi qu’un personnage secondaire, c’est vraiment Jeannie à qui on s’attache pendant toute la lecture, même si ce n’est pas uniquement sa voix qu’on entend dans l’alternance des chapitres. Ses espoirs, ses troubles, son identité sexuelle sont abordés très subtilement et avec beaucoup de finesse. Pas un instant je n’ai douté que l’auteur était américaine, or elle est britannique. Et elle a un talent certain dans ses descriptions du San Francisco de la fin des années 1960, une ville en pleine ébullition, mais aussi une ville où la majorité des habitants mène une vie très conventionnelle, dans des maisons de banlieue avec jardin.

Une idée piochée chez Electra, qui a aussi adoré.

Retour à Martha’s Vineyard

Richard Russo, Retour à Martha’s Vineyard: septembre 2015 – Lincoln s’apprête à vendre la maison qu’il a hérité de sa mère, située sur la côte Est, à Martha’s Vineyard. Il y retourne une dernière fois, et invite ses deux meilleurs amis, Teddy et Mickey. Ils étaient ensemble à l’université à la fin des années 1960 et ont passé ensemble un dernier weekend à la fin de leurs études en 1971 dans cette maison. Ils avaient aussi invité Jacy, une fille dont ils étaient tous les trois amoureux. Ce serait la dernière fois qu’ils la verraient, celle-ci ayant disparu après le weekend.

Lincoln et Teddy racontent leur histoire, celle du passé et celle du présent, qui se mélangent. Ils sont aujourd’hui sexagénaires et réfléchissent sur leur parcours, le premier comme agent immobilier qui a épousé son amie de l’université et qui a eu plusieurs enfants, le second comme éditeur universitaire célibataire et en proie à des crises d’angoisses. Tous deux décrivent également Mickey, qui avait été appelé à la guerre du Vietnam, qui était musicien et qui joue toujours aujourd’hui dans un groupe de rock. Et puis il y a Jacy qui hante leurs pensées.

Pourquoi est-ce que j’ai lu ce roman de Richard Russo alors que je n’avais pas trop aimé ma première tentative, Le pont des soupirs ? Pour participer au challenge d’Ingannmic, mais aussi parce que je voulais persévérer et comprendre pourquoi la plupart des avis sont positifs (et aussi parce qu’il est un peu plus court que les autres, il faut bien l’avouer). J’ai failli abandonner, de nouveau, mais j’étais curieuse de l’histoire de Jacy, qui se dévoile au cours des pages et le cadre, cette île près de Cape Cod me plaisait. Pendant toute ma lecture, je n’ai ressenti aucune affinité avec les personnages et comme la première fois, j’ai regretté le fait que Richard Russo fasse des femmes des personnages secondaires, aux caractères assez typés, de la superbe fille qui fait rêver tous les hommes à la femme pratique qui prend les choses en main. Et les commentaires de Lincoln à propos de son épouse m’ont parfois fait sauter au plafond, même s’ils représentent sans doute une certaine « normalité » chez des hommes blancs de plus de 60 ans. Je pense que malgré ses talents de description des caractères humains, Richard Russo et moi, ça ne passe vraiment pas.

Les avis d’Ingannmic, Kathel, Goran, Keisha, Krol,

The bright forever

Lee Martin, The bright forever: au début de l’été, dans une petite ville de l’Indiana, Katie Mackay alors âgée de neuf ans, part à vélo pour rendre ses livres à la bibliothèque. Elle ne reviendra jamais. Différentes personnes impliquées dans l’histoire racontent leurs souvenirs: son frère, son tuteur en mathématiques qui est un homme un peu bizarre qui vit seul, un des suspects… Le récit décrit la vie dans une petite communauté et les secrets que tentent de cacher les gens. En commençant ce roman, je me suis dit: encore un récit d’une disparition d’un enfant et les conséquences sur la communauté. Et en effet, je n’ai rien trouvé de très original dans cette histoire. Certes les personnages sont bien décrits mais il n’y a pas grand-chose qui permet de passionner le lecteur, à part l’envie de connaître le dénouement. Encore une lecture très moyenne venant des profondeurs de ma PAL.

Killers of the flower moon

David Grann, Killers of the flower moon: the Osage murders and the birth of the FBI: dans le années 1920, le peuple le plus riche au monde, ce sont les Indiens Osage vivant dans l’Oklahoma. Quelques décennies plus tôt, ils avaient été repoussés sur des terres arides mais qui se sont révélées être très riches en pétrole. Et puis, de nombreux meurtres ont eu lieu et les coupables n’étaient pas trouvés. Après 24 cas, le FBI nouvellement créé par J. Edgar Hoover prend l’affaire en main et assigne l’enquête à Tom White, un ancien Texas Ranger. Celui-ci s’entoure de différents agents qui vont tenter d’élucider l’affaire en undercover et en utilisant les techniques les plus modernes d’investigation.

David Grann reprend l’enquête presque un siècle plus tard. Minutieusement, il décrit l’histoire des Osage et des familles touchées; il reconstitue une image de la société de l’époque, encore très Far West et peuplée de hors-la-loi; il explique comment les Osage ne sont pas considérés comme des humains à part entière, d’après les lois – racistes – en vigueur et comment ils doivent être épaulés par des garants. Ils sont peut-être riches mais ils ne peuvent pas gérer leur argent comme ils le souhaitent. Et évidemment cela provoque des convoitises. Grann a interrogé des descendants des protagonistes mais a aussi consulté pendant des jours et des jours les archives du FBI. Il délie tous les liens et propose même un coupable probable pour certains des meurtres non résolus. Ce livre est passionnant dans ses détails mais aussi pour l’histoire plus large qu’il raconte, celle des Osage et du racisme des Etats-Unis, chose que je connaissais un peu, mais pas sous cette forme-là. J’ai malgré tout un peu peiné dans ma lecture, sans vraie raison (à part que c’est une constante pour le moment: je traîne beaucoup sur la première moitié d’un livre et lis la seconde moitié d’une traite, justement parce que j’ai trop traîné et que j’ai envie de passer à autre chose). J’ai aussi une préférence pour l’autre David Grann que j’ai lu, The lost city of Z, sans doute parce qu’il a un côté très exotique et parce qu’il est écrit de manière moins linéaire.

Un livre lu dans le cadre du challenge non-fiction d’Electra.

Un moindre mal

Joe Flanagan, Un moindre mal: en analysant ma PAL, je me suis rendue compte qu’il ne me restait qu’une dizaine de romans à lire pour les années avant 2019, et que ça devrait être possible pour la fin de l’année. C’est un challenge comme un autre, mais ce sont aussi les livres mal aimés, ceux qui n’ont jamais été choisis pour diverses raisons. Et il y a de grandes chances que j’en abandonne certains après quelques dizaines de pages, comme Perfidia de James Ellroy (c’est un pavé, et je ne suis plus du tout dans cet esprit-là, même si j’ai beaucoup aimé lire ses romans il y a une vingtaine d’années). J’ai donc commencé Un moindre mal, et j’ai failli l’abandonner. L’histoire ne me parlait pas beaucoup mais comme c’était un roman policier, j’ai voulu connaître le dénouement.

Cape Cod, 1957. De jeunes enfants sont retrouvés assassinés dans la région, un homme est tabassé, une famille disparaît. Le lieutenant Warren est un flic intègre mais dépassé par les événements qui ont marqué sa vie privée: sa femme, alcoolique, l’a quitté et il s’occupe seul d’un enfant handicapé mentalement. La police d’état le dépossède de plusieurs affaires et il comprend vite que l’officier Stasiak est corrompu. Mais comment se sortir de ce pétrin ?

Un moindre mal est un roman policier classique, avec des moments plus descriptifs et de sacrées scènes d’action, mais je n’ai jamais accroché à l’histoire. Et il y a tellement peu de personnages féminins – je me rends compte que cela joue dans mes lectures. J’ai cependant aimé le fait qu’il soit situé à Cape Cod et que les paysages soient intéressants, différents d’autres régions du pays. J’ai beaucoup traîné dans ma lecture au début, pour le terminer d’une traite dans l’idée de pouvoir commencer autre chose. Une lecture en demi-teinte donc.

Le sang ne suffit pas

Alex Taylor, Le sang ne suffit pas: 1748, au coeur de l’hiver, dans une Amérique encore partagée entre colons français et britanniques, et diverses tribus indiennes, Reathel et son chien, tous deux affamés, arrivent à une cabane. Il tue l’homme qui lui refuse l’entrée, puis trouve à l’intérieur une femme sur le point d’accoucher, Della. Ce qu’il ne sait pas, c’est que l’enfant a été promis comme tribut aux Shawnees de la région. Commence alors une longue marche dans la neige et le froid, avec divers protagonistes aux buts très différents.

Ce roman est qualifié de féroce, d’impitoyable, de sauvage; et en effet c’est le cas. Les hommes, et Della, doivent survivre dans des conditions déplorables, affamés, pourchassés par un ours sorti de sa tanière et par des chasseurs de prime, sans trop d’espoir de jours meilleurs. C’est une histoire extrêmement sombre et violente… et j’ai eu un certain mal à entrer dans le roman. J’avais encore en tête les images de In the distance de Hernan Diaz que je venais de lire, sur un thème relativement proche, et j’ai de loin préféré cette écriture plus poétique. Mais cela n’empêche pas que la fin du roman m’a scotchée, et que je l’ai lue d’une traite, la violence et l’horreur devenant insoutenables par moments. Je pense que mes attentes étaient un peu trop élevées, ce qui arrive parfois quand on parle beaucoup d’un livre. C’est malgré tout un très bon roman qui est fort apprécié parmi les lecteurs de la blogosphère: l’avis d’Electra, l’avis de Livr’escapades.

The cooking gene

Michael W. Twitty, The cooking gene. A journey through African American culinary history in the Old South: comment me tenter avec un livre ? Sylvain m’a parlé de cet ouvrage qui raconte comment l’auteur a fait des recherches autour de la cuisine afro-américaine mais surtout de la généalogie et des analyses d’ADN, partie qui selon lui était un peu longue mais qui m’a tout de suite convaincue de lire le livre. Je suis en effet passionnée par les histoires de filiation et par le fait que la science puisse retrouver des informations qui se sont perdues au fil du temps.

Dans le cas de Michael W. Twitty, et de la communauté afro-américaine, retrouver les liens avec le passé lointain ne peut que se faire par une analyse d’ADN, et c’est ce que l’auteur propose dans son livre. Mais le point de départ, c’est la cuisine, comment celle-ci a gardé des spécificités africaines malgré la mise en esclavage et l’arrachement aux terres natales. Il s’est fait aider de nombreux généalogistes pour déterminer qui étaient ses ancêtres, noirs et blancs – les blancs sont essentiellement des hommes qui prenaient du bon temps avec des femmes esclaves (et qui bannissaient ces enfants métis de leurs généalogie). Et par la suite, il a fait plusieurs analyses de son ADN pour déterminer son appartenance à telle ou telle région d’Afrique.

La seconde partie du livre s’attache bien plus aux aliments, aux fruits et légumes, au riz, aux viandes et poissons, mais aussi à la culture du coton qui a provoqué un grand changement pour les esclaves – changement de lieu de vie mais aussi de régime alimentaire. J’ai trouvé ce livre passionnant du début à la fin – il touche évidemment à deux sujets qui m’intéressent beaucoup. Il m’a aussi permis d’aborder un troisième sujet que je ne connaissais que très peu, celui de l’esclavage. Je me suis toujours beaucoup intéressée à l’Asie, mais pas à l’Afrique; ces derniers mois, je commence à m’ouvrir à cette partie du monde, pour des raisons diverses. Il y a bien sûr le mouvement Black Lives Matter, mais aussi les textes que j’ai dû écrire sur le Congo, et bien sûr les voyages de mon papa.

In the distance

Hernán Díaz, In the distance: quelque part au 19e siècle, un jeune garçon suédois, Håkan, perd de vue son frère alors qu’ils vont embarquer pour émigrer aux Etats-Unis. Il se trompe de bateau et se retrouve à San Francisco, où il décide de rejoindre son aîné qui devrait avoir débarqué à New York. Sans le sou, il rencontre sur la route une palette très diversifiée de personnages hauts en couleur: des chercheurs d’or, des criminels, des fanatiques religieux, des Indiens, un naturaliste… Suite à un événement précis, il devient célèbre; sa grande taille a marqué les esprits.

J’ai hésité un moment à commencer ce roman, j’ai horreur du picaresque et la quatrième de couverture me laissait entrevoir un récit de ce genre. Mais ce n’est heureusement pas le cas, même si les aventures du héros sont multiples. Je me suis plongée dans la vie difficile de la conquête de l’Ouest, mais à rebours, partant de San Francisco. L’auteur décrit avec minutie les conditions de vie et surtout les paysages grandioses que traverse Håkan lors de son périple vers l’Est. Certains passages auraient pu être trop longs mais je me suis délectée des mots, et des retournements de situations, mais aussi de l’introspection et de la solitude du héros. Pour moi, c’est un grand roman de l’Amérique sauvage.

Le petit-fils

Nickolas Butler, Le petit-fils: Lyle et Peg, aujourd’hui pensionnés, vivent dans un coin isolé du Wisconsin. Lyle aide un ami dans les vergers et profite de la nature et de la beauté environnante. Leur fille adoptive, Shiloh, et leur petit-fils, Isaac, se sont installés avec eux depuis peu. Mais Shiloh s’éloigne d’eux après avoir rencontré un prêtre charismatique à la tête d’une congrégation religieuse qui porte tous les traits d’une secte, emmenant son fils et disloquant le monde des grands-parents.

C’est un roman facile et agréable à lire, mais il ne laisse que peu de traces (je l’ai lu fin mai et j’écris cette chronique mi-juin). Il est inspiré de faits réels et dès le départ, le lecteur sait que quelque chose de terrible risque d’arriver. La plongée dans le monde de la secte reste pour moi un peu superficielle mais j’ai aussi eu du mal avec la foi pourtant très modérée des grands-parents, notamment le fait que Lyle continue à aller à l’église alors qu’il ne croit plus. Mais ceci est évidemment très personnel et lié à mes propres conceptions de la religion. Bref, un roman plaisant mais vite oublié.