L’Amérique avant les États-Unis

Bertrand Van Ruymbeke, L’Amérique avant les États-Unis. Une histoire de l’Amérique anglaise, 1497-1776: j’ai toujours été curieuse de l’histoire des Etats-Unis, tout particulièrement la période de formation, mais je n’avais jamais cherché de livre sur le sujet. C’est en lisant un article dans la revue America que j’ai découvert l’historien français Bertrand Van Ruymbeke et que je me suis dit que cela pourrait être un bon candidat. J’avais le choix entre deux livres, un premier se limitant à la période avant l’indépendance et un second allant jusqu’à aujourd’hui. Le premier l’a emporté. Est-ce que j’ai bien fait ? Je n’en suis pas si sûre: le livre est extrêmement détaillé, et même si l’écriture est tout à fait abordable, l’auteur se perd un peu dans l’explication de divers éléments qui m’ont peu intéressés, comme les religions ou les institutions locales. Ce sont des éléments importants pour la formation de la nouvelle nation, mais j’aurais du lire la version plus résumée, ce que je ferai un jour vu que je m’intéresse aussi à la conquête de l’Ouest.

J’espérais également plus de détails sur la vie quotidienne des premiers colons, et les Premières Nations ne sont quasi pas évoquées, à moins qu’elles n’aient formé l’une ou l’autre alliance avec les colons. J’aurais aimé en savoir plus sur la vie à l’époque à l’ouest des Treize Colonies mais ce n’est pas abordé. Après avoir lu des livres d’auteurs anglo-saxons (ou belges), la liberté de la langue m’a un peu manquée, cette écriture qui n’hésite pas à faire des remarques tout à fait contemporaines dans le texte et à quitter quelque peu l’académisme (qui n’est malgré tout pas trop présent ici, j’ai lu bien pire dans le passé). Je suis tombée également sur un manque dans ma culture: j’ai eu du mal à comprendre la géopolitique de l’Europe à cette époque et les nombreux conflits entre nations (la guerre de Sept Ans), et cela me poussera à lire (enfin) une histoire de l’Europe (également abordée dans le récit de voyage d’Erika Fatland que je lisais en même temps).

Bertrand Van Ruymbeke, L’Amérique avant les États-Unis. Une histoire de l’Amérique anglaise, 1497-1776, Flammarion, 2016, 783p.

A Short History of Humanity

Johannes Krause & Thomas Trappe, A Short History of Humanity: A New History of Old Europe: je suis tombée sur ce livre un peu par hasard (par l’intermédiaire de sa traduction en néerlandais) et je me suis dit que ça pourrait compléter Au commencement était… J’avais tout à fait raison: Johannes Krause est archéogénéticien et travaille en collaboration avec Svante Pääbo qui vient de recevoir le prix Nobel. Il analyse donc l’ADN de nos ancêtres (proches et lointains) pour tenter de reconstituer au mieux notre histoire. Avant l’apparition de l’écriture, cette méthode est particulièrement intéressante pour mieux appréhender les mouvements de population. L’auteur commence donc à la préhistoire, avec la première arrivée de l’homme en Europe et en Asie. La génétique a permis de casser certaines théories plus anciennes, par exemple dans l’histoire des Neandertals, ou encore par rapport à l’arrivée de nouvelles peuplades en Europe.

Le livre suit l’ordre chronologique, et parle également beaucoup d’épidémies et de pandémies, notamment celle de la peste qui a laissé des marqueurs génétiques chez les hommes. Il y a donc vraiment beaucoup de sujets abordés dans un livre relativement court. L’écriture est très abordable et le livre est agréable à lire (l’auteur se met de temps en temps en scène, notamment quand il parle de son excitation face à ce petit bout d’os d’une jeune fille russe qui se trouve sur son bureau). C’est passionnant du début jusqu’à la fin et me donne envie d’en connaître encore plus. Le sujet m’intéresse depuis toujours et ce livre permet de faire connaissance de l’état des lieux des études actuelles.

Johannes Krause & Thomas Trappe, A Short History of Humanity: A New History of Old Europe, Random House, 2021 (traduction de l’allemand par Caroline Waight, première édition de 2019: Die Reise unserer Gene)

Bestemming België

Andreas Stynen & Gerrit Verhoeven (éditeurs), Bestemming België. Een geschiedenis van toerisme in dertien etappes (1830-2030): ce livre rassemble treize articles racontant l’histoire du tourisme en Belgique, depuis l’indépendance jusque dans un futur proche. Les différents auteurs parlent notamment de l’attrait du tourisme de guerre, du champ de bataille de Waterloo à ceux du front de l’Yser, du tourisme religieux avec les apparitions de la Vierge à Banneux, des expositions universelles, du Congo Belge, de la création d’organismes encourageant le tourisme (en Flandre), des colonies pour enfants, du tourisme régional d’aujourd’hui. A vrai dire, c’est surtout un chapitre qui m’a intéressée, celui sur le développement du tourisme balnéaire à la fin du 19e siècle à Westende, une commune où mes parents avaient une maison et que je connais donc assez bien.

J’ai appris une série de choses, mais je me suis ennuyée aussi: le style d’articles et d’écriture est tellement académique, convenu, rigide. Chaque partie est conçue selon le même plan, avec un nombre de pages précis, et il y a parfois donc du remplissage, alors qu’on sent que certains autres auteurs auraient aimé s’étendre un peu plus. Il y a heureusement des photos qui viennent aérer le texte (mais là aussi, je trouve qu’elles sont finalement peu nombreuses). Intéressant donc, mais certainement pas passionnant.

Andreas Stynen & Gerrit Verhoeven, Bestemming België. Een geschiedenis van toerisme in dertien etappes (1830-2030), Ertsberg, 2022, 263p.

Au commencement était…

David Graeber & David Wengrow, Au commencement était… Une nouvelle histoire de l’humanité: on a beaucoup parlé de ce livre (qui est devenu un bestseller, je crois) et j’ai longtemps hésité à le lire, craignant un ouvrage trop philosophique. Mon ami-collègue m’a rassurée, et du coup nous l’avons lu plus ou moins en même temps, ce qui nous a permis de discuter de notre lecture. Les auteurs partent d’un constat: on a toujours raconté que les société ont connu une évolution linéaire, de primitive à développée, avec l’arrivée de l’agriculture et de la propriété privée, puis des villes – la civilisation. Or pour eux, ce récit est faux et c’est ce qu’ils s’attachent à démontrer au cours des nombreuses pages de ce pavé. Ils se basent sur les recherches actuelles (archéologie, génétique…) pour déconstruire cette idée d’évolution linéaire et décrivent de nombreux groupes du passé qui ont vécu autrement, nous emmenant de la préhistoire et des chasseurs-cueilleurs aux premières sociétés mésoaméricaines.

C’est passionnant, du début jusqu’à la fin. Il est clair que les deux auteurs ont une thèse au départ, thèse influencée par leurs conceptions (anarchistes pour Graeber) mais la manière dont ils déroulent leurs arguments ouvre une toute nouvelle voie de pensée. J’ai aimé lire sur la préhistoire et sur l’histoire, j’ai apprécié en apprendre bien plus sur le passé et sur les nouveautés dans la recherche (ou sur les recherches oubliées qui n’auraient peut-être pas dû l’être). Dans la seconde moitié, les auteurs abordent par moments le statut de la femme – on voit qu’ils ont survolé les recherches féministes – mais ils ne creusent pas le sujet, ce qui est bien dommage (c’est mon seul petit bémol dans ce livre mais le reste est tellement intéressant que ça ne diminue pas ma note finale). Ils avouent d’ailleurs dès le début que ce livre n’est qu’une infime partie de tout ce qu’ils voulaient partager et qu’ils auraient pu écrire de nombreux autres volumes. Ceux-ci ne paraîtront pas, David Graeber est décédé juste au moment de la sortie du livre. J’aurais vraiment aimé lire la suite de leurs théories. Du coup, j’ai envie d’en savoir plus sur la préhistoire (je crois que j’ai trouvé un livre intéressant à ce sujet) et sur l’histoire de l’Amérique avant l’arrivée de Christophe Colomb.

David Graeber & David Wengrow, Au commencement était… Une nouvelle histoire de l’humanité, Les Liens qui Libèrent, 2021, 744p. (excellente traduction de l’anglais par Elise Roy, The Dawn of Everything: A New History of Humanity)

Stranger in the Shogun’s City

Amy Stanley, Stranger in the Shogun’s City: A Japanese Woman and Her World: Japon – première moitié du 19e siècle. Fille d’un prêtre bouddhiste d’un petit village à l’ouest du Japon, Tsuneno était vouée à une vie tranquille d’épouse, proche de sa famille. Mais après trois mariages arrangés et trois divorces, elle n’en peut plus et décide d’aller à la capitale, Edo (la future Tokyo), à un mois de marche de là. Elle y entame une nouvelle vie, pour la plus grande partie dans la pauvreté et au service de divers nobles de la capitale.

Cette histoire pourrait être celle d’un roman, mais ce n’est pas le cas. Amy Stanley, spécialiste de l’histoire sociale du Japon, a retrouvé des archives, les lettres que Tsuneno a envoyé à sa famille, mais aussi celles de son frère, de sa mère et d’autres personnes. Elle nous raconte donc une histoire vraie, et fait le portrait de toute une société à une époque donnée. Elle explique la vie d’une femme, ses joies et ses peines, mais aussi son rôle parfois limité à celui d’un objet ou presque, qu’on peut renvoyer à sa famille si le mariage ne convient pas (si par exemple, elle n’arrive pas à avoir des enfants ou a un caractère trop marqué) – le divorce était courant et très facile à obtenir. Dans la seconde partie, Stanley décrit aussi une ville, Edo, à une époque où les shoguns ont encore tout le pouvoir, juste avant que le pays ne soit forcé à s’ouvrir au monde. Elle parle des grandes demeures et du petit peuple qui vit et survit sur place, elle détaille le fonctionnement du théâtre kabuki et des quartiers de plaisir, elle nous emmène dans les temples. C’est le portrait d’une ville qui n’existe plus, ravagée par les nombreux incendies de l’époque puis rasée par le grand tremblement de terre de 1923 et par les bombes de la Seconde Guerre mondiale.

Si l’histoire de Tsuneno est au final assez ténue, ce livre est surtout intéressant pour la description de la vie quotidienne au Japon, à Edo, pendant la première moitié du 19e siècle, avant que de grands changements ne surviennent. Je me suis parfois un peu perdue dans les nombreuses descriptions, et les nombreuses suppositions d’Amy Stanley quant à la vie de Tsuneno montrent que les documents de base, les lettres, n’apportaient que des bribes d’histoire. Mais ce livre reste malgré tout un portrait passionnant d’une époque, vue de l’intérieur, par une femme. Je dirais que mon erreur a été d’entamer ce livre comme un roman plutôt que comme un livre d’histoire et j’ai parfois été un peu frustrée par mon rythme de lecture assez lent.

Encore un livre donc pour le challenge « Sous les pavés, les pages » organisé par Athalie et Ingannmic, à propos de Tokyo cette fois-ci.

Amy Stanley, Stranger in the Shogun’s City: A Japanese Woman and Her World, Scribner, 2020, 352p. (non traduit).

The Boundless Sea

David Abulafia, The Boundless Sea: A Human History of the Oceans: les mers et les océans ont depuis toujours été un lien entre les humains; ils ont permis de communiquer et de partager des nouvelles idées et de faire du commerce. Dans ce pavé, David Abulafia s’intéresse aux océans (il avait déjà écrit un livre sur la Méditerranée – que j’ai bien envie de lire également) et retrace l’histoire mondiale à partir de ceux-ci. Il commence par le Pacifique parce que c’est par cette voie-là qu’ont eu lieu les premiers déplacements d’île en île, menant à la découverte de toute la région au fil des millénaires. Il se tourne ensuite vers l’Océan Indien et les premiers liens commerciaux entre le Proche-Orient, l’Inde et l’Asie de l’Est. Enfin, il parle de l’exploration de l’Atlantique, puis du commerce mondial.

J’ai revu toute l’histoire du monde par ce livre, une histoire globale qui porte autant d’attention aux peuples navigateurs du Pacifique qu’aux explorateurs portugais et espagnols, en passant par le Japon, la Chine, l’Indonésie et tant d’autres pays. J’aime ce côté qui n’est pas eurocentré et qui permet de découvrir d’autres facettes de l’histoire. Je connaissais déjà pas mal de choses sur le sujet, mais j’ai aussi appris de nouvelles choses; il y a notamment tout un chapitre qui parle des diasporas de marchands (Juifs, mais aussi Arméniens et Chinois), et qui montre l’ambiguïté de la religion. Suite à l’Inquisition espagnole, de nombreux Juifs se sont convertis et sont devenus de « nouveaux chrétiens » – ce qui n’était souvent qu’une façade. Il est intéressant de voir aussi qu’Abulafia parle à peine de la « découverte » du Pacifique par les Européens à partir du 16e siècle: il en avait parlé en long et en large dans son premier chapitre, décrivant la première occupation des îles et la technologie maritime des peuples de la région. Enfin, j’ai aussi beaucoup appris sur la navigation des Vikings et leur installation en Islande et au Groenland, puis sur le commerce de la Hanse. J’ai juste réalisé un peu tard que quand il parle de « Fleming », il parle des « Flemish » ou Flamands – encore un mot que je ne connaissais pas.

J’avais déjà lu The Sea and Civilization de Lincoln Payne il y a deux ans. Le livre d’Abulafia le complète bien. Il est moins technique (je m’étais un peu perdue dans les descriptions des bateaux, surtout en anglais, alors que je ne maîtrise même pas le vocabulaire en français) et plus basé sur les liens commerciaux. Il n’hésite pas non plus à de temps en temps faire une petite pique ou une comparaison avec des choses du présent, ce qui rend ce pavé très agréable à lire (même si j’ai mis quatre mois, un ou deux chapitres à la fois). L’auteur m’avait été conseillé par mon ami-collègue qui m’avait beaucoup parlé de la Méditerranée, mais j’ai choisi de d’abord lire celui-ci (qu’il lit aussi entretemps). C’est très dense, mais vraiment intéressant.

David Abulafia, The Boundless Sea: A Human History of the Oceans, Penguin Books, 2020 (première édition 2019), 1050 pages dont 908 de texte suivi.

Un troisième livre donc pour le challenge Pavé de l’été organisé par Brize.

Les genres fluides

Clovis Maillet, Les genres fluides: ce livre était tentant, voici ce qu’en dit la quatrième de couverture: « Pouvait-on changer de genre au Moyen Âge ? Vivre en homme et devenir sainte ? Naître fille et finir chevalier ? Changer d’habits comme d’identité durant cette période dominée par la chrétienté ? (…) De Jeanne d’Arc à Hildegonde-Joseph en passant par Eugénie-Eugène, sainte Thècle ou le chevalier Silence, ce livre propose une réflexion sur le genre en retraçant une histoire trans de l’époque médiévale. »

Clovis Maillet décrit donc les vies de quelques femmes qui se sont fait passer pour des hommes, très souvent dans le contexte religieux, mais ça se limite un peu à ça, à des exemples. Il est utile pour écrire l’histoire de trouver des cas particuliers, mais il est aussi intéressant d’en tirer des conclusions, de faire un portrait plus large d’une société, de créer des liens et c’est toute cette partie qui manque à mon avis dans ce livre. J’ai eu l’impression de lire le début d’une recherche, pas la fin, d’où ma déception. Je me pose aussi la question de la transposition de concepts actuels à une société du passé, bien différente, et qui ne vivait pas la relation homme-femme de la même manière. Entre les lignes, j’ai cru comprendre aussi qu’il y a une bonne part de militantisme queer dans ce texte, vu le nombre de précautions que prend l’auteur. Cela ne m’a pas dérangée mais quand même fait tiquer un peu, dans le sens où je trouve cela bien dommage que notre société ait toujours des problèmes avec la transidentité. Heureusement, le livre n’est pas très long, je l’aurais d’ailleurs abandonné dans le cas contraire.

Clovis Maillet, Les genres fluides, Arkhê, 2020, 172p. (dont 143 de texte suivi)

Les dessous du maillot de bain

Audrey Millet, Les dessous du maillot de bain. Une autre histoire du corps: Le maillot de bain est une invention récente, du 20e siècle, mais dans ce livre, Audrey Millet va bien plus loin que ça. Elle remonte à l’Antiquité grecque et romaine pour analyser quel était le rapport au corps et à l’hygiène. Elle explique comment l’eau faisait peur, de même que le féminin, et qu’il fallait donc couvrir ce corps de femme. Ce n’est qu’à partir du 19e siècle que commence le lent apprivoisement de l’eau; c’est l’époque où se développent les cures thermales. Mais ce n’est réellement qu’au 20e siècle que le corps se découvre, de plus en plus au fil des décennies, ce qui amène d’autres questions: le bronzage est-il sain ? et qu’en est-il des corps qui ne correspondent pas aux normes de la minceur ? Toutes ces questions, et bien d’autres, sont abordées par l’autrice qui a écrit un livre passionnant et très accessible relatant l’histoire intime et personnelle des hommes mais surtout des femmes. Je conseille !

(Pour la petite histoire, le sujet du corps, de la nudité et de l’hygiène me tentait depuis longtemps, et j’avais acheté Le propre et le sale de Georges Vigarello, qui est été donc été devancé par celui-ci, mais qui est aussi très souvent cité par Millet).

Audrey Millet, Les dessous du maillot de bain. Une autre histoire du corps, Les Pérégrines, 2022, 261p.

Histoire du Japon

Gérard Siary, Histoire du Japon, des origines à nos jours: il y a quelques mois, je me suis rendue compte que je n’avais encore jamais lu de livre détaillant l’histoire du Japon et j’ai donc acquis celui-ci. Gérard Siary, traducteur à la base, s’est attelé à la tâche et décrit donc cette histoire, depuis la préhistoire jusqu’à nos jours. Il surcomplique la chose à mon avis, faisant souvent des allers-retours de quelques décennies, voire plus, dans un même paragraphe, utilisant des mots tellement peu usités qu’il faut un dictionnaire (et qu’un synonyme aurait été bien plus clair), écrivant des phrases qui n’ont ni queue ni tête, ni verbe. Le texte est très indigeste à cause de son style mais aussi dans son contenu. Je me rends compte que je n’ai pas retenu grand-chose. En cours de lecture, je me disais que c’était parce que je ne connais que très peu de l’histoire ancienne du Japon, mais après avoir refermé le livre, je me dis qu’il devrait quand même m’en rester un peu plus. C’est très axé sur les événements et la politique – avec plein de détails et de noms, très peu sur la vie quotidienne, même s’il y a quelques passages qui s’intéressent à la condition des femmes, ce que je trouve tout à fait admirable. Je crois que je n’ai jamais mis une note aussi basse à un livre d’histoire (et pourtant j’ai déjà lu mon lot de livres indigestes d’historiens); je devrai en trouver un autre sur le sujet.

At the movies – 15 (1930s)

Jeanette MacDonald et Maurice Chevalier dans Love Me Tonight (domaine public)

Red Dust, Victor Fleming (1932) – 3/5: je ne crois pas que ce film était sur les listes des meilleurs films mais j’ai été intriguée par les livres de Mick LaSalle, à cause des acteurs et du lieu. L’histoire se passe donc dans une plantation tenue par Dennis Carson (Clark Gable) quelque part dans la jungle en Indochine. Son nouvel assistant arrive avec son épouse, Gary et Barbara Willis, ainsi qu’une prostituée fuyant Saïgon, Vantine (Jean Harlow). Dennis tombe amoureux de Barbara, mais au fil de l’histoire il se rend compte que la prostituée au bon coeur lui convient bien mieux. Gable est montré dans son rôle le plus macho, voire même sexiste, Harlow est superbe en femme de petite vertu mais capable de loyauté. Un film qui va droit au but. S’il n’y avait pas les passages racistes envers les « chinamen », qui accumulent cliché sur cliché, j’aurais donné une note supérieure. A noter: un perroquet, les plantations de caoutchouc, un tigre (« a big alleycat who is yodelling »). Mogambo (John Ford, 1953) est un remake mais situé en Afrique.

A Bill of Divorcement, George Cukor (1932) – 3/5: le mari de Meg (Billie Burke), Hillary (John Barrymore), est interné dans un asile depuis 15 ans et son divorce a été prononcé. Elle est prête à se remarier, et sa fille Sidney (Katharine Hepburn dans son premier rôle) aussi. Mais voilà que réapparaît Hillary, qui va mieux. Pour une fois, les âges des divers protagonistes sont plus ou moins réalistes, mais j’ai quand même été marquée par la minceur des actrices, y compris Meg. Un film pas mal, qui pose la question du divorce et de la folie.

Night after Night, Archie Mayo (1932) – 3/5: un film assez plaisant au final, racontant quelques jours de la vie de Joe Anton (George Raft), propriétaire de speakeasy et poursuivi par les gangs, et de ses relations avec des femmes: celle qu’il ne veut plus mais qui s’incruste (Wynne Gibson), celle plus âgée qui lui apprend les bonnes manières (Alison Skipworth), son amie propriétaire d’un salon de beauté (Mae West dans son premier grand rôle) et celle qui lui plaît (Constance Cummings). Mae West n’a pas sans langue dans sa poche et est très comique; elle porte aussi la plus belle robe cousue de paillettes (formant des lignes, très art déco). Pas un grand film mais tout à fait regardable ! A noter: à un moment, on voit un groupe hawaïen, avec un des musiciens qui joue une lap steel guitar; je n’ai pas trouvé qui ça pourrait être.

Love me tonight, Rouben Mamoulian (1932) – 1/5: j’ai eu du mal à regarder jusqu’au bout ce film musical avec Maurice Chevalier en tailleur de vêtements qui tombe amoureux de la jeune comtesse (Jeanette MacDonald), ce qui a priori est un amour impossible. L’histoire est confuse mais il y a quelques scènes filmiquement intéressantes: le début avec Paris qui s’éveille sur un rythme assez précis, puis la chanson qui est continuée par un autre personnage, et une scène de train très western. La version non-censurée par le code Hays n’existe malheureusement plus, on y voyait Myrna Loy dans un négligé qui montrait un peu trop son corps.

The Cabin in the Cotton, Michael Curtiz (1932) – 2/5: une histoire sociale avec un propriétaire terrain du sud qui exploite ses ouvriers travaillant dans les champs de coton. Avec Betty Davis dans un de ses premiers rôles et Richard Barthelmess qui est vraiment mauvais: pas d’expression (sauf celle – constante – d’un chien battu) et aucun jeu d’acteur. Ma note est liée à sa mauvaise performance.

Me and My Gal, Raoul Walsh (1932) – 3/5: comédie romantique avec une touche de film policier, avec Spencer Tracy et Joan Bennett. Un mélange d’histoire d’amour, de slapstick et de film de gangster pas vraiment réussi mais au final j’ai quand même aimé.

Ce film était le dernier dans ma liste de 1932. Dans les tentatives ratées, il y a The Music Box de James Parrott, un court film de 30 minutes avec Laurel et Hardy qui tentent de monter un piano le long d’une volée d’escaliers. Je n’ai pas la patience pour voir toutes leurs déconvenues. Je n’ai pas réussi à obtenir Chotard et cie de Jean Renoir mais je ne pense pas que ce soit très grave et je me suis rendue compte que les films de Yasujiro Ozu de l’époque sont encore muets (le parlant reste une condition pour moi).

Passage à 1933:

Terre sans pain (Las Hurdes, tierra sin pan), Luis Buñuel (Espagne, 1933) – 3/5: 27 minutes seulement pour ce court documentaire muet à la base mais auquel un commentaire en français a été rajouté à l’époque. Les images montrent la vie primitive d’un village extrêmement pauvre de l’Estrémadure en Espagne. Les images sont choquantes, encore aujourd’hui, mais certaines ont été mises en scènes (comme la chèvre qui tombe de l’escarpement rocheux ou l’âne couvert d’abeilles). Il existe plusieurs versions du film, l’une censurée de 1936 et l’autre restaurée de 1965 et je ne sais pas trop laquelle j’ai vue (elle était en complément sur le dvd de Los Olvidados – je n’ai vu que plus tard qu’il existait un autre dvd consacré uniquement à toutes les versions de ce documentaire).