Les dessous du maillot de bain

Audrey Millet, Les dessous du maillot de bain. Une autre histoire du corps: Le maillot de bain est une invention récente, du 20e siècle, mais dans ce livre, Audrey Millet va bien plus loin que ça. Elle remonte à l’Antiquité grecque et romaine pour analyser quel était le rapport au corps et à l’hygiène. Elle explique comment l’eau faisait peur, de même que le féminin, et qu’il fallait donc couvrir ce corps de femme. Ce n’est qu’à partir du 19e siècle que commence le lent apprivoisement de l’eau; c’est l’époque où se développent les cures thermales. Mais ce n’est réellement qu’au 20e siècle que le corps se découvre, de plus en plus au fil des décennies, ce qui amène d’autres questions: le bronzage est-il sain ? et qu’en est-il des corps qui ne correspondent pas aux normes de la minceur ? Toutes ces questions, et bien d’autres, sont abordées par l’autrice qui a écrit un livre passionnant et très accessible relatant l’histoire intime et personnelle des hommes mais surtout des femmes. Je conseille !

(Pour la petite histoire, le sujet du corps, de la nudité et de l’hygiène me tentait depuis longtemps, et j’avais acheté Le propre et le sale de Georges Vigarello, qui est été donc été devancé par celui-ci, mais qui est aussi très souvent cité par Millet).

Audrey Millet, Les dessous du maillot de bain. Une autre histoire du corps, Les Pérégrines, 2022, 261p.

Histoire du Japon

Gérard Siary, Histoire du Japon, des origines à nos jours: il y a quelques mois, je me suis rendue compte que je n’avais encore jamais lu de livre détaillant l’histoire du Japon et j’ai donc acquis celui-ci. Gérard Siary, traducteur à la base, s’est attelé à la tâche et décrit donc cette histoire, depuis la préhistoire jusqu’à nos jours. Il surcomplique la chose à mon avis, faisant souvent des allers-retours de quelques décennies, voire plus, dans un même paragraphe, utilisant des mots tellement peu usités qu’il faut un dictionnaire (et qu’un synonyme aurait été bien plus clair), écrivant des phrases qui n’ont ni queue ni tête, ni verbe. Le texte est très indigeste à cause de son style mais aussi dans son contenu. Je me rends compte que je n’ai pas retenu grand-chose. En cours de lecture, je me disais que c’était parce que je ne connais que très peu de l’histoire ancienne du Japon, mais après avoir refermé le livre, je me dis qu’il devrait quand même m’en rester un peu plus. C’est très axé sur les événements et la politique – avec plein de détails et de noms, très peu sur la vie quotidienne, même s’il y a quelques passages qui s’intéressent à la condition des femmes, ce que je trouve tout à fait admirable. Je crois que je n’ai jamais mis une note aussi basse à un livre d’histoire (et pourtant j’ai déjà lu mon lot de livres indigestes d’historiens); je devrai en trouver un autre sur le sujet.

At the movies – 15 (1930s)

Jeanette MacDonald et Maurice Chevalier dans Love Me Tonight (domaine public)

Red Dust, Victor Fleming (1932) – 3/5: je ne crois pas que ce film était sur les listes des meilleurs films mais j’ai été intriguée par les livres de Mick LaSalle, à cause des acteurs et du lieu. L’histoire se passe donc dans une plantation tenue par Dennis Carson (Clark Gable) quelque part dans la jungle en Indochine. Son nouvel assistant arrive avec son épouse, Gary et Barbara Willis, ainsi qu’une prostituée fuyant Saïgon, Vantine (Jean Harlow). Dennis tombe amoureux de Barbara, mais au fil de l’histoire il se rend compte que la prostituée au bon coeur lui convient bien mieux. Gable est montré dans son rôle le plus macho, voire même sexiste, Harlow est superbe en femme de petite vertu mais capable de loyauté. Un film qui va droit au but. S’il n’y avait pas les passages racistes envers les « chinamen », qui accumulent cliché sur cliché, j’aurais donné une note supérieure. A noter: un perroquet, les plantations de caoutchouc, un tigre (« a big alleycat who is yodelling »). Mogambo (John Ford, 1953) est un remake mais situé en Afrique.

A Bill of Divorcement, George Cukor (1932) – 3/5: le mari de Meg (Billie Burke), Hillary (John Barrymore), est interné dans un asile depuis 15 ans et son divorce a été prononcé. Elle est prête à se remarier, et sa fille Sidney (Katharine Hepburn dans son premier rôle) aussi. Mais voilà que réapparaît Hillary, qui va mieux. Pour une fois, les âges des divers protagonistes sont plus ou moins réalistes, mais j’ai quand même été marquée par la minceur des actrices, y compris Meg. Un film pas mal, qui pose la question du divorce et de la folie.

Night after Night, Archie Mayo (1932) – 3/5: un film assez plaisant au final, racontant quelques jours de la vie de Joe Anton (George Raft), propriétaire de speakeasy et poursuivi par les gangs, et de ses relations avec des femmes: celle qu’il ne veut plus mais qui s’incruste (Wynne Gibson), celle plus âgée qui lui apprend les bonnes manières (Alison Skipworth), son amie propriétaire d’un salon de beauté (Mae West dans son premier grand rôle) et celle qui lui plaît (Constance Cummings). Mae West n’a pas sans langue dans sa poche et est très comique; elle porte aussi la plus belle robe cousue de paillettes (formant des lignes, très art déco). Pas un grand film mais tout à fait regardable ! A noter: à un moment, on voit un groupe hawaïen, avec un des musiciens qui joue une lap steel guitar; je n’ai pas trouvé qui ça pourrait être.

Love me tonight, Rouben Mamoulian (1932) – 1/5: j’ai eu du mal à regarder jusqu’au bout ce film musical avec Maurice Chevalier en tailleur de vêtements qui tombe amoureux de la jeune comtesse (Jeanette MacDonald), ce qui a priori est un amour impossible. L’histoire est confuse mais il y a quelques scènes filmiquement intéressantes: le début avec Paris qui s’éveille sur un rythme assez précis, puis la chanson qui est continuée par un autre personnage, et une scène de train très western. La version non-censurée par le code Hays n’existe malheureusement plus, on y voyait Myrna Loy dans un négligé qui montrait un peu trop son corps.

The Cabin in the Cotton, Michael Curtiz (1932) – 2/5: une histoire sociale avec un propriétaire terrain du sud qui exploite ses ouvriers travaillant dans les champs de coton. Avec Betty Davis dans un de ses premiers rôles et Richard Barthelmess qui est vraiment mauvais: pas d’expression (sauf celle – constante – d’un chien battu) et aucun jeu d’acteur. Ma note est liée à sa mauvaise performance.

Me and My Gal, Raoul Walsh (1932) – 3/5: comédie romantique avec une touche de film policier, avec Spencer Tracy et Joan Bennett. Un mélange d’histoire d’amour, de slapstick et de film de gangster pas vraiment réussi mais au final j’ai quand même aimé.

Ce film était le dernier dans ma liste de 1932. Dans les tentatives ratées, il y a The Music Box de James Parrott, un court film de 30 minutes avec Laurel et Hardy qui tentent de monter un piano le long d’une volée d’escaliers. Je n’ai pas la patience pour voir toutes leurs déconvenues. Je n’ai pas réussi à obtenir Chotard et cie de Jean Renoir mais je ne pense pas que ce soit très grave et je me suis rendue compte que les films de Yasujiro Ozu de l’époque sont encore muets (le parlant reste une condition pour moi).

Passage à 1933:

Terre sans pain (Las Hurdes, tierra sin pan), Luis Buñuel (Espagne, 1933) – 3/5: 27 minutes seulement pour ce court documentaire muet à la base mais auquel un commentaire en français a été rajouté à l’époque. Les images montrent la vie primitive d’un village extrêmement pauvre de l’Estrémadure en Espagne. Les images sont choquantes, encore aujourd’hui, mais certaines ont été mises en scènes (comme la chèvre qui tombe de l’escarpement rocheux ou l’âne couvert d’abeilles). Il existe plusieurs versions du film, l’une censurée de 1936 et l’autre restaurée de 1965 et je ne sais pas trop laquelle j’ai vue (elle était en complément sur le dvd de Los Olvidados – je n’ai vu que plus tard qu’il existait un autre dvd consacré uniquement à toutes les versions de ce documentaire).

The Female Gaze

Alicia Malone, The Female Gaze: Essential Movies Made by Women: la journaliste et autrice féministe américaine Alicia Malone rassemble dans ce livre une bonne cinquantaine de films réalisés par des femmes. Elle a écrit les articles principaux mais ceux-ci sont entrecoupés par des présentations plus courtes écrites par une collection d’autrices. C’est comme ça que je suis d’ailleurs tombée sur ce livre: en faisant des recherches sur un film des années 1930, j’ai découvert le blog Self-Styled Siren, de Farran Smith Nehme, et goodreads m’a appris qu’elle avait contribué au livre. Il est très intéressant de voir qu’avant les années 1970, les femmes sont quasi inexistantes dans le cinéma, surtout dans le cinéma américain – il y a Alice Guy, Dorothy Azner et Ida Lupino. Ces dernières années par contre, il y en a de plus en plus. Malone présente des films américains essentiellement, mais voyage aussi dans d’autres pays (France, Belgique, Australie, Turquie…). Suite à ce livre est né le tag #52FilmsByWomen qui proposait de regarder un film réalisé par une femme par semaine, pendant une année. J’ai repris le tag, et ajouté les films cités dans le livre dans ma (bien trop longue) liste de films de l’histoire du cinéma (une bonne moitié y était déjà citée). Je le rajoute maintenant systématiquement à mes mini-commentaires, y compris à des films non-repris dans le livre.

Cette lecture était passionnante et j’ai découvert divers films que j’ai envie de voir au plus vite. Et comme avec Mick LaSalle, j’ai eu envie de lire les autres livres de l’auteur – un nouveau paraît d’ailleurs fin mars.

Bleu

Michel Pastoureau, Bleu. Histoire d’une couleur: l’historien Michel Pastoureau propose ici le premier volume d’une série, consacré à l’histoire de la couleur bleue au fil du temps. Il commence par l’Antiquité, où le bleu était inexistant, comme s’il n’était pas vu. Il commence à apparaître au Moyen Age mais c’est surtout plus tard qu’il prendra de l’importance. Pastoureau décrit l’évolution de la fabrication du pigment mais aussi toute l’évolution d’une société.

Je ne serai pas beaucoup plus longue (il faut que je rattrape mon retard dans mes chroniques), c’est passionnant, c’est déjà devenu un classique, et je compte bien lire d’autres couleurs (le rouge m’attend). C’est une amie qui m’a conseillé ce livre, suite à des discussions sur les vêtements dans le passé, et leur représentation souvent fort approximative dans les films.

At the movies – VII (1930s)

Arrowsmith (via IMDB)

À nous la liberté, René Clair (France, 1931) – 3/5: au début du film j’ai été très sceptique et puis je me suis laissée entraîner – pas à cause de l’histoire, ni à cause du fait que c’est encore très muet, ce qui rend le film bien moins pétillant quel films américains de l’époque, mais à cause des décors modernistes / futuristes de Lazare Meerson, montrant une architecture aux lignes de fuite assez intéressantes. C’est à nouveau un film très musical, avec une composition de Georges Auric – là par contre, on est en avance par rapport aux Etats-Unis où les scores sont encore peu courants en 1931. Le film fait penser par son sujet à celui de Charlie Chaplin, Modern Times.

Arrowsmith, John Ford (1931) – 2/5: quand John Ford a tourné ce film, il en avait déjà réalisé une septantaine auparavant, mais les meilleurs restaient à venir (encore une septantaine). Celui-ci a gagné l’Oscar du meilleur film alors que franchement, c’est du grand n’importe quoi. L’acteur principal, Ronald Colman, était une star à l’époque et remplissait les salles, alors qu’il a complètement été oublié aujourd’hui. L’histoire, basée sur un livre, part dans tous les sens – en gros ça parle d’un médecin qui découvre un sérum pour soigner la peste (mais avant ça, il épouse une infirmière et commence une carrière comme médecin de campagne dans le Dakota du Sud). Plusieurs choses à noter: les superbes buildings art déco de New York et les décors dans le même esprit, le médecin antillais noir qui est considéré comme un égal (fait rare à cette époque où les Noirs étaient dénigrés et moqués), des images de plus en plus belles vers la fin, jouant avec les ombres. Et puis aussi, en complément à ce que je disais plus haut: Alfred Newman, le grand compositeur de musiques de film, est ici crédité mais il n’y a de la musique qu’au générique et lors d’une scène vers la fin.

Bad Girl, Frank Borzage (1931) – 2/5: une comédie dramatique vite oubliée mettant en scène une jeune femme et un jeune homme de milieu modeste, vivant à New York (les acteurs Sally Eilers et James Dunn étaient inconnus à l’époque – et sont tombés dans l’oubli depuis). Ils tombent amoureux à Coney Island (jolies scènes des montagnes russes – une des seules scènes en extérieur) et passent du temps ensemble, mais du coup sont forcés de se marier (on ne rentre pas à 4h du matin à cette époque sans qu’il se soit passé des choses – mais c’est hors écran). Leur manque de communication provoque une série de quiproquos malheureux mais tout s’arrange à la fin. A noter: un très courte scène avec une cage à oiseau que l’héroïne recouvre d’un tissu, une « bad » girl qui ne l’est pas vraiment.

Kameradschaft, Georg Wilhelm Pabst (France-Allemagne, 1931) – 4/5: quand j’ai vu que ce film parlait de mineurs, je me suis dit « oh non, ça risque d’être ennuyeux » (des mauvais souvenirs de Germinal, je crois). Et puis en fait, c’est passionnant. C’est un film catastrophe, et l’explosion dans la mine est très bien reconstituée (ça a été fait en studio), mais c’est surtout un film sur l’amitié profonde qui existe entre mineurs, peu importe si la frontière de deux pays les sépare (la fin est amère par contre). Le film est tourné en extérieur (sauf les scènes sous terre) et ça fait du bien d’avoir un horizon, de l’air… Si les films américains de l’époque sont intéressants pour les histoires qu’ils racontent, ils restent enfermés dans les studios et les scènes d’extérieur me manquent beaucoup. A noter qu’il n’y a pas de musique dans le film (à part la scène du bal musette), juste les nombreux bruitages dans la mine mais aussi à l’extérieur. Il y a aussi de belles scènes avec un train.

Le million, René Clair (France, 1931) – 2/5: à vrai dire, ce film précède À nous la liberté (je ferai plus attention à ça dans le futur). Dans cette comédie musicale, les héros partent à la poursuite d’une vieille veste dans laquelle se trouve un billet de loterie gagnant. Il y a donc pas mal de quiproquos et de burlesque, et c’est très virevoltant. Si le film a ses qualités, je n’accroche pas du tout à ce type d’histoire et j’ai même accéléré un peu pendant certains chants d’opéra un peu longs et qui n’apportent pas grand-chose à l’histoire.

The Front Page, Lewis Milestone (1931) – 2/5: mais quel film bavard ! ça se passe dans la salle de presse d’un tribunal, les différents correspondants des journaux attendent des nouvelles du prisonnier qui sera exécuté le lendemain. Parmi ceux-ci, il y a Hildy Johnson qui compte quitter son job le soir même pour rejoindre sa fiancée, mais de nouveaux événements l’en empêchent à chaque fois, comme l’évasion du prisonnier. On ne quitte donc quasi jamais la salle de presse, ce qui rend le film étouffant. On tend vers les « screwball comedies » des années qui viennent, mais sans trop insister sur l’élément féminin dans ce cas-ci. Il y a quelques plans intéressants, mais en gros, je me suis ennuyée.

The Champ (King Vidor, 1931) – 3/5: Dink, un gamin, vit avec son père, The Champ, ancien champion de boxe à Tijuana au Mexique. Champ est tombé dans l’alcoolisme et le jeu, et c’est le jeune garçon qui s’occupe de lui quand il est saoul. Il y a évidement plein de hauts et de bas, et ça se termine tragiquement. Si certains éléments de ce film m’ont dérangée, comme le jeu forcé de l’enfant (un problème récurrent) et le drame un peu trop exacerbé, d’autres m’ont agréablement surprise, comme le fait qu’une grande partie du film a été tourné en extérieur. A noter: un train, vu de l’extérieur et de l’intérieur, l’architecture de style espagnol de Tijuana.

Ceci termine ma liste de films de 1931. J’en ai abandonné deux, Monkey Business, de Norman McLeod avec les Marx Brothers (le burlesque ne passe vraiment pas chez moi), et Tabu, de Robert J. Flaherty et F.W Murnau (parce que c’est muet et j’ai un vague souvenir de l’avoir déjà vu). Il y a en trois de ma liste que je n’ai pas trouvé: Strangers May Kiss de George Fitzmaurice, The Sin of Madelon Claudet d’Edgar Selwyn et The Smiling Lieutenant d’Ernst Lubitsch.

Les grandes oubliées

Titiou Lecoq, Les grandes oubliées: pourquoi l’histoire a effacé les femmes: c’est une question que je me suis toujours posée, et évidemment quand j’ai vu ce livre, je me devais de l’acheter et de le lire tout de suite. Titiou Lecoq raconte d’une manière passionnante et sur un ton très direct et moderne l’histoire du monde (et de la France) en y replaçant les figures féminines. Elle parle des mythes qui expliqueraient pourquoi les femmes ont été reléguées à certaines tâches (ça implique le sang des règles). Elle décrit tous les métiers que pouvaient exercer une femme au Moyen Age, de chevaleresse à bâtisseuse de cathédrales. Elle explique comment un grand mouvement qui se met en place dès le 13e siècle et initié par les hommes enferme progressivement les femmes dans des rôles de plus en plus limités (la maison, les enfants). Mais elle parle aussi de ces exceptions, de celles qui ont tenté de sortir du moule malgré la force du patriarcat. J’ai aussi appris par la même occasion que le mot « autrice » existe depuis bien longtemps et qu’il a été effacé par l’histoire pendant de longs siècles. C’est passionnant et horrifiant à la fois, mais indispensable à lire. Cela manque juste d’une bonne bibliographie pour continuer ses lectures (il y a des notes de bas de page renvoyant à divers ouvrages mais c’est moins pratique et il est possible que ce soit un choix de l’éditeur plutôt que de l’autrice). Et encore une autre remarque: c’est très franco-français mais du coup, ma curiosité est encore plus grande pour la Belgique et j’ai découvert qu’il existe un Centre d’archives et de recherches pour l’histoire des femmes à Bruxelles. Un livre à lire et à offrir !

Angkor’s temples in the modern era

John Burgess, Angkor’s temples in the modern era: war, pride, and tourist dollars: beaucoup de livres racontent l’histoire ancienne d’Angkor, quand la ville était un centre important en Asie du Sud-Est. John Burgess s’intéresse plutôt à sa redécouverte et à son évolution au 20e et 21e siècles. Il raconte l’histoire des explorateurs français qui l’ont remise sur la carte et des premiers archéologues, français également. Il explique comment c’est devenu un lieu touristique dès les années 1930, avec la construction des premiers hôtels, puis décrit la vie sur place pendant l’occupation japonaise et la pause des années 1950 et 60 avec le retour du tourisme. Les Khmers Rouges en ont fait le symbole de leur doctrine mais ont laissé la nature reprendre ses droits; depuis les Accords de Paris en 1991, la conservation et les fouilles archéologiques ont repris, et ces dernières années, le site a été envahi par des touristes de toutes origines.

Ce livre, je l’attendais avec impatience, et il a comblé mes attentes: il est passionnant ! Il parle de sujets peu abordés quand on traite d’Angkor, des guerres, du tourisme et de la conservation du site. John Burgess s’est plongé dans les diverses archives pour nous offrir un récit très complet sur ces divers thèmes, et le livre est richement illustré. J’ai été particulièrement intéressée par l’histoire du Bungalow des Ruines et du Grand Hotel d’Angkor. J’aurais bien visité les ruines dans les années 1930, mais je n’étais pas encore née. Mon rêve s’est finalement réalisé en 2006, puis à nouveau en 2012 où j’ai constaté que le tourisme de masse était de plus en plus dominant. Et j’aimerais bien y retourner un jour, ces monuments m’ont tellement marquée !

Al-Andalus

Pierre Guichard, Al-Andalus: 711-1492: une histoire de l’Espagne musulmane: je n’ai pas grand-chose à dire sur ce livre – il s’agit donc bien d’une histoire de l’Espagne sous domination musulmane. Pierre Guichard résume tout cela en 200 pages environ, se focalisant sur les événements historiques. J’aurais aimé apprendre plus de choses sur l’économie, la culture et la vie quotidienne et je suis restée un peu sur ma faim mais je connais maintenant la base. J’avais d’abord entamé un autre livre, en néerlandais, de Luk Corluy, Al-Andalus 711-1492 mais je l’ai abandonné pour diverses raisons: trop de détails historiques, des contradictions, un style lapidaire et très sec avec des phrases sujet-verbe-complément l’une à la suite de l’autre, et de multiples répétitions des mêmes mots dans une phrase – comme si le livre n’avait jamais été relu. Le sujet m’intéresse mais je n’ai pas trouvé le livre idéal, donc. La première lecture m’a en tous cas beaucoup aidée à mieux comprendre mes visites à Cordoue et Grenade, ce qui était le but recherché. Et elle m’a donné envie d’en connaître plus sur l’histoire du monde musulman en général. D’autres lectures suivront donc probablement dans le futur.

The bells of old Tokyo

Anna Sherman, The bells of old Tokyo: meditations on time and a city: en lisant les commentaires sur goodreads, j’ai un peu hésité à commencer ce livre, et puis je me suis lancée. Anna Sherman est américaine et a vécu de longues années à Tokyo. Dans ce livre, elle s’interroge sur les cloches qui rythmaient le temps à Edo, l’ancienne Tokyo, et part à la recherche des vestiges. Elle parcours ainsi l’histoire de la ville, mais aussi sa géographie, s’attachant à décrire des temples anciens ou le quartier du palais de l’empereur, mais aussi des quartiers plus modernes. Elle explique comment la ville a été détruite complètement deux fois au 20e siècle, d’abord par le grand tremblement de terre de 1923, puis par les bombardements américains en 1945. Elle note d’ailleurs que ce drame n’est pas que très peu commémoré dans la ville, juste par un petit musée privé, qui est bien loin des grandes esplanades et monuments d’Hiroshima et Nagasaki. Comme Sherman réfléchit sur le temps, elle a également rencontré des fabricants d’horloges anciennes et explique comment le temps était découpé dans le passé (il n’y avait que 12 heures, de durée inégale). Chaque chapitre est entrecoupé par quelques pages plus personnelles, à propos de la relation entre l’auteur et un patron de bar qui prépare de délicieux cafés à partir de grains qu’il torréfie lui-même – endroit qui raconte en même temps l’évolution de la ville.

En relisant les commentaires négatifs sur goodreads, j’ai compris ce qui a troublé ces lecteurs: ce n’est pas un livre à recommander comme première approche du Japon, il vaut mieux déjà connaître une série de choses (une des personnes se plaignait que le mot « shogun » n’était pas expliqué). C’est mon cas, et du coup, j’ai adoré le côté un peu « nerd » du livre, cette recherche d’infimes détails, d’éléments dont on ne parle jamais ailleurs. C’est un récit qui donne une autre image de Tokyo, sans répéter tout ce qui a déjà été dit sur la ville (et à mon point, j’en ai déjà lu beaucoup, des répétitions). J’ai juste trouvé dommage que les nombreuses notes ne soient pas mieux indiquées dans le texte (un petit 1 en indice aurait été utile). Un livre passionnant, donc, mais à ne pas mettre entre toutes les mains.