Where China Meets India

Myint-U Thant, Where China Meets India: Burma and the New Crossroads of Asia: en commençant ce livre, je pensais lire l’histoire personnelle de l’auteur et l’exploration de son pays, la Birmanie. Ce n’est pas tout à fait le cas: il s’agit plutôt d’un écrit très bien documenté sur l’histoire et la situation politique du pays, ainsi que ses liens avec la Chine et l’Inde. C’est aussi une analyse assez fine des relations commerciales dans cette partie d’Asie. Le livre est divisé en trois grandes parties: la première est consacrée à la Birmanie, la seconde à la Chine, et tout particulièrement au Yunnan et à son histoire, fort différente de celle qui est expliquée en général, et la troisième à l’Inde, et donc à la partie frontalière avec la Birmanie. L’histoire de ces régions limitrophes est méconnue et j’ai appris énormément de choses. Mais j’ai malgré tout eu un grand souci en lisant ce livre: il a été écrit en 2011, avant la fin de la dictature militaire, et les perspectives avancées par l’auteur à propos de l’avenir sont quelques peu dépassées et cela m’a laissée sur ma faim. J’ai entre-temps vu qu’il avait écrit une analyse sur l’évolution du pays pendant les dix dernières années; je vais tenter de le lire avant que tout ça ne soit également du passé.

1349

Joren Vermeersch, 1349. Hoe de Zwarte Dood Vlaanderen en Europa veranderde: mon intérêt pour l’histoire de la Peste Noire n’est pas nouveau, j’avais déjà lu un épais ouvrage racontant son déferlement dans toute l’Europe mais j’étais restée sur ma faim concernant le niveau régional, celui de la Belgique. Avec cet ouvrage de Joren Vermeersch, à la base un mémoire de fin d’études, j’ai pu lire une approche vraiment locale, centrée sur Gand et Bruges essentiellement. L’historien explique que le manque de sources a poussé ses prédécesseurs à affirmer que la Flandre n’avait que peu souffert de l’épidémie. Or, après de nombreuses recherches et l’analyse de sources écrites oubliées auparavant, il arrive à la conclusion que la région a connu un taux de mortalité probablement similaire à celui des régions limitrophes. Il préfère cependant ne pas mettre de chiffre précis.

La seconde partie du livre s’attache aux conséquences économiques et sociales, comment la peste a complètement changé le monde des travailleurs. Il casse de nombreuses idées reçues et décrit le fonctionnement des guildes, tout particulièrement celles liées au textile. L’ouvrage est assez court, mais je l’ai trouvé passionnant, bien écrit et très accessible, même en néerlandais (seuls quelques mots très spécifiques m’ont posé problème). J’aurais par contre aimé que l’auteur retranscrive les citations en langue contemporaine (à la longue, je les sautais, tout simplement). A part cette remarque très accessoire, j’ai beaucoup apprécié ce livre.

The Sea and Civilization

Lincoln Paine, The Sea and Civilization: A Maritime History of the World: quelque part au début de 2019, j’ai souhaité apprendre de nouvelles choses à propos de l’histoire des grandes découvertes et j’ai cherché des livres à lire sur ce sujet. Un ami m’a prêté Conquerors: how Portugal forged the first global empire de Roger Crowley que j’ai dévoré en quelques semaines. Parallèlement, en avril, j’avais commencé la lecture du pavé de Lincoln Paine. Car il s’agit d’un ouvrage de taille et de poids certains. L’auteur raconte l’histoire du monde sous l’angle de la mer et de la navigation, en commençant par la préhistoire et en allant jusqu’au monde globalisé d’aujourd’hui. Il explique par exemple comment les îles du Pacifique ont été peuplées les unes après les autres, mais aussi le commerce antique dans la Méditerranée, l’évolution dans la fabrication des bateaux (j’ai eu beaucoup de mal avec le vocabulaire – en anglais – et j’ai donc plutôt survolé ces passages), les guerres navales, les grandes découvertes (les 380 pages du Crowley sont résumées en une dizaine de pages), l’arrivée des moteurs à vapeur et diesel… J’ai beaucoup apprécié que l’auteur ne se limite pas au monde occidental. En effet, de nombreux chapitres sont consacrés au commerce maritime en Asie, de la Chine à l’Inde, en passant par l’Asie du Sud-Est. Le livre est passionnant, mais il est juste très long à lire, j’ai mis dix mois en lisant quelques (dizaines) de pages tous les weekends.

Des histoires de carnaval

Pour préparer une émission radio, je me suis plongée dans le carnaval et j’ai lu ce que j’ai pu trouver sur le sujet. La bibliographie est plutôt pauvre, à moins de lire des ouvrages sur des villes précises comme Nice, Rio, La Nouvelle-Orléans… Voici donc en quelques mots le résultat des mes lectures:

Daniel Fabre, Carnaval ou la fête à l’envers: la collection « Découvertes » éditée chez Gallimard est souvent une bonne introduction à un sujet. Ici, je n’ai pas trouvé ce que je cherchais. Daniel Fabre s’intéresse surtout aux origines du carnaval et à son histoire durant le Moyen-Age. Il n’aborde pas les carnavals actuels ni ceux du monde. De plus, j’ai trouvé l’écriture fort académique et peu attirante. D’où une cote de 2/5.

.

Leah Gordon, Kanaval: vodou, politics and revolution on the streets of Haiti: Leah Gordon est une photographe qui a documenté le carnaval de Jacmel à Haïti. Ses photos sont superbes, dans un noir et blanc très contrasté. Divers auteurs ont contribué aux textes, expliquant les diverses facettes de ce carnaval très syncrétique, mélangeant les traditions des colons blancs à celles des anciens esclaves noirs. J’ai beaucoup aimé la description des divers personnages, à chaque fois accompagnés d’une photo. 5/5

Jacques Heers, Fêtes de fous et carnavals: historien spécialiste du Moyen-Age, Jacques Heers décrit dans ce livre les fêtes des fous, liées aux églises, et les carnavals, plus tardifs, organisés par les institutions municipales. Il explique comment la société médiévale avait besoin, comme celles avant et après elle, de moments de relâchement et de fête. Le livre est très intéressant, sans jargon historique, et lève le voile sur un aspect particulier de la vie au Moyen-Age. 3/5

Pale rider

Laura Spinney, Pale rider: the Spanish flu of 1918 and how it changed the world: entre 1918 et 1920, l’épidémie de grippe « espagnole » a tué entre 50 et 100 millions de personnes, plus que les guerres mondiales, probablement plus que tout autre événement historique. Et pourtant, peu d’études sont consacrées à ce sujet. Laura Spinney a tenté d’y remédier en écrivant ce livre fouillé, tant au niveau historique que scientifique. Elle part à la recherche du patient zéro (il n’est pas espagnol, mais pourrait bien être français), explique comment le virus s’est propagé partout dans le monde, fait une analyse scientifique de celui-ci, parle de la manière dont les médecins et soignants de l’époque ont réagi (quarantaine, ou au contraire, pas de quarantaine). Elle montre aussi comment cette épidémie a changé toute une société qui s’est modernisée d’un coup et comment les structures familiales, la politique, la médecine, les arts… ont été influencés. Certains livres d’histoire sont très académiques et ennuyeux, celui-ci est tout à fait différent: il est passionnant et se lit comme un polar !

La carte perdue de John Selden

Timothy Brook, La carte perdue de John Selden : Sur la route des épices en mer de Chine: historien et sinologue, Timothy Brook s’est intéressé à une vieille carte venant de Chine. Datant de 1608, elle avait appartenu à un certain John Selden, un des premiers orientalistes anglais. Brook s’attache à déchiffrer tous les secrets de la carte mais il raconte aussi l’histoire de son propriétaire, traçant un portait de la société de l’époque: l’Angleterre et ses désirs de commerce en Asie ainsi que la Chine et ses routes maritimes.

Le sujet me passionnait a priori mais j’ai trouvé le texte un peu décousu et aride. J’ai déjà lu beaucoup de livres d’histoire, même très académiques, et je n’ai vraiment pas accroché. Pourtant les informations que distille Timothy Brook sont vraiment intéressantes. Je crois que je m’attendais à autre chose et ce n’était peut-être pas le moment pour moi !

Conquerors: how Portugal forged the first global empire

Roger Crowley, Conquerors: how Portugal forged the first global empire: il y a quelques mois, je souhaitais en apprendre plus sur l’exploration et la découverte des nouveaux territoires en Asie et dans l’Océan Pacifique à partir de la fin du 15e siècle. Et à ce moment-là, un ami m’a prêté ce livre. Il s’attache à une période bien plus courte que celle qui m’intéressait, et à un territoire bien plus réduit mais il s’est avéré passionnant. Dès la fin du 15e siècle, les marins portugais commencent à longer les côtes de l’Afrique, pour finalement réussir à les contourner et arriver en Inde en 1498. Dès lors commence une conquête des richesses et de divers lieux qui deviennent des comptoirs. Cela n’a pas été sans mal et il y a eu de nombreux revers de situation. Roger Crowley explique ceci avec minutie mais tout en gardant un style très accessible. Un livre que j’ai lu lentement au départ et que j’ai dévoré sur le fin. Même si j’aurais aimé en savoir plus sur le voyage de Magellan qui n’est pas abordé, j’ai appris énormément de choses sur cette époque, et tout particulièrement sur les horreurs de la conquête, menée par des hommes durs et violents, parfois très loyaux, mais surtout avides de richesses.

Witchcraze

Anne Llewellyn Barstow, Witchcraze. A new history of the European witch hunts: après avoir lu Sorcières de Mona Chollet, j’ai souhaité en apprendre plus sur l’histoire de la chasse aux sorcières. J’ai abandonné un premier ouvrage trop aride pour me tourner ensuite vers ce livre édité en 1994 et cité par Chollet. Anne Llewellyn Barstow analyse le phénomène en partant d’une première question: pourquoi les femmes ? Parce qu’en effet, elles ont été majoritairement touchées par la chasse et la persécution. L’auteur propose diverses réponses après avoir retracé son histoire en Europe, des régions principales comme l’Allemagne à des contrées plus périphériques. Elle explique comment la société est en plein changement à cette époque et comment les femmes sont de plus en plus reléguées à la maison, n’exerçant plus certains métiers comme dans le passé. Elle parle de la peur grandissante qu’ont les hommes de la puissance des femmes et comment il faut les contrôler – un phénomène qui perdurera longtemps, jusqu’au 20e siècle.

Je ne fais qu’effleurer le sujet en écrivant ces quelques notes, le livre va beaucoup plus loin dans les recherches, tout en restant relativement aisé et agréable à lire. Il faut cependant prendre en compte toute l’horreur de cette chasse et il est parfois difficile de comprendre l’acharnement de certaines personnes – des hommes – envers des femmes innocentes.

Les explorateurs au Moyen Âge

Jean-Paul Roux, Les explorateurs au Moyen Âge: on parle toujours des grandes découvertes, de Christophe Colomb à Magellan, mais dès le Moyen Âge, des explorateurs sont partis sur les routes. A l’époque de l’empire mongol, au 13e siècle, il est possible de pénétrer au coeur de l’Asie, dans les terres musulmanes et jusqu’en Chine. Les voyageurs ont des buts divers: religieux en quête de conversion, ambassadeurs, marchands désireux d’élargir le commerce, aventuriers… Seuls quelques-uns ont laissé des écrits – notamment Marco Polo – souvent empreints de merveilleux, mais néanmoins, ces récits sont des témoignages à propos du monde tel qu’il était à l’époque. L’historien Jean-Paul Roux raconte tout ceci dans son livre publié à l’origine en 1985, et basé sur un texte plus ancien. Certains éléments sont un peu datés, d’autres sont plus difficiles à comprendre, comme la transcription des noms chinois à l’ancienne. Mais c’est malgré tout un livre intéressant sur la période. Et surtout, il m’a donné envie d’en apprendre plus sur les découvertes.

Sorcières

Mona Chollet, Sorcières . La puissance invaincue des femmes: ou comment un livre qui a priori ne répondait pas à mes attentes m’a complètement convaincue et ouvert les yeux sur un sujet que je connaissais finalement peu. Je m’explique: j’ai acheté ce livre pensant apprendre beaucoup de choses sur l’histoire des sorcières (même si je savais déjà qu’il y avait une autre dimension), je l’ai refermé en connaissant mieux les problèmes qui poursuivent les femmes depuis des générations (je les ressentais mais sans arriver à les nommer). Mona Chollet prend comme point de départ les sorcières, souvent des femmes qui connaissaient de nombreux remèdes à une époque où la médecine n’existait quasiment pas, des femmes qui faisaient peur parce que les guérisons semblaient inexplicables, parce qu’elles étaient souvent indépendantes, veuves, vivant seules. Dès la Renaissance, les mentalités ont changé et leur liberté a été considérée comme de plus en plus suspecte. Elles ont été poursuivies et chassées.

Chollet explique ensuite comment la femme d’aujourd’hui est toujours critiquée, diminuée, prenant l’exemple des femmes célibataires, des femmes qui ne désirent pas d’enfant, des femmes qui vieillissent, des soins médicaux inégaux portés aux femmes. Je ne rentrerai pas dans les détails mais cette partie est particulièrement passionnante, cherchant à casser tous les préjugés et clichés. Je suis sortie de ma lecture grandie, plus confiante, plus sûre de moi, et sans doute plus décidée aussi à défendre mes droits en toutes situations. Je ne suis pas militante – je ne le serai sans doute jamais – mais je corrigerai les petites remarques qui peuvent sembler anodines de manière très simple et assurée mais sans tomber dans des discussions stériles. J’essayerai d’ouvrir les horizons d’autres personnes, tout comme Mona Chollet a ouvert le mien. A lire absolument !

(J’aurais aimé trouvé un livre sur l’histoire des sorcières mais parmi ceux renseignés dans la bibliographie, celui de Guy Bechtel, La sorcière et l’Occident, est épuisé et celui de Colette Arnould, Histoire de la sorcellerie, m’est tombé des mains parce que trop basé sur les textes et sans trop d’analyse.)