Sorcières

Mona Chollet, Sorcières . La puissance invaincue des femmes: ou comment un livre qui a priori ne répondait pas à mes attentes m’a complètement convaincue et ouvert les yeux sur un sujet que je connaissais finalement peu. Je m’explique: j’ai acheté ce livre pensant apprendre beaucoup de choses sur l’histoire des sorcières (même si je savais déjà qu’il y avait une autre dimension), je l’ai refermé en connaissant mieux les problèmes qui poursuivent les femmes depuis des générations (je les ressentais mais sans arriver à les nommer). Mona Chollet prend comme point de départ les sorcières, souvent des femmes qui connaissaient de nombreux remèdes à une époque où la médecine n’existait quasiment pas, des femmes qui faisaient peur parce que les guérisons semblaient inexplicables, parce qu’elles étaient souvent indépendantes, veuves, vivant seules. Dès la Renaissance, les mentalités ont changé et leur liberté a été considérée comme de plus en plus suspecte. Elles ont été poursuivies et chassées.

Chollet explique ensuite comment la femme d’aujourd’hui est toujours critiquée, diminuée, prenant l’exemple des femmes célibataires, des femmes qui ne désirent pas d’enfant, des femmes qui vieillissent, des soins médicaux inégaux portés aux femmes. Je ne rentrerai pas dans les détails mais cette partie est particulièrement passionnante, cherchant à casser tous les préjugés et clichés. Je suis sortie de ma lecture grandie, plus confiante, plus sûre de moi, et sans doute plus décidée aussi à défendre mes droits en toutes situations. Je ne suis pas militante – je ne le serai sans doute jamais – mais je corrigerai les petites remarques qui peuvent sembler anodines de manière très simple et assurée mais sans tomber dans des discussions stériles. J’essayerai d’ouvrir les horizons d’autres personnes, tout comme Mona Chollet a ouvert le mien. A lire absolument !

(J’aurais aimé trouvé un livre sur l’histoire des sorcières mais parmi ceux renseignés dans la bibliographie, celui de Guy Bechtel, La sorcière et l’Occident, est épuisé et celui de Colette Arnould, Histoire de la sorcellerie, m’est tombé des mains parce que trop basé sur les textes et sans trop d’analyse.)

The glass palace

Amitav Ghosh, The glass palace: l’histoire commence en 1885 avec l’invasion des Britanniques en Birmanie. Rajkumar n’est alors qu’un jeune garçon orphelin pris sous l’aile d’un batelier. Bloqué à Mandalay à cause de l’arrivée des troupes étrangères, il assiste au pillage du palais royal et y croise la jeune Dolly, une nounou d’un des enfants royaux. Cette jeune fille fait une forte impression sur lui. Le roman suit la vie de Rajkumar, sa débrouillardise, son activité dans le commerce du bois, la richesse qui en découle. D’un autre côté, Amitav Ghosh raconte l’exil du roi birman et de sa famille en Inde, où Dolly reste fidèle à sa maîtresse. Rajkumar ne l’a pas oubliée et part à sa recherche. Et l’histoire continue, relatant la vie d’une famille, les mariages, les enfants, les bonheurs et malheurs et surtout le cours de l’histoire – le roman se termine au début des années 1990.

J’ai trouvé le début fort long, j’ai même failli abandonner et puis d’un coup, l’histoire s’accélère (quand Rajkumar retrouve Dolly) et devient bien plus passionnante. J’ai adoré cette plongée dans l’histoire de la Birmanie mais aussi de l’Inde et de la Malaisie, alors colonies britanniques puis envahies par les Japonais et devenant enfin des pays indépendants. Le style d’écriture par contre ne m’a pas marquée plus que ça. A vrai dire, ce roman était dans ma PAL depuis mon voyage en Birmanie – il était conseillé partout comme indispensable à lire quand on visite le pays – mais il n’en parle que peu en fin de compte, se focalisant tout autant sur l’Inde et la Malaisie.

The hippie trail

Sharif Gemie and Brian Ireland, The hippie trail. A history: basé sur de nombreux interviews, ce livre propose de relater l’histoire de la hippie trail, ces voyages sur la route de l’Inde entrepris par de nombreux jeunes – pas spécialement hippies d’ailleurs – dans les années 1960 et 70. Il s’agit d’une étude anglaise et c’est donc ce point de vue là qui est abordé mais il peut sans doute s’étendre aux pays voisins. Les auteurs développent plusieurs thèmes: la drogue (non ce n’était pas le but premier de beaucoup de voyageurs), le sexe (idem), le tourisme et la recherche spirituelle. Un dernier chapitre quelque peu indépendant décrit comment ce périple a été raconté au cinéma et dans les romans. Je suis passionnée par le sujet et c’est la première étude que je lis à ce propos. Je l’ai trouvée fort académique mais néanmoins très intéressante, mettant à mal les clichés de la drogue et du sexe notamment. A vrai dire, de nombreux voyageurs sont partis pour l’esprit de découverte, pour l’aventure, et sont revenus changés juste par le périple. C’est un portrait d’une époque et d’une minuscule frange de la population qui désirait casser avec la vie bien rangée de leurs parents.

Peut-être connaissez-vous des personnes qui sont parties à cette époque sur la route ? J’aimerais beaucoup entendre leurs histoires !

Hello shadowlands

Patrick Winn, Hello, shadowlands: inside the meth fiefdoms, rebel hideouts and bomb-scarred party towns of Southeast Asia: Patrick Winn vit à Bangkok et est un journaliste d’investigation spécialisé dans l’Asie du Sud-Est. Avec ce livre, il propose un portrait du crime organisé dans la région, il décrit un commerce de méthamphétamines, d’animaux et d’humains qui rapporte des millions de dollars à quelques privilégiés et la corruption qui s’ensuit. Il nous emmène dans les fiefs des barons de la drogue du Myanmar, protégés par l’armée, chez les justiciers chrétiens qui forcent les drogués à se désintoxiquer, chez ces femmes philippines qui trafiquent de la contraception, dans les restaurants nord-coréens hors de Corée, dans le sud de la Thaïlande terrorisée par le jihad mais aussi lieu de plaisir et de prostitution, et enfin au Vietnam, auprès des vendeurs de chiens et des communautés qui veulent se protéger contre les vols de leurs animaux.

Ces récits sont passionnants, certains plus que d’autres, et montrent une facette méconnue de cette partie du monde. Patrick Winn décrit beaucoup, essaie de s’immiscer au mieux dans les situations précises, avoue parfois ne pas y arriver et tente aussi d’expliquer les problèmes, parlant notamment de l’extrême corruption dans ces pays, des salaires bien trop bas des forces de l’ordre et de l’absence de lois. C’est une région qui m’intéresse beaucoup et j’ai beaucoup aimé en apprendre plus avec ce livre.

Cuba and its music

51iol6itl3l-_sx331_bo1204203200_Ned Sublette, Cuba and its music: from the first drums to the mambo: dès l’introduction, Ned Sublette annonce qu’il a été tellement passionné par l’histoire de Cuba et de ses musiques qu’il doit scinder son livre en deux tomes. Il a écrit le premier en 2007 et promet une seconde partie qui en 2018 n’a toujours pas vu le jour. Dans ce volume, il s’arrête donc aux années 50 et à la mode du mambo. Mais il commence son histoire en Europe, parlant de l’esclavage et de la “découverte” des Amériques, décrivant les premiers liens entre le vieux continent et le nouveau, revenant en arrière sur l’Espagne musulmane et la reconquista. Et c’est important pour déterminer les origines des musiques cubaines, entre celles d’origine européennes qui ne connaissent pas les percussions et celles d’origine africaines marquées par la polyrythmie. Le livre est une plongée dans l’histoire en général avant de parler plus précisément des musiques. Et même lorsque l’état cubain est devenu indépendant, Ned Sublette accorde encore une grande part à l’histoire du pays. C’est évidemment très dense et très complet, parfois pas tout à fait clair dans le sens où les chapitres chronologiques décrivent souvent plusieurs musiques à la fois mais en même temps, cela reste passionnant du début jusqu’à la fin et en tournant la dernière page, le lecteur espère vraiment que le second tome sera publié un jour.

Abandonned books (V)

51bdv-fnk2l-_sx319_bo1204203200_Nicholas Christopher, Veronica: j’adore cet auteur et pourtant Veronica est tombé de mes mains. Je n’ai pas réussi à m’intéresser à l’histoire de Leo, un jeune homme qui se trouve mêlé à une histoire quelque peu abracadabrante et teintée de magie, histoire qu’il subit plus qu’il ne vit. Apparemment, soit on adore, soit on déteste.

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61f6uw77pzlAlain Corbin, Le miasme et la jonquille: il y a quelques années, j’avais acheté une série de livres d’histoire. Je me suis enfin penchée sur l’un d’eux. Je n’ai pas dépassé la page 20: je me suis trouvée confrontée à un texte au vocabulaire compliqué, voire désuet, et empreint de réflexions philosophiques et intellectuelles qui n’expliquent pas grand chose du sujet abordé. Je voulais un livre intéressant et vivant, qui m’apprenne mille et une chose sur l’histoire de la perception des odeurs et la société de l’époque mais je n’ai rien trouvé de tout cela. L’écriture de l’histoire a bien changé depuis, surtout sous l’impulsion du monde anglo-saxon. Je pense que le nettoyage de ma vieille PAL va aller vite.

61mpe2wuzel-_sx343_bo1204203200_Emily Ruskovitch, Idaho: je n’ai pas réussi à m’intéresser à cette histoire d’un homme dont la femme a tué une de leurs filles, l’autre disparaissant au même moment. J’ai trouvé le récit confus, passant d’un époque à l’autre. Et le second chapitre, raconté par un autre personnage, m’a semblé encore plus obscur. Mais ce n’est qu’un point de vue.

SPQR. A history of ancient Rome

513c6yrnmzl-_sx323_bo1204203200_Mary Beard, SPQR. A history of ancient Rome: cet hiver, j’ai découvert Mary Beard et j’ai adoré sa manière de présenter l’histoire de l’empire romain dans la série tv Ultimate Rome: empire without limit. J’ai donc eu envie de lire le livre, ce qui a mis plusieurs mois (comme souvent avec les livres d’histoire). Elle raconte les origines de la ville, se basant sur les quelques fragments de textes qui existent encore et les trouvailles archéologiques, puis la république et le début de l’empire. Elle s’arrête à la fin du 2e siècle ap. J-C, date où tous les habitants de l’empire deviennent citoyens romans. A vrai dire, c’est cette période là que je connaissais le moins et que j’aurais aimé découvrir. Pour le reste, le livre décrit surtout les faits historiques et l’évolution du gouvernement. Il faut attendre les derniers chapitres pour avoir plus d’informations sur la vie quotidienne, ce que j’ai regretté. Malgré tout, ce livre est intéressant: il est écrit de manière contemporaine et vivante, fidèle à la réalité historique (ou du moins à celle qui est connue aujourd’hui) et sans charabia intellectuel. Il remet parfois en question des croyances plus anciennes au vu des recherches actuelles et insiste sur le manque de sources qui permettraient de se faire une image plus précise.