The anarchy

William Darymple, The anarchy: the relentless rise of the East India Company: 1600 – la reine Elisabeth I signe une charte royale octroyant le monopole du commerce dans l’Océan Indien à la Compagnie des Indes Orientales. C’est le début d’une aventure qui va mener à la colonisation du sous-continent indien. Entreprise commerciale à la base, la Compagnie a été autorisée dès le début à mener la guerre, et c’est ce qu’elle va faire, occupant au cours des 17e et 18e siècles de plus en plus de territoires et soumettant l’empereur et les rajas locaux. William Darymple détaille cette histoire dans son nouveau livre, montrant comment certaines actions étaient bien réfléchies tandis que d’autres étaient juste des coups de chance. C’est très fouillé, et le lecteur se perd souvent dans les personnages, mais surtout dans les nombreuses batailles, ponctuées de pillages et de tortures des perdants (aucun détail n’est épargné). Darymple a l’art de garder le suspense mais parfois l’histoire elle-même devient un peu ennuyeuse. Je n’ai jamais été passionnée par l’histoire politique et militaire, et ce livre ne parle que de ça; je pensais en fait retrouver une description de la société de l’époque et ce n’est pas le cas. Mais au final, je ne suis pas mécontente de ma lecture, parce qu’elle met le doigt sur des événements importants dans l’histoire et montre comme un empire a été créé par une petite entreprise commerciale avide d’argent, et sans respect aucun pour la culture locale. Je ne conseille pas ce livre à tout le monde mais je ne peux qu’admirer les recherches de l’auteur.

J’ai commencé ce livre bien avant que je n’aie connaissance du challenge non-fiction d’Electra mais je l’ai terminé pendant le mois de novembre, pendant la période de publication de ce challenge.

Congo. Une histoire

David Van Reybrouck, Congo. Une histoire: j’avais récupéré ce livre en néerlandais chez mon papa mais sa taille me rebutait un peu, ainsi que le fait de le lire en version originale, ce qui ralentit en général mon rythme. Mais en juin, l’envie de connaître l’histoire de ce pays s’est fait bien plus forte, et je me suis décidée à l’acheter en français. Malgré le cours que j’ai suivi à l’université, je ne connaissais pas grand chose de l’Afrique Centrale – il faut bien dire aussi que le cours était très peu structuré même si le professeur était reconnu (et remercié dans l’ouvrage de Van Reybrouck).

L’auteur n’est pas historien, il est écrivain, mais il a abordé le sujet avec une grande rigueur et cite ses multiples sources. Il a fait plusieurs voyages sur place, interrogeant de nombreux locaux. Ces interviews ponctuent son récit, et ses talents littéraires allègent un texte qui aurait pu être rébarbatif s’il n’avait été écrit que du point de vue historique. Il part des origines, de la préhistoire, décrivant le pays au niveau géographique, puis continue avec l’arrivée des Blancs, et surtout celle de Léopold II qui en fait son domaine privé. Il explique la colonisation et ses travers mais aussi comment le pays a acquis son indépendance très rapidement, n’étant pas vraiment préparé. Depuis, le Congo n’a pas vraiment connu de temps heureux et la description des 60 dernières années est particulièrement édifiante: corruption et guerres ont mis un pays plein de ressources à plat. La lecture de ces pages fait froid dans le dos.

Un petit mot encore à propos de la traduction: elle a dû être particulièrement compliquée, vu le côté littéraire de l’auteur. Mais j’ai de temps en temps été arrêtée par des tournures de phrases ou des mots un peu bizarres et quand j’allais les retrouver dans la version originale, je me suis rendue compte que c’étaient des expressions très flamandes, souvent intraduisibles littéralement. Et c’est là que je pense qu’un traducteur belge aurait mieux compris certaines nuances. Un exemple précis: l’auteur parle de Sint-Gillis bij Brussel; ce n’est pas Saint-Gilles près de Bruxelles, c’est juste Saint-Gilles (qui fait partie de la région bruxelloise) (mais sur les cartes d’identité, il était (est) effectivement écrit bij Brussel en néerlandais. Je sais que les traducteurs font un excellent travail, et c’est le cas pour ce livre, mais j’ai été trop souvent distraite dans ma lecture par certaines phrases trop littéralement traduites. Par la suite, j’en ai parlé avec un collègue qui l’a lu aussi, mais cela ne l’a pas marqué.

Je ne veux pas terminer avec une note négative: ce livre est passionnant, j’ai appris énormément de choses et je le conseille chaudement. L’auteur s’est passionné pour son sujet et cela se ressent tout au long de la lecture. Je me demandais d’ailleurs s’il existait des ouvrages similaires concernant d’autres pays d’Afrique ou anciennement colonisés.

Une histoire des sexualités

Une histoire des sexualités, sous la direction de Sylvie Steinberg: j’aurais pu lire les livres de Michel Foucault sur le sujet, mais je cherchais un ouvrage plus récent, et plus résumé. Une histoire des sexualités est découpé en différentes parties, suivant l’histoire depuis l’Antiquité, écrites par divers spécialistes de la question, et dresse le portrait des sexualités au cours des âges. Cela parle de mariage, de relations hommes-femmes, mais aussi d’homosexualité et de viols, et bien plus. Entre les chapitres, le ton reste homogène malgré les auteurs différents et le texte est très abordable et aisé à lire.

J’émettrai cependant une critique: le chapitre sur l’Antiquité se clôt avec l’expansion du christianisme dans l’Empire romain, et n’aborde donc pas les nouvelles valeurs liées à cette religion, tandis que le chapitre sur le Moyen Age commence vers l’an mil, dans un monde qui a totalement été remodelé par cette religion. Il y a donc un trou de 700-800 ans dans l’histoire, une période qui est en général oubliée par de nombreux historiens, et dans ce cas-ci, c’est particulièrement dommage parce que c’est à cette époque que se créent de nouvelles manières de penser et d’agir. Une des raisons de cette absence pourrait être le manque de recherches à ce sujet…

J’ai au contraire beaucoup apprécié la partie consacrée au 20-21e siècles qui m’a permis de comprendre les différents mouvements de la révolution sexuelle, d’aborder le féminisme et les mouvements LGBTQI+ et d’en comprendre les étapes, même si le point de vue est quasi uniquement français au niveau de la législation.

Ce livre couvre plus de deux mille ans d’histoire et ne peut être qu’une évocation de l’évolution de la sexualité mais il m’a appris de nombreuses choses que je pourrai maintenant compléter par des ouvrages plus précis, selon mes intérêts du moment.

Where China Meets India

Myint-U Thant, Where China Meets India: Burma and the New Crossroads of Asia: en commençant ce livre, je pensais lire l’histoire personnelle de l’auteur et l’exploration de son pays, la Birmanie. Ce n’est pas tout à fait le cas: il s’agit plutôt d’un écrit très bien documenté sur l’histoire et la situation politique du pays, ainsi que ses liens avec la Chine et l’Inde. C’est aussi une analyse assez fine des relations commerciales dans cette partie d’Asie. Le livre est divisé en trois grandes parties: la première est consacrée à la Birmanie, la seconde à la Chine, et tout particulièrement au Yunnan et à son histoire, fort différente de celle qui est expliquée en général, et la troisième à l’Inde, et donc à la partie frontalière avec la Birmanie. L’histoire de ces régions limitrophes est méconnue et j’ai appris énormément de choses. Mais j’ai malgré tout eu un grand souci en lisant ce livre: il a été écrit en 2011, avant la fin de la dictature militaire, et les perspectives avancées par l’auteur à propos de l’avenir sont quelques peu dépassées et cela m’a laissée sur ma faim. J’ai entre-temps vu qu’il avait écrit une analyse sur l’évolution du pays pendant les dix dernières années; je vais tenter de le lire avant que tout ça ne soit également du passé.

1349

Joren Vermeersch, 1349. Hoe de Zwarte Dood Vlaanderen en Europa veranderde: mon intérêt pour l’histoire de la Peste Noire n’est pas nouveau, j’avais déjà lu un épais ouvrage racontant son déferlement dans toute l’Europe mais j’étais restée sur ma faim concernant le niveau régional, celui de la Belgique. Avec cet ouvrage de Joren Vermeersch, à la base un mémoire de fin d’études, j’ai pu lire une approche vraiment locale, centrée sur Gand et Bruges essentiellement. L’historien explique que le manque de sources a poussé ses prédécesseurs à affirmer que la Flandre n’avait que peu souffert de l’épidémie. Or, après de nombreuses recherches et l’analyse de sources écrites oubliées auparavant, il arrive à la conclusion que la région a connu un taux de mortalité probablement similaire à celui des régions limitrophes. Il préfère cependant ne pas mettre de chiffre précis.

La seconde partie du livre s’attache aux conséquences économiques et sociales, comment la peste a complètement changé le monde des travailleurs. Il casse de nombreuses idées reçues et décrit le fonctionnement des guildes, tout particulièrement celles liées au textile. L’ouvrage est assez court, mais je l’ai trouvé passionnant, bien écrit et très accessible, même en néerlandais (seuls quelques mots très spécifiques m’ont posé problème). J’aurais par contre aimé que l’auteur retranscrive les citations en langue contemporaine (à la longue, je les sautais, tout simplement). A part cette remarque très accessoire, j’ai beaucoup apprécié ce livre.

The Sea and Civilization

Lincoln Paine, The Sea and Civilization: A Maritime History of the World: quelque part au début de 2019, j’ai souhaité apprendre de nouvelles choses à propos de l’histoire des grandes découvertes et j’ai cherché des livres à lire sur ce sujet. Un ami m’a prêté Conquerors: how Portugal forged the first global empire de Roger Crowley que j’ai dévoré en quelques semaines. Parallèlement, en avril, j’avais commencé la lecture du pavé de Lincoln Paine. Car il s’agit d’un ouvrage de taille et de poids certains. L’auteur raconte l’histoire du monde sous l’angle de la mer et de la navigation, en commençant par la préhistoire et en allant jusqu’au monde globalisé d’aujourd’hui. Il explique par exemple comment les îles du Pacifique ont été peuplées les unes après les autres, mais aussi le commerce antique dans la Méditerranée, l’évolution dans la fabrication des bateaux (j’ai eu beaucoup de mal avec le vocabulaire – en anglais – et j’ai donc plutôt survolé ces passages), les guerres navales, les grandes découvertes (les 380 pages du Crowley sont résumées en une dizaine de pages), l’arrivée des moteurs à vapeur et diesel… J’ai beaucoup apprécié que l’auteur ne se limite pas au monde occidental. En effet, de nombreux chapitres sont consacrés au commerce maritime en Asie, de la Chine à l’Inde, en passant par l’Asie du Sud-Est. Le livre est passionnant, mais il est juste très long à lire, j’ai mis dix mois en lisant quelques (dizaines) de pages tous les weekends.

Des histoires de carnaval

Pour préparer une émission radio, je me suis plongée dans le carnaval et j’ai lu ce que j’ai pu trouver sur le sujet. La bibliographie est plutôt pauvre, à moins de lire des ouvrages sur des villes précises comme Nice, Rio, La Nouvelle-Orléans… Voici donc en quelques mots le résultat des mes lectures:

Daniel Fabre, Carnaval ou la fête à l’envers: la collection « Découvertes » éditée chez Gallimard est souvent une bonne introduction à un sujet. Ici, je n’ai pas trouvé ce que je cherchais. Daniel Fabre s’intéresse surtout aux origines du carnaval et à son histoire durant le Moyen-Age. Il n’aborde pas les carnavals actuels ni ceux du monde. De plus, j’ai trouvé l’écriture fort académique et peu attirante. D’où une cote de 2/5.

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Leah Gordon, Kanaval: vodou, politics and revolution on the streets of Haiti: Leah Gordon est une photographe qui a documenté le carnaval de Jacmel à Haïti. Ses photos sont superbes, dans un noir et blanc très contrasté. Divers auteurs ont contribué aux textes, expliquant les diverses facettes de ce carnaval très syncrétique, mélangeant les traditions des colons blancs à celles des anciens esclaves noirs. J’ai beaucoup aimé la description des divers personnages, à chaque fois accompagnés d’une photo. 5/5

Jacques Heers, Fêtes de fous et carnavals: historien spécialiste du Moyen-Age, Jacques Heers décrit dans ce livre les fêtes des fous, liées aux églises, et les carnavals, plus tardifs, organisés par les institutions municipales. Il explique comment la société médiévale avait besoin, comme celles avant et après elle, de moments de relâchement et de fête. Le livre est très intéressant, sans jargon historique, et lève le voile sur un aspect particulier de la vie au Moyen-Age. 3/5

Pale rider

Laura Spinney, Pale rider: the Spanish flu of 1918 and how it changed the world: entre 1918 et 1920, l’épidémie de grippe « espagnole » a tué entre 50 et 100 millions de personnes, plus que les guerres mondiales, probablement plus que tout autre événement historique. Et pourtant, peu d’études sont consacrées à ce sujet. Laura Spinney a tenté d’y remédier en écrivant ce livre fouillé, tant au niveau historique que scientifique. Elle part à la recherche du patient zéro (il n’est pas espagnol, mais pourrait bien être français), explique comment le virus s’est propagé partout dans le monde, fait une analyse scientifique de celui-ci, parle de la manière dont les médecins et soignants de l’époque ont réagi (quarantaine, ou au contraire, pas de quarantaine). Elle montre aussi comment cette épidémie a changé toute une société qui s’est modernisée d’un coup et comment les structures familiales, la politique, la médecine, les arts… ont été influencés. Certains livres d’histoire sont très académiques et ennuyeux, celui-ci est tout à fait différent: il est passionnant et se lit comme un polar !

La carte perdue de John Selden

Timothy Brook, La carte perdue de John Selden : Sur la route des épices en mer de Chine: historien et sinologue, Timothy Brook s’est intéressé à une vieille carte venant de Chine. Datant de 1608, elle avait appartenu à un certain John Selden, un des premiers orientalistes anglais. Brook s’attache à déchiffrer tous les secrets de la carte mais il raconte aussi l’histoire de son propriétaire, traçant un portait de la société de l’époque: l’Angleterre et ses désirs de commerce en Asie ainsi que la Chine et ses routes maritimes.

Le sujet me passionnait a priori mais j’ai trouvé le texte un peu décousu et aride. J’ai déjà lu beaucoup de livres d’histoire, même très académiques, et je n’ai vraiment pas accroché. Pourtant les informations que distille Timothy Brook sont vraiment intéressantes. Je crois que je m’attendais à autre chose et ce n’était peut-être pas le moment pour moi !

Conquerors: how Portugal forged the first global empire

Roger Crowley, Conquerors: how Portugal forged the first global empire: il y a quelques mois, je souhaitais en apprendre plus sur l’exploration et la découverte des nouveaux territoires en Asie et dans l’Océan Pacifique à partir de la fin du 15e siècle. Et à ce moment-là, un ami m’a prêté ce livre. Il s’attache à une période bien plus courte que celle qui m’intéressait, et à un territoire bien plus réduit mais il s’est avéré passionnant. Dès la fin du 15e siècle, les marins portugais commencent à longer les côtes de l’Afrique, pour finalement réussir à les contourner et arriver en Inde en 1498. Dès lors commence une conquête des richesses et de divers lieux qui deviennent des comptoirs. Cela n’a pas été sans mal et il y a eu de nombreux revers de situation. Roger Crowley explique ceci avec minutie mais tout en gardant un style très accessible. Un livre que j’ai lu lentement au départ et que j’ai dévoré sur le fin. Même si j’aurais aimé en savoir plus sur le voyage de Magellan qui n’est pas abordé, j’ai appris énormément de choses sur cette époque, et tout particulièrement sur les horreurs de la conquête, menée par des hommes durs et violents, parfois très loyaux, mais surtout avides de richesses.