The inheritance of Rome

6297739Chris Wickham, The inheritance of Rome. Illuminating the dark ages 400-1000: quand on parle du Moyen Age, on décrit toujours la féodalité, les châteaux-forts, les croisades – bref une période qui commence en l’an mil. Mais que s’est-il passé avant, depuis la fin de l’empire romain ? C’est ce que Chris Wickham explique dans ce gros volume qui se veut cependant très accessible. Il passe en revue l’histoire de l’Europe, celle de l’ancien empire romain, mais aussi au-delà des frontières. Il décrit la grandeur et la décadence de l’empire byzantin, la montée du nouvel empire musulman de l’Irak à l’Espagne et parle de l’histoire des régions périphériques de l’Irlande à la Russie en passant par la Scandinavie. Beaucoup d’attention est portée à l’histoire politique, aux changements de pouvoir et aux successions parfois difficiles mais certains chapitres sont également consacrés à la pensée de l’époque, au commerce et à l’évolution de la paysannerie. A mon goût, ces chapitres auraient pu être développés un peu plus mais il est évident que les sources historiques sont assez limitées. Une chose est sûre: j’ai beaucoup apprécié cette vision globale de l’Europe et même plus, mettant en parallèle les divers empires, contrairement à la vision très limitée et belgo-centriste que j’ai apprise à l’école et à l’université.

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The silk roads

9781408839973Peter Frankopan, The silk roads. A new history of the world: “The no. 1 Sunday Times bestseller” dit la couverture – et c’est sans doute ce qui m’a en partie attirée. Après avoir peiné sur des livres d’histoire écrits à l’ancienne dans le passé, j’ai souhaité lire des choses plus contemporaines et en effet, ce gros pavé est parfois écrit comme un “page turner”, la fin d’un chapitre annonçant déjà la suite. Mais surtout, l’histoire de la route de la soie m’a toujours intéressée. Peter Frankopan prend celle-ci comme point de départ pour réécrire l’histoire, partant de la préhistoire jusqu’à aujourd’hui. Il ne faut donc pas s’attendre à la description du commerce et des caravanes mais plutôt à un recentrage des événements qui sont se passés sur cette longue période, loin de européocentrisme habituel. C’est donc l’Orient qui est au centre du livre, la Perse, l’Asie Centrale – comme centre des échanges de biens et d’idées. L’histoire ancienne est celle qui me passionne le plus, mais les chapitres décrivant la période du 18e siècle à aujourd’hui m’ont permis de mieux comprendre la source des conflits actuels dans la région. J’ai appris plein de nouvelles choses et j’ai apprécié la facilité de lecture. Le récit est fluide et peu entrecoupé de citations qui auraient alourdi le texte. Il y a clairement un côté grand public mais l’auteur ne tombe pas dans la facilité non plus. Bref, un ouvrage sérieux mais attrayant pour des lecteurs intéressés par l’histoire.

Berezina

51nydv1p2b2bl-_sx210_Sylvain Tesson, Berezina: je m’étais dit que je ne lirais plus de livres de Sylvain Tesson – il m’a trop énervée par le passé – et puis il y a eu l’effet goodreads: voyant que Kleo l’avait commencé, je lui ai emboîté le pas, me disant que je pouvais toujours interrompre ma lecture si cela ne me plaisait pas. Sylvain Tesson, jamais à court d’idées un peu aventureuses ou bizarres, propose à ses amis Cédric Gras, écrivain, et Thomas Goisque, photographe, ainsi qu’à deux amis russes, de retracer en moto avec sidecar de fabrication locale le chemin de la retraite de Napoléon en 1812, retraite catastrophique pour l’armée française. Le récit commence mal au point de vue écriture: Tesson se complaît dans une langue ampoulée et énervante, mais après quelques pages, il renoue avec un style plus simple quoique précis et recherché. Heureusement pour la suite de ma lecture ! Il relate l’histoire, plongeant le lecteur dans l’horreur de la guerre du 19e siècle en plein milieu de l’hiver russe et raconte au passage quelques anecdotes de son propre voyage. C’est probablement le côté très historique de ce récit qui m’a le plus intéressée et malgré mes réticences du début, j’ai beaucoup aimé le livre. Je regrette cependant de ne pas avoir l’édition illustrée de photos comme Kleo mais il y a moyen d’en voir un nombre certain sur le site de Thomas Goisque.

Laurel Canyon

51xhpa2bazpl-_sx341_bo1204203200_Arnaud Devillard, Laurel Canyon ou comment se perdre en musique dans les collines d’Hollywood: en achetant ce livre, je pensais qu’Arnaud Devillard avait écrit un récit suivi comme dans Journal des canyons. Ce n’est donc pas le cas, et cela ne m’a pas dérangée. L’auteur part ici de Laurel Canyon Boulevard, cette avenue qui serpente dans les collines d’Hollywood, cette avenue qui a hébergé de nombreuses rock stars, surtout dans les années 60-70. Il raconte l’histoire de la musique en partant des maisons où ont habité Crosby, Stills & Nash, Jim Morrison, Joni Mitchell et bien d’autres. Parfois il fait des incursions dans un passé plus ancien, parfois il parle de stars actuelles. De cette manière, il offre un panorama de tout un quartier et explique l’importance de celui-ci dans la création d’une scène musicale, égrenant les anecdotes mais aussi les moments forts de l’histoire du rock californien. J’ai beaucoup apprécié ma lecture même si j’ai regretté de connaître si peu de cette musique – j’aurais dû prendre plus temps à écouter les clips en même temps que ma lecture. En tous cas, cette approche rue par rue, maison par maison est une manière différente et insolite d’aborder l’histoire.

Un long printemps d’exil

Olga Ilyina-Laylle & Michel Jan, Un long printemps d’exil. De Petrograd à Saigon, 1917-1946: Quelle vie ! Quelles péripéties ! Olga Ilyina-Laylle naît dans une famille très aisée à Petrograd en 1917 au moment de la Révolution Russe. Ses parents se réfugient dans leur propriété située à la campagne dans la région de Kazan mais l’avancée des Rouges les pousse à fuir toujours plus loin, suivant le trajet du Transsibérien, pour finalement s’installer à Harbin, en Mandchourie. Olga y vivra une enfance et adolescence difficile: son père quitte sa mère et ne l’aide plus financièrement; sa mère tente de survivre en donnant des cours et en traduisant des articles pour le journal local mais elle n’a jamais appris à bien gérer l’argent et le peu qu’elle gagne est souvent dépensé de suite. Harbin est à ce moment-là la capitale pour tous les intellectuels de l’époque, le Paris de l’Orient, un lieu où règne la nostalgie du passé mais se situe très vite au coeur de la tourmente: les Japonais annexent la Mandchourie et prennent le pouvoir. Comme Russes Blancs, Olga et sa famille sont apatrides, ils ne possèdent plus de passeport et ils sont coincés dans la région. Finalement, Olga peut partir à Pékin, où elle vit de grands moments de liberté, avant de retrouver sa mère et sa soeur à Shanghai au moment où éclate la Seconde Guerre mondiale. Elle gagne sa vie en effectuant le boulot de “nanny” pour des familles d’Européens vivant dans le quartier des concessions. Son périple se poursuit cependant: elle quitte la Chine pour l’Indochine où il lui arrivera encore de nombreuses aventures. Olga a vécu une vie peu commune, toujours en fuite, à une époque fort troublée de l’histoire et dans des contrées lointaines. Le récit est linéaire mais très addictif, créant le portrait d’une femme mais aussi de plusieurs cultures, celle des Russes Blancs qui ont fuit la Révolution, celle des Chinois, celle des colons français d’Indochine… Je recommande cette lecture à toute personne passionnée par l’histoire, par la Russie et par l’Extrême-Orient.

PAL vacances 2017: le meilleur score au scrabble, 93 points

The Black Death

Ole J. Benedictow, The Black Death 1346-1353. The complete history: depuis que j’ai lu Le grand livre de Connie Willis, j’ai voulu en apprendre plus sur l’histoire de la Grande Peste au Moyen Age. Cette envie a été ravivée par la lecture d’Indulgences et je me suis finalement décidée à chercher des livres sur le sujet. En français, c’est assez limité, en tous cas dans ce qui est encore disponible: quelques courts livres d’introduction (ce qui ne me semblait pas suffisant) et Les chemins de la peste de Frédérique Audoin-Rouzeau (connue aussi sous son nom de romancière, Fred Vargas). Je me suis laissée tenter par ce dernier, découvrant après mon achat qu’il s’agit de l’histoire de la découverte de la bacille de la peste au 19e siècle et l’évolution de la recherche médicale à ce sujet. Après avoir appris à reconnaître les différentes sortes de puces, j’ai arrêté ma lecture après 90 pages.

Je me suis alors tournée vers le monde anglophone et c’est ainsi que mon choix s’est porté sur le pavé de Benedictow. Historien norvégien, il a résumé dans ce livre de 2004 toutes les connaissances et études sur la peste de 1346-1353. Les cinquante premières pages décrivant la maladie sont passionnantes et se lisent (presque) comme un roman d’aventures. La suite devient plus répétitive: l’auteur décrit les chemins qu’ont emprunté la maladie depuis son lieu d’origine au bord de la Mer Noire, se disséminant progressivement dans toute l’Europe. L’analyse est purement scientifique, avec beaucoup de comptage de kilomètres pour essayer de déterminer la route la plus plausible, tenant compte des transports à pied ou en bateau de l’époque. Pour un non historien, cela devient vite lassant. La partie suivante du livre tente de déterminer le taux de mortalité causé par la peste. S’aidant de diverses statistiques (les chiffres sont fort limités en fait), Benedictow arrive à une conclusion d’un taux de mortalité tournant autour des 50-60%, voire plus selon les régions. A nouveau, ces pages sont assez ennuyeuses. Enfin, une courte conclusion parle des répercussions politiques et sociales de la maladie, chapitre que j’aurais aimé voir bien plus développé.

Ce livre s’adresse clairement à un public précis, appartenant au monde scientifique / historique. Même si j’ai appris beaucoup de choses, je reste sur ma faim: je n’ai toujours pas trouvé d’informations plus précises sur la vie quotidienne lors de la peste, sur les conséquences et les changements qu’elle a provoqué dans la société, bref une analyse beaucoup plus large du phénomène. Je continuerai à chercher !

Nulle part

9782246811824_zpszhja8petKalyan Ray, Nulle part: ce gros pavé de plus de 600 pages m’a été conseillé par une libraire qui en a parlé avec beaucoup de passion. Le sujet avait beaucoup pour me plaire – une chronique familiale au travers des siècles et des continents. Le livre commence par la fin, par la mort d’un couple en Nouvelle-Angleterre – l’arbre généalogique situé en début du livre permet de comprendre qu’une longue histoire se termine avec cet épisode. En 1843, en Irlande à la veille de la grande famine, Padraig Aherne et Brendan McCarthaigh sont les meilleurs amis du monde mais les hasards de la vie vont les séparer. Padraig se retrouve en Inde, à Calcutta; Brendan devient père malgré lui, s’occupant de la petite fille de Padraig, un enfant qu’il n’a jamais connu.

De génération en génération, Kalyan Ray raconte les aventures des deux héros et de leurs descendants, face aux événements du monde: la famine irlandaise, l’époque coloniale en Inde, la scission de l’Inde et du Bangladesh, l’immigration aux Etats-Unis, la vie à New York au début du 20e siècle… Ce roman de grande envergure est par moments passionnants, surtout la première moitié. Je n’ai jamais été fort intéressée par l’Irlande mais la description de la vie sur place à l’époque de famine est très détaillée et j’ai été touchée par les personnages. La partie indienne semble introduire quelques éléments surnaturels mais ils ne sont pas vraiment exploités; c’est plutôt la vie quotidienne à Calcutta et au Bangladesh qui est mise en avant, ce qui m’a évidemment fort intéressé.

Par contre, j’ai eu l’impression que l’auteur a eu peur d’ennuyer son lecteur et qu’il a donc rajouté des couches: aucun personnage n’a une vie vraiment heureuse, les catastrophes s’accumulent, parfois au point d’en être grotesques (je pense à un épisode à New York – il faut vraiment un hasard inexplicable pour qu’une telle chose arrive). Ces exagérations ont un peu plombé ma lecture mais il ne me restait à ce moment-là plus que 200 pages que j’ai vite avalées. Un commentaire encore sur le style: il est très fleuri, parfois un peu alambiqué et il faut un certain moment d’adaptation, surtout au début du livre. J’ai été assez énervée par ces personnages qui répétaient constamment des phrases telles “ma chère Irlande”. Je ne peux pas dire que je n’ai pas aimé ce roman-fleuve – il y a des passages superbes – mais je dois bien avouer qu’il était trop long et trop exagéré sur la fin.