L’ancre des rêves

51k1-iwtval-_sx195_Gaëlle Nohant, L’ancre des rêves: comme chaque nuit, Benoît fait des cauchemars. Il n’est pas le seul: ses frères Lunaire et Guinoux, et probablement aussi le petit Samson, ont leurs nuits troublées par des rêves qui se répètent chaque nuit, les plongeant dans de profondes angoisses. Ils vivent avec leurs parents dans un petit village de Bretagne; la mer n’est pas loin, mais leur mère Enogat leur interdit de l’approcher. Lunaire, peut-être le plus intrépide de tous, aimerait connaître les raisons de ces cauchemars et commence son enquête avec les quelques éléments dont il se souvient. Aidé par plusieurs personnes du village, dont la vieille Ardélia, il plonge progressivement dans l’histoire de la famille.

J’avais adoré La part des flammes, je suis bien plus mitigée pour L’ancre des rêves, mais mes raisons sont sans doute assez personnelles: la Bretagne est une région qui me touche très peu. A priori, cela n’aurait pas dû influencer ma lecture mais je me suis sentie loin des personnages et de leur histoire, je me suis vue comme une observatrice extérieure, je n’ai jamais été touchée. Et pourtant le passé et la généalogie me passionnent… Il manque quelque chose dans ce roman mais j’ai dû mal à mettre le doigt sur ce que c’est. Un certain élan peut-être, un certain suspense bien plus présent dans La part des flammes ? Disons que j’ai aimé mais sans adorer.

J’ai eu le plaisir de lire ce livre en même temps que Kathel, retrouvez son avis sur son blog, Lettres exprès.

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La péninsule aux 24 saisons

61zkuuhqdalMayumi Inaba, La péninsule aux 24 saisons: ce roman raconte l’histoire d’une femme qui a fui Tokyo pour s’installer dans une maison au milieu de la nature, dans la péninsule de Shima. Elle y reste 24 saisons, un an en fait – le calendrier traditionnel local découpe le temps en périodes de 15 jours. Sa vie est simple, elle se promène dans les bois, sur la plage; elle visite son amie apicultrice, elle désherbe son jardin, elle prépare des plats de saisons. Mais surtout elle observe l’évolution des saisons et reste attentive aux changements imperceptibles de la nature qui l’entoure. Il ne se passe pas grand chose et pourtant, il s’y passe beaucoup. Loin de la ville, elle a la possibilité de renaître, de commencer une nouvelle vie. Mayumi Inaba propose un roman très simple et très beau, d’une douceur incomparable et qui apporte au lecteur un certain bien-être. Je vous conseille, comme moi, de consulter une carte google, et d’y mettre le petit personnage pour vous balader en street view. Beaucoup de chemins sont inaccessibles mais les images que j’y ai vues m’ont permis de mieux accompagner l’héroïne dans le roman.

Un livre qui s’intègre parfaitement dans la contrainte du moment, proposée sur le blog Lire sous la contrainte.

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Little fires everywhere

34273236Celeste Ng, Little fires everywhere: Mia Warren et sa fille Pearl arrivent à Shaker Heights, une petite ville résidentielle dans la banlieue de Cleveland où tout est propre et bien organisé. Mia est artiste et ne reste jamais longtemps dans un même lieu, chacun de ses projets est lié à un endroit spécifique et elle a toujours emmené sa fille sur les routes, mettant tous leurs biens dans leur Coccinelle. Mia a cependant promis que cette fois-ci, elles se fixeraient pour un long moment. Elle trouve un logement au second étage d’une maison louée par Elena Richardson, femme d’avocat, mère de famille et journaliste au journal local. Pearl se lie d’amitié avec les enfants Richardson et bientôt les vies des deux familles s’entremêlent. Mais il y a une part d’ombre… Ce roman de Celeste Ng m’a au départ un peu décontenancée: différentes histoires s’imbriquent et certaines ne commencent qu’à un tiers du roman. Mais une fois lancée, il m’a été impossible de ne pas m’attacher aux personnages, surtout ceux de Mia et Pearl, et à Izzy, une des filles Richardson. Quant à sa mère Elena, elle est également décrite avec finesse, en totale opposition avec les autres personnages. Celeste Ng réussit très bien à décrire le microcosme d’une banlieue résidentielle où tout le monde se connaît et où un élément perturbateur met en branle des choses insoupçonnées. Une belle chronique à l’américaine.

Cambodia noir

cambodia-noir-9781501106095_lgNick Seeley, Cambodia noir: après une carrière comme photographe de guerre en Afghanistan, Will Keller s’est retrouvé à Phnom Penh, au Cambodge. Il y a perdu toute reconnaissance mais tente malgré tout de vivre de ses photos. Ce qui n’est pas simple: il s’est enfoncé dans une spirale de boisson et de drogues diverses. Il rencontre la belle Kara Saito qui lui demande de retrouver sa sœur disparue, June. Il accepte car il a besoin d’argent mais il ne se rend pas vraiment compte du danger qui l’attend. June travaillait pour un journal local et elle enquêtait sur  le trafic de drogue avant de s’évanouir dans la nature. Entre deux trips, Will part à sa recherche, une quête dans les bas-fonds du Cambodge, une quête qui sera parsemée de violence et de sang, le tout dans un climat tropical. L’auteur Nick Seely est lui-même journaliste et raconte sans doute des choses qu’il a vécues. L’image qu’il donne du Cambodge n’est pas des plus roses mais elle correspond très probablement à ce qui s’est passé dans la région à une époque. Le roman m’a souvent rappelé City of ghosts, le film de Matt Dillon, et m’a renvoyée vers mes propres voyages. Ce qui explique ma note de 4/5 qui est sans doute un peu élevée mais qui traduit l’attachement que j’ai à cette région. Et même si le personnage de Will Keller constamment drogué peut énerver un peu par moments, le récit est bien mené avec une belle dose de suspense.

Konbini

51oce2ntd2bl-_sx195_Sayaka Murata, Konbini: encore un livre lu sous l’effet goodreads, grâce à la note très positive de lewerentz (et à la présence dans la librairie toute proche de chez moi) ! Keiko Furukura est vendeuse à temps partiel dans un konbini, une supérette japonaise. Rien de bizarre à cela si ce n’est qu’elle a déjà 36 ans, que ce n’est pas un emploi fixe (ses collègues sont étudiants ou immigrés), qu’elle n’est pas mariée et qu’elle n’a aucune intention de changer de vie. Mais la pression de sa sœur et de ses amies est trop forte. Elles lui font sentir qu’elle n’est pas adaptée, qu’elle est trop en décalage, qu’elle n’est pas normale. Sayaka Murata décrit parfaitement bien les comportements et pensées de Keiko qui se situent quelque part dans le spectre de l’autisme ou du syndrome d’Asperger. Malgré cela, le roman est frais et amusant et montre que le regard des autres ne doit pas influencer outre mesure les actes personnels. Une lecture terminée en moins de deux heures et qui donne une certaine image du Japon contemporain. J’ai beaucoup aimé et à mon tour, je recommande !

Dans la forêt

cvt_dans-la-foret_7057Jean Hegland, Dans la forêt: Nell et Eva, deux jeunes filles de 17 et 18 ans, vivent dans la maison familiale isolée au milieu de la forêt. Le monde n’est plus comme avant, l’électricité a été coupée, les magasins sont vides, les avions ne volent plus… Leurs parents sont décédés et elles sont livrées à elles-mêmes. Eva tente de poursuivre ses exercices de danseuse classique, Nell écrit dans son carnet et lit l’encyclopédie. Elles tentent de survivre mais très vite elles sont obligées de prendre les devants en s’adaptant à ce nouveau monde. Dès les premières pages, la nature est omniprésente et occupe une place à part entière dans le récit. Jean Hegland la décrit avec précision et poésie et raconte une histoire centrée sur les deux filles, avec de nombreux retours en arrière qui expliquent leur situation actuelle mais sans expliquer le pourquoi du cataclysme. Et c’est justement cette sérénité qui fait la force du roman. Il y a certes quelques moments plus angoissants mais ils ne sont pas au cœur du récit, contrairement à d’autres romans dans la même veine (celui-ci a été écrit en 1996 mais n’a été traduit que récemment pour Gallmeister). C’est beau, c’est fort, c’est émouvant, j’ai dévoré ce roman et j’ai été triste de tourner la dernière page. Lisez !

J’ai lu ce roman en même temps qu’Ingannmic – retrouvez son avis sur son blog.

Le camp des morts

couv rivièreCraig Johnson, Le camp des morts: après une mauvaise passe dans le choix de mes lectures, il me fallait une valeur sûre. Je suis retournée avec plaisir aux aventures de Walt Longmire, shérif du comté d’Absaroka dans le Wisconsin. Quand Mari Baroja meurt à la maison de retraite de Durant, l’ami de Longmire, l’ancien shérif Lucian Connally, suspecte un meurtre. Longmire se met à enquêter, assisté de son ami Henry Standing Bear, et retourne ainsi cinquante ans en arrière pour démêler l’histoire qui se complique de jour en jour, parsemée de péripéties et de cadavres. La neige est omniprésente et ne facilite pas les recherches. Comme dans le premier volume, Craig Johnson ne se dépêche pas dans son histoire – les premières cent pages sont même plutôt lentes – mais il a l’art de décrire la nature et le rude climat des Hautes Plaines du Wisconsin. Il faut toujours lire une série de romans policiers qu’on retrouve avec bonheur à chaque volume, et c’est le cas de celle-ci.