Le sympathisant

Viet Thanh Nguyen, Le sympathisant: avril 1975, Saïgon – le héros du livre, capitaine dans l’armée, fuit la ville avec un des derniers avions disponibles. Il aboutit à Los Angeles où il commence une nouvelle vie, tout en continuant son activité d’espion, d’agent double au service des communistes.

Ce livre devait être une lecture commune avec Ingannmic mais je l’ai abandonné après une centaine de pages (à la scène du calamar, pour ceux qui l’ont lu). Normalement, je n’aurais pas publié de billet à son sujet, juste une mention dans “abandonned books” mais je voulais expliquer l’arrêt de ma lecture commune. Le début du roman m’a plu, je me retrouvais dans une histoire que je connaissais, celle de la chute de Saïgon et j’étais curieuse d’en savoir plus. Mais très vite, le personnage principal a commencé à m’énerver. Il me semblait si imbu de sa personne, et ses pensées se déroulaient de page en page, sans interruption, avec des phrases immensément longues. J’ai perdu tout intérêt dans la description du monde qui l’entoure et dans ses souvenirs qui me laissaient de marbre, ou au contraire m’horripilaient. C’est le genre de livre que j’aurais bien jeté de l’autre côté de la pièce, sauf que quand j’ai décidé de l’abandonner, j’étais dans le métro et je me voyais mal lancer mon e-book à travers la rame !

Une grande déception donc, car j’attendais bien plus de ce livre que beaucoup de monde a aimé. Mais il est bien possible que je soit passée totalement à côté du récit…

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Cheval Indien

Richard Wagamese, Cheval Indien: admis dans un centre de désintoxication (pour l’alcool), Saul Cheval Indien a touché le fond. Rien ne semble l’aider et il décide en fin de compte de raconter son histoire, espérant que cette introspection l’aidera. Il est d’origine Ojibwé et est né dans le Nord ontarien. Il a vécu les premières années avec sa famille puis juste avec sa grand-mère mais lorsque celle-ci décède, il se retrouve enfermé dans un pensionnat dirigé de main de fer par des religieux qui ne portent que peu d’intérêt au bien-être des enfants. Il trouve une échappatoire dans le hockey qu’il commence à pratiquer avec beaucoup de ferveur. Il devient un excellent joueur mais le Canada des années 60-70 est dur et extrêmement raciste avec les autochtones.

L’histoire de Saul Cheval Indien en rappelle d’autres, que ce soit celles des Sami de Laponie ou des Aborigènes d’Australie. Le récit est dur et violent mais le ton introspectif apporte une certaine sérénité. Il ne s’arrête pas qu’aux pensées du héros mais relate toute son histoire sans laisser de temps mort, de la vie en communauté indienne aux matchs de hockey. Richard Wagamese réussit une fois de plus à écrire un roman très juste, qui touche le lecteur sans tomber dans le larmoyant, tout en ouvrant des horizons souvent peu connus. Je recommande vivement !

Les billes du pachinko

Elisa Shua Dusapin, Les billes du pachinko: Claire, jeune femme de presque trente ans, passe l’été chez ses grands-parents d’origine coréenne, vivant à Tokyo depuis des décennies. Elle donne des cours de français à une petite Japonaise, Mieko. Mais surtout elle tente de décider son grand-père qui est propriétaire d’un pachinko d’abandonner son affaire pour quelques jours et de retourner avec sa femme, pour la première fois, en Corée. Le court récit décrit les relations parfois difficiles de filiation, les non-dits, l’incompréhension. Le souhait de Claire n’a pas l’air d’être en adéquation avec celui de son entourage. Et même avec Mieko, les relations ne sont pas toujours si simples. Un roman touchant, montrant les différences de cultures entre deux mondes. 

Un bref mariage

Anuk Arudpragasam, Un bref mariage: vingt-quatre heures dans la journée d’un homme, Dinesh, en plein coeur de la guerre civile qui secoue le Sri Lanka. Vingt-quatre heures très intenses qui commencent avec une scène d’hôpital où Dinesh tente d’aider au mieux le médecin. Il est ensuite abordé par un homme vieillissant qui lui propose sa fille en mariage. Il espère ainsi qu’elle sera mieux protégée des rafles des troupes gouvernementales ou des rebelles. Dinesh hésite, se laisse un moment de réflexion, puis accepte. Ses pensées évoluent, d’homme seul sans responsabilités, il devient responsable d’une jeune femme qu’il ne connaît pas. Le couple se découvre au cours de la nuit, des sentiments parfois un peu contradictoires les traversent. Le récit est dense, parfois violent, mais surtout très introspectif. Les phrases sont longues, il y a peu de paragraphes, c’est un peu comme si on retenait son souffle pendant la lecture, tout comme ces personnages qui n’ont plus rien ou presque. C’est un beau récit d’amour au coeur d’une guerre sanglante. 

Dark horse

Craig Johnson, Dark horse: c’est toujours un plaisir de retrouver le shérif Walt Longmire dans une de ses aventures. Dans Dark horse, il recueille dans sa prison Mary Barsad, accusée d’avoir tué son mari, après avoir mis feu à la grange et tué les chevaux. Or Longmire ne croit pas à sa culpabilité, elle aimait trop les chevaux. De fil en aiguille, il dénoue les noeuds de l’affaire, à son rythme, un peu lent comme d’habitude, toujours ancré dans la vie locale et dans les paysages rudes et désolés du Wyoming. Je n’ai pas beaucoup plus à en dire, à part que j’ai passé un bon moment. 

Pachinko

Min Jin Lee, Pachinko: l’histoire commence en 1883 en Corée, dans le petit village de pêcheurs de Yeongdo, pas très loin de Busan. Hoonie est un jeune homme très travailleur mais il a un bec de lièvre et n’est donc pas un bon candidat pour un mariage.  Suite à l’annexion de la Corée par le Japon en 1910, beaucoup de familles coréennes se retrouvent dans la pauvreté et Hoonie trouve finalement une épouse, Yangjin. Ils ont une fille, Sunja. Et c’est avec elle que l’histoire démarre vraiment: elle tombe enceinte de Koh Hansu, un homme d’affaires marié. La honte est immense et sa vie semble sans issue, jusqu’à ce qu’elle rencontre un prêtre chrétien, Baek Isak, qui l’épouse et l’emmène au Japon, à Osaka. Le roman suit Sunja, mais aussi les autres personnages – ses enfants, des proches de la famille -, changeant souvent de point de vue et racontant leur vie sur une période d’un siècle, jusqu’en 1989. Il dévoile l’histoire méconnue des Coréens au Japon, leur statut de citoyens secondaires, devant accepter des métiers que les Japonais ne veulent pas exercer. Beaucoup se sont retrouvés à exploiter des salle de pachinko, un genre de jeu de hasard. 

Cette partie historique est vraiment passionnante mais j’ai eu l’impression que l’auteur avait établi une liste de sujets et de problèmes à caser dans son histoire, et que le seul moyen de réaliser cela était de créer une multitude de personnages. J’aurais préféré un récit avec un ou deux points de vues. Min Jin Lee a écrit ce roman sur une longue période et a effectué de nombreuses recherches, interviewant de nombreux Coréens du Japon, ce qui le rend d’autant plus touchant.  Et donc malgré ma petite réticence, j’ai beaucoup aimé ce roman et surtout, découvert un pan d’histoire inconnu pour moi. 

De bekeerlinge (Le coeur converti)

9200000060317837Stefan Hertmans, De bekeerlinge (traduit en français sous le titre: Le coeur converti): Stefan Hertmans possède une résidence dans le petit village provençal de Monieux. Il y passe ses journées à écrire et s’intéresse à l’histoire locale, notamment au pogrom qui s’est déroulé là au Moyen Age et au trésor caché qui n’a jamais été retrouvé. Il découvre aussi des anciens documents retrouvés au Caire qui parlent d’une jeune fille chrétienne convertie au judaïsme. Le village et la femme sont liés et Hertmans raconte leur histoire. Vigdis Adelaïs est une jeune fille appartenant à l’aristocratie de Rouen, de père normand (Viking donc) et de mère flamande. Elle rencontre David, étudiant juif à la yeshiva locale. Les deux jeunes gens tombent amoureux mais leur amour est impossible à cause de leurs origines et de leurs religions. Ils décident de fuir, retrouvant la famille de David dans le sud, puis fuyant les chevaliers partis à sa recherche et se cachant à Monieux, le petit village isolé des montagnes. Ce n’est que le début de l’histoire: l’époque est troublée, la première croisade se met en route et passe par le village, tuant au passage tous les Juifs, ou presque. Vigdis, devenue Hamoutal depuis sa conversion, fuit et commence un long voyage qui la mènera en Egypte. Stefan Hertmans suit ses traces, interrompant le récit pour raconter son périple contemporain. Il parle des lieux traversés par le couple, puis par la jeune femme, s’attache aux sources historiques, mais invente aussi, crée des personnages de chair et d’os.

L’écriture est précise, descriptive et j’ai eu le sentiment que le choix des mots en néerlandais était réfléchi pour qu’ils soient percutants et sonores, qu’ils se fassent le miroir de la violence et des difficultés de l’époque et de l’âpreté des paysages. Parce que l’histoire est parfois difficile à lire, elle peut être très intense et brutale. J’aimerais lire un bout de la traduction pour voir si les mots sont aussi efficaces dans leurs sonorités.

C’est une lecture qui ne laisse pas de marbre et qui renvoie à des sujets d’actualités contemporains. Elle dévoile aussi des pages de l’histoire moins connues (je ne me suis par exemple jamais attardée sur les croisades et surtout leur violence) tout en contant une magnifique histoire d’amour. J’ai beaucoup aimé et j’ai déjà dans ma PAL du même auteur Oorlog en terpentijn (Guerre et térébenthine), le récit contant la Première Guerre mondiale qui risque certainement de toucher quelques cordes sensibles chez moi. Je conseille vivement même si la lecture peut parfois être difficile à supporter.