Le problème à trois corps

Liu Cixin, Le problème à trois corps: a priori, je n’aime pas la science-fiction. Et pourtant j’ai été tentée par ce roman à la suite du billet d’Ingannmic, avec qui je m’entends souvent au niveau des lectures. Une mise en garde: ne lisez pas la quatrième de couverture, ou même le résumé sur Goodreads: cela raconte des choses qui arrivent à la moitié du roman. Le livre commence avec l’exécution publique du père de Ye Wenjie, éminent scientifique, par les Gardes Rouges en pleine Révolution Culturelle. Sa fille est bannie et envoyée en rééducation puis invitée à travailler dans une base scientifique où se trame le mystérieux projet Côte Rouge, sachant qu’elle n’en sortira jamais. Ce projet envoie des ondes radio dans l’espace, espérant une réponse. La suite du roman se passe aujourd’hui et suit Wang Miao, spécialiste en nanotechnologies. Celui-ci vit des choses bizarres et inexplicables. Ceci n’est que le début d’une histoire très fouillée, notamment au niveau scientifique.

Je ne sais pas trop quoi penser de ce roman: d’un côté, j’ai beaucoup apprécié l’ancrage dans la réalité des années 60 et d’aujourd’hui mais d’un autre, j’ai été perdue par les renseignements scientifiques. Je n’ai jamais vraiment accroché à ces matières et je connais peu sur le sujet. Certains passages m’ont semblé longs et pourtant j’ai continué ma lecture, happée par le récit – ceci explique ma cote de 3 étoiles. Il s’agit d’un roman complexe, aux multiples facettes, qui m’a fait penser quelque part à du Neil Stephenson dans le Cryptonomicon (qui est un roman que j’ai adoré). Est-ce que je lirai la suite ? Je ne sais pas encore…

A place for us

Fatima Farheen Mirza, A place for us: L’histoire commence au mariage de Hadia. Elle est musulmane, d’origine indienne mais est née en Californie. Son frère Amar est présent, alors qu’il avait tourné le dos à sa famille depuis trois ans. Au fil du roman, Hadia, Amar et Huda – l’autre sœur, mais aussi leurs parents Layla et Rafiq racontent leur histoire comme famille d’immigrés, observant strictement leur religion. Les deux filles aînées s’adaptent sans trop de problèmes aux règles de leur père, mais Amar est en révolte. Depuis qu’il est enfant, il est plus difficile, différent. Le récit n’est pas chronologique mais il n’est pas trop compliqué de suivre l’histoire. Elle se dénoue dans la dernière partie mais j’ai trouvé le temps très long. Mirza raconte les choses du quotidien, les petites histoires, avec beaucoup de sensibilité et de justesse, mais rien ne m’a semblé très passionnant, même la révolte d’Amar. Je n’ai aucune affinité avec des familles dont la vie est régie par la religion et cela me met même un peu mal à l’aise. Sans doute que j’avais espéré quelque chose de plus radical pour Amar et pour ses sœurs. Une déception.

Incroyable Charlotte

Camille Adler & Flora Pialot, Incroyable Charlotte: Paris, 1797 (j’ai fait la conversion) – Charlotte de Verteuil sort enfin du deuil de son mari mort au combat et décide de profiter à nouveau des plaisirs qu’offre la vie parisienne. L’époque est en effet aux grands bals et fêtes, aux sorties pour oublier la Révolution. Elle est accompagnée par son amie anglaise Emily et les deux jeunes femmes découvrent un monde un peu différent de celui qu’elles avaient connu. Par contre, les relations entre humains n’ont pas changé et Charlotte se retrouve bien vite au cœur d’un triangle amoureux.

Je ne lis quasi jamais de romances; à vrai dire, je ne lis que celles écrites par mes talentueuses amies ! Dans le cas d’Incroyable Charlotte, j’ai découvert une période de l’histoire que je ne connaissais absolument pas, celle du Directoire, et j’ai adoré la description de la vie mondaine de l’époque, les bals, les artistes, un Paris très différent de celui d’aujourd’hui. Les costumes sont décrits minutieusement, de même que ces fêtes, avec toutes les convenances et règles de séduction, entre autres. J’ai été happée par ma lecture, regrettant juste un peu le rythme d’écriture relativement lent sur les deux-tiers du récit, puis son accélération dans un des derniers chapitres. Mais j’ai passé un moment divertissant avec un livre qui sort de mes habitudes.

Bangkok wakes to rain

Pitchaya Sudbanthad, Bangkok wakes to rain: la ville de Bangkok est au cœur de ce roman aux personnages multiples. Il débute par l’installation d’un missionnaire anglais dans la ville au 19e siècle, il continue par cette histoire d’un pianiste de jazz américain qui joue dans une vieille demeure dans les années 1970 pour faire fuir les fantômes, il présente cette jeune fille dont les amis ont été tués lors d’une révolution estudiantine, il la suit encore aujourd’hui. Elle vit sa vie, tente d’oublier le passé… Les personnages ont parfois des liens entre eux, parfois pas, mais la ville les rassemble ou leur lien avec la ville – certains habitent en Angleterre, aux Etats-Unis, au Japon. Il fait humide, il pleut beaucoup, augurant un futur fort sombre. Une certaine nostalgie est omniprésente, un peu collante comme la chaleur de la métropole. Il y a cette mémoire, personnelle ou collective qui imprègne tout le récit… Sa structure peut sembler compliquée, des personnages réapparaissent parfois cent pages plus loin mais j’ai trouvé une certaine logique en refermant le livre. J’y ai aussi trouvé un très grand plaisir de lecture, retrouvant cette ville que j’aime beaucoup, son ambiance particulière, son exotisme urbain. Je conseille vivement, et j’espère qu’il sera traduit en français.

Hiver à Sokcho

Elisa Shua Dusapin, Hiver à Sokcho: un jeune Français, dessinateur de BD, arrive au cœur de l’hiver à Sokcho, petite ville portuaire au nord de la Corée. L’histoire est racontée par une jeune femme qui travaille à la pension locale. Elle y prépare les repas et fait le ménage des chambres. Troublée par le jeune homme, elle l’observe, puis l’accompagne lors de diverses excursions. Le court roman décrit ce lien fragile qui se tisse entre l’homme et la femme. Les mots suggèrent au lieu de raconter, l’histoire est très ténue; il y a une certaine légèreté malgré le froid hivernal et la tristesse qui se dégage de la petite ville. J’ai beaucoup aimé.

After her

Joyce Maynard, After her: pendant l’été 1979, dans une banlieue résidentielle de San Francisco, les sœurs Rachel et Patty passent leur temps en écoutant des disques, en inventant des histoires, en regardant la télévision au travers des fenêtres des voisins… Leurs parents, séparés, les laissent très libres. Leur mère est retirée sur elle-même, leur père est submergé de travail depuis que des meurtres de jeunes femmes ont eu lieu dans le quartier. Rachel souhaite à tout prix aider son père qu’elle adore dans la recherche du coupable mais tout ne se passe pas comme prévu. Joyce Maynard écrit un roman sur l’adolescence, ses insécurités, ses comportements un peu bizarres, sur un fond d’enquête policière et de chronique familiale. La présence d’un meurtrier ajoute une angoisse latente et un certain suspense. Elle décrit très finement la personnalité de Rachel et de sa sœur, ainsi que celle du père, absorbé par son travail mais aussi grand charmeur. Et c’est ce qui m’a beaucoup plu. Par contre, j’ai trouvé qu’il y avait une dernière partie en trop, celle du temps présent, où Rachel est toujours troublée par les événements du passé. J’ai eu l’impression que Joyce Maynard voulait à tout prix écrire une conclusion et que c’était un peu forcé. C’est dommage mais cela ne m’empêchera pas de lire d’autres romans de cet auteur.

The glass palace

Amitav Ghosh, The glass palace: l’histoire commence en 1885 avec l’invasion des Britanniques en Birmanie. Rajkumar n’est alors qu’un jeune garçon orphelin pris sous l’aile d’un batelier. Bloqué à Mandalay à cause de l’arrivée des troupes étrangères, il assiste au pillage du palais royal et y croise la jeune Dolly, une nounou d’un des enfants royaux. Cette jeune fille fait une forte impression sur lui. Le roman suit la vie de Rajkumar, sa débrouillardise, son activité dans le commerce du bois, la richesse qui en découle. D’un autre côté, Amitav Ghosh raconte l’exil du roi birman et de sa famille en Inde, où Dolly reste fidèle à sa maîtresse. Rajkumar ne l’a pas oubliée et part à sa recherche. Et l’histoire continue, relatant la vie d’une famille, les mariages, les enfants, les bonheurs et malheurs et surtout le cours de l’histoire – le roman se termine au début des années 1990.

J’ai trouvé le début fort long, j’ai même failli abandonner et puis d’un coup, l’histoire s’accélère (quand Rajkumar retrouve Dolly) et devient bien plus passionnante. J’ai adoré cette plongée dans l’histoire de la Birmanie mais aussi de l’Inde et de la Malaisie, alors colonies britanniques puis envahies par les Japonais et devenant enfin des pays indépendants. Le style d’écriture par contre ne m’a pas marquée plus que ça. A vrai dire, ce roman était dans ma PAL depuis mon voyage en Birmanie – il était conseillé partout comme indispensable à lire quand on visite le pays – mais il n’en parle que peu en fin de compte, se focalisant tout autant sur l’Inde et la Malaisie.