Fille de joie

41xpsa3ahhl-_sx195_Kiyoko Murata, Fille de joie: sud du Japon, début du 20e siècle. Ichi, originaire d’une île loin dans la mer, est vendue par ses parents pauvres au tenancier d’une maison close. Elle y commence sa formation sous la tutelle de la principale courtisane et reçoit des leçons de savoir-vivre, d’élégance et de séduction, choses qui sont bien éloignées de sa vie antérieure un peu sauvage. Elle a cependant une chance malgré cette condition violente: la loi oblige les tenanciers à envoyer les filles à l’école. Ichi y apprend à lire et à écrire et y trouve l’occasion de partager sa nostalgie et ses peurs à l’institutrice. Cette plongée dans le monde des filles de joie est passionnante et très finement décrite, avec des détails qui évitent tout tabou. L’auteur écrit un portrait émouvant de la condition de ces femmes qui n’ont pas pu éviter leur sort. Et si ma note n’est que moyenne, c’est parce qu’une fois de plus, j’ai trouvé que l’écriture était trop simple, peut-être à cause du passage par la traduction. Je ne jette ni la pierre à l’auteur ni à la traductrice; je pense juste que la transposition du japonais au français est extrêmement compliquée et qu’il y a un monde de différence entre les deux écritures.

Un livre lu dans le cadre de l’activité “Lire sous la contrainte” – un livre dont le titre est “tout au féminin”

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Meurtres à Willow Pond

41ytqfkzthl-_sx339_bo1204203200_Ned Crabb, Meurtres à Willow Pond: après mon passage en Inde, je recherchais un peu de nature américaine et je me suis donc tournée vers ce roman publié chez Gallmeister. Il raconte l’histoire de Cedar Lodge et de ses occupants. Gene est la riche propriétaire que tout le monde (ses neveux, les conjoints de ceux-ci) souhaitent voir mourir pour pouvoir profiter (enfin) de son héritage. Et c’est ce qui se passe: lors d’un violent orage, elle est retrouvée sans vie. Très vite, le shérif commence l’enquête. A vrai dire, contrairement à mon habitude, j’ai raconté la moitié du roman. Le meurtre n’est en effet qu’un prétexte pour décrire les sentiments et pensées des différents protagonistes dans une joyeuse et cynique cacophonie. Le roman m’a  déroutée au départ, et puis je me suis prise au jeu, rattrapée par le suspense final. Mais je dois bien dire que cette comédie de mœurs ne va pas plus loin qu’une agréable lecture de vacances. D’autres auteurs comme Jonathan Coe ou même Agatha Christie s’y prennent bien mieux. Ma note est de 3 sur goodreads mais descend à 2,5 ici.

A breath of fresh air

101381Amulya Malladi, A breath of fresh air: le 3 décembre 1984, la jeune Anjali attend son mari à la gare de Bhopal mais il est en retard. Elle subit la catastrophe mais survit miraculeusement. Un certain nombre d’années plus tard, Anjali s’est remariée avec Sandeep. Tous deux sont enseignants dans la petite ville d’Ooty et leurs salaires sont juste suffisants pour soigner leur fils – né malade. Un jour, Anjali revoit son premier mari et cela fait ressortir toute sa colère. L’auteur d’origine indienne Amulya Malladi raconte cette histoire en prenant les divers points du vue des protagonistes et en alternant chapitres se passant au présent et au passé. Elle fait en même temps le portrait d’une société indienne encore fort ancrée dans les traditions, même s’il s’agit ici une histoire contant la classe moyenne. Mariage arrangé et divorce restent des points sensibles. J’ai apprécié ma lecture mais ma note reste moyenne: j’ai trouvé qu’il y avait certaines longueurs et que l’écriture était relativement banale. Ce qui ne m’empêchera pas de lire d’autres romans de cet auteur, ainsi que d’autres romans qui se passent en Inde et/ou d’auteurs indiens.

The widows of Malabar Hill

35133064Sujata Massey, The widows of Malabar Hill: Bombay, 1921 – Perveen Mistry, une jeune femme ayant étudié le droit à Oxford, travaille dans l’étude d’avocats de son père. Elle appartient à une importante famille de la ville mais a un passé mouvementé. Elle s’intéresse à l’héritage des trois veuves d’Omar Farid, des femmes qui vivent à l’écart du monde, enfermées dans les quartiers privés de la demeure, selon d’anciennes traditions. Le testament lui semble suspect: pourquoi les trois femmes légueraient-elles tous leurs biens à une oeuvre de charité, perdant par cette occasion tout moyen de subsistance ? C’est à ce moment qu’est commis le meurtre de l’homme qui a été nommé comme leur gardien par Omar Farid. Perveen commence alors son enquête, essayant de défendre au mieux les jeunes femmes. Le récit fait également quelques retours vers le passé et raconte comment Perveen est tombée amoureuse de Cyrus quelques années auparavant. Sujata Massey a fait de nombreuses recherches pour écrire ce roman, s’inspirant de la vie d’une des premières juristes féminines de Bombay. Elle nous dévoile un monde peu connu, celui des femmes qui vivent dans l’isolement et décrit minutieusement le Bombay des années 20. Tous ces détails sont passionnants mais le roman manque un peu de rythme et m’a paru un peu long par moments.

Daredevils

25938453Shawn Vestal, Daredevils: milieu des années 70 – Loretta, 15 ans, adore les sorties nocturnes avec son petit ami. Jusqu’au jour où elle est prise en flagrant délit par ses parents. Ceux-ci sont mormons et ne voient pas d’un bon oeil ces sorties. Ils décident de la marier à un homme très pieux mais matérialiste, Dean Harder, qui a déjà une première femme et plusieurs enfants. Sa nouvelle vie est dictée par la religion et la famille; elle n’a plus aucune occasion de sortir. Harder déménage de l’Arizona vers l’Idaho pour régler des questions d’héritage. Là, Loretta rencontre Jason, également mormon, mais d’une obédience moins stricte. L’adolescent adore Tolkien et Led Zeppelin, ainsi que les acrobaties à moto d’Evel Knievel. Il est indéniablement attiré par la jeune fille… Mais rien n’est simple. Shawn Vestal propose un roman aux multiples facettes: il décrit les vies des deux personnages principaux, Loretta et Jason mais apporte également beaucoup d’attention aux personnages secondaires. L’écriture est très vivante et analyse les sentiments des héros, leur envie d’autre chose, leur enfermement dans des traditions qu’ils n’ont pas choisies, leur désir de normalité quelque part. Au cours du récit, Loretta passera de la gamine qui rêve de musique et de jolis vêtements à une femme bien plus décidée et plus sûre d’elle même. Et on aimerait la retrouver dans une suite pour la voir grandir encore plus. Un beau roman sur l’adolescence et les extrémismes de la religion.

L’appel du fleuve

51lm5muoojl-_sx195_Robert Olen Butler, L’appel du fleuve: Robert, professeur d’université et vétéran de la guerre du Vietnam, vit en Floride avec se femme. Leur vie est bien organisée et sans remous, même si Robert n’a plus vu son frère Jimmy depuis 1967. Celui-ci était en effet opposé à la guerre et a préféré s’expatrier au Canada pour ne pas devoir entrer dans l’armée, au grand désespoir de leur père, vétéran de la Seconde Guerre mondiale. Ce père a un accident et décède quelques jours plus tard. Est-ce que cela permettra aux deux frères de se parler à nouveau et de retrouver une certaine intimité ? Est-ce que les secrets du passé vont enfin être révélés ? Et que vient faire Bob, un sans-abri, dans l’histoire ?

La quatrième de couverture de ce roman m’avait attirée, avec ses secrets du passé et les histoires de la guerre du Vietnam mais le récit se déroule sans beaucoup de vagues. Les personnages parlent de leurs sentiments mais je n’ai pas trouvé cette “intensité émotionnelle et dramatique rare” dont parle la couverture. Je me suis ennuyée, passant même des lignes au fil des pages, mais continuant jusqu’au bout parce que ça se lisait vite. Et j’attendais le dénouement pour enfin comprendre comment Bob intervenait dans l’histoire (presque spoiler: c’est du niveau d’un pétard mouillé). Une grosse déception donc, mais un 2/5 parce que le livre ne m’est pas tombé des mains et qu’il y a quelques rares moments plus intéressants.

Un livre lu dans le cadre de l’activité “Lire sous la contrainte” – un livre dont le titre contient le son “è”.

Unholy loves

547413Joyce Carol Oates, Unholy loves: l’université de Woodslee, au nord des Etats-Unis, accueille l’éminent professeur de poésie anglais Albert St. Dennis. Toute la communauté est en ébullition et souhaite le rencontrer. De soirée en soirée, Joyce Carol Oates se met dans la tête de différents personnages pour décrire les événements du moment. Elle prend tour à tour les points de vue de St. Dennis lui-même (quel horrible prétentieux !) mais aussi de Brigit, une récente divorcée et d’Alexis, jeune pianiste et compositeur imbu de sa personne. Ces deux derniers vont entamer une relation tumultueuse. D’autres personnages interviennent également, divers professeurs et leurs épouses, chacun ayant une vision bien particulière sur les événements. Joyce Carol Oates nous décrit un microcosme bien particulier, avec les jalousies, les relations extra-conjugales, le désir de plaire, le respect des convenances. Elle abandonne en partie l’écriture automatique des pensées des gens (enfin !) pour écrire un récit un peu plus construit, avec des dialogues. Les divers points du vue rendent le récit animé, moins monolithique que dans d’autres romans plus anciens. Ses personnages sont peu attirants, ils montrent surtout des facettes négatives de l’être humain, comme souvent. J’ai mis du temps à commencer ce roman datant de 1979, j’étais un peu lassée de l’écriture de JCO pendant les années 1970 mais j’ai retrouvé l’envie de continuer mes lectures même si je crains quelque peu l’ampleur du pavé qu’est Bellefleur. Mais d’abord, il me reste un recueil de nouvelles à lire (il vient d’arriver des Etats-Unis).