Cybele

397341Joyce Carol Oates, Cybele: dans ce roman de 1979, Joyce Carol Oates décrit des moments de la vie d’Edwin Locke, un homme de la quarantaine qui se perd de relation en relation. Il avait tout pour être heureux: un travail respecté, une femme aimante, deux enfants mais un jour, il se sent attiré par Cathleen, qu’il rencontre d’abord au parc, puis dans des hôtels. Poussé par la passion et très vite lassé, il recherche d’autres femmes, se lançant dans de nouvelles relations de plus en plus glauques. C’est le récit d’un homme qui perd toute notion de la normalité, un homme qui se laisse entraîner dans la spirale infernale des passions, un homme qui s’oublie lui-même et les autres. JCO nous fait pénétrer dans son esprit, dans les méandres de ses pensées, un procédé qu’elle a utilisé tout au long des années 1970 avec plus ou moins de succès (en général, plutôt moins, c’est assez ardu à lire). Dans le cas de ce roman, ces pensées sont relativement accessibles mais lassent cependant sur la longueur. Mon challenge JCO s’est fort ralenti et la raison principale est le manque de romans qui racontent une histoire, qui donnent les points de vues de plusieurs personnes, qui ne parlent pas uniquement des esprits malades d’un seul narrateur. Plus que deux romans de cette période et je peux entamer les années 1980 avec Bellefleur qui est probablement plus passionnant !

Book_RATING-30

Advertisements

Sucre noir

cvt_sucre-noir_8504Miguel Bonnefoy, Sucre noir: Severo Bracamonte arrive un jour dans un village des Caraïbes pour partir à la recherche du trésor du pirate Henry Morgan qui se serait échoué là trois siècles plus tôt. Il est hébergé par la famille Otero et se marie avec la fille, Serena. Le roman est centré sur l’histoire de cette femme, de ses rêves, mais aussi sur sa vie avec Severo et sur le développement de la plantation de canne à sucre. Et sur leur désir d’enfant. Ce court roman (200 pages) sous forme de fable relate toute une vie et survole souvent des périodes entières, ce qui m’a laissée un peu sur ma faim. On y retrouve cependant une belle description des villages côtiers (du Venezuela ?), parfois imbibée de magie et de surnaturel. Quant à la conclusion, elle insiste trop à mon goût sur des préceptes bien catholiques du bien et du mal et de l’équilibre des choses. Bref, je n’ai pas été séduite par ce roman sud-américain écrit en français.

The devil’s road to Kathmandu

15721800Tom Vater, The devil’s road to Kathmandu: après avoir lu The Cambodian book of the dead du même auteur, j’étais tentée par le sujet de ce roman-ci: en 1976, Dan, Fred, Tim et Thierry sont en route sur la “hippie trail” avec un vieux bus, entre Londres et Katmandou. Au Pakistan, ils décident d’acheter de la drogue pour la revendre bien plus cher en Inde. Le deal se passe mal mais ils réussissent à s’enfuir avec la drogue. En 2000, Robbie, le fils de Dan est en voyage au Népal. Son père l’y rejoint suite à un mystérieux mail qui lui annonce qu’il peut récupérer sa part du butin. De nouvelles aventures les attendent à Katmandou et dans le montagnes où ils seront aidé par une femme tibétaine et une européenne au tatouage impressionnant. Roman policier sans trop de prétention, The devil’s road to Kathmandu m’a plu à cause des thèmes abordés – tout particulièrement l’histoire de la “hippie trail”. Il y a beaucoup de péripéties et d’aventures, quelques retournements de situation, mais je me suis doutée de la fin bien avant d’y arriver, ce qui est toujours dommage dans un roman de ce genre.

Pauvre chose

Risa Wataya, Pauvre chose: il y a quelques semaines, je me trouvais dans un marasme littéraire. Vous connaissez tous cela, je suppose: vous commencez un gros pavé et il s’avère moins passionnant que prévu; les pages ne se tournent pas très vite et vous pensez à tous ces livres qui vous attendent; vous désespérez en faisant des calculs: 20 pages par jour… mais ça veut dire plus de trois semaines de lecture ! Et puis vous hésitez… mais finalement vous passez à autre chose, tout en vous disant que vous reviendrez au pavé plus tard (spoiler: je n’y suis toujours pas revenue). Tout cela pour expliquer comment j’en suis venue à lire Pauvre chose. J’ai beaucoup aimé les précédents courts romans de la japonaise Risa Wataya, souvent très simples et doux amers. Rien de très différent ici: Julie est une jeune employée dans le rayon vêtements d’un grand magasin. Son petit ami (qui ne vit pas avec elle) veut aider Akiyo et l’héberge chez lui. Or Akiyo est son ex. Julie se fâche d’abord mais pour ne pas perdre Ryûdai, elle décide de faire des efforts, niant ses propres sentiments. Risa Wataya a l’art d’écrire des comédies sentimentales douces et piquantes à la fois, donnant une certaine image du Japon (le métier de vendeuse est beaucoup plus régi par des règles précises qu’ici) mais parlant de thèmes universels comme l’amour, la confiance et la tromperie. Le parfait roman pour m’échapper du pavé !

La carte du monde invisible

Tash Aw, La carte du monde invisible: Indonésie, années 1960. Agé de 16 ans, Adam assiste à l’enlèvement de son père adoptif par les soldats de Soekarno. Il part à sa recherche à Jakarta où il est recueilli par Margaret, une américaine travaillant à l’université et qui a connu son père. Mais la période est troublée, et Adam se laisse embobiner par Din, un étudiant qui veut déstabiliser le pouvoir. Celui-ci lui promet en effet de partir à la recherche de son frère, Johan qui a été adopté avant lui par une famille de Kuala Lumpur. Tash Aw, un auteur né à Taipei mais ayant vécu en Malaisie avant de s’installer à Londres, raconte une histoire – certes – mais c’est aussi pour lui un moyen de décrire l’Indonésie: une petite île perdue à l’apparence paradisiaque contraste très fortement avec le chaos et la poussière de Jakarta, mégalopole polluée et embouteillée, déjà dans les années 1960. Il accorde également beaucoup d’importance au climat, à la chaleur étouffante, à la pluie tropicale qui mouille tout en un rien de temps, à la moiteur, à l’humidité. Les éléments rythment et habillent le récit, que certains pourraient trouver un peu long et un peu étiré. Ce n’est pas mon cas, justement grâce à une description si détaillée des ambiances locales qui m’ont immergée dans ce grand pays.

Un livre lu dans le cadre de “Lire le monde“, une activité organisée par Sandrine, pour la Malaisie, voire Taiwan.

Oeroeg

Hella S. Haasse, Oeroeg (en français, Le lac noir): les Indes néerlandaises, quelque part dans les années 30. Un jeune garçon dont on n’apprendra jamais le nom raconte sa vie. Fils d’un planteur néerlandais fort occupé et d’une mère peu intéressée par lui, il décrit sa solitude heureusement comblée par l’amitié qu’il éprouve pour Oeroeg, un garçon né au même moment que lui parmi les serviteurs sundanais de la maison. Ils jouent ensemble, découvrent tous les recoins de la propriété, écoutent les histoires de monstres et fantômes locaux. Mais ils grandissent aussi, et le narrateur fera tout pour qu’Oeroeg puisse rester avec lui à l’école puis au collège malgré leur différence de race. Différence qu’il ne comprend pas vraiment, de même qu’il ne remarque que peu de choses du monde qui l’entoure, de sa mère qui trompe son père à la société qui change complètement. Malgré la naïveté du personnage principal qui pourrait un peu énerver le lecteur, ce court roman est un ode à l’amitié. Il est également une magnifique et nostalgique description de la colonie néerlandaise à l’aube de grandes mutations du milieu du 20e siècle mais surtout une description très imagée de la nature omniprésente, de la jungle, des montagnes. Le texte est dense, écrit dans un néerlandais (je l’ai lu en v.o.) qui m’a semblé moderne mais plus compliqué, plus précis que l’actuel. J’ai parfois dû m’y reprendre à deux fois pour certaines longues phrases tout en admirant la beauté de l’écriture.

Mon but premier était de lire Heren van de thee (Les Seigneurs du thé) mais mon côté pratique qui l’a emporté: le prix du roman tout seul était le même que la trilogie des “romans indiens”. Un peu rattrapée par le temps et désirant les lire dans l’ordre chronologique, mon choix s’est donc porté sur Oeroeg, qui est le premier roman écrit par l’auteur en 1948. Le titre en français apporte une toute autre vision des choses, faisant référence à un épisode important de l’histoire, un épisode qui marque un tournant dans le récit alors que le titre original est plus neutre, référant au cœur de l’intrigue sans rien dévoiler de plus.

Un roman lu dans le cadre de l’activité “Lire le monde” organisée par Sandrine. Et dans le cadre de mon challenge PAL vacances 2017, il complète la catégorie du titre ne contenant qu’un seul mot.

Bohemian Flats

Mary Relindes Ellis, Bohemian Flats: de cet auteur, j’avais adoré Wisconsin et j’avais acheté ce roman-là peu après. Bohemian Flats commence en Allemagne en 1881. Albert et Raimund Kaufmann sont les fils d’un brasseur et agriculteur et vivent près d’Augsbourg. Ils sont amis avec Magdalena Richter, la fille d’un professeur et d’une femme roumaine, mal vue à cause de ses longs cheveux noirs et de ses talents de voyance qu’elle cache pourtant. Leur vie est déterminée par les conventions et la mentalité rétrograde de l’époque. Suite au décès de leur père, la ferme des Kaufman revient au fils aîné, Otto, un homme gras et mauvais. Raimund part le premier: il vole de l’argent à son frère et prend un bateau vers l’Amérique. Il échoue à Minneapolis, plus précisément dans la banlieue boueuse des rives du Mississippi nommée Bohemian Flats. Il y rencontre toute une galerie de personnages d’origines différentes, des Tchèques, des Finlandais, des Allemands comme lui. Quelques années plus tard, Albert et Magdalena (qui se sont mariés) le rejoignent. Mary Relindes Ellis, elle aussi d’origine européenne, raconte la vie de ces émigrés de la première heure, leur vie difficile mais aussi leurs joies. Elle ne se limite pas à quelques années mais relate une vie entière, la vie en Allemagne, l’arrivée aux Etats-Unis ainsi que la Première Guerre mondiale, qui provoque un sentiment anti-allemand envers les immigrés de cette origine. Ce roman est passionnant du début à la fin, intégrant l’Histoire dans un récit très personnel d’une famille. J’en veux encore !

En faisant des recherches sur l’auteur, j’ai appris avec tristesse qu’elle est décédée le 12 décembre 2016 et qu’elle n’a pas écrit d’autres romans.

Commencé fin juin, je l’intègre malgré tout dans le challenge PAL vacances 2017 – je l’ai terminé début juillet – pour la catégorie 1. le titre contient un nom de lieu géographique. Il permet également de compléter la catégorie Minnesota des 50 novels for 50 states (que je n’ai plus vraiment mis à jour ces derniers mois).