Baguettes chinoises

baguettes-chinoisesXinran, Baguettes chinoises: les baguettes, en Chine, ce sont les femmes, utilitaires et jetables, en opposition aux poutres, les hommes, qui soutiennent les toits des maisons. On ne peut donc pas dire qu’elles soient bien considérées. Xinran s’inspire d’histoires vraies, d’interviews de femmes qu’elle a réalisé dans la Chine des dernières décennies. Les sœurs Trois, Cinq et Six – les parents n’ont jamais pris la peine de leur donner un vrai prénom parce que ce sont des filles – sont nées à la campagne et n’ont pas fait beaucoup d’études. Elles ne trouvent même pas de mari décent, elles pourraient apporter la poisse venant d’une famille qui n’a pas pu avoir de fils. Trois s’enfuit en ville pour ne pas épouser un homme handicapé, ses deux sœurs la suivent très vite. Elles trouvent facilement du travail et gagnent de l’argent, plus qu’elles ne l’auraient jamais espéré et leur image change dans leur village. Xinran fait un portrait de jeunes filles extrêmement naïves qui découvrent la ville, ce qui est intéressant en soi, mais je ne suis pas sûre que la forme romanesque était la meilleure idée. J’ai trouvé cela très léger et peu abouti comme roman, même si j’ai beaucoup appris sur la condition des Chinoises. Sans doute est-ce parce que je n’ai pas arrêté de comparer ce récit avec les interviews de Svetlana Aliexevitch qui sont d’un tout autre niveau.

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Tous les vivants

phillipsJayne Anne Phillips, Tous les vivants. Le crime de Quiet Dell: de cet auteur, j’avais beaucoup aimé Lark et Termite et la description des ambiances et sensations. Tous les vivants est fort différent. Ce roman raconte en effet une histoire vraie, le meurtre d’Asta Eicher et des ses trois enfants par Harry Powers à Quiet Dell en 1931. Les premiers chapitres parlent d’Asta, cette veuve à bout de souffle et bientôt à court d’argent. Elle a entamé en secret une relation épistolaire avec Harry Powers qui lui promet mariage et amour. Mais le sinistre personnage avait une autre idée en tête. Ensuite, le récit change de ton et met en scène la jeune journaliste Emily Thornhill – un personnage fictif – qui mène l’enquête pour son quotidien. Basé sur les coupures de presse et les documents de l’époque, le livre est une longue enquête agrémentée de quelques éléments romantiques mais tout cela est fort long et peu intéressant. L’auteur s’en tient aux faits et ne prend pas la liberté d’entrer dans l’esprit du meurtrier pour décrire ses motivations possibles. Je me suis plutôt ennuyée – je n’ai jamais aimé les descriptions de procès (le dernier tiers du livre) – mais j’ai quand même apprécié la description de l’époque.

Little Bird

couv rivièreCraig Johnson, Little Bird: comme je suis passionnée par les aventures du shérif Longmire en version série tv, et que celle-ci touche bientôt à sa fin, il était évident pour moi de prolonger le plaisir en entamant la lecture des romans. Il y a pas mal de différences mais l’esprit reste le même. Walt Longmire est le shérif du comté d’Absaroka, dans le Wyoming. En fin de carrière, il est assez désabusé et légèrement alcoolique. Il ne prend plus vraiment soin de lui jusqu’à ce que son meilleur ami, Henry Standing Bear, décide de prendre les choses en main. En même temps, le calme du comté est brisé le jour où des chasseurs découvrent le corps sans vie de Cody Pritchard. Ce jeune homme, ainsi que trois de ses amis, avait été condamné avec sursis deux ans auparavant pour le viol de Little Bird, une jeune fille indienne aux capacités limitées. Longmire, marqué par ce procès, est obligé de sortir de sa léthargie pour enquêter. Plus encore que dans la série, les paysages sauvages du Wyoming tiennent une place importante, et sous la plume de Craig Johnson, ils prennent vie. L’auteur décrit également avec finesse les relations entre les Blancs et la communauté cheyenne. Il y a certes certaines longueurs – l’enquête n’avance pas très vite – mais elles ne m’ont pas parues pesantes. Je retrouverai donc avec plaisir le shérif dans les prochains volumes (il faut toujours suivre une série de détectives et j’avoue avoir été un peu lassée par Dave Robicheaux et la Louisiane décrite par James Lee Burke).

Les étoiles s’éteignent à l’aube

51uogk87xvl-_sx195_Richard Wagamese, Les étoiles s’éteignent à l’aube: Franklin Starlight, un garçon âgé de 16 ans aux origines indiennes ojibwé, n’a pas vraiment connu son père sauf quelques visites éparses. Il a été élevé par le Vieil Homme qui lui appris à vivre en harmonie avec la nature. Au début du récit, il est appelé par son père, Eldon, qui lui demande une faveur: faire avec lui un dernier voyage et l’enterrer comme un guerrier dans la terre de ses ancêtres. Eldon, alcoolique invétéré, n’a plus que quelques jours à vivre et le périple dans les paysages sauvages de la Colombie Britannique sera l’occasion de parler du passé, de dévoiler des secrets, de raconter dans quelles circonstances Franklin a vu le jour. Les descriptions de la nature sont précises et vivantes, l’homme est minuscule face aux paysages et aux animaux, il doit respecter les lois environnantes. Mais c’est aussi un roman qui raconte une histoire, une sorte de testament, une manière de se libérer du poids du passé et les difficiles relations entre un père et son fils. Les sentiments décrits sont justes, entre amour et culpabilité. Tout cela m’a passionnée et j’ai beaucoup apprécié ce roman.

Cybele

397341Joyce Carol Oates, Cybele: dans ce roman de 1979, Joyce Carol Oates décrit des moments de la vie d’Edwin Locke, un homme de la quarantaine qui se perd de relation en relation. Il avait tout pour être heureux: un travail respecté, une femme aimante, deux enfants mais un jour, il se sent attiré par Cathleen, qu’il rencontre d’abord au parc, puis dans des hôtels. Poussé par la passion et très vite lassé, il recherche d’autres femmes, se lançant dans de nouvelles relations de plus en plus glauques. C’est le récit d’un homme qui perd toute notion de la normalité, un homme qui se laisse entraîner dans la spirale infernale des passions, un homme qui s’oublie lui-même et les autres. JCO nous fait pénétrer dans son esprit, dans les méandres de ses pensées, un procédé qu’elle a utilisé tout au long des années 1970 avec plus ou moins de succès (en général, plutôt moins, c’est assez ardu à lire). Dans le cas de ce roman, ces pensées sont relativement accessibles mais lassent cependant sur la longueur. Mon challenge JCO s’est fort ralenti et la raison principale est le manque de romans qui racontent une histoire, qui donnent les points de vues de plusieurs personnes, qui ne parlent pas uniquement des esprits malades d’un seul narrateur. Plus que deux romans de cette période et je peux entamer les années 1980 avec Bellefleur qui est probablement plus passionnant !

Book_RATING-30

Sucre noir

cvt_sucre-noir_8504Miguel Bonnefoy, Sucre noir: Severo Bracamonte arrive un jour dans un village des Caraïbes pour partir à la recherche du trésor du pirate Henry Morgan qui se serait échoué là trois siècles plus tôt. Il est hébergé par la famille Otero et se marie avec la fille, Serena. Le roman est centré sur l’histoire de cette femme, de ses rêves, mais aussi sur sa vie avec Severo et sur le développement de la plantation de canne à sucre. Et sur leur désir d’enfant. Ce court roman (200 pages) sous forme de fable relate toute une vie et survole souvent des périodes entières, ce qui m’a laissée un peu sur ma faim. On y retrouve cependant une belle description des villages côtiers (du Venezuela ?), parfois imbibée de magie et de surnaturel. Quant à la conclusion, elle insiste trop à mon goût sur des préceptes bien catholiques du bien et du mal et de l’équilibre des choses. Bref, je n’ai pas été séduite par ce roman sud-américain écrit en français.

The devil’s road to Kathmandu

15721800Tom Vater, The devil’s road to Kathmandu: après avoir lu The Cambodian book of the dead du même auteur, j’étais tentée par le sujet de ce roman-ci: en 1976, Dan, Fred, Tim et Thierry sont en route sur la “hippie trail” avec un vieux bus, entre Londres et Katmandou. Au Pakistan, ils décident d’acheter de la drogue pour la revendre bien plus cher en Inde. Le deal se passe mal mais ils réussissent à s’enfuir avec la drogue. En 2000, Robbie, le fils de Dan est en voyage au Népal. Son père l’y rejoint suite à un mystérieux mail qui lui annonce qu’il peut récupérer sa part du butin. De nouvelles aventures les attendent à Katmandou et dans le montagnes où ils seront aidé par une femme tibétaine et une européenne au tatouage impressionnant. Roman policier sans trop de prétention, The devil’s road to Kathmandu m’a plu à cause des thèmes abordés – tout particulièrement l’histoire de la “hippie trail”. Il y a beaucoup de péripéties et d’aventures, quelques retournements de situation, mais je me suis doutée de la fin bien avant d’y arriver, ce qui est toujours dommage dans un roman de ce genre.