Silence

Shûsaku Endô, Silence: je voulais voir le film, mais j’ai préféré lire le roman avant (et j’ai bien fait, vu que le film suit de très près le roman). Dans le Japon du début du 17e siècle, les shoguns ont décidé de limiter le plus possible les contacts avec les Européens et ils ont banni la religion catholique qui avait pourtant convaincu un certain nombre de personnes. Deux missionnaires portugais, Rodrigues et Garupe, sont envoyés sur place pour faire le point sur la situation et retrouver les traces de Ferreira qui aurait renié sa religion. Ils sont accompagnés par un étrange personnage, Kichijiro, un Japonais qui aurait été converti (ou pas), et qui est le spécialiste pour changer de camp.

Le roman est très beau, apportant de beaucoup de détails sur une période particulière de l’histoire du Japon et sur la détermination des missionnaires européens (à tel point que je me suis à nouveau posé beaucoup de questions sur le fanatisme, la religion et la violence de l’imposer à quelqu’un). Je regrette cependant d’avoir lu la version française du roman, qui a été traduite de l’anglais, qui a elle-même été traduite du japonais. Il y a parfois quelques mots bizarres dans le contexte (Halloween, pour parler d’O bon, le festival honorant les esprits des ancêtres, par exemple). Le livre ayant été écrit en 1966, il serait aussi intéressant de savoir de quand datent les traductions, et même d’en faire une nouvelle en français, le roman restant passionnant encore aujourd’hui.

Jonny Appleseed

Joshua Whitehead, Jonny Appleseed: Jonny, jeune homme amérindien (oji-cri) et queer, raconte les quelques jours qui précèdent son retour dans la réserve indienne où il a vu le jour et où il assistera à l’enterrement de son beau-père. Dans la grande ville de Winnipeg, il gagne sa vie avec du cybersex. Il décrit sa vie de tous les jours, sa relation avec Tias, les histoires du passé, notamment sa relation très intime avec sa kokum, sa grand-mère, qui a très vite remarqué ses différences, le surnommant « Two Spirits ». C’est souvent cru, les émotions sont à fleur de peau, la vie n’est pas facile. Et pourtant c’est très beau, le personnage de Jonny est très attachant.

Est-ce que j’ai été autant séduite qu’Electra et Marie-Claude qui ont conseillé ce livre ? Non, sans doute pas tout à fait, peut-être que c’est lié à la mauvaise passe dans laquelle je suis pour le moment avec mes lectures ? Et donc au fait que j’attendais beaucoup de ce roman ? Peut-être… mais il est clair que cette voix m’a marquée et que je lirai avec plaisir d’autres romans ce jeune auteur.

Unassigned Territory

Kem Nunn, Unassigned Territory: après avoir adoré Surf City, j’ai décidé de lire les autres romans de Kem Nunn, par ordre chronologique. Unassigned Territory est donc son second livre. L’histoire est un peu floue, mais ça se passe dans le désert du Mojave, entre Californie et Nevada et on y rencontre des personnages décalés: un prêcheur, un frère et une soeur qui tiennent un musée consacré aux traces des extra-terrestres qu’on aurait vu dans la région, le responsable du prêcheur qui se demande bien ce que fabrique son protégé, des rednecks, des membres d’une secte. Tout ce petit monde se rencontre par moments, dans un récit qui avance trèèèès lentement et qui est un peu décousu. Il y a des éléments de road-trip et d’enquête, mais aussi aussi de science-fiction.

Je me suis ennuyée, vraiment. Si je l’ai lu jusqu’au bout, c’est parce que j’avais abandonné trois romans juste avant et que je voulais vérifier que ce n’était pas lié à moi. La seule chose qui m’a fait tenir, c’est la description des paysages et de ces contrées désertiques américaines. Les commentaires sur goodreads ont l’air de confirmer que c’est le moins bon livre de Kem Nunn, je continuerai donc à lire ses romans dans le futur.

L’été de la sorcière

Nashiki Kaho, L’été de la sorcière: la jeune Mai a des problèmes à l’école et ses parents l’envoient passer quelques mois chez sa grand-mère, une anglaise vivant dans la campagne japonaise. Celle-ci, un peu sorcière, comprend que la fillette se sent mal et tente de la guérir en lui faisant observer la nature, en lui expliquant les pouvoirs des plantes, en lui parlant de la voix intérieure et en lui apprenant comment l’écouter.

C’est un joli – et court – roman japonais qui se rapproche d’autres récits du même genre; je pense notamment à La péninsule aux 24 saisons. Il y a de la magie, de la beauté, de l’apprentissage, mais aussi des sujets plus difficiles comme la tristesse et le deuil. Un roman qui se lit vite mais qui au final ne me laissera pas un souvenir indélébile, un roman qui a permis de faire une agréable pause dans un désert de lectures marqué par plusieurs tentatives avortées.

The Satapur moonstone

Sujata Massey, The Satapur moonstone: ce deuxième volume des aventures de Perveen Mistry, avocate parsi (« solicitor » en fait) emmène notre héroïne dans les montagnes de Sahyadri où se trouve l’état princier de Satapur. Le maharadja est décédé, et l’état est maintenant gouverné par un agent britannique (on est en 1920) en attendant que son successeur, un jeune garçon, ait atteint l’âge adéquat. Sa mère et sa grand-mère se disputent quant à son éducation, la première voulant l’éloigner à tout prix du royaume en l’envoyant dans une école britannique, la seconde refusant tout cela en bloc. Et pourtant, l’avenir du garçon a l’air menacé sur place, suite à plusieurs décès inexpliqués. Perveen Mistry est envoyée au palais pour écouter les deux femmes qui vivent selon le modèle du purdah, la ségrégation entre hommes et femmes, mais aussi les enfants et d’autres membres de la famille. Elle se rend très vite compte qu’elle est tombée dans un fameux guêpier.

Cet automne, je me suis attaquée aux livres les plus anciens sur ma PAL (ceux de 2019, donc) et il en faisait partie. J’avais bien aimé le premier tome et je souhaitais lire la suite des aventure de l’intrépide avocate. En fait, j’aime beaucoup les ambiances, plus que l’histoire en elle-même. La première partie se passe dans la maison de l’agent britannique qui s’occupe de Satapur et j’ai pu me plonger dans un certain passé colonial, la suite se passe dans le palais et présente une autre facette des choses, la vie des maharadjas et de leurs familles. Même si le sujet m’intéresse, j’avoue que j’ai trouvé le temps long, surtout pendant la première centaine de pages; par la suite, l’envie de connaître le dénouement de l’histoire m’a poussée à avancer plus vite. Mais il est clair que le roman manque de suspense, et ressemble quelque part au premier tome, avec cette enquête auprès de femmes en purdah. Je pense que je vais en rester là avec cette série.

We run the tides

Vendela Vida, We run the tides: Eulabee vit avec ses parents et sa soeur dans une maison de Sea Cliff, sur les côtes brumeuses de San Francisco. L’adolescente passe ses journées à l’école et s’amuse à la plage avec son groupe d’amies, tout particulièrement avec la flamboyante Maria Fabiola. Mais un jour, elle refuse d’appuyer un mensonge de celle-ci (un homme se serait découvert devant elles, dans sa voiture) et la voilà exclue du groupe et même mise à l’écart par toute son école. A ce moment-là, Maria Fabiola disparaît, probablement kidnappée, et toute la communauté est secouée. La vie continue pour Eulabee, et par ses yeux, on comprend mieux la vie d’une jeune adolescente dans les années 1980, ses peurs et ses émotions.

J’avais déjà lu dans un passé lointain deux romans de Vendela Vida, Sans gravité et Soleil de minuit et j’en avais gardé un excellent souvenir. Je ne me souviens plus des histoires mais les ambiances avaient fait impression sur moi. J’ai retrouvé celles-ci dans les premières cinquante pages, et puis c’est retombé, et je n’ai plus trop accroché au milieu du roman. Vendela Vida a cependant l’art d’entrer dans la tête de l’adolescente, comme si elle l’était encore elle-même. De plus, elle parle d’une époque où elle était elle-même ado et moi aussi (nous n’avons qu’un an de différence). J’ai donc adoré retrouver les groupes pop de l’époque que j’aimais aussi. Et elle décrit avec finesse la côte californienne autour de San Francisco, donnant envie d’y aller. Mais j’ai eu un goût de trop peu et je n’ai pas été prise par l’histoire. Peut-être que je devrais me pencher sur d’autres romans de l’auteur ? Ou relire ceux qui m’ont marquée ?

Star of the North

D.B. John, Star of the North: une jeune fille américano-coréenne disparaît d’une plage sud-coréenne sans laisser de traces en 1998. Douze ans plus tard, sa soeur jumelle Jenna est persuadée qu’elle ne s’est pas noyée, qu’elle est toujours vivante mais elle n’a aucune preuve et personne ne la croit. Elle enseigne à l’université et tente surtout de ne pas penser à ce drame. Elle est alors repérée par la CIA pour son don des langues et ses capacités physiques. Elle refuse au début mais elle se rend compte que ce sera l’occasion de fouiller dans son passé. Parallèlement, le roman suit l’histoire de Mrs Moon, une femme nord-coréenne qui commence un business très lucratif après avoir trouvé de l’aide internationale arrivée là par ballon, ainsi que celle du colonel Cho, dont la carrière comme diplomate pourrait bien tourner au drame si le gouvernement découvre ses origines.

DB. North entrelace les trois histoires mais nous plonge surtout dans le monde glaçant de la Corée du Nord. Il décrit avec détails la vie difficile sur place, les rouages du pouvoir, la surveillance constante, et les camps de détention. L’histoire est très rythmée, c’est un excellent page-turner, et a même un petit côté « gros film d’action américain » par moments, mais c’est surtout une plongée dans un monde inconnu. North explique dans la longue postface quelles sont ses sources et comment il a créé cette histoire et c’est tout aussi passionnant que le roman en lui-même, surtout quand on se rend compte des grandes parts de vérité.

Un pied au paradis

Ron Rash, Un pied au paradis: années 1950, dans les Appalaches du Sud, le shérif Will Alexander est appelé pour retrouver Holland Winchester qui a disparu, probablement assassiné. Mais il n’y a pas de corps et il abandonne l’enquête. En toile de fond, il y a la construction d’un barrage qui va bientôt inonder les terres ancestrales des Cherokee mais aussi celles des habitants actuels vivant de la culture de tabac et de choux. L’histoire est racontée de cinq points de vues différents, celui du shérif, mais aussi du voisin, de la voisine, de leur fils et de l’adjoint. Chacun de ses récits apporte des éléments à l’enquête, dévoilant de nombreux secrets du passé.

Ron Rash nous emmène à nouveau dans son territoire de prédilection, les montagnes et vallées des Appalaches. Il remonte dans le temps cette fois-ci, et décrit la rude vie des habitants et leurs peurs liées à des croyances anciennes. Il nous plonge dans une nature sauvage qui va bientôt disparaître avec la montée des eaux. Le jeu des cinq points de vue est passionnant, chacun racontant ce qu’il a envie de raconter et cela permet au lecteur de mieux connaître les dessous cachés de l’histoire, impliquant de la jalousie et un besoin de vengeance insidieux, et des préjugés qui ont la vie dure.

À rude épreuve

Elizabeth Jane Howard, À rude épreuve: comme lecture de voyage, j’ai choisi le second volume de la saga des Cazalet, cette famille anglaise vivant à Londres et dans le Sussex pendant la période de la Seconde Guerre mondiale. L’histoire commence en 1939 avec le début du conflit et se centre tout particulièrement sur les jeunes filles et femmes de la famille: Louise qui tente de se lancer dans une carrière d’actrice, Clary dont le père est porté disparu et qui a maintenant une petite demi-sœur, Polly qui s’inquiète pour sa mère malade… Les autres protagonistes sont également évoqués au cours des pages.

Je me suis à nouveau plongée avec délectation dans les aventures de la famille Cazalet. L’approche de l’auteur est très psychologique, et c’est passionnant d’entrer dans le cerveau des personnages, tout particulièrement des jeunes femmes, pour apprendre comment était leur vie dans les années 1940. Certains commentaires font tiquer aujourd’hui mais c’était le quotidien des femmes de l’époque. Une fois la dernière page tournée, j’ai eu une forte envie de commencer le volume suivant mais j’ai préféré le garder au chaud pour un moment de panne de lecture ou de besoin de roman doudou. Et même en ayant entamé un roman suivant, je n’arrivais pas à me sortir les personnages de ma tête.

Normal people

Sally Rooney, Normal people: Connell est un garçon populaire dans son école, Marianne n’a pas d’amis et est très solitaire. Et pourtant ils se rapprochent progressivement quand Connell vient chercher sa mère qui travaille comme femme de ménage dans la maison de Marianne. Ils garderont cette relation secrète par peur du qu’en dira-t-on. Un an plus tard, ils étudient tous les deux à Trinity College à Dublin et les rôles se sont inversés: Marianne s’est intégrée dans un groupe d’amis tandis que Connell peine à trouver sa place dans un milieu qu’il a du mal à appréhender. Il y retrouve Marianne – leur relation s’était brisée suite à des malentendus. Le reste du roman raconte comment ils continuent à se tourner autour, se rapprochant et se séparant à tout moment. Sally Rooney a un talent certain: son récit est d’une finesse psychologique assurée. Elle fait le portrait de jeunes adultes qui ne savent pas vraiment ce qu’ils veulent mais aussi de la différence des classes sociales et son implication sur la vie de tous les jours. On en arrive à aimer Connell par moments, mais aussi Marianne à d’autres, et puis à les détester tous les deux, puis à les aimer à nouveau.

Si ma note n’est que moyenne, ce n’est pas vraiment dû au roman en tant que tel mais au fait que j’ai vu la série. Et la série est très fidèle au roman. Je n’ai donc eu aucun élément de surprise, revivant les scènes que j’avais déjà vues, et mettant constamment des images sur les mots. C’est la raison principale pour laquelle je n’ai pas apprécié le roman à sa juste valeur.