Littérature américaine

Après l’avoir laissée à l’abandon depuis quasiment sa première date de publication (en 2015 ?), j’ai enfin remis à jour la page des 50 novels for 50 states ! Il y a donc des états populaires, et d’autres pour lesquels je n’ai pas lu un seul roman. Bref, il y a encore du boulot, et ça risque d’agrandir encore ma PAL. Avez-vous des suggestions de romans incontournables pour les états sans livres ? Du genre David Vann (que je n’ai toujours pas lu, mais dont j’ai acheté le dernier roman se situant… en Indonésie) pour l’Alaska…

A house for happy mothers

Amulya Malladi, A house for happy mothers: aux Etats-Unis, à Silicon Valley, Priya vit une vie sans soucis, avec un mari aimant, mais une chose la rend malheureuse: elle voudrait un enfant. Elle n’y arrive pas, faisant fausse couche après fausse couche, malgré toute l’aide médicale possible. A l’autre du bout du monde, Asha vit dans un petit village d’Inde du Sud, dans la région d’Hyderabad. Son mari ne gagne pas beaucoup d’argent et elle aimerait que ses enfants aient un meilleur avenir, surtout son fils qui semble avoir un QI bien plus élevé que la moyenne. Leurs destins vont se rencontrer par l’intermédiaire de la Maison des mères heureuses: Asha va porter l’enfant conçu par Priya et son mari contre rétribution.

Le roman suit les deux femmes, alternant les chapitres. Elles ont toutes les deux des doutes en s’engageant dans ce chemin inconnu pour elles. Elles doivent vivre avec les commentaires et les pressions de leurs familles respectives: la mère de Priya est un genre de dragon qui désapprouve toutes les actions de sa fille, le mari d’Asha rêve de l’appartement qu’il pourra acheter avec l’argent de sa femme alors qu’elle veut surtout assurer l’avenir de son fils. La gynécologue de la clinique est surtout attirée par l’appât du gain et l’aspect commercial de ces « transactions » sous-tend le récit. Et puis il y a ce contraste entre la richesse (toute relative) des femmes étrangères et la pauvreté des femmes indiennes. Amulya Malladi analyse les divers sentiments des femmes au fil des pages et décrit leur évolution au cours de la grossesse. C’est touchant, et sans doute proche de la réalité. C’est un roman mais quelque part, cela touche à de la non-fiction. Malladi n’ajoute en effet pas trop d’éléments dramatiques; elle apporte par contre quelques touches d’humour avec le personnage de la mère de Priya. Un roman léger dans son ton mais profond dans son sujet.

The glass hotel

Emily St. John Mandel, The glass hotel: dès que ce roman est sorti, je me suis précipitée pour l’acquérir, me souvenant du fabuleux Station Eleven. Sauf que, comme souvent, je ne l’ai pas commencé de suite, et comme je ne voyais quasi pas de critique apparaître sur mes blogs préférés, et que sa note goodreads n’était pas immensément bonne, je l’ai laissé traîner. Et puis Electra l’a lu et l’a adoré.

Raconter l’histoire de ce roman est un peu compliquée, et la quatrième de couverture dévoile beaucoup trop. Il y a Paul, qui travaille dans un hôtel de luxe isolé dans la forêt, sur une île; il y a Vincent, sa soeur, qui travaille au bar de ce même hôtel; et puis il y a Jonathan, client richissime de ce même endroit. Leur histoire est racontée de manière assez chaotique, changeant de période à chaque chapitre (mais les années sont toujours indiquées) et au début, c’est un peu compliqué de rentrer dans le livre. Mais chez moi, la magie a opéré très vite, je me suis attachée au personnage de Vincent, cette femme qui se laisse porter par les événements. Il y a la beauté de l’écriture qui m’a emmenée dans des mondes très divers, entre pauvreté et richesse extrême, d’une île isolée à New York, dans la forêt et sur les mers. Il y a une grande mélancolie et beaucoup de tristesse, mais ce n’est pas un livre déprimant pour autant. C’est un roman qui parle des changements soudains dans une vie et de l’adaptation à ceux-ci. C’est un roman dans lequel on est aspiré et qu’on a du mal à quitter une fois la dernière page atteinte.

Betty

Tiffany McDaniel, Betty: Betty, sixième de huit enfants, est née d’un père Cherokee et d’une mère blanche. Après des années sur les routes, sa famille s’installe dans une maison délabrée de Breathed, dans l’Ohio. La petite fille y deviendra une femme mais sa vie n’est pas facile. Elle est rejetée par les autres parce que sa peau est foncée et qu’elle ressemble trop à une indienne mais elle trouve toujours le soutien auprès de son père qui lui raconte les histoires du passé et les légendes cherokee. Il lui parle des liens avec la nature et celle-ci prend une place importante dans le roman. Il y a aussi les relations avec ses frères et soeurs, pas toujours faciles et marquées d’événements douloureux. Et donc Betty écrit, et par l’écriture tente d’enfouir sa douleur.

Betty, c’était un des romans de la rentrée littéraire qu’il fallait lire, c’était le roman que tout le monde adorait. Et pourtant même si j’ai aimé cette histoire, je me rends compte qu’elle ne m’a pas marquée tant que ça. Ma lecture a été fort lente pendant la première moitié, pour s’accélérer ensuite une fois que j’était vraiment entrée dans la vie des personnages. J’ai aimé Betty, j’ai aimé son père, j’ai détesté certains autres personnages; j’ai aimé les descriptions de la nature, j’ai aimé ce flottement, cette poésie qui se retrouve au fil des pages. Mais je n’ai pas été subjuguée – ce qui n’est pas très grave – ça ne se passe que très rarement… Disons que mes attentes ont sans doute été un peu trop grandes.

The Bass Rock

Evie Wyld, The Bass Rock: en Ecosse, au bord de la mer, un grand rocher – le Bass Rock – domine le paysage. C’est près de ce lieu que se croisent trois histoires de femmes. Tout d’abord Viv, une jeune femme anglaise typique d’aujourd’hui, un peu paumée après le décès de son père, célibataire mais ouverte à diverses rencontres, passant souvent trop de temps à boire. Elle a reçu pour mission de vider une maison qui avait appartenu à sa famille. Puis, il y a Ruth – peu après la Seconde Guerre mondiale, elle emménage avec son mari, déjà père de deux garçons d’un autre mariage, dans une grande demeure. Elle ne connaît personne dans la communauté locale et est un peu perdue. Enfin, il y a Sarah, qui fuit après avoir été accusée d’être une sorcière – on est dans les années 1700.

Chaque chapitre suit un des personnages, dans une construction 1-2-3-2-1, entrecoupée de quelques pages en italiques racontant l’histoire d’autres femmes. On sent qu’Evie Wyld avait une idée très précise de celle qu’elle voulait transmettre mais j’ai trouvé le résultat un peu confus et peu concluant. Pourquoi a-t-elle par exemple introduit ces allusions à des fantômes sans vraiment développer le sujet ? Et puis, si j’ai aimé Ruth, j’ai détesté Viv, mais c’est sans doute personnel – j’ai l’impression de trop voir pour le moment des jeunes femmes alcooliques faisant n’importe quoi de leur vie (dans des séries surtout: Arabella dans I may destroy you, Cassie dans The flight attendant…). J’ai mis beaucoup de temps à lire ce roman pourtant pas très épais, je n’arrivais pas à m’intéresser aux histoires, mais si je lui donne une note de 3/5, c’est parce qu’il aborde quand même des sujets importants liés à la vie des femmes.

L’insoumise d’Aquitaine

Eléonore Fernaye, L’insoumise d’Aquitaine: 12e siècle, Aquitaine – Adélaïde, jeune veuve, gère le domaine qu’elle a hérité du mieux qu’elle peut, mais en tant que femme, elle n’est pas libre de faire ce qu’elle veut. En tant que vassale d’Aliénor d’Aquitaine et du roi Henri, elle doit obéir à leurs ordres et épouser Bouchard de Missé, un seigneur désargenté dont la réputation n’est pas des meilleures. Elle décide alors de prendre les choses en main et d’organiser un mariage fictif avec Messire Arnault, le frère de son mari. Mais tout ne se passera pas comme prévu. Ou peut-être que si, vu qu’on est dans une romance, et qu’il y a certains codes à suivre: des avances, des rejets, des incompréhensions, des drames….

Ce n’est pas mon genre de lecture habituel, mais ce n’est pas la première fois que je lis les romans d’Eléonore Fernaye (qui est une amie dans la vraie vie). J’ai beaucoup apprécié la plongée dans le monde du Moyen-Age, ses châteaux, ses grandes propriétés, ses chevaliers, mais pour une fois, c’est présenté d’un point de vue féminin. Adélaïde n’a certainement pas les libertés d’une femme moderne mais elle trouve malgré tout les moyens pour vivre une vie qui lui convient, s’occupant de son domaine et s’intéressant aux plantes pour soigner le gens (ce qui peut poser un risque, certains pourraient penser qu’elle est une sorcière). Et puis l’amour vient s’en mêler, même s’il y a beaucoup d’incompréhensions, et il y a quelques très belles scènes érotiques. Le roman permet de mieux imaginer la vie quotidienne à l’époque des chevaliers (j’ai appris pas mal de choses) et apporte une touche légère avec la relation entre Adélaïde et Arnault. Vivement la suite !

Surf City

Kem Nunn, Surf City: un jour, Ike Tucker, jeune homme vivant dans une petite bourgade du désert, apprend que sa soeur a disparu et reçoit une liste de noms de personnes qui pourraient être impliquées. Ce sont des surfeurs. Il quitte tout et part à sa recherche. Il débarque sur les plages de Huntington Beach en Californie du Sud et tente de se frayer un chemin parmi les codes très précis des quelques groupes de surfeurs. Il rencontre un motard, vétéran du Vietnam, qui l’aidera par moments, ainsi qu’une jeune femme dont il tombera amoureux. Il découvre très vite que tout n’est pas rose dans le coin. Indice par indice, il remontera le chemin menant à la disparition de sa soeur, tout en se découvrant une passion pour les vagues.

Je pense l’avoir déjà raconté, j’ai une attirance assez irrésistible pour le monde du surf même si je n’ai jamais pensé à en faire moi-même, et donc dès qu’un livre ou un roman en parle, je le lis. Je ne connaissais pas Kem Nunn et j’ai découvert cet auteur chez Electra (sur son autre blog). Elle en disait beaucoup de bien et j’ai également été conquise. Ma note si élevée, très personnelle, est sans doute liée à mon attirance pour le surf, mais j’ai également beaucoup apprécié la description de la Californie du Sud, entre plages, villas d’acteurs et hôtels miteux. Depuis très longtemps (l’adolescence sans doute), j’ai une fascination pour cette région, mais c’est une fascination un peu bizarre: j’adore lire des romans ou de la non-fiction se passant dans cette région mais je n’ai pas vraiment l’envie d’aller sur place (j’y ai été une fois, à 18 ans). Il y a quelque chose de spécial, ce mélange de richesse, de pauvreté, de stars, de paumés, l’éternel beau temps, l’océan. Je crois que mon addiction a commencé en lisant Less than zero de Bret Easton Ellis, un livre qui m’a marquée. Et ce roman de Kem Nunn propose le même genre d’ambiances. J’ai lu aussi qu’il avait inspiré Point Break, un film que j’ai beaucoup aimé à l’époque.

Avez d’autres livres qui se passent en Californie du Sud (avec du surf, ou pas) à me proposer ?

Un fleuve de fumée

Amitav Ghosh, Un fleuve de fumée: la fin d’Un océan de pavots, la première partie de cette trilogie, avait laissé le lecteur au milieu de l’Océan Indien pendant une tempête. Au début du second roman, la situation est assez confuse et le lecteur ne sait plus trop quand cela se passe. Au fil des pages, l’action se recentre cependant sur un tout petit groupe de personnages vivant dans l’enclave étrangère de Canton, juste avant la première Guerre de l’opium. Il y a Bahram, le Parsi, qui a une cargaison d’opium à vendre; son secrétaire particulier, Neel, un raja déchu dont on avait suivi les aventures dans la première partie; et puis Robin, un peintre qui raconte ce qui se passe dans la ville dans des lettres à Paulette (aussi un personnage de la première partie) qui doit rester à Hong Kong, les femmes étant interdites dans l’enclave. Cette dernière devient rapidement un personnage secondaire (ce qui est bien dommage) et l’intrigue se base de plus en plus au fil des pages sur des écrits et documents d’époque. Le récit perd son côté romanesque et devient un livre d’histoire. Et c’est là que le bât blesse: le lecteur qui commence ce livre compte lire un roman, pas de la non-fiction ! Je me suis sérieusement ennuyée, survolant certaines pages, espérant le retour de tous ces personnages abandonnés à la fin du premier tome. Mais non ! Restent juste les descriptions très minutieuses de la vie dans l’enclave étrangère de Canton pendant quelques mois. Mais c’est peu pour un roman de plus de 700 pages. Est-ce que je lirai la troisième partie ? Peut-être, elle semble en tous cas mieux notée sur Goodreads, et je n’aime laisser une trilogie en plan, surtout après avoir lu les deux tiers.

Pour cette nouvelle année, je vais essayer d’être plus franche dans mes notes; j’ai en effet tendance à n’utiliser que les 3 ou 4 étoiles. D’où le 2 pour ce livre, et bientôt un 5 !

My year of rest and relaxation

Ottessa Moshfegh, My year of rest and relaxation: ce roman raconte l’histoire d’une jeune femme new-yorkaise jamais nommée qui décide de passer l’année qui vient en dormant. Elle quitte son travail dans une galerie d’art et trouve une psy qui lui prescrit tout ce qu’elle demande, tout particulièrement des somnifères et des antidépresseurs, de plus en plus forts. Elle n’a aucun souci d’argent, ses parents décédés lui ont laissé un bel héritage et rien ne s’oppose à son expérience. Tout commence bien, elle dort beaucoup, mais ce n’est pas encore suffisant. Elle essaie un nouveau médicament et là, elle se rend compte qu’elle fait des choses dont elle ne se souvient plus du tout, mais elle voit les traces: de nouveaux vêtements et objets apparaissent dans sa vie.

Difficile de parler d’un roman déjà lu et apprécié (ou détesté) par des millions de personnes. Je suis restée longtemps dubitative, mais c’est en le refermant que je me suis rendue compte de l’intérêt de ce roman. C’est l’histoire d’une jeune femme qui ne se sent plus à sa place dans la société et qui décide d’un « reboot », d’un nouveau départ. Sa manière de faire semble radicale mais elle l’est beaucoup moins qu’un suicide en fin de compte. Elle se coupe du monde, des contacts sociaux et tente une expérience nouvelle. Elle est détestable par son côté « petite fille de riches » mais elle est touchante par son désir d’autre chose… C’est un roman acerbe sur la vie new-yorkaise et ses apparences; et les personnages de la psy et de l’amie, Reva, sont assez typés, jusqu’à en devenir drôles (surtout pour la psy). C’est un roman qui se dévore en quelques jours, le lecteur se demandant si la narratrice va se sortir de la situation qu’elle s’est imposée.

Bénie soit Sixtine

Maylis Adhémar, Bénie soit Sixtine: Sixtine, une jeune fille éduquée dans la foi catholique, rencontre Pierre-Louis, lui aussi issu d’une bonne famille. Ils se marient selon le rite traditionnel, entourés de leurs grandes familles respectives. La seule tâche de Sixtine est de s’occuper de la maison et surtout, de procréer le plus vite possible, et à la chaîne. Elle tombe rapidement enceinte mais sa grossesse est un calvaire. Son mari est très peu présent, sa belle-mère se mêle de tout. Elle commence à douter, tout particulièrement suite à un événement tragique. Elle prendra alors enfin sa vie en main et découvrira un autre monde.

Comme beaucoup de lecteurs, j’ai été attirée par les descriptions du fondamentalisme catholique, un monde où la famille prend la place centrale quitte à rejeter les « autres ». Un monde rigoriste et fermé où la femme n’est qu’une machine à procréer des bons petits croyants. Cette partie est en effet un plaisir à lire, avec ces descriptions qui font lever les yeux au ciel mais qui sont sans doute très proches de la réalité. J’ai eu plus de mal avec la seconde partie, dans laquelle Sixtine découvre un autre monde. Fallait-il vraiment choisir l’extrême opposé ? Petit aparté: j’ai hurlé intérieurement quand un des personnages sort un hang, un instrument qui ressemble à un gong, mais c’est un traumatisme personnel. A une époque, dans le cadre de mon travail, j’ai été quasi harcelée par une personne qui voulait absolument convaincre le monde entier que cet instrument était fantastique.

Ce roman se lit facilement et est très plaisant dans sa description du monde fermé de l’extrême-droite conservatrice, mais la transformation de Sixtine est un peu trop romancée. Les thèmes choisis sont un peu trop noirs ou un peu trop blancs, trop extrêmes des deux côtés. Mais je suis quand même contente de l’avoir lu.