Hiver à Sokcho

Elisa Shua Dusapin, Hiver à Sokcho: un jeune Français, dessinateur de BD, arrive au cœur de l’hiver à Sokcho, petite ville portuaire au nord de la Corée. L’histoire est racontée par une jeune femme qui travaille à la pension locale. Elle y prépare les repas et fait le ménage des chambres. Troublée par le jeune homme, elle l’observe, puis l’accompagne lors de diverses excursions. Le court roman décrit ce lien fragile qui se tisse entre l’homme et la femme. Les mots suggèrent au lieu de raconter, l’histoire est très ténue; il y a une certaine légèreté malgré le froid hivernal et la tristesse qui se dégage de la petite ville. J’ai beaucoup aimé.

Les billes du pachinko

Elisa Shua Dusapin, Les billes du pachinko: Claire, jeune femme de presque trente ans, passe l’été chez ses grands-parents d’origine coréenne, vivant à Tokyo depuis des décennies. Elle donne des cours de français à une petite Japonaise, Mieko. Mais surtout elle tente de décider son grand-père qui est propriétaire d’un pachinko d’abandonner son affaire pour quelques jours et de retourner avec sa femme, pour la première fois, en Corée. Le court récit décrit les relations parfois difficiles de filiation, les non-dits, l’incompréhension. Le souhait de Claire n’a pas l’air d’être en adéquation avec celui de son entourage. Et même avec Mieko, les relations ne sont pas toujours si simples. Un roman touchant, montrant les différences de cultures entre deux mondes. 

Pachinko

Min Jin Lee, Pachinko: l’histoire commence en 1883 en Corée, dans le petit village de pêcheurs de Yeongdo, pas très loin de Busan. Hoonie est un jeune homme très travailleur mais il a un bec de lièvre et n’est donc pas un bon candidat pour un mariage.  Suite à l’annexion de la Corée par le Japon en 1910, beaucoup de familles coréennes se retrouvent dans la pauvreté et Hoonie trouve finalement une épouse, Yangjin. Ils ont une fille, Sunja. Et c’est avec elle que l’histoire démarre vraiment: elle tombe enceinte de Koh Hansu, un homme d’affaires marié. La honte est immense et sa vie semble sans issue, jusqu’à ce qu’elle rencontre un prêtre chrétien, Baek Isak, qui l’épouse et l’emmène au Japon, à Osaka. Le roman suit Sunja, mais aussi les autres personnages – ses enfants, des proches de la famille -, changeant souvent de point de vue et racontant leur vie sur une période d’un siècle, jusqu’en 1989. Il dévoile l’histoire méconnue des Coréens au Japon, leur statut de citoyens secondaires, devant accepter des métiers que les Japonais ne veulent pas exercer. Beaucoup se sont retrouvés à exploiter des salle de pachinko, un genre de jeu de hasard. 

Cette partie historique est vraiment passionnante mais j’ai eu l’impression que l’auteur avait établi une liste de sujets et de problèmes à caser dans son histoire, et que le seul moyen de réaliser cela était de créer une multitude de personnages. J’aurais préféré un récit avec un ou deux points de vues. Min Jin Lee a écrit ce roman sur une longue période et a effectué de nombreuses recherches, interviewant de nombreux Coréens du Japon, ce qui le rend d’autant plus touchant.  Et donc malgré ma petite réticence, j’ai beaucoup aimé ce roman et surtout, découvert un pan d’histoire inconnu pour moi. 

Princesse Bari

c_princesse-bari_9265_zpstpctkh9fHwang Sok-yong, Princesse Bari: quelque part dans les années 1990 nait une petite fille qui sera nommée Bari. Septième enfant d’une famille nord-coréenne, elle n’était pas désirée par son père qui voulait absolument un garçon. Elle sera prise en charge par sa grand-mère qui se rend compte que la petite fille possède des dons de chamane comme elle. La vie de la famille est bouleversée quand son père perd son travail suite à une décision du régime en place. La famille se disloque, Bari et sa grand-mère, ainsi que leur chien Chilsong, traversent clandestinement la frontière et tentent de survivre en Chine. De là, Bari se retrouvera finalement à Londres par l’intermédiaire de passeurs. Cette histoire est très prenante dès le départ, avec un mélange de réel et de surnaturel, avec l’importance du monde des rêves et des symboles. Surtout la première partie en Corée et Chine m’a touchée, celle plus internationale aborde des problèmes de la société actuelle qui pour moi s’éloignent fort du reste du roman, mais il s’agit d’un voyage contemporain et ce n’est pas étonnant que l’auteur parle de tout ça. Auteur que j’ai longtemps cru être une femme, avant que je ne lise sa biographie sur le net. Un très beau roman, très dur parfois, mais très habité.

Book_RATING-40

Sounds of the world: Korea

En demandant hier sur FB quel pays je devais choisir pour cette rubrique, Sylvie m’a répondu la Corée (du Sud). Ce qui n’était pas un problème, j’avais une idée toute prête sur ma liste. Depuis quelques années, le gouvernement coréen tente de diffuser dans le monde entier sa musique traditionnelle mais mon choix n’est pas tout à fait dans cette lignée. Tout en utilisant des instruments traditionnels (vièle haegum, cithare geomungo et flûte piri) ainsi que guitare et laptop, le groupe Jambinai (잠비나이) crée une musique instrumentale entre post-rock et métal.

Le deuxième morceau est long et en grande partie méditatif, mettant en avant la cithare et la flûte:

Les vulnérables

Chang-rae Lee, Les vulnérables: il y a quelques années, j’avais adoré Les sombres feux du passé, un bon prétexte donc pour acheter le nouveau roman de l’auteur coréen-américain. L’histoire suit deux personnages principaux, June, une fillette rendue orpheline par la guerre de Corée et Hector, un G.I. qui a participé à cette guerre. Ils se rencontrent dans un orphelinat tenu par un couple américain, un pasteur et sa femme Sylvie, qui est le troisième personnage important du récit. L’auteur alterne les chapitres se déroulant dans le passé, celui juste après la guerre mais aussi antérieur, suivant l’enfance de Sylvie, et des passages se déroulant au temps présent, mettant en scène une June en fin de vie, atteinte d’un cancer, à la recherche de son fils disparu avec l’aide d’Hector. Il dissèque les méandres de la mémoire, les événement intimes et les ravages de la guerre, la destruction et la reconstruction (ou pas) de ses personnages. J’ai beaucoup apprécié ce livre tout en gardant un meilleur souvenir des Sombres feux du passé. Mais j’ai peut-être oublié entretemps…

Book_RATING-35

Fantastique, Corée, Reich, western, Desperate Housewives et nouvelle garde-robe

Les deux dernières semaines ont été assez occupées par plein de choses différentes.
Tout d’abord, j’ai été voir quelques films au Festival du Film Fantastique (pour des commentaires sur tous les films du Passage 44, voir le site d’Eric), rien de très passionant sauf Adams apples, qui a gagné tous les prix cette année. A part ça, j’ai vu au Nova Late Bloomer (interview de Go Shibata) qui est un film intéressant mais qui n’a pas été projeté dans de bonnes conditions. Le film est tourné en DV, en noir et blanc, et la projection sur grand écran supprime tous les contrastes et montre souvent de gros pixels, ce qui laisse une grosse masse grise un peu floue. A noter: la b.o. électronique de World’s End Girlfriend.
Deuxième film: The beautiful washing machine, un film chinois de Malaisie, un peu incompréhensible, avec une vague histoire de fantôme, et surtout une publicité géante pour Carrefour et Sarsi. D’après le site officiel du film, la machine à laver serait une métaphore de la condition de la femme. euhhhhh……
Troisième film: Loft de Kiyoshi Kurosawa: de très belles images, mais un peu trop long et un scénario un peu trop compliqué.
Quatrième film: Haze de Shinya Tsukamoto: 50 minutes, c’est juste ce qu’il faut pour raconter cette histoire bizzare d’enfermement et de claustrophobie. Dans le style habituel de Tsukamoto, avec une bonne musique. En bonus, on a eu droit à un court métrage dans le style de Tetsuo.
2 concerts aussi: un rituel chamanique coréen, qui doit aider le passage des morts vers l’au-delà. C’est très prenant comme musique, et en même temps un peu lancinant.
L’autre concert, c’était Steve Reich, dont j’ai surtout apprécié la première oeuvre, Sextet pour marimbas, vibraphones et autres percussions. Le dernier morceau, Variations for Vibes, Pianos and Strings, était accompagné d’une chorégraphie d’Akram Khan, que j’ai trouvé très animale et un peu trop africaine à mon goût.
A part ça, je me suis lancée dans la vision de vieux western, je regarde aussi Desperate Housewives et j’ai enfin une nouvelle garde robe pour mettre tous mes vêtements. Un menuisier devrait passer aujourd’hui pour une bibliothèque et j’ai entamé les démarches pour réparer et repeindre la façade de la maison. Ce qui occupe bien mes journées…