Les femmes aussi sont du voyage

Lucie Azéma, Les femmes aussi sont du voyage: Lucie Azéma, journaliste et elle-même grande voyageuse s’interroge dans ce livre sur les voyages des femmes. Elle constate que très souvent, elles ne partent pas, elles attendent, comme Pénélope qui se languit d’Ulysse tandis que celui-ci parcourt le monde. Il en est de même pour les grands aventuriers du 19e siècle: madame s’occupe des enfants et du ménage. Et puis il y a cette attirance des hommes pour les femmes exotiques, pour les femmes du harem notamment, des femmes qui sont vues comme des objets. Pourtant, il y a quelques exceptions, quelques figures qui ont bouleversé l’ordre établi, malgré les diktats de la société patriarcale, comme Isabelle Eberhardt ou Ella Maillart, ou d’autres encore, moins connues. Lucie Azéma intègre également ses propres expériences et parle de ce qui peut retenir une femme: la sécurité, le regard des hommes, le cycle menstruel et la maternité…

Je ne vais pas développer plus parce que ce livre vaut vraiment la peine d’être lu. Il s’adresse aux femmes qui n’osent pas encore voyager seules mais aussi à celles qui sont déjà parties. Je fais partie de la seconde catégorie et je sais que ce n’a pas été évident, au début, de prendre cette décision. Or c’est une des meilleures que j’ai prises. J’espère juste qu’avec ces quelques mots, j’aurai pu donner envie de lire ce livre, et puis, de partir en voyage !

Self contained

Emma John, Self contained. Scenes from a single life: ça me disait bien de lire les pensées d’une autre femme célibataire ! Mais disons le tout de suite, je n’aurais pas dû, je me suis ennuyée, j’ai même passé quelques lignes, espérant trouver un intérêt dans ce livre avant la fin. Je n’ai rien contre l’auteur, qui est au début de la quarantaine quand elle a écrit ce livre (pendant le confinement), mais la seule chose qui la démarque un peu de toutes les madames-tout-le-monde, c’est qu’elle vit seule. Si j’avais écrit ma vie, ce serait tout aussi ennuyeux. Emma John raconte donc sa scolarité dans une école pour filles (ah tiens, moi aussi), ses études où elle s’entoure surtout de garçons, son groupe d’amis qui se distend avec les mariages et maternités, ses quelques relations amoureuses (oui, elle en a eu, comme moi d’ailleurs), son boulot de journaliste, son amie atteinte du cancer dont elle s’occupe, le cancer de sa maman, le mariage de sa soeur et très vite son nouveau rôle de tante… J’avais été attirée par la quatrième de couverture qui parlait des voyages en solo, mais ce thème n’est pas vraiment développé. Bref, j’ai perdu mon temps, il n’a pas réussi à me faire sourire, ni à m’identifier à elle, et pourtant il y avait un certain potentiel… Je me laisse à chaque fois avoir avec ce genre de livres, et chaque fois, je me dis que je dois arrêter de les acheter ! Mais parfois, il y a une perle dans le lot, et donc je continue.

Japonaises

Florence Plissart, Japonaises. Celles qui éclairent le ciel: en 2017, Florence Plissart arrivait au Japon, à Sapporo, avec son mari qui y était en mission pour le travail. C’est le coeur de l’hiver et il fait froid. Elle s’y sent seule et décide d’aller à la rencontre des femmes, dans un projet artistique. Elle les dessine tout en écoutant leur histoire. Le résultat, c’est Japonaises, un beau livre qui rassemble une quarantaine de portraits de femmes d’Hokkaido, mais aussi de Tokyo et de l’île d’Amami. A ses dessins crayonnés, elle ajoute des collages, et il faudrait les voir en vrai pour mieux s’approprier leur texture, mais ces portraits donnent malgré tout une image intime de ces femmes – certaines se racontent beaucoup, d’autres disent juste quelques mots (il y a la barrière de la langue, et la timidité aussi). J’ai beaucoup apprécié la diversité des portraits, des Japonaises évidemment mais aussi une Aïnoue, une Brésilienne, une chamane d’Amami (qui joue d’ailleurs son propre rôle dans le film de Naomi Kawase, Still the water – que je me suis empressée de voir après avoir terminé le recueil). Un livre à lire et à feuilleter au gré des envies.

Trek

Charlotte Kleyn, Trek. Eten onderweg – toen en nu: ce livre aborde le sujet de la nourriture qu’on emporte et qu’on mange quand on voyage, dans le passé et aujourd’hui. L’auteur parle des pèlerinages au Moyen-Age, des navires de la Compagnie des Indes Orientales, de l’armée, des piques-niques, des trains, du camping, des avions… Elle décrit chaque fois ce qui était au menu et comment c’est préparé, et termine chaque chapitre avec quelques recettes inspirées par ces plats. Le sujet de ce livre m’intéressait très fort mais c’est tombé un peu à plat: le ton est souvent un peu anecdotique même si c’est basé sur des recherches historiques; l’auteur se met en scène un peu trop souvent, visitant l’un ou l’autre endroit d’intérêt, et puis surtout, c’est très centré sur les Pays-Bas (et il est bien connu que Hollandais et Belges sont fort différents !). J’ai quand même appris certaines choses, et aimé lire certains chapitres mais je reste sur ma faim.

World travel

Anthony Bourdain, World travel. An irreverent guide: ce n’est pas un secret que j’aimais beaucoup Anthony Bourdain, ses livres et ses émissions où il voyageait dans le monde entier (A Cook’s Tour, No Reservations, The Layover et Parts Unknown). C’est toujours un plaisir de les regarder aujourd’hui – en fait, il y a une grande partie de No Reservations que je n’ai pas encore vue. Ce livre rassemble un peu tout ça: il était à l’état de projet du vivant de Bourdain, et il a finalement vu le jour grâce au travail de son assistante, Laurie Woolever. Elle a rassemblé de nombreuses citations, ainsi que des textes d’amis, décrivant diverses villes et régions où Bourdain a voyagé au cours des ans. Le côté guide (aéroport, hôtels, taxis) est un peu superflu mais la partie sur les restaurants (qui fait guide aussi) et la nourriture est vraiment passionnante. Il y a clairement un côté nostalgique quand on relit ces textes, mais si on ne connaît Anthony Bourdain, c’est aussi une ouverture sur sa vision du monde, souvent caustique et brutale, mais tellement vraie et honnête. Et ça m’a donné envie de voyager !

A trip of one’s own

Kate Wills, A trip of one’s own. Hope, heartbreak and why travelling solo could change your life: le sous-titre explique assez clairement pourquoi j’ai été attirée par ce livre – c’est le récit d’une femme qui voyage en solo et qui aime ça ! Kate Wills est journaliste, spécialisée en voyages et tourisme. Elle parcourt donc le monde pour écrire divers articles (un métier qui me plairait bien, d’ailleurs !). Suite à son divorce, elle commence à voyager seule et c’est cette expérience qu’elle raconte dans ce livre, mettant en avant tous les avantages de ce type de périples. Je n’ai pas grand-chose à dire sur ce récit, il n’est pas ennuyeux (je l’ai même dévoré) mais il reste assez convenu; il donne des conseils (que je connaissais déjà pour la plupart) et le point de vue d’une femme. Mais il n’est pas pour moi: comme tous les autres récits du même genre, il insiste sur le fait qu’on rencontre toujours des gens en voyage et qu’on se crée de nouvelles amitiés, et que c’est vraiment bien. Je reste totalement imperméable à ce genre de choses, à tel point que ça commence même à m’énerver un peu (et je ne parle même pas de la fin !). J’aime beaucoup mes voyages solitaires, avec parfois des rencontres fortuites, mais qui ne durent jamais très longtemps. Je devrais sans doute arrêter de lire ce type de livres (mais je sais que je ne le ferai pas – j’espère toujours trouver celui qui me correspondra tout à fait) ! Par contre, il peut sans doute aider celles qui n’ont pas encore franchi le pas du voyage en solo.

Burma Superstar

Desmond Tan & Kate Leahy, Burma Superstar. Addictive recipes from the Crossroads of Southeast Asia (2017): ce livre rassemble une collection de recettes d’un restaurant de San Francisco, des recettes birmanes de tout le pays mais aussi quelques plats chinois. Il raconte l’histoire de l’établissement et décrit la cuisine et ses plats phare. Chaque recette recette est précédée d’une introduction, la remettant dans son contexte. Quelques ingrédients ont été adaptés aux disponibilités locales mais d’autres sont réellement birmans, quoique disponibles aux Etats-Unis, comme le thé fermenté. J’ai testé trois recettes, parmi les plus simples, le « Chili lamb » (une recette chinoise en fait), le « Coconut chicken curry » et l' »Hibiscus Punch ». A chaque fois, j’ai été déçue, d’autant plus que j’adore Burma. Rivers of flavor de Naomi Duguid. J’ai aussi l’impression qu’il s’agit un peu trop de recettes de restaurant et qu’elles sont compliquée à reproduire à la maison.

  • photos: **** (mais toutes les recettes ne sont pas illustrées, je dirais 70%)
  • texte: ****
  • originalité des recettes: ****
  • authenticité des recettes: **** (quelques adaptations, et quelques recettes chinoises)
  • faisabilité des recettes: ** (souvent beaucoup d’ingrédients et d’étapes)
  • mesures: unités de mesures américaines uniquement (cups & ounces)
  • recettes favorites: aucune (j’en ai testé trois, citées ci-dessus)
  • indispensabilité du livre: *

Popular music in Southeast Asia

Bart Barendregt, Popular music in Southeast Asia: banal beats, muted histories: l’histoire des musiques du monde est un sujet qui m’intéresse beaucoup, et tout particulièrement celles de l’Asie. J’ai trouvé ce livre sur le net, en creative commons – une chose assez rare et que je me devais de pointer ici. L’auteur (aidé par de nombreux spécialistes du sujet) se concentre sur l’Indonésie, avec quelques écarts aux Philippines et en Malaisie, et découpe l’histoire en quatre périodes: les années 1920 et l’influence du jazz sur les musiques locales, l’arrivée du rock dans les années 1950-60, les musiques des années 1970 à 90 avec les protests songs mais aussi un retour à une certaine tradition et les nouvelles manières de distribuer la musique aujourd’hui, avec une attention particulière au nasyid, une musique pop religieuse (islamique). Le livre est relativement court et n’entre jamais en profondeur dans les différents sujets; je n’ai pas appris grand-chose et j’ai même râlé à certains moments en me demandant pourquoi l’auteur n’entrait pas plus en détail sur telle ou telle musique – mais c’est sans doute parce que je connais déjà beaucoup sur le sujet. Je regrette aussi que le titre soit trompeur: seuls quelques pays d’Asie du Sud-Est sont abordés; il n’y a pas une seule ligne sur le Vietnam ou le Laos et juste quelques bribes sur la Thaïlande et le Cambodge. A part ces points négatifs, la lecture est aisée, loin de la complexité de certains autres livres académiques, et la présence d’encarts permet d’expliquer plus en détail certains styles ou concepts.

Country Music USA

Bill C. Malone & Tracey E.W. Laird, Country music USA. 50th anniversary edition: cet hiver, en regardant la série de Ken Burns sur la musique country, je suis restée un peu sur ma faim. Elle est intéressante mais n’entre pas en profondeur dans l’histoire de ce style musical. J’ai donc décidé de lire le livre dont elle s’est inspiré en partie. J’avais une vieille version datant des années 1970 mais j’ai préféré racheter la plus nouvelle, celle qui marque le cinquantième anniversaire de sa parution. C’est un sacré pavé, lourd, et aux pages très remplies, sans interlignes entre les paragraphes. J’ai mis tout l’hiver et tout le printemps pour le lire, mais c’était vraiment passionnant. Bill Malone connaît son sujet à fond, et parle de la country sous toutes ses facettes, commençant par les origines très mélangées du style. Il décrit l’influence des musiques européennes mais aussi des musiques noires, il raconte comment l’industrie du disque a évolué au cours du temps, comment les femmes ont peu à peu pris leur place, il parle des publics et de leur évolution. J’ai appris beaucoup de nouvelles choses, me rendant compte que je connaissais surtout l’histoire de la première moitié du 20e siècle et très peu l’actuelle (une partie écrite par Tracey E.W. Laird qui a pris le relais de Malone). Je me rends compte maintenant de l’importance des paroles, plus que de la musique, paroles qui racontent l’âme américaine (des Blancs, souvent du sud, et donc souvent très conservateurs, mais pas uniquement). LE livre sur le sujet, mais qui n’est pas traduit (et ne le sera sans doute jamais à cause de sa taille et du non-intérêt du public francophone pour la country).

Stories I only tell my friends

Rob Lowe, Stories I only tell my friends: c’est via l’autobiographie d’Andrew McCarthy et sa présentation sur goodreads que je suis tombée sur celle de Rob Lowe, déjà plus ancienne, publiée en 2011. Je ne pouvais pas passer à côté: les critiques étaient plutôt positives et c’était mon acteur préféré dans les années 1980. Ma copine aimait Tom Cruise, moi c’était Rob Lowe, et donc on allait voir tous leurs films ensemble (et on fantasmait beaucoup !).

Le schéma du livre est à nouveau assez classique, plutôt linéaire, à part un premier chapitre introductif se passant à un autre moment. Enfance dans l’Ohio, puis des parents qui se séparent et un déménagement à Malibu, en Californie, à une époque où ce coin de Los Angeles n’avait pas encore vraiment la cote. Rob Lowe était passionné par le théâtre mais trouve peu d’opportunités à LA, ce qui ne l’empêche pas d’être décidé: il veut faire carrière dans le cinéma et il fait de nombreuses auditions. Son premier rôle, c’est toute une saga: il joue en effet Sodapop dans The Outsiders de Francis Ford Coppola, avec une brochette de jeunes acteurs (Tom Cruise, Matt Dillon…). Lowe raconte la longue série d’auditions, le tournage, un montage qui réduit son rôle à pas grand-chose, le film qui n’a que peu de succès – cette partie a été passionnante pour moi – j’adorais ce film (je l’ai revu, du coup, en version director’s cut – et j’ai toujours aimé, mais pas de manière aussi inconditionnelle qu’avant).

Lowe décrit ensuite les films suivants, la création du « Brat Pack » – il est intéressant de lire que sa version n’est pas la même que celle d’Andrew McCarthy -, les rôles de beau mec mais dans des films pas super réussis, ses choix de plus en plus désastreux et ses addictions (lui aussi). Il parle aussi de son retrait calculé d’Hollywood, s’installant à Santa Barbara avec son épouse, puis de cette opportunité de jouer dans The West Wing, ce qui relance sa carrière.

Tout comme avec l’autobiographie d’Andrew McCarthy, j’ai adoré cette plongée dans le monde des jeunes acteurs d’Hollywood dans les années 1980, mes idoles de l’époque. Et Rob Lowe a écrit un livre passionnant, dont j’ai tourné page après page avec plaisir, apprenant à mieux connaître un homme avec ses doutes et ses passions.