Tiny moons

Nina Mingya Powles, Tiny moons: a year of eating in Shanghai: ce court récit (de moins de 100 pages) raconte un an d’une vie, celle de Nina Mingya Powles. D’origine mixte, sino-malaise et néo-zélandaise, elle décide de passer un an à Shanghai, pour y étudier le chinois mais aussi pour renouer avec son héritage. Au fil des saisons, elle y découvre les spécialités culinaires locales, et souvent celles-ci la renvoient vers son passé, vers sa famille vivant à Kota Kinabalu en Malaisie. Sa vie d’étudiante ne lui permet pas de dépenser beaucoup d’argent et donc elle se tourne vers ce qui est servi à la cantine, mais aussi dans les nombreuses gargotes de rue. Chaque saison est marquée par plusieurs plats, des ravioles, des brioches-ananas, des aubergines chinoises… C’est une tranche de vie, très poétique et marquée par la nourriture. Je ne pouvais qu’aimer ce court petit livre ! (et c’est quelque part une entrée en matière pour Mai en nouvelles !).

Come fly the world

Julia Cooke, Come fly the world: the jet-age story of the women of Pan Am: quand j’étais petite, je voulais être hôtesse de l’air (personne à l’époque ne m’a dit que je pouvais aussi devenir pilote !). Et depuis je me suis toujours intéressée à ces métiers, ainsi qu’aux avions (je regarde les avions passer et les reconnais grâce à Flight Radar, et je suis des comptes sur you tube de personnes qui racontent leurs vols). Je ne pouvais donc pas passer à côté de ce livre qui a été mis en avant dans une newsletter de Goodreads. Julia Cooke raconte l’histoire de la Pan Am, cette grande compagnie aérienne américaine, compagnie qui a marqué les esprits, au travers des récits de plusieurs hôtesses qu’elle a interviewées pour l’occasion. Au départ, je me suis demandée si je lisais de la fiction, mais après les premières pages, Cooke ajoute de nombreuses informations factuelles sur la compagnie aux histoires des hôtesses. Ceci rend évidemment le livre très agréable à lire !

C’est aussi l’histoire d’une époque, celle des années 1950 à 1970, avec la lente émancipation des femmes, la guerre du Vietnam, la démocratisation du prix des vols… Au départ, une jeune femme ne pouvait rester hôtesse que selon certaines conditions (dont certaines sont très douteuses): célibataire, dans la vingtaine, avec des mensurations précises, blanches uniquement – elle devait être l’image de la compagnie et pour certaines (pas la Pan Am), c’étaient de véritables objets sexuels. Certaines des hôtesses interviewées parlent des relations qu’elles nouaient avec des hommes lors des vols, et beaucoup de choses se sont passée hors des avions. Mais pour une femme de l’époque, être hôtesse représentait une énorme liberté: elles pouvaient découvrir le monde, seules.

Je ne connaissais pas l’implication de la Pan Am dans la guerre du Vietnam, mais ces avions ont énormément servi au transport des troupes. Et puis il y a eu l’opération (controversée) « Babylift » qui, juste avant la chute de Saigon en 1975, a évacué des nombreux enfants du pays, pour qu’ils soient adoptés. Cela a été fait dans le chaos le plus total, et certains des enfants avaient en réalité des parents au Vietnam.

C’est un livre qui parle du glamour de ces femmes, mais aussi de leur implication (parfois involontaire) dans les grands événements de l’histoire. Je l’ai trouvé passionnant !

The traveling feast

Rick Bass, The traveling feast. On the road and at the table with my heroes: préambule – juste après avoir commencé ce livre, j’ai regretté d’avoir choisi de la non-fiction, je voulais plutôt lire un roman, de préférence passionnant après avoir traîné des semaines sur The Bass Rock. Mais j’ai continué ma lecture. Rick Bass, écrivain américain dont j’avais lu Nashville Chrome, a du mal à se remettre de son divorce et se pose des questions sur sa vie actuelle. Il décide de partir sur les routes, abandonnant un moment sa maison isolée dans la nature sauvage du Montana. Il souhaite en effet rencontrer des écrivains qui l’ont aidé ou influencé dans sa carrière et transmettre ces conseils à une génération plus jeune, certains de ses étudiants mais aussi une de ses filles. Il propose donc à une série d’auteurs de venir chez eux et de préparer un repas, puis de discuter littérature. Tout ceci pourrait être un peu ennuyeux à lire, mais c’est sans compter le talent de Rick Bass, et ses nombreuses aventures. Parce que tout ne se passe pas comme prévu ! Il fait passer de la viande en contrebande à l’aéroport d’Heathrow mais au cours du voyage, elle s’est dégelée et du sang coule du paquet, il fait exploser un barbecue au gaz, il se perd – souvent… Et s’il est au centre du récit, il y a aussi ces rencontres avec de grands écrivains américains, de Jim Harrison à Denis Johnson, de l’éditeur de Raymond Carver à Joyce Carol Oates. Au final, après une vingtaine de pages, j’étais totalement accro à ce récit et je l’ai dévoré en quelques jours !

De Bourgondiërs

Bart Van Loo, De Bourgondiërs. Aartsvaders van de Lage Landen: je l’avoue, je ne connais que peu l’histoire de la Belgique et des régions environnantes, même après avoir étudié l’histoire à l’université. Les cours y étaient très spécifiques et très centrés sur l’histoire des institutions, ce qui n’était pas des plus passionnants. Ce livre de Bart Van Loo est un bestseller et comme un petit mouton, je me suis jetée dessus. L’auteur y raconte 1000 ans d’histoire, commençant à la fin de l’Antiquité quand une tribu germanique, les Burgondes ou futurs Bourguignons, traverse la frontière de l’Empire romain et s’installe en France, en Bourgogne. L’histoire s’accélère au 14e et 15e siècles, se terminant un peu abruptement en 1496 – les chapitres sont découpés en des périodes de plus en plus courtes, le dernier raconte un seul jour. Pendant cette période, les ducs de Bourgogne ont construit progressivement un empire, à force de conquêtes et de mariages judicieux, unifiant un territoire allant du nord de la Hollande à la Bourgogne en France et incluant les diverses régions de la future Belgique. C’est l’époque du commerce du drap et du textile et les villes flamandes deviennent très riches – bref, un atout de taille pour les ducs.

Bart Van Loo a un talent certain de conteur, et il emmène le lecteur dans un récit assez virevoltant, loin des écrits académiques un peu poussiéreux. Ce qui ne plaît évidemment pas à tout le monde, certaines expressions, certaines tournures de phrase, certaines comparaisons très contemporaines font parfois lever les sourcils, et je me suis demandée tout au long de ma lecture (je l’ai lu en néerlandais) comment les traducteur s’étaient débrouillés. J’ai eu écho que ce n’était pas entièrement réussi et cela ne m’étonne pas (j’ai vu le mot « langage ampoulé » par exemple). On est clairement ici dans de la « non-fiction littéraire » (un mot emprunté à David Van Reybrouck), très marquée par les spécificités de la langue néerlandaise. Quoi qu’il en soit, le récit est très vivant, avec de nombreux détails dans le déroulement des batailles mais aussi de la vie quotidienne – on apprend par exemple tout ce qui a été mangé lors de certains banquets – ou une psychologie très fine des ducs. Je me suis aussi rendue compte de mes lacunes en histoire: si les ducs de Bourgogne avaient été abordés à l’école, je ne connais rien de l’histoire de France, or celle-ci est entremêlée avec celle des ducs.

Bref, ce livre est passionnant, et je ne visiterai plus le villes flamandes du même oeil.

Sento

Stéphanie Crohin-Kishigami, Sento. L’art des bains japonais: la fin de l’année a vu la parution d’une ribambelle de livres en français sur le Japon. J’ai déjà parlé de ceux de Joranne et Jordy Meow, mais il y a aussi celui de Stéphanie Crohin. Vivant au Japon depuis une bonne dizaine d’années, elle s’est intéressée au sento, les bains publics japonais. Elle raconte leur histoire et comment ils participent à la cohésion des communautés locales; elle montre leur architecture particulière et leurs styles divers. Elle a interviewé certains des artistes qui réalisent les superbes peintures mais aussi des propriétaires de bains. Et puis, elle nous emmène dans un voyage à travers tout le Japon, de sento en sento, avec de nombreuses photos.

Lors de mon premier voyage au Japon, je n’ai même pas effleuré les sentos, lors du deuxième et troisième, j’ai découvert les onsens (en fait, les sento sont souvent un onsen, dès qu’ils utilisent de l’eau de source en fait) et j’ai adoré. J’ai eu cette petite gêne initiale de me montrer nue devant d’autres personnes, et cette peur de faire un faux-pas, mais je crois que je m’en suis bien sortie, et au final, c’est dans ces bains que j’ai eu le plus de conversations avec d’autres femmes. Lors de mes prochains voyages, il me reste donc à explorer les sento en tant que tels, et le guide de Stéphanie sera d’une grande aide. En attendant de pouvoir voyager à nouveau, suivez son compte Instagram ! Encore ceci: cet automne et hiver, j’ai souvent regretté que cette tradition n’existe pas ici mais j’imagine qu’ils auraient été fermés. Il y a bien les divers thermes mais l’ambiance n’est pas du tout la même et je ne m’y sens pas autant à l’aise. De plus, ils ne sont pas liés aux communautés locales et ils sont loins de la maison.

Downtown New York

Kembrew McLeod, Downtown New York underground 1958|1976. Activistes pop, cinéma indé, freaks gays & punk rockers: avec ce livre, Kembrew McLeod dresse le portrait d’une ville, de certains de ses quartiers, pendant une période définie. A cette époque, Downtown était en grande partie délaissé, et dangereux, mais donc aussi l’endroit idéal pour des artistes qui voulaient expérimenter avec leur art, sans dépenser beaucoup d’argent en loyers. McLeod a interviewé de nombreuses personnes qui ont participé à cette scène, mettant en avant huit figures majeures: le peintre Andy Warhol, le damaturge H.M. Koutoukas, la danseuse et cinéaste Shirley Clarke, le poète et leader des Fugs Ed Sanders, les chanteuses Patti Smith et Debbie Harry, la productrice de théâtre Ellen Stewart et la drag-queen Hibiscus.

Tout cela me semblait passionnant sur la quatrième de couverture, mais le livre en tant que tel l’est moins, à mon avis. Il y a une certaine insistance sur le théâtre, sur Off Off Broadway, or c’est justement l’art le plus difficile à appréhender quand on ne vivait pas sur place à l’époque. Les musiciens laissent des disques, les peintres des tableaux, les cinéastes des films… J’ai donc eu un certain mal à m’intéresser à ces pièces et acteurs. La manière un peu décousue dont tout ceci est raconté n’a pas aidé à une meilleure compréhension de ma part. C’est un document important grâce à tous les interviews mais il manque de cohésion. J’ai aussi souvent tiqué sur la tournure des phrases et l’utilisation de certains mots, sans pouvoir définir si cela était déjà présent dans le texte original ou si c’est lié à la traduction. En fait, la partie qui m’a le plus intéressée est la dernière, celle qui marque l’émergence du punk-rock, sans doute aussi parce que c’est celle que je connais le mieux. Un avis mitigé mais qui pourra être très différent selon le lecteur et les connaissances ou liens qu’il a (eu) avec ce milieu underground new-yorkais.

Le cinéma japonais

Tadao Sato, Le cinéma japonais: ce livre, en deux volumes, a été édité en 1997 par le Centre Pompidou à Paris. Il propose une version abrégée et adaptée pour le lecteur occidental d’un livre écrit à l’origine en japonais. La première partie comprend une longue introduction expliquant les divers éléments qui ont été à la source du cinéma au Japon puis décrit le cinéma muet et parlant jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. La seconde partie débute à cette époque et évoque chacune des décennies jusqu’au années 1980, avec une postface parlant très brièvement des années 1990. Le livre décrit de nombreux films, malheureusement souvent indisponibles en Europe, et donne une image chronologique de l’évolution du cinéma japonais. Il est richement illustré, mais uniquement par des photos en noir et blanc, ce qui est un peu dommage pour le cinéma plus récent. On sent parfois qu’il s’agit d’une adaptation d’un livre japonais, mettant l’accent sur des aspects qui parlent sans doute moins au lecteur occidental mais c’est malgré tout une bonne base pour apprendre à connaître les films japonais. Je suis sûre qu’il existe d’autres livres sur le sujet, mais celui-ci était dans ma bibliothèque depuis des années.

Les villages du Japon

Jordy Meow, Les villages du Japon: à vrai dire, je ne suis Jordy Meow que depuis peu de temps mais j’aime beaucoup les photos qu’il poste sur Instagram. C’est par cette voie-là que j’ai appris qu’il éditait un livre consacré aux villages du Japon. Il a voyagé partout dans le pays dans des lieux qui sont le plus souvent hors des circuits touristiques mais qui sont toujours intéressants, et qui donnent envie de suivre ses pas. Trente-trois villages sont présentés, j’en ai visité un (Kitsuki), cela me laisse donc de la marge pour les prochains voyages ! Les photos sont superbes, les textes informatifs et souvent personnels, mais j’avoue que j’aurais aimé lire bien plus sur le sujet. Si vous êtes intéressés par le Japon, je vous recommande néanmoins chaudement ce livre, disponible sur son site Japon Secret.

Alpinistes de Staline

Cédric Gras, Alpinistes de Staline: Vitali et Evgueni Abalakov sont nés en Sibérie. Dès leur plus jeune âge, ils escaladent les collines et montagnes environnantes et deviennent des alpinistes aguerris. Dans les années 1930, ils sont mandatés par le régime pour conquérir les montagnes d’Asie Centrale et du Caucase, les pics Staline et Lenine, notamment. Suite à une tempête en haute montagne, Vitali doit être amputé de nombreuses phalanges aux mains et aux pieds. Il est par la suite victime des grandes purges de Staline et passe plusieurs années en prison. Après sa libération, il reprend son métier d’ingénieur et crée de nouveaux outils pour l’alpinisme. Il travaille également à sa condition physique et se remet à l’escalade, attaquant à nouveau les plus hautes cimes de l’URSS. Evgueni n’a pas été poursuivi et a pu continuer ses activités, rêvant de l’Everest, mais ce projet restera inaccessible. Il meurt en 1948, probablement d’une intoxication au dioxyde de carbone en prenant un bain.

Cédric Gras raconte dans ce livre l’histoire de deux héros, deux alpinistes qui ont atteint les plus hauts sommets de l’URSS (plusieurs 7000 mètres), mais qui ont toute leur vie été dirigés par le régime communiste. Ils auraient bien aimé sortir des frontières et s’attaquer à l’Everest qui était encore vierge dans les années 1930 mais les relations diplomatiques entre pays et l’isolement du régime soviétique viendront entraver ces plans audacieux. Cédric Gras raconte un alpinisme avec les moyens du bord, sans beaucoup de protection et d’outils, basé sur la force physique et surtout mentale, et dirigé par le parti communiste. En effet, chaque mission devait d’abord être approuvée, et de nombreuses sculptures de Lenine et Staline ont été hissées aux sommets, mettant parfois en danger la vie des alpinistes. Ce livre est passionnant, il dévoile un autre aspect de l’URSS, entre héroïsme et terreur, entre la liberté sur les cimes et la répression dans la vie normale. Il ne faut pas être féru d’alpinisme pour lire ce livre, Cédric Gras ne rentre d’ailleurs pas trop dans les détails. Il fait le portrait de deux hommes mais aussi de toute une époque, après avoir fait de nombreuses recherches dans les archives russes.

Killers of the flower moon

David Grann, Killers of the flower moon: the Osage murders and the birth of the FBI: dans le années 1920, le peuple le plus riche au monde, ce sont les Indiens Osage vivant dans l’Oklahoma. Quelques décennies plus tôt, ils avaient été repoussés sur des terres arides mais qui se sont révélées être très riches en pétrole. Et puis, de nombreux meurtres ont eu lieu et les coupables n’étaient pas trouvés. Après 24 cas, le FBI nouvellement créé par J. Edgar Hoover prend l’affaire en main et assigne l’enquête à Tom White, un ancien Texas Ranger. Celui-ci s’entoure de différents agents qui vont tenter d’élucider l’affaire en undercover et en utilisant les techniques les plus modernes d’investigation.

David Grann reprend l’enquête presque un siècle plus tard. Minutieusement, il décrit l’histoire des Osage et des familles touchées; il reconstitue une image de la société de l’époque, encore très Far West et peuplée de hors-la-loi; il explique comment les Osage ne sont pas considérés comme des humains à part entière, d’après les lois – racistes – en vigueur et comment ils doivent être épaulés par des garants. Ils sont peut-être riches mais ils ne peuvent pas gérer leur argent comme ils le souhaitent. Et évidemment cela provoque des convoitises. Grann a interrogé des descendants des protagonistes mais a aussi consulté pendant des jours et des jours les archives du FBI. Il délie tous les liens et propose même un coupable probable pour certains des meurtres non résolus. Ce livre est passionnant dans ses détails mais aussi pour l’histoire plus large qu’il raconte, celle des Osage et du racisme des Etats-Unis, chose que je connaissais un peu, mais pas sous cette forme-là. J’ai malgré tout un peu peiné dans ma lecture, sans vraie raison (à part que c’est une constante pour le moment: je traîne beaucoup sur la première moitié d’un livre et lis la seconde moitié d’une traite, justement parce que j’ai trop traîné et que j’ai envie de passer à autre chose). J’ai aussi une préférence pour l’autre David Grann que j’ai lu, The lost city of Z, sans doute parce qu’il a un côté très exotique et parce qu’il est écrit de manière moins linéaire.

Un livre lu dans le cadre du challenge non-fiction d’Electra.