Réinventer l’amour

Mona Chollet, Réinventer l’amour: comment le patriarcat sabote les relations hétérosexuelles: j’avais adoré Sorcières, j’avais donc de suite acheté ce livre-ci, à sa sortie. Il a traîné sur ma PAL un long moment, et après, ma lecture a été fort lente – je l’ai finalement terminé pour m’en débarrasser. Mona Chollet y écrit une longue description sur tout ce qui pose problème dans les relations hétérosexuelles, en premier lieu le côté dominant des hommes, ce qui se traduit par le fait que la femme se met très souvent en retrait, même sans s’en rendre compte. Il y a un important (en nombre de pages) chapitre sur les violences, avec de très nombreux exemples, avec beaucoup de commentaires sur le meurtre de Marie Trintignant et sur la manière dont la presse l’a relaté. Mona Chollet a étudié le problème sous toutes ses facettes, mais elle ne fait que décrire le problème, sans proposer de solutions pour « réinventer » l’amour. On pourrait sans doute en déduire quelques-unes, et peut-être faudrait faire lire ce livre aux hommes, mais je ne suis pas sûre qu’ils en aient envie. Je me suis moi-même assez fort ennuyée en lisant cette accumulation de problèmes, tout en me rendant compte qu’ils sont bien réels, mais je n’avais pas besoin d’un livre pour le savoir. Au final, c’est le côté négatif qui domine, sans qu’il y ait un nouveau souffle, de nouvelles idées pour espérer un changement.

Mona Chollet, Réinventer l’amour: comment le patriarcat sabote les relations hétérosexuelles, Zones, 2021, 276p.

The Five

Hallie Rubenhold, The Five: the Untold Lives of the Women Killed by Jack the Ripper: Polly, Annie, Elizabeth, Catherine et Mary-Jane, cinq femmes ayant vécu au 19e siècle, cinq femmes assassinées par Jack the Ripper (qui était-il ? ce mystère ne sera sans doute jamais résolu). La presse de l’époque les a très vite estampillées comme prostituées, mais seule une l’avait été. Ce sont par contre des femmes déchues, dans le sens où la vie n’a pas a été tendre avec elles. Ni la société d’ailleurs: à l’époque, seule une femme mariée était considérée. Si elle perdait son mari, elle perdait ses revenus. Il y avait bien des petits boulots mais ils ne permettaient pas de survivre, encore moins si elle avait des enfants à charge. Ces femmes se sont retrouvées à la rue, vivant dans des conditions miséreuses, trouvant au jour le jour quelques sous pour une chambre ou allant dans une des « workhouses » où elles devaient travailler pour obtenir gîte et couvert. Elles ont été des victimes faciles pour un prédateur qui courait les rues la nuit.

Hallie Rubenhold a fait un formidable travail d’historienne, fouillant dans les archives pour retrouver les traces de ces femmes et analysant la presse de l’époque en tentant d’extraire la vérité des articles très sensationnalistes (ce qui n’est plus vraiment possible). Elle raconte aussi la vie à Londres et décrit la société de l’époque, avec d’un côté les riches qui vivent à part, et puis de l’autre, une masse de personnes sans qualifications, ou avec des métiers d’artisans en voie de disparition, ou encore vivant de boulots abrutissants à l’usine. Elle parle surtout des femmes, de leur condition impossible qui oppose les femmes vertueuses et respectées aux autres, à toutes les autres pour qui c’est inaccessible par manque de revenus ou de protecteur masculin. En lisant ce livre, on se rend mieux compte du travail qui a été réalisé depuis pour améliorer la condition des femmes. Le récit est passionnant, et met en avant les victimes, leur donnant du corps, leur attribuant un passé et une vie propre. D’ailleurs l’autrice ne parle pas du meurtrier.

Une idée piochée chez Electra et qui est restée un certain temps sur ma PAL.

Hallie Rubenhold, The Five: the Untold Lives of the Women Killed by Jack the Ripper, Houghton Mifflin Harcourt, 2019, 333p. (pas de traduction en français à ce jour, et c’est bien dommage).

Hidden Valley Road

Robert Kolker, Hidden Valley Road. Inside the Mind of an American Family: Don et Mimi Galvin sont la parfaite famille américaine de l’après-guerre. Don travaille dans l’armée de l’air et Mimi est femme au foyer. Elle a de quoi s’occuper: les époux ont eu 12 enfants entre 1945 et 1965, d’abord dix fils puis enfin deux filles. Leur vie bien rangée au Colorado commence cependant à s’effriter quand le fils aîné, Donald, fait une crise psychotique à la fin de l’adolescence et sombre dans la folie. Cinq autres de ses frères suivront. Que se passe-t’il dans cette famille ? Pourquoi six des fils sont-ils devenus schizophréniques ? Et pourquoi pas les quatre autres, ainsi que les deux filles ?

Robert Kolker, journaliste, mène l’enquête. Il se plonge dans cette famille, laissant alternativement la voix à chacun de ses membres, ou presque. Ce sont surtout les deux plus jeunes filles qui racontent ce qui s’est passé, ce sont d’ailleurs elles qui ont contacté le journaliste pour écrire ce livre. L’auteur entrecoupe son récit par les avancées de la médecine psychiatrique et décrit l’évolution des pratiques et des découvertes. Les scientifiques se sont longtemps demandés si la schizophrénie était une maladie génétique ou si elle se développait à cause de conditions particulières. Aujourd’hui encore, la question n’est pas tranchée – on sait juste que de nombreux gènes entrent en jeu.

Le récit est passionnant et bien construit, tenant le lecteur en haleine. L’histoire est terrible aussi. Mimi et Don souhaitent à tout prix garder les apparences et les enfants sains de la famille en ont très fort souffert. Les malades quant à eux sont ballotés d’un endroit à l’autre, entre crises et périodes plus calmes. J’ai beaucoup aimé cette analyse de la schizophrénie et de la société qui ne sait pas trop comment l’aborder.

Une idée pêchée chez Electra et qui a traîné un certain temps sur ma PAL.

Robert Kolker, Hidden Valley Road. Inside the Mind of an American Family, Doubleday Books, 2020, 377p. (pas de traduction en français)

The Shortest History of Europe

John Hirst, The Shortest History of Europe: après avoir lu l’histoire des Etats-Unis avant l’Indépendance américaine, je me suis rendue compte que j’avais de grands trous dans ma connaissance de l’histoire européenne du 17e au 19e siècle (et même avant aussi). Malgré mes nombreuses lectures, j’ai toujours contourné le problème et je m’y perds dans les guerres, les successions royales et les diverses révolutions. J’ai donc cherché de quoi me former et les sites que j’ai consultés pour trouver un livre à ce sujet renvoyaient en général vers les mêmes auteurs (j’ai cherché des livres en anglais, préférant éviter le francocentrisme et recherchant un style moins académique, ce qui est plus courant dans le monde anglo-saxon). J’ai été tentée par ce livre de John Hirst, historien australien, à cause de sa brièveté, mais après quelques pages, j’ai pensé l’abandonner. J’ai finalement continué parce que cela vaut parfois la peine de lire des généralités, surtout quand elles sont organisées pour créer des schémas relativement simples. Hirst relie ainsi l’Antiquité au Moyen-Age en précisant le rôle de la Grèce antique et de Rome, celui des Germains et celui de l’Eglise. Par la suite, c’est un peu plus confus, et je n’ai pas trouvé les informations que je cherchais, ou très peu, et je me suis même demandée pourquoi l’auteur détaillait autant la prise de pouvoir d’Hitler. Il est clair que le public cible est un public (australien) qui ne connait rien à l’histoire de l’Europe et au final j’ai bien peu appris. Mais il est intéressant de voir se dessiner de grandes lignes, ce que Hirst fait assez bien. Un livre plus complet m’attend déjà !

John Hirst, The Shortest History of Europe, Black Inc., 2012, 206p. (il existe une traduction en français, Une très brève histoire de l’Europe, City Edition, 2017)

The Border

Erika Fatland, The Border: A Journey Around Russia Through North Korea, China, Mongolia, Kazakhstan, Azerbaijan, Georgia, Ukraine, Belarus, Lithuania, Poland, Latvia, Estonia, Finland, Norway, and the Northeast Passage: Erika Fatland, voyageuse et autrice norvégienne, est passionnée par la Russie et a décidé de réaliser un périple qui suit les frontières de l’immense pays. Elle commence par la conclusion de son voyage, une croisière dans la mer Arctique, empruntant le passage du nord-est. Elle raconte des anecdotes, décrivant ce qu’elle voit, mais elle explique également toute l’histoire de la région. Elle fait de même pour son voyage via la terre – la première partie en Corée du Nord est particulièrement savoureuse (et un peu angoissante en même temps). Elle relate le passé, le mouvement des frontières suite aux guerres et s’intéresse aux habitants de ces zones, les interrogeant sur leur vie quotidienne et l’influence de géant russe. Elle rencontre des gens très divers, certains sont nostalgiques de l’URSS, d’autres revendiquent leur liberté, leur indépendance. Cet aspect devient particulièrement important une fois qu’elle aborde la région du Caucase et cela m’a bien éclairé à propos de la situation actuelle. Elle termine son long périple sur la rivière qui marque la limite entre la Russie et la Norvège, à l’extrême nord de l’Europe.

Le livre est long, mais il est passionnant de bout en bout (j’ai juste flanché un peu lors des descriptions des conquêtes de Genghis Khan, que j’ai déjà lues un peu trop souvent), j’ai appris de nombreuses choses et j’ai aimé lire le côté personnel, la partie qui est vraiment récit de voyage (je me suis retrouvée dans ses angoisses avec les chauffeurs de taxi un peu bizarres). J’ai lu la version traduite en anglais (du norvégien) et je trouve extrêmement dommage qu’il n’y ait pas de version française (il existe des traductions dans quasi toutes les langues européennes, y compris le néerlandais – c’est comme ça que j’ai découvert le livre).

Erika Fatland, The Border: A Journey Around Russia Through North Korea, China, Mongolia, Kazakhstan, Azerbaijan, Georgia, Ukraine, Belarus, Lithuania, Poland, Latvia, Estonia, Finland, Norway, and the Northeast Passage, MacLehose Press, 2020, 608p.

Un livre d’une autrice norvégienne, qui cadre tout à fait dans le challenge de Céline du blog Mon journal livresque.

Eat Malaysia and Singapore

Eat Malaysia and Singapore: Lonely Planet édite depuis peu des livres consacrés aux traditions culinaires de certains pays et régions. J’ai été tentée par celui qui présente les cuisines de Malaisie et de Singapour, mais au final, je n’ai pas appris tant que ça. Il est vrai que j’ai déjà une bonne base de connaissances suite à mes lectures de livres de cuisine, et que je n’ai pas vraiment besoin qu’on me présente, par exemple, les différents fruits ou condiments. Il y a beaucoup de photos – ce qui est bien – mais la plupart viennent de banques de données de type shutterstock. Il n’y a pas d’adresses de restaurants, juste quelques pages détaillant l’une ou l’autre spécialité régionale. J’ai appris certaines choses, mais je ne suis pas le public cible. Et j’ai clairement l’impression que ce type de livre est un peu du remplissage qui est édité parce que ça va se vendre. D’ailleurs, pour en revenir aux guides Lonely Planet, je suis de plus en plus déçue par leur contenu qui diminue au fil des ans, et dans ce cas-ci par le fait qu’il y a une édition papier du guide Malaisie et Singapour, mais pas d’édition en ebook, ce qui est pourtant bien plus facile à transporter. J’imagine que la pandémie n’a pas fait de bien aux éditions de guides de voyage et que c’est une manière de réduire le piratage.

Eat Malaysia and Singapore, Lonely Planet, 2022, 216p.

A Short History of Humanity

Johannes Krause & Thomas Trappe, A Short History of Humanity: A New History of Old Europe: je suis tombée sur ce livre un peu par hasard (par l’intermédiaire de sa traduction en néerlandais) et je me suis dit que ça pourrait compléter Au commencement était… J’avais tout à fait raison: Johannes Krause est archéogénéticien et travaille en collaboration avec Svante Pääbo qui vient de recevoir le prix Nobel. Il analyse donc l’ADN de nos ancêtres (proches et lointains) pour tenter de reconstituer au mieux notre histoire. Avant l’apparition de l’écriture, cette méthode est particulièrement intéressante pour mieux appréhender les mouvements de population. L’auteur commence donc à la préhistoire, avec la première arrivée de l’homme en Europe et en Asie. La génétique a permis de casser certaines théories plus anciennes, par exemple dans l’histoire des Neandertals, ou encore par rapport à l’arrivée de nouvelles peuplades en Europe.

Le livre suit l’ordre chronologique, et parle également beaucoup d’épidémies et de pandémies, notamment celle de la peste qui a laissé des marqueurs génétiques chez les hommes. Il y a donc vraiment beaucoup de sujets abordés dans un livre relativement court. L’écriture est très abordable et le livre est agréable à lire (l’auteur se met de temps en temps en scène, notamment quand il parle de son excitation face à ce petit bout d’os d’une jeune fille russe qui se trouve sur son bureau). C’est passionnant du début jusqu’à la fin et me donne envie d’en connaître encore plus. Le sujet m’intéresse depuis toujours et ce livre permet de faire connaissance de l’état des lieux des études actuelles.

Johannes Krause & Thomas Trappe, A Short History of Humanity: A New History of Old Europe, Random House, 2021 (traduction de l’allemand par Caroline Waight, première édition de 2019: Die Reise unserer Gene)

Bestemming België

Andreas Stynen & Gerrit Verhoeven (éditeurs), Bestemming België. Een geschiedenis van toerisme in dertien etappes (1830-2030): ce livre rassemble treize articles racontant l’histoire du tourisme en Belgique, depuis l’indépendance jusque dans un futur proche. Les différents auteurs parlent notamment de l’attrait du tourisme de guerre, du champ de bataille de Waterloo à ceux du front de l’Yser, du tourisme religieux avec les apparitions de la Vierge à Banneux, des expositions universelles, du Congo Belge, de la création d’organismes encourageant le tourisme (en Flandre), des colonies pour enfants, du tourisme régional d’aujourd’hui. A vrai dire, c’est surtout un chapitre qui m’a intéressée, celui sur le développement du tourisme balnéaire à la fin du 19e siècle à Westende, une commune où mes parents avaient une maison et que je connais donc assez bien.

J’ai appris une série de choses, mais je me suis ennuyée aussi: le style d’articles et d’écriture est tellement académique, convenu, rigide. Chaque partie est conçue selon le même plan, avec un nombre de pages précis, et il y a parfois donc du remplissage, alors qu’on sent que certains autres auteurs auraient aimé s’étendre un peu plus. Il y a heureusement des photos qui viennent aérer le texte (mais là aussi, je trouve qu’elles sont finalement peu nombreuses). Intéressant donc, mais certainement pas passionnant.

Andreas Stynen & Gerrit Verhoeven, Bestemming België. Een geschiedenis van toerisme in dertien etappes (1830-2030), Ertsberg, 2022, 263p.

Au commencement était…

David Graeber & David Wengrow, Au commencement était… Une nouvelle histoire de l’humanité: on a beaucoup parlé de ce livre (qui est devenu un bestseller, je crois) et j’ai longtemps hésité à le lire, craignant un ouvrage trop philosophique. Mon ami-collègue m’a rassurée, et du coup nous l’avons lu plus ou moins en même temps, ce qui nous a permis de discuter de notre lecture. Les auteurs partent d’un constat: on a toujours raconté que les société ont connu une évolution linéaire, de primitive à développée, avec l’arrivée de l’agriculture et de la propriété privée, puis des villes – la civilisation. Or pour eux, ce récit est faux et c’est ce qu’ils s’attachent à démontrer au cours des nombreuses pages de ce pavé. Ils se basent sur les recherches actuelles (archéologie, génétique…) pour déconstruire cette idée d’évolution linéaire et décrivent de nombreux groupes du passé qui ont vécu autrement, nous emmenant de la préhistoire et des chasseurs-cueilleurs aux premières sociétés mésoaméricaines.

C’est passionnant, du début jusqu’à la fin. Il est clair que les deux auteurs ont une thèse au départ, thèse influencée par leurs conceptions (anarchistes pour Graeber) mais la manière dont ils déroulent leurs arguments ouvre une toute nouvelle voie de pensée. J’ai aimé lire sur la préhistoire et sur l’histoire, j’ai apprécié en apprendre bien plus sur le passé et sur les nouveautés dans la recherche (ou sur les recherches oubliées qui n’auraient peut-être pas dû l’être). Dans la seconde moitié, les auteurs abordent par moments le statut de la femme – on voit qu’ils ont survolé les recherches féministes – mais ils ne creusent pas le sujet, ce qui est bien dommage (c’est mon seul petit bémol dans ce livre mais le reste est tellement intéressant que ça ne diminue pas ma note finale). Ils avouent d’ailleurs dès le début que ce livre n’est qu’une infime partie de tout ce qu’ils voulaient partager et qu’ils auraient pu écrire de nombreux autres volumes. Ceux-ci ne paraîtront pas, David Graeber est décédé juste au moment de la sortie du livre. J’aurais vraiment aimé lire la suite de leurs théories. Du coup, j’ai envie d’en savoir plus sur la préhistoire (je crois que j’ai trouvé un livre intéressant à ce sujet) et sur l’histoire de l’Amérique avant l’arrivée de Christophe Colomb.

David Graeber & David Wengrow, Au commencement était… Une nouvelle histoire de l’humanité, Les Liens qui Libèrent, 2021, 744p. (excellente traduction de l’anglais par Elise Roy, The Dawn of Everything: A New History of Humanity)

Trans-Europe Express

Owen Hatherley, Trans-Europe Express. Tours of Lost Continent: Owen Hatherley est un écrivain et journaliste britannique qui est passionné par l’architecture (et par Pulp – un de ses premiers livres est une biographie du groupe). Pas l’architecture classique – même si elle est abordée par moments – mais l’architecture moderne / contemporaine. Dans ce livre, il fait un tour de l’Europe et décrit de nombreuses villes par l’intermédiaire des bâtiments et de l’urbanisme. Il parle des exemples réussis mais aussi des catastrophes architecturales (Skopje est l’exemple type: chaque façade a été « modernisée » par des colonnes antiques et des panneaux miroir). Il explique comment ces ensembles se sont formés, suite à des politiques particulières (l’influence du communisme est importante dans les pays de l’Est) ou en conséquence de catastrophes comme les bombardements de la Seconde Guerre mondiale (Rotterdam, de nombreuses villes anglaises). Il analyse comment les villes se sont organisées, soit dans un ensemble très cohérent, soit tout à fait anarchiquement, insérant des bâtiments de styles complètement divers dans le tissu urbain. Il a une prédilection pour le modernisme, et surtout pour le brutalisme, pour ces immeubles de béton aux formes très organiques et brutales à la fois.

Il n’a pas sa langue dans sa poche et est très critique, mais aussi très drôle. Il envoie de nombreuses piques mais reconnaît aussi la beauté dans ce qui est laid, par contraste. Il déteste Paris à cause de la grandiloquence – il n’en parle que dans son introduction d’ailleurs – et n’est pas tendre pour les villes britanniques mais adore des villes complètement foutraques comme Liège ou Bruxelles (si je cite ces exemples, c’est sans doute parce qu’ils me parlent le plus, évidemment). Il loue également la cohérence des rénovations de Hambourg, mêlant l’ancien et l’hyper-moderne (j’ai en effet adoré cette ville). Son livre est divisé par zones géographiques et s’intéresse autant à des capitales qu’à des villes de moindre importance, de Madrid à Nicosie, du Havre à Lviv, de Thessalonique (une autre horreur d’après lui et je peux confirmer d’après ce que j’avais vu de la ville) à Aarhus, le tout est illustré par certaines de ses photos. Tout cela donne furieusement envie de voyager !

Ce livre est un vrai coup de coeur pour moi, il est tombé au bon moment et n’a fait que raviver mon intérêt pour l’architecture du 20e siècle. C’est à nouveau mon ami/collègue qui me l’a offert et il ne s’attendait pas à l’effet qu’il aurait sur moi. Depuis, j’ai exploré les possibilités de faire des voyages (en Europe) consacrés à l’architecture – plus spécifiquement l’architecture brutaliste, notamment des anciens pays de l’Est, mais aussi dans tout le continent. La seule chose qui me retient pour le moment, c’est l’arrivée de l’automne et de l’hiver et du délai un peu court pour organiser tout ça (j’aime m’y prendre au moins deux mois à l’avance, voire trois ou quatre pour être à l’aise).

J’ai hâte de lire les autres livres de l’auteur ! En tous cas, il tombait pile poil dans le challenge « Sous les pavés, les pages » organisé par Athalie et Ingannmic.

Owen Hatherley, Trans-Europe Express. Tours of Lost Continent, Penguin, 2018, 427p.