Un long printemps d’exil

Olga Ilyina-Laylle & Michel Jan, Un long printemps d’exil. De Petrograd à Saigon, 1917-1946: Quelle vie ! Quelles péripéties ! Olga Ilyina-Laylle naît dans une famille très aisée à Petrograd en 1917 au moment de la Révolution Russe. Ses parents se réfugient dans leur propriété située à la campagne dans la région de Kazan mais l’avancée des Rouges les pousse à fuir toujours plus loin, suivant le trajet du Transsibérien, pour finalement s’installer à Harbin, en Mandchourie. Olga y vivra une enfance et adolescence difficile: son père quitte sa mère et ne l’aide plus financièrement; sa mère tente de survivre en donnant des cours et en traduisant des articles pour le journal local mais elle n’a jamais appris à bien gérer l’argent et le peu qu’elle gagne est souvent dépensé de suite. Harbin est à ce moment-là la capitale pour tous les intellectuels de l’époque, le Paris de l’Orient, un lieu où règne la nostalgie du passé mais se situe très vite au coeur de la tourmente: les Japonais annexent la Mandchourie et prennent le pouvoir. Comme Russes Blancs, Olga et sa famille sont apatrides, ils ne possèdent plus de passeport et ils sont coincés dans la région. Finalement, Olga peut partir à Pékin, où elle vit de grands moments de liberté, avant de retrouver sa mère et sa soeur à Shanghai au moment où éclate la Seconde Guerre mondiale. Elle gagne sa vie en effectuant le boulot de “nanny” pour des familles d’Européens vivant dans le quartier des concessions. Son périple se poursuit cependant: elle quitte la Chine pour l’Indochine où il lui arrivera encore de nombreuses aventures. Olga a vécu une vie peu commune, toujours en fuite, à une époque fort troublée de l’histoire et dans des contrées lointaines. Le récit est linéaire mais très addictif, créant le portrait d’une femme mais aussi de plusieurs cultures, celle des Russes Blancs qui ont fuit la Révolution, celle des Chinois, celle des colons français d’Indochine… Je recommande cette lecture à toute personne passionnée par l’histoire, par la Russie et par l’Extrême-Orient.

PAL vacances 2017: le meilleur score au scrabble, 93 points

Oeroeg

Hella S. Haasse, Oeroeg (en français, Le lac noir): les Indes néerlandaises, quelque part dans les années 30. Un jeune garçon dont on n’apprendra jamais le nom raconte sa vie. Fils d’un planteur néerlandais fort occupé et d’une mère peu intéressée par lui, il décrit sa solitude heureusement comblée par l’amitié qu’il éprouve pour Oeroeg, un garçon né au même moment que lui parmi les serviteurs sundanais de la maison. Ils jouent ensemble, découvrent tous les recoins de la propriété, écoutent les histoires de monstres et fantômes locaux. Mais ils grandissent aussi, et le narrateur fera tout pour qu’Oeroeg puisse rester avec lui à l’école puis au collège malgré leur différence de race. Différence qu’il ne comprend pas vraiment, de même qu’il ne remarque que peu de choses du monde qui l’entoure, de sa mère qui trompe son père à la société qui change complètement. Malgré la naïveté du personnage principal qui pourrait un peu énerver le lecteur, ce court roman est un ode à l’amitié. Il est également une magnifique et nostalgique description de la colonie néerlandaise à l’aube de grandes mutations du milieu du 20e siècle mais surtout une description très imagée de la nature omniprésente, de la jungle, des montagnes. Le texte est dense, écrit dans un néerlandais (je l’ai lu en v.o.) qui m’a semblé moderne mais plus compliqué, plus précis que l’actuel. J’ai parfois dû m’y reprendre à deux fois pour certaines longues phrases tout en admirant la beauté de l’écriture.

Mon but premier était de lire Heren van de thee (Les Seigneurs du thé) mais mon côté pratique qui l’a emporté: le prix du roman tout seul était le même que la trilogie des “romans indiens”. Un peu rattrapée par le temps et désirant les lire dans l’ordre chronologique, mon choix s’est donc porté sur Oeroeg, qui est le premier roman écrit par l’auteur en 1948. Le titre en français apporte une toute autre vision des choses, faisant référence à un épisode important de l’histoire, un épisode qui marque un tournant dans le récit alors que le titre original est plus neutre, référant au cœur de l’intrigue sans rien dévoiler de plus.

Un roman lu dans le cadre de l’activité “Lire le monde” organisée par Sandrine. Et dans le cadre de mon challenge PAL vacances 2017, il complète la catégorie du titre ne contenant qu’un seul mot.

Recontructing Amelia

Kimberly McCreight, Reconstructing Amelia: Kate Baron, mère célibataire faisant carrière dans un grand cabinet d’avocats new-yorkais, est appelée par l’école de sa fille adolescente, Amelia, parce que celle-ci a fait du plagiat dans un de ses devoirs. Quand elle arrive sur place, la nouvelle est pire que prévue: Amelia s’est suicidée en se jetant du toit du bâtiment. Kate est dévastée et se rend compte qu’elle ne connaissait pas sa fille à qui elle n’avait que peu de temps à consacrer. Elle commence alors à retracer les derniers mois d’Amelia en lisant ses mails, ses statuts facebook, ses messages téléphoniques… L’auteur, Kimberly McCreight, alterne les chapitres laissant parler Kate et sa fille et insère des extraits de ce que cette dernière écrivait à ses amis. L’auteur décrit avec finesse les sentiments d’une ado à la recherche d’elle-même et de reconnaissance mais aussi les pensées d’une mère qui a trop longtemps été absente et qui est prise de remords. Le livre prend la forme d’une enquête et les éléments s’accumulent pour mieux expliquer ce qui s’est passé. Passionnant de bout en bout, ce roman m’a fort fait penser à la série 13 Reasons Why, même s’il a écrit avant. Je recommande, de même que Where they found her que j’avais déjà lu !

PAL de vacances 2017: un roman avec un nom dans le titre

Bohemian Flats

Mary Relindes Ellis, Bohemian Flats: de cet auteur, j’avais adoré Wisconsin et j’avais acheté ce roman-là peu après. Bohemian Flats commence en Allemagne en 1881. Albert et Raimund Kaufmann sont les fils d’un brasseur et agriculteur et vivent près d’Augsbourg. Ils sont amis avec Magdalena Richter, la fille d’un professeur et d’une femme roumaine, mal vue à cause de ses longs cheveux noirs et de ses talents de voyance qu’elle cache pourtant. Leur vie est déterminée par les conventions et la mentalité rétrograde de l’époque. Suite au décès de leur père, la ferme des Kaufman revient au fils aîné, Otto, un homme gras et mauvais. Raimund part le premier: il vole de l’argent à son frère et prend un bateau vers l’Amérique. Il échoue à Minneapolis, plus précisément dans la banlieue boueuse des rives du Mississippi nommée Bohemian Flats. Il y rencontre toute une galerie de personnages d’origines différentes, des Tchèques, des Finlandais, des Allemands comme lui. Quelques années plus tard, Albert et Magdalena (qui se sont mariés) le rejoignent. Mary Relindes Ellis, elle aussi d’origine européenne, raconte la vie de ces émigrés de la première heure, leur vie difficile mais aussi leurs joies. Elle ne se limite pas à quelques années mais relate une vie entière, la vie en Allemagne, l’arrivée aux Etats-Unis ainsi que la Première Guerre mondiale, qui provoque un sentiment anti-allemand envers les immigrés de cette origine. Ce roman est passionnant du début à la fin, intégrant l’Histoire dans un récit très personnel d’une famille. J’en veux encore !

En faisant des recherches sur l’auteur, j’ai appris avec tristesse qu’elle est décédée le 12 décembre 2016 et qu’elle n’a pas écrit d’autres romans.

Commencé fin juin, je l’intègre malgré tout dans le challenge PAL vacances 2017 – je l’ai terminé début juillet – pour la catégorie 1. le titre contient un nom de lieu géographique. Il permet également de compléter la catégorie Minnesota des 50 novels for 50 states (que je n’ai plus vraiment mis à jour ces derniers mois).

Kahiki Supper Club

David Meyers, Elise Meyers Walker, Jeff Chenault & Doug Motz, Kahiki Supper Club. A Polynesian paradise in Columbus: ce livre raconte l’histoire d’un des plus importants bars et restaurants tiki des Etats-Unis, situé à Columbus en Ohio et aujourd’hui détruit. S’inspirant d’un autre endroit du même type, le Mai-Kai de Fort Lauderdale en Floride, deux locaux, Bill Sapp et Lee Henry, ont ouvert ce magnifique restaurant d’inspiration polynésienne qui devait faire rêver les clients et leur faire oublier le rude climat du nord du pays. La structure du bâtiment rappelait les maisons du Pacifique et deux grands Moai – les statues de l’Ile de Pâques – flanquaient l’entrée. A l’intérieur, un autre de ces Moai abritait un feu ouvert et les clients pouvaient s’installer dans un décor rappelant les villages polynésiens, avec des huttes aux toits de palme et des plantes exotiques. C’est tout cela qui est raconté dans le livre, mais aussi bien d’autres choses qui m’ont semblé avoir peu d’intérêt, comme les crimes commis autour du restaurant. Le ton diffère selon les chapitres, ce qui est sans dû aux différents auteurs et j’ai eu l’impression par moments de lire un livre écrit par le comité d’histoire locale qui accordait plus d’attention aux anecdotes qu’aux événements importants. A part cela, le livre est richement illustré et montre une image d’une certaine Amérique.

Rizières sous la lune

Loïc Barrière, Rizières sous la lune: 1884, Phnom Penh. Miss Bennett, une riche américaine recherche des personnes pour l’accompagner à Angkor où elle compte prendre des photos du site. Tevy, une jeune khmère, se propose comme interprète. C’est d’ailleurs elle qui raconte toute l’histoire, centrée au départ sur l’expédition de Miss Bennett et de ses acolytes, l’aventurier belge Valbelle – un homme peu scrupuleux – et le moine défroqué Chamroeun qui connaît la région comme sa poche. Le climat politique est tendu, une rébellion contre le roi et contre le colonisateur français est en cours. Et le roman bascule tout à fait: les expéditions photographiques sont vite oubliées pour laisser toute la place à Tevy qui joue un rôle important dans la suite des événements. Loïc Barrière mêle mystère et croyances anciennes à son récit, ainsi qu’une dose de romantisme et d’amour impossible. A la manière des auteurs plus anciens, il a écrit un roman d’aventures exotiques avec de nombreux rebondissements. Une lecture tout à fait plaisante dans un cadre exceptionnel.

Lu après une suggestion d’Yv.

Les cosmonautes ne font que passer

Elitza Gueorguieva, Les cosmonautes ne font que passer: ce premier roman d’une auteur bulgare raconte l’histoire d’une petite fille qui rêve de devenir cosmonaute comme Youri Gagarine. Elle a sept ans et ce sont les années 1980, la Bulgarie fait encore partie du Bloc de l’Est. Sa famille ne croit pas vraiment en ses projets, sauf son grand-père, communiste pur et dur. Sa meilleure amie (ou en tous cas, celle qu’elle considère comme telle) possède des vraies Nike et des vraies Barbie dont elle est jalouse. Quelques années plus tard, le mur est tombé et elle ne rêve plus que de Kurt Cobain. Elle se rebelle en s’habillant en noir. Ecrit à la seconde personne, ce roman décrit la vie intime d’une petite fille, puis d’une adolescente pleine de rêves dans un monde qui change totalement. C’est rafraîchissant, léger (même si certaines parties sont plus sombres), ironique parfois et le personnage principal est attachant. C’est aussi très court: 150 pages à lire en une soirée, ou presque.