Dark horse

Craig Johnson, Dark horse: c’est toujours un plaisir de retrouver le shérif Walt Longmire dans une de ses aventures. Dans Dark horse, il recueille dans sa prison Mary Barsad, accusée d’avoir tué son mari, après avoir mis feu à la grange et tué les chevaux. Or Longmire ne croit pas à sa culpabilité, elle aimait trop les chevaux. De fil en aiguille, il dénoue les noeuds de l’affaire, à son rythme, un peu lent comme d’habitude, toujours ancré dans la vie locale et dans les paysages rudes et désolés du Wyoming. Je n’ai pas beaucoup plus à en dire, à part que j’ai passé un bon moment. 

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Pachinko

Min Jin Lee, Pachinko: l’histoire commence en 1883 en Corée, dans le petit village de pêcheurs de Yeongdo, pas très loin de Busan. Hoonie est un jeune homme très travailleur mais il a un bec de lièvre et n’est donc pas un bon candidat pour un mariage.  Suite à l’annexion de la Corée par le Japon en 1910, beaucoup de familles coréennes se retrouvent dans la pauvreté et Hoonie trouve finalement une épouse, Yangjin. Ils ont une fille, Sunja. Et c’est avec elle que l’histoire démarre vraiment: elle tombe enceinte de Koh Hansu, un homme d’affaires marié. La honte est immense et sa vie semble sans issue, jusqu’à ce qu’elle rencontre un prêtre chrétien, Baek Isak, qui l’épouse et l’emmène au Japon, à Osaka. Le roman suit Sunja, mais aussi les autres personnages – ses enfants, des proches de la famille -, changeant souvent de point de vue et racontant leur vie sur une période d’un siècle, jusqu’en 1989. Il dévoile l’histoire méconnue des Coréens au Japon, leur statut de citoyens secondaires, devant accepter des métiers que les Japonais ne veulent pas exercer. Beaucoup se sont retrouvés à exploiter des salle de pachinko, un genre de jeu de hasard. 

Cette partie historique est vraiment passionnante mais j’ai eu l’impression que l’auteur avait établi une liste de sujets et de problèmes à caser dans son histoire, et que le seul moyen de réaliser cela était de créer une multitude de personnages. J’aurais préféré un récit avec un ou deux points de vues. Min Jin Lee a écrit ce roman sur une longue période et a effectué de nombreuses recherches, interviewant de nombreux Coréens du Japon, ce qui le rend d’autant plus touchant.  Et donc malgré ma petite réticence, j’ai beaucoup aimé ce roman et surtout, découvert un pan d’histoire inconnu pour moi. 

De bekeerlinge (Le coeur converti)

9200000060317837Stefan Hertmans, De bekeerlinge (traduit en français sous le titre: Le coeur converti): Stefan Hertmans possède une résidence dans le petit village provençal de Monieux. Il y passe ses journées à écrire et s’intéresse à l’histoire locale, notamment au pogrom qui s’est déroulé là au Moyen Age et au trésor caché qui n’a jamais été retrouvé. Il découvre aussi des anciens documents retrouvés au Caire qui parlent d’une jeune fille chrétienne convertie au judaïsme. Le village et la femme sont liés et Hertmans raconte leur histoire. Vigdis Adelaïs est une jeune fille appartenant à l’aristocratie de Rouen, de père normand (Viking donc) et de mère flamande. Elle rencontre David, étudiant juif à la yeshiva locale. Les deux jeunes gens tombent amoureux mais leur amour est impossible à cause de leurs origines et de leurs religions. Ils décident de fuir, retrouvant la famille de David dans le sud, puis fuyant les chevaliers partis à sa recherche et se cachant à Monieux, le petit village isolé des montagnes. Ce n’est que le début de l’histoire: l’époque est troublée, la première croisade se met en route et passe par le village, tuant au passage tous les Juifs, ou presque. Vigdis, devenue Hamoutal depuis sa conversion, fuit et commence un long voyage qui la mènera en Egypte. Stefan Hertmans suit ses traces, interrompant le récit pour raconter son périple contemporain. Il parle des lieux traversés par le couple, puis par la jeune femme, s’attache aux sources historiques, mais invente aussi, crée des personnages de chair et d’os.

L’écriture est précise, descriptive et j’ai eu le sentiment que le choix des mots en néerlandais était réfléchi pour qu’ils soient percutants et sonores, qu’ils se fassent le miroir de la violence et des difficultés de l’époque et de l’âpreté des paysages. Parce que l’histoire est parfois difficile à lire, elle peut être très intense et brutale. J’aimerais lire un bout de la traduction pour voir si les mots sont aussi efficaces dans leurs sonorités.

C’est une lecture qui ne laisse pas de marbre et qui renvoie à des sujets d’actualités contemporains. Elle dévoile aussi des pages de l’histoire moins connues (je ne me suis par exemple jamais attardée sur les croisades et surtout leur violence) tout en contant une magnifique histoire d’amour. J’ai beaucoup aimé et j’ai déjà dans ma PAL du même auteur Oorlog en terpentijn (Guerre et térébenthine), le récit contant la Première Guerre mondiale qui risque certainement de toucher quelques cordes sensibles chez moi. Je conseille vivement même si la lecture peut parfois être difficile à supporter.

Une saison au Cambodge

51a2ihmiill-_sx195_Lawrence Osborne, Une saison au Cambodge: Professeur (d’)anglais en voyage en Asie du Sud-Est, Robert n’a quasi plus le sou quand il arrive au Cambodge, à Pailin. Il pourrait appeler ses parents à la rescousse mais il décide plutôt de jouer au casino. Et par le plus grand des hasards, il gagne une petite somme qui lui permet de prolonger son séjour. Il se rend à Battambang, ne sachant pas trop quoi faire. Les nouvelles vont vite au Cambodge et il est très rapidement entouré de personnes qui aimeraient bien lui soutirer son argent. Robert est un peu naïf et très peu prudent; il fait confiance à Simon, un Américain qui vit dans la ville. A partir de là commence une histoire pleine de rebondissements qui mènera le héros dans diverse parties d’un pays en période de mousson. J’ai eu un certain mal à entrer dans l’histoire, et par la suite, elle se déroule de manière quelque peu alambiquée et sans être très palpitante. Je me suis longtemps demandée à quelle époque elle se passait jusqu’à ce qu’un des personnages parle de la série Vikings. Je n’aurais sans doute pas continué le roman s’il ne se passait pas au Cambodge, pays que j’aime beaucoup, mais même les descriptions ne m’ont pas vraiment donné l’impression d’y être. Au final, c’est un roman facile à lire, quelque peu exotique, mais sans grand intérêt. Il y a mieux dans le genre, comme les livres de Tom Vater ou de Nick Seely.

Un automne à Kyôto

51an2yoe8ul-_sx291_bo1204203200_Corinne Atlan, Un automne à Kyôto: Corinne Atlan est la traductrice française de nombreux auteurs japonais, notamment d’Haruki Murakami mais elle écrit aussi des romans ou des récits. Elle raconte ici un automne à Kyôto, ses impressions, ses déambulations dans la ville, dans les petites rues calmes et dans les temples peu visités. Elle décrit la nature qui change progressivement, des chaleurs de septembre aux premiers frimas de décembre. Elle parle de l’histoire de la ville et du trop grand nombre de touristes qui la visitent aujourd’hui mais aussi des lieux qui sont oubliés par ceux-ci. J’ai beaucoup aimé cette lecture qui est un avant-goût des deux jours et demi que j’y passerai bientôt. Corinne Atlan m’a donné envie de me promener dans la ville en m’attachant aux petits détails et aux couleurs changeantes de la nature. Et même sans traverser la moitié de la planète pour y aller, c’est un lire à lire au coin du feu, en regardant les feuilles tomber.

La toile du monde

51wwswilukl-_sx195_Antonin Varenne, La toile du monde: Aileen Bowman, une américaine rousse célibataire et affranchie de 35 ans, est envoyée à Paris par son journal, le New York Tribune, pour couvrir l’ouverture de l’Exposition Universelle. Elle espère également y retrouver son cousin métis qui fait partie d’une troupe de style Buffalo Bill Wild West Show. Au fil de ses pérégrinations dans la ville, elle décrit un monde qui change, à la charnière de deux siècles. Le métropolitain est en construction, les chevaux vont bientôt être remplacés par les voitures, l’électricité illumine les palais, et pourtant les mentalités ont du mal à suivre. Certaines femmes tentent d’affirmer leur rôle mais la plupart sont toujours reléguées à une vie conjugale très peu passionnante. Le sujet, l’Expo Universelle, m’a évidemment attirée mais elle n’est que peu décrite, bien qu’étant au centre du livre. C’est plutôt le portrait d’une femme et d’un ville à une époque précise, et cette partie là est intéressante – cela se sent que l’auteur a fait de nombreuses recherches. J’ai été beaucoup moins séduite par la partie romancée, un peu forcée, et encore moins par le dernier long chapitre qui raconte presque une nouvelle histoire.

Wild side

51xvq3vcm3l-_sx195_Michael Imperioli, Wild Side: suite à un héritage inattendu, Matthew et sa mère déménagent du Queens à Manhattan. L’adolescent découvre une autre ville et se lie d’amitié avec deux personnes qui le guideront dans sa nouvelle vie. Veronica est une amie de classe qui le fascine et dont il tombe amoureux. Mais la jeune fille est un bizarre et l’entraîne dans des lieux inédits, voire même un peu sordides. L’autre personne, c’est son voisin, le musicien Lou Reed, en pleine période créatrice mais aussi en plein trip. Matthew l’accompagne parfois, l’aide pour certaines choses et découvre une autre manière de vivre. C’est un roman d’apprentissage mais aussi de perte; Matthew est entraîné dans un tourbillon qui le mène très loin. En écrivant ces lignes, j’ai du mal à vraiment définir ce qui m’a plu dans le roman mais j’ai été touchée par le vie du jeune garçon et par ce New York des années 70. Michael Imperioli, connu pour son rôle dans The Sopranos, traduit parfaitement bien les ambiances de la ville et de la période, dans une courte mais intense tranche de vie.