Dans la forêt

cvt_dans-la-foret_7057Jean Hegland, Dans la forêt: Nell et Eva, deux jeunes filles de 17 et 18 ans, vivent dans la maison familiale isolée au milieu de la forêt. Le monde n’est plus comme avant, l’électricité a été coupée, les magasins sont vides, les avions ne volent plus… Leurs parents sont décédés et elles sont livrées à elles-mêmes. Eva tente de poursuivre ses exercices de danseuse classique, Nell écrit dans son carnet et lit l’encyclopédie. Elles tentent de survivre mais très vite elles sont obligées de prendre les devants en s’adaptant à ce nouveau monde. Dès les premières pages, la nature est omniprésente et occupe une place à part entière dans le récit. Jean Hegland la décrit avec précision et poésie et raconte une histoire centrée sur les deux filles, avec de nombreux retours en arrière qui expliquent leur situation actuelle mais sans expliquer le pourquoi du cataclysme. Et c’est justement cette sérénité qui fait la force du roman. Il y a certes quelques moments plus angoissants mais ils ne sont pas au cœur du récit, contrairement à d’autres romans dans la même veine (celui-ci a été écrit en 1996 mais n’a été traduit que récemment pour Gallmeister). C’est beau, c’est fort, c’est émouvant, j’ai dévoré ce roman et j’ai été triste de tourner la dernière page. Lisez !

J’ai lu ce roman en même temps qu’Ingannmic – retrouvez son avis sur son blog.

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The art of tiki

51cyitbdpll-_sx258_bo1204203200_Sven Kirsten & Otto von Stroheim, The art of tiki: édité à l’occasion d’une exposition qui a eu lieu à Los Angeles, à la galerie La Luz de Jesus, ce catalogue est une introduction au mouvement tiki. De courts textes de Sven Kirsten accompagnent de nombreuses photos et reproductions d’oeuvres d’art. L’auteur – spécialiste en tiki – présente les origines du style, l’architecture, la musique, les personnages types, les cocktails… Une dernière partie est consacrée à la renaissance du tiki et à l’art contemporain qui s’en est inspiré, avec notamment les oeuvres de Mark Ryden ou Shag. Ce livre est une belle introduction mais pour avoir plus d’informations, lisez les autres livres de Sven Kirsten édités chez Taschen. Beaucoup sont malheureusement épuisés (et coûtent fort cher en seconde main) mais le catalogue de l’exposition au Musée du Quai Brany, Tiki Pop, est toujours disponible.

Berezina

51nydv1p2b2bl-_sx210_Sylvain Tesson, Berezina: je m’étais dit que je ne lirais plus de livres de Sylvain Tesson – il m’a trop énervée par le passé – et puis il y a eu l’effet goodreads: voyant que Kleo l’avait commencé, je lui ai emboîté le pas, me disant que je pouvais toujours interrompre ma lecture si cela ne me plaisait pas. Sylvain Tesson, jamais à court d’idées un peu aventureuses ou bizarres, propose à ses amis Cédric Gras, écrivain, et Thomas Goisque, photographe, ainsi qu’à deux amis russes, de retracer en moto avec sidecar de fabrication locale le chemin de la retraite de Napoléon en 1812, retraite catastrophique pour l’armée française. Le récit commence mal au point de vue écriture: Tesson se complaît dans une langue ampoulée et énervante, mais après quelques pages, il renoue avec un style plus simple quoique précis et recherché. Heureusement pour la suite de ma lecture ! Il relate l’histoire, plongeant le lecteur dans l’horreur de la guerre du 19e siècle en plein milieu de l’hiver russe et raconte au passage quelques anecdotes de son propre voyage. C’est probablement le côté très historique de ce récit qui m’a le plus intéressée et malgré mes réticences du début, j’ai beaucoup aimé le livre. Je regrette cependant de ne pas avoir l’édition illustrée de photos comme Kleo mais il y a moyen d’en voir un nombre certain sur le site de Thomas Goisque.

Le camp des morts

couv rivièreCraig Johnson, Le camp des morts: après une mauvaise passe dans le choix de mes lectures, il me fallait une valeur sûre. Je suis retournée avec plaisir aux aventures de Walt Longmire, shérif du comté d’Absaroka dans le Wisconsin. Quand Mari Baroja meurt à la maison de retraite de Durant, l’ami de Longmire, l’ancien shérif Lucian Connally, suspecte un meurtre. Longmire se met à enquêter, assisté de son ami Henry Standing Bear, et retourne ainsi cinquante ans en arrière pour démêler l’histoire qui se complique de jour en jour, parsemée de péripéties et de cadavres. La neige est omniprésente et ne facilite pas les recherches. Comme dans le premier volume, Craig Johnson ne se dépêche pas dans son histoire – les premières cent pages sont même plutôt lentes – mais il a l’art de décrire la nature et le rude climat des Hautes Plaines du Wisconsin. Il faut toujours lire une série de romans policiers qu’on retrouve avec bonheur à chaque volume, et c’est le cas de celle-ci.

Abandonned books (III)

Cela fait très longtemps que je n’ai plus utilisé cette rubrique, j’ai parfois abandonné des livres ces dernières années mais je n’avais rien à en dire, et j’ai laissé tomber toute tentative d’écriture à leur sujet. Mais là, pendant quelques semaines, je me suis retrouvée dans une mauvaise passe et il me semble intéressant d’expliquer pourquoi.

Liza Klaussmann, Villa America: ce roman est en fait une biographie romancée de Gerald et Sarah Murphy qui possédaient une villa à la Côte d’Azur dans les années 1920 et qui recevaient de nombreux amis illustres, tels Francis Scott Fitzgerald ou Ernest Hemingway. J’ai lu deux tiers avant d’abandonner, je me suis trop ennuyée pendant les descriptions trop détaillées de la vie quotidienne et les frasques des personnages. Si j’avais eu un intérêt plus grand pour ces célébrités, j’aurais sans doute continué, mais ce n’est pas le cas.

Wally Lamb, Le chant de Dolorès: les critiques sont en général positives sur GoodReads et Babelio mais plusieurs lecteurs se plaignent de la longueur des 100 premières pages. De plus la quatrième de couverture révèle une partie de l’histoire qui commence après ces 100 pages. Je me suis ennuyée, ne trouvant aucun point d’accroche avec la pauvre héroïne qui a tous les malheurs du monde (et qui le cherche bien).

David Mitchell, Écrits fantômes: ce livre est sur ma PAL antique, et il y dormait depuis sans doute plus de 10 ans. La lecture des 20 premières pages ne m’a pas convaincue et je n’ai pas eu envie de m’y attarder, malgré les excellentes critiques et une action qui se déroule en grande partie en Asie. Je crois que j’ai entamé une grande période de tri.

Julian Fellowes, Past imperfect: peut-être que j’aurais dû persévérer mais je n’y suis pas arrivée. L’histoire met un peu de temps à démarrer et je n’avais pas cette patience. Et le ton un peu trop “posh” me dérangeait. La fin de l’année 2017 a été fort secouée pour moi et cela a sans doute influencé mon manque de concentration et l’abandon de tous ces livres. Pour quitter cette logique, je me suis finalement rabattue sur une série qui me plaît avant d’entamer ma lecture commune pour la mi-février.

 

Baguettes chinoises

baguettes-chinoisesXinran, Baguettes chinoises: les baguettes, en Chine, ce sont les femmes, utilitaires et jetables, en opposition aux poutres, les hommes, qui soutiennent les toits des maisons. On ne peut donc pas dire qu’elles soient bien considérées. Xinran s’inspire d’histoires vraies, d’interviews de femmes qu’elle a réalisé dans la Chine des dernières décennies. Les sœurs Trois, Cinq et Six – les parents n’ont jamais pris la peine de leur donner un vrai prénom parce que ce sont des filles – sont nées à la campagne et n’ont pas fait beaucoup d’études. Elles ne trouvent même pas de mari décent, elles pourraient apporter la poisse venant d’une famille qui n’a pas pu avoir de fils. Trois s’enfuit en ville pour ne pas épouser un homme handicapé, ses deux sœurs la suivent très vite. Elles trouvent facilement du travail et gagnent de l’argent, plus qu’elles ne l’auraient jamais espéré et leur image change dans leur village. Xinran fait un portrait de jeunes filles extrêmement naïves qui découvrent la ville, ce qui est intéressant en soi, mais je ne suis pas sûre que la forme romanesque était la meilleure idée. J’ai trouvé cela très léger et peu abouti comme roman, même si j’ai beaucoup appris sur la condition des Chinoises. Sans doute est-ce parce que je n’ai pas arrêté de comparer ce récit avec les interviews de Svetlana Aliexevitch qui sont d’un tout autre niveau.

Un voyage au Japon

japonAntoine Piazza, Un voyage au Japon: l’auteur débarque au Japon en février 2007 avec son vélo. Son but est de parcourir l’île de Shikoku, la plus petite des grandes îles de l’archipel, sauvage et montagneuse. Un menu alléchant qui pourrait donner lieu à un magnifique récit. Or, le lecteur, moi en l’occurrence, n’aura retenu du Japon que des passages avec beaucoup de pluie, des trajets sur des routes embouteillées dans le noir, la recherche parfois compliquée d’un hôtel… Je me suis toujours demandée où il était – il n’y a pas de carte dans le livre. Je n’ai pas eu l’impression d’être au Japon, ou si peu, et cette impression est renforcée par un autre procédé: Antoine Piazza passe la moitié du livre à décrire son voyage en Irlande ou son circuit dans les Pyrénées lors du Tour de France. Cela faisait longtemps que je n’avais plus sauté quelques lignes dans un livre – pourtant très court – et c’est la seule raison pour laquelle je l’ai terminé. Et sauter quelques lignes ici veut dire sauter une demi-page à la fois tant les phrases sont longues… Une très grosse déception donc.