A carpet ride to Khiva

Christopher Aslan Alexander, A carpet ride to Khiva. Seven years on the silk road: acheté en 2010 (j’ai été tentée parce que j’ai fait un voyage dans la région dans les années 1980), ce livre est resté très longtemps sur ma PAL, toujours devancé par d’autres lectures. Comme je m’oblige à lire des choses plus anciennes, A carpet ride to Khiva a enfin vu son tour arriver. L’auteur anglais, Christopher Aslan Alexander, s’est retrouvé à Khiva, en Ouzbékistan pour écrire un guide de voyage. Très vite son attention est attiré par les superbes tapis de la région dont il retrouve les motifs dans des miniatures du 15e siècle et il décide de créer grâce à des fonds étrangers (de l’Unesco, il me semble) un atelier de tissage selon les méthodes traditionnelles. Il raconte sa vie à Khiva, les mœurs locales, la recherche de teintures naturelles en Afghanistan (on est juste après le 11 septembre), l’histoire de la route de la soie, la fabrication de cette soie, la corruption aussi, qui ne sera pas sans conséquences sur son séjour. Son récit permet au lecteur de découvert une des ces anciennes républiques soviétiques un peu oubliées, sous la coupe de dictateurs corrompus et luttant contre la montée de l’islamisme. Le voyage est passionnant et permet de mieux comprendre cette partie du monde.

Nulle part

Kalyan Ray, Nulle part: ce gros pavé de plus de 600 pages m’a été conseillé par une libraire qui en a parlé avec beaucoup de passion. Le sujet avait beaucoup pour me plaire – une chronique familiale au travers des siècles et des continents. Le livre commence par la fin, par la mort d’un couple en Nouvelle-Angleterre – l’arbre généalogique situé en début du livre permet de comprendre qu’une longue histoire se termine avec cet épisode. En 1843, en Irlande à la veille de la grande famine, Padraig Aherne et Brendan McCarthaigh sont les meilleurs amis du monde mais les hasards de la vie vont les séparer. Padraig se retrouve en Inde, à Calcutta; Brendan devient père malgré lui, s’occupant de la petite fille de Padraig, un enfant qu’il n’a jamais connu.

De génération en génération, Kalyan Ray raconte les aventures des deux héros et de leurs descendants, face aux événements du monde: la famine irlandaise, l’époque coloniale en Inde, la scission de l’Inde et du Bangladesh, l’immigration aux Etats-Unis, la vie à New York au début du 20e siècle… Ce roman de grande envergure est par moments passionnants, surtout la première moitié. Je n’ai jamais été fort intéressée par l’Irlande mais la description de la vie sur place à l’époque de famine est très détaillée et j’ai été touchée par les personnages. La partie indienne semble introduire quelques éléments surnaturels mais ils ne sont pas vraiment exploités; c’est plutôt la vie quotidienne à Calcutta et au Bangladesh qui est mise en avant, ce qui m’a évidemment fort intéressé.

Par contre, j’ai eu l’impression que l’auteur a eu peur d’ennuyer son lecteur et qu’il a donc rajouté des couches: aucun personnage n’a une vie vraiment heureuse, les catastrophes s’accumulent, parfois au point d’en être grotesques (je pense à un épisode à New York – il faut vraiment un hasard inexplicable pour qu’une telle chose arrive). Ces exagérations ont un peu plombé ma lecture mais il ne me restait à ce moment-là plus que 200 pages que j’ai vite avalées. Un commentaire encore sur le style: il est très fleuri, parfois un peu alambiqué et il faut un certain moment d’adaptation, surtout au début du livre. J’ai été assez énervée par ces personnages qui répétaient constamment des phrases telles “ma chère Irlande”. Je ne peux pas dire que je n’ai pas aimé ce roman-fleuve – il y a des passages superbes – mais je dois bien avouer qu’il était trop long et trop exagéré sur la fin.

The art of asking

Amanda Palmer, The art of asking: je me méfie toujours des livres que tout le monde adore, j’ai même plutôt tendance à les laisser de côté. Dans le cas de celui-ci, c’est suite à une longue conversation avec Isabelle (d’Aujourd’hui je m’aime) pendant laquelle elle m’a écoutée raconter tout ce que j’avais sur le cœur à ce moment-là que je me suis laissée convaincre. A priori, Amanda Palmer ne m’intéresse pas plus que ça. J’ai beaucoup aimé l’album du groupe Evelyn Evelyn mais pour le reste, les Dresden Dolls ont toujours été en dehors de mon radar, tout comme de celui de mes amis amateurs de musique d’ailleurs.

The art of asking est conçu comme autobiographie mais aussi comme livre qui a comme vocation d’aider les gens à partir des expériences de la chanteuse. Elle parle d’abord longuement de sa carrière de statue vivante – The Bride – et comment, sans le sou à cette époque, elle a gagné sa vie en acceptant la générosité des passants. Je n’ai pas été passionnée, pire même, ce genre de “statue” m’a toujours mis mal à l’aise. Mais j’ai continué ma lecture.

Amanda parle des ses débuts en musique avec les Dresden Dolls, de sa rencontre avec l’écrivain Neil Gaiman, de ses concerts… Sa personnalité hyper active et extravertie m’a quelque peu énervée et je me suis sentie à mille lieues d’elle, me demandant encore pourquoi je lisais ce livre.

Et puis, elle a commencé à expliquer comment elle a lancé le crowdfunding d’un de ses albums. Elle a été une des premières artistes à en faire un et cela a été un succès énorme grâce aux liens qu’elle a créé depuis le départ avec son public. Elle s’est toujours attachée à communiquer avec ses fans, lors des concerts mais aussi via son blog, via twitter, via facebook. Elle a réussi à rassembler autour d’elle une communauté de gens qui l’apprécient et qui sont toujours prêts à l’aider. Et elle n’a pas peur de demander: un lit pour dormir, de la nourriture, de l’argent… même si c’est souvent difficile, notamment avec son mari Neil. Amanda parle de confiance et de respect, de comment donner et recevoir.

C’est au cours des derniers chapitres que j’ai enfin commencé à être touchée par le personnage, que j’ai trouvé des conseils pour ma propre vie. Je vais sans doute toujours avoir du mal à demander des choses mais une phrase m’a fort marquée et elle risque bien de guider mes actions futures: “que ferait le dalaï lama dans cette situation ?”. En conclusion, je dirais que ce livre est un peu un grand fouillis, qu’il est probablement un peu trop long mais que même pour une personne qui n’est pas fan d’Amanda Palmer, il y a des choses à apprendre et je ne suis pas mécontente de ma lecture vu qu’elle va m’aider dans la vie courante.

Every anxious wave

Mo Daviau, Every anxious wave: un roman dont le titre vient des paroles d’une chanson de Sebadoh ? qui parle de voyage dans le temps pour découvrir la scène indie américaine des nineties – celle que j’ai tant aimée à l’époque (et que j’aime toujours) ? Ce roman, découvert via le blog de lecture d’Armalite, avait tout pour me plaire. Mais l’histoire ne se limite pas qu’à la musique. Karl Bender, quarante ans et anciennement guitariste dans un groupe indie rock, tient un bar et vit une vie sans amour et sans but. Tout à fait par hasard, il découvre un “wormhole”, un “trou à vers” dans son placard et se trouve catapulté dans son passé. Avec son ami Wayne, il développe une petite entreprise de voyages dans le temps, proposant aux clients d’aller voir ou revoir des concerts rock du passé. Par erreur, il envoie Wayne en 980 au lieu de 1980, et comme il faut de une décharge électrique pour revenir dans le présent, Wayne est bloqué là. Il cherche l’aide de Lena, astrophysicienne pas trop bien dans son corps et pas très à l’aise dans la communication avec les autres. Ce qui commence comme une relation de travail va se changer en tout à fait autre chose – de l’amour mais aussi de nombreux voyages dans le temps très personnels. Ces allers-retours vont changer le présent et la conclusion sera bien différente de ce qu’attendaient les héros. Mo Daviau a très bien imaginé cette relation et intégré les modifications du présent – en lisant certains passages, le lecteur se demande vraiment ce qui va se passer et puis toutes les pièces du puzzle se remettent place. Pour le reste, les passages sur les concerts et les artistes indie m’ont évidemment parlé mais j’en attendais plus. Et l’histoire traîne parfois un peu longueur. Mais au final, j’ai apprécié ce roman très musical !

 

Le curry

Lizzie Collingham, Le curry. Une histoire gastronomique de l’Inde: à travers ce livre, c’est une grande partie de l’histoire de l’Inde qui est racontée: le rôle des Moghols et de la cuisine persane, celui de la médecine ayurvédique dans l’association des épices, celui des colonisateurs – les Portugais ont amené des ingrédients d’Amérique comme le piment, les Britanniques ont introduit leurs propres habitudes et inversement. Certains currys ont des origines lointaines, d’autres sont typiquement anglo-indiens. Lizzie Collingham s’attache à décrire toutes ces évolutions et rencontres, s’intéressant dans chaque chapitre à un plat en particulier. Elle passe en revue le biryani, le vindaloo, le korma, le curry de Madras ainsi que la diffusion de cette cuisine dans le monde entier. C’est un livre intéressant mais qui a comporte parfois certaines longueurs, ce qui n’empêche pas que j’ai appris pas mal de nouvelles choses.

Chère Ijeawele, ou un manifeste pour une éducation féministe

Chimamanda Ngozi Adichie, Chère Ijeawele, ou un manifeste pour une éducation féministe: offert par Margot lors de la Ronde des poches organisée par Armalite, ce court livre m’a complètement sortie de ma zone de confort. Je n’ai quasi jamais lu d’auteurs africains, sans doute par manque d’intérêt mais aussi sans doute parce qu’il y a tant d’autres livres à lire originaires de parties du monde qui me tentent plus (en gros les Etats-Unis et l’Asie – l’Afrique n’est pas le seul continent oublié dans mes lectures). L’auteur nigériane a écrit cette longue lettre à une amie – jeune maman – qui lui demandait comment élever sa fille selon les règles de l’art du féminisme. Elle propose différentes pistes, examinant les situations concrète qui se présenteront au cours de la vie d’un enfant et explique comment déjouer les pièges du sexisme. Je n’ai pas d’enfants mais le texte sonne très juste – sans être révolutionnaire -, certaines propositions sont souvent oubliées mais gagneraient à être défendues plus régulièrement. Je me suis retrouvée dans une partie du livre, moins dans une autre: le choix de la couleur des vêtements d’un enfant ne me concerne pas trop; par contre, aider à améliorer la confiance en soi est un combat de tous les jours, même pour moi, à l’âge adulte. L’écriture de ce manifeste est agréable et l’auteur n’hésite pas à lancer quelques piques pleines d’humour ni à critiquer certains travers de la société nigériane, ce qui rend la lecture encore plus plaisante. Et comme l’écrivait Margot dans la carte accompagnant le livre, il se lit le temps de boire deux grandes tasses de thé, ou dans mon cas, un grand verre de limonade, assise au jardin et profitant des premiers rayons de soleil du printemps.

Dernier jour sur terre

David Vann, Dernier jour sur terre: le 14 février 2008, Steve Kazmierczak, âgé de 27 ans, pénètre dans un auditoire de l’université du nord de l’Illinois. Lourdement armé, il tue cinq personnes et en blesse dix-huit avant de se donner la mort. David Vann raconte l’histoire de Steve, depuis son enfance à sa mort. Il tente d’expliquer comment et pourquoi il en est venu là. Parallèlement, il parle de sa propre vie et se demande pourquoi lui-même n’est pas arrivé au même résultat sachant que son père adorait les armes et qu’enfant, il était entouré par celles-ci. Il ne s’agit pas d’un roman mais du récit d’une vie ratée, marquée par des troubles psychologiques assez profonds. Malgré les talents d’écriture de David Vann, c’est assez froid et factuel et le lecteur connaît dès le départ l’issue du récit. Les seuls passages qui m’ont un peu touchée sont les récits personnels, celui de cette scène de chasse dans la nature qui ressemble très fort à celle décrite dans Goat Mountain. Le livre n’est heureusement pas très long – je pense que je l’aurais abandonné dans le cas contraire.