Très intime

Solange, Très intime: ceci n’est pas un livre écrit pas Solange, la Québécoise à l’accent parisien connue de ses clips you tube parlant de sexe et d’autres choses (Solange te parle). Il rassemble en fait les interviews de femmes qui ont entre 18 et 46 ans et qui racontent leurs expériences sexuelles sans se voiler la face. A la base diffusées en radio, elles prennent ici la forme écrite (il y a d’ailleurs une polémique à ce sujet, mais peu importe). Le langage est souvent cru, très oral, très direct. Ces femmes répondent aux questions de Solange, questions qui n’ont pas peur d’aller plus loin dans le sujet. Elles parlent d’orgasme, de libido, du “pas envie”, des relations à plusieurs, des relations entre femmes, du cunnilingus, des détails et des endroits où cela provoque du plaisir, de l’obligation, du viol. Ce dernier point est très frappant: un tiers des femmes interrogées se dit victime de rapports non désirés, de rapports qu’un homme leur a imposé et qu’elle ont subi sans leur accord. Du viol donc. Ce livre propose une image de la sexualité féminine d’aujourd’hui et pourtant je ne m’y suis pas vraiment retrouvée. Même si j’ai apprécié la lecture. (Ce billet sera très certainement suivi d’un autre, plus général, sur le sujet).

Passage

Connie Willis, Passage: encouragée par un ami, je me suis lancée dans le lecture du pavé qu’est Passage de Connie Willis, un auteur dont j’avais adoré quelques romans (Le grand livre, All clear et Black out) et moins aimé d’autres (Bellwether). Joanna Lander est psychologue à l’hôpital de Mercy General et passionnée par les expériences de mort imminente (EMI ou NDE en anglais, Near death experience). Elle court d’un côté à l’autre du bâtiment pour interroger des patients qui ont connu une telle expérience, espérant arriver avant son horrible collègue Mandrake qui est le spécialiste de l’interview induisant des réponses toutes faites (les anges, la lumière, etc.). Elle est aidée par son amie, l’infirmière Vielle Howard qui travaille aux urgences et par une petite fille, Maisie, qui a des problèmes cardiaques sérieux mais qui adore raconter des histoires de catastrophes (du Titanic à l’incendie du Hindenburg). Elle se laisse convaincre par le neurologue Richard Wright de participer à ses expériences: il a en effet déterminé que l’injection d’une certaine drogue psychoactive peut provoquer une EMI artificielle. Commence alors la difficile recherche de patients qui veulent bien participer à l’expérience, et surtout sans a priori et sans aucune relations avec Mandrake. Joanna et Richard s’embarquent dans une longue et difficile aventure qui aura de multiples péripéties. Ils se perdront souvent dans les couloirs labyrinthiques de l’hôpital, se retrouveront souvent devant la porte fermée de la cafétéria dont les horaires si réduits n’aident personne, Joanna en profitera pour manger les divers snacks se trouvant dans les poches de Richard, elle écoutera les nombreuses histoires de catastrophes de Maisie mais aussi celles d’Ed Wojakowski, un ancien de la Navy qui raconte son passé, se contredisant constamment…

Bref, de quoi remplir les nombreuses pages de ce pavé sans vraiment arriver au but de l’histoire. Car c’est le grand souci de ce livre, il est extrêmement bavard (660 pages dans ma version électronique) et au moins un tiers n’est pas utile. Pendant la première moitié du livre, le lecteur a vraiment envie que l’auteur en vienne à son but premier mais ça se traîne. Un bon éditeur n’aurait pas été du luxe. Cela n’empêche pas que je me suis attachée aux personnages et j’ai adoré les histoires de catastrophes. Ce qu’écrit Connie Willis n’est pas en vain: les éléments sont liés et cela se met en place progressivement. Je dirais que c’est le roman idéal de vacances, à lire quand on de longues journées devant soi (j’ai lu la moitié lors du congé de l’Ascension). Bref, ce n’est pas le meilleur roman de Connie Willis mais il est plaisant.

Comment j’ai vidé la maison de mes parents

Lydia Flem, Comment j’ai vidé la maison de mes parents: vu sur le blog de Keisha, je ne pouvais que m’intéresser à ce livre. Je sais que cette tâche immense m’attend un jour pas si éloigné que ça et que cela prendra beaucoup de temps. Mes parents n’ont jamais rien jeté et amassé mille et une choses pendant presque 60 ans de vie dans cette maison. En commençant ma lecture, j’ai été très vite agacée: nous avons ici le combo de “femme juive dont les parents ont été dans les camps de concentration, femme qui est devenue psychanalyste et à tendance freudienne”. Chez moi, cela suffit à faire sonner toutes les alarmes. J’ai cependant continué ma lecture, essayant de passer le plus possible au-delà de ces éléments et en me concentrant sur le vidage en tant que tel de la maison des parents. Lydia Flem raconte ses difficultés, les émotions qui remontent, les objets incongrus que ses parents n’ont pas jetés (ses biberons, par exemple – je me reconnais là – il y en a encore au grenier) mais elle fait également des découvertes. Ses parents n’ont jamais réussi à parler beaucoup des camps de concentration avec elle alors qu’ils ont fait de nombreuses recherches à ce sujet. Elle découvre des lettres et des documents qui l’aident à retracer leur parcours. Elle trouve aussi des tonnes de factures et extraits de compte, y compris ceux du séjour de sa mère à la maternité, lors de sa naissance. Au final, malgré mon agacement préliminaire, ce court récit m’a beaucoup plu par sa sensibilité et son universalité. Chaque enfant sera un jour confronté à la mort de ses parents et beaucoup devront s’atteler à cette difficile réflexion sur la conservation ou pas du passé, de leur passé.

Hôtel International

Rachel Vanier, Hôtel International: apprenant le suicide de son père, Madeleine fuit Paris sur un coup de tête et se retrouve à Phnom Penh au Cambodge. Elle se laisse entraîner par la vie des expats, de rencontres d’un soir en beuveries, préférant la torpeur et l’ivresse à l’acceptation de son deuil. Elle accepte un boulot d’assistante de production pour un défilé de mode et découvre de cette manière quelques facettes de la vie locale mais sans trop s’y attarder. Elle rencontre d’autres étrangers installés là sans vraiment approfondir les relations. Bref, elle met sa vie entre parenthèses. Rachel Vanier décrit la vie d’une fille paumée et plutôt superficielle, que l’on imagine bien écrire un blog de mode. Elle aborde cependant l’histoire du Cambodge et le génocide de Pol Pot et parle furtivement des conditions de vie des locaux tout en décrivant la ville de Phnom Penh et les temples d’Angkor. Mais au centre du roman se trouve une communauté d’expats pas très intéressée ni très intéressante et si ce roman n’était pas situé au Cambodge, pays que j’aime beaucoup, je n’aurais pris aucun plaisir à le lire. Un avis mitigé donc, plus lié à l’histoire qu’au lieu où elle est située.

J’ai été tentée par ce roman après avoir lu le billet de Yv.

The Black Death

Ole J. Benedictow, The Black Death 1346-1353. The complete history: depuis que j’ai lu Le grand livre de Connie Willis, j’ai voulu en apprendre plus sur l’histoire de la Grande Peste au Moyen Age. Cette envie a été ravivée par la lecture d’Indulgences et je me suis finalement décidée à chercher des livres sur le sujet. En français, c’est assez limité, en tous cas dans ce qui est encore disponible: quelques courts livres d’introduction (ce qui ne me semblait pas suffisant) et Les chemins de la peste de Frédérique Audoin-Rouzeau (connue aussi sous son nom de romancière, Fred Vargas). Je me suis laissée tenter par ce dernier, découvrant après mon achat qu’il s’agit de l’histoire de la découverte de la bacille de la peste au 19e siècle et l’évolution de la recherche médicale à ce sujet. Après avoir appris à reconnaître les différentes sortes de puces, j’ai arrêté ma lecture après 90 pages.

Je me suis alors tournée vers le monde anglophone et c’est ainsi que mon choix s’est porté sur le pavé de Benedictow. Historien norvégien, il a résumé dans ce livre de 2004 toutes les connaissances et études sur la peste de 1346-1353. Les cinquante premières pages décrivant la maladie sont passionnantes et se lisent (presque) comme un roman d’aventures. La suite devient plus répétitive: l’auteur décrit les chemins qu’ont emprunté la maladie depuis son lieu d’origine au bord de la Mer Noire, se disséminant progressivement dans toute l’Europe. L’analyse est purement scientifique, avec beaucoup de comptage de kilomètres pour essayer de déterminer la route la plus plausible, tenant compte des transports à pied ou en bateau de l’époque. Pour un non historien, cela devient vite lassant. La partie suivante du livre tente de déterminer le taux de mortalité causé par la peste. S’aidant de diverses statistiques (les chiffres sont fort limités en fait), Benedictow arrive à une conclusion d’un taux de mortalité tournant autour des 50-60%, voire plus selon les régions. A nouveau, ces pages sont assez ennuyeuses. Enfin, une courte conclusion parle des répercussions politiques et sociales de la maladie, chapitre que j’aurais aimé voir bien plus développé.

Ce livre s’adresse clairement à un public précis, appartenant au monde scientifique / historique. Même si j’ai appris beaucoup de choses, je reste sur ma faim: je n’ai toujours pas trouvé d’informations plus précises sur la vie quotidienne lors de la peste, sur les conséquences et les changements qu’elle a provoqué dans la société, bref une analyse beaucoup plus large du phénomène. Je continuerai à chercher !

A carpet ride to Khiva

Christopher Aslan Alexander, A carpet ride to Khiva. Seven years on the silk road: acheté en 2010 (j’ai été tentée parce que j’ai fait un voyage dans la région dans les années 1980), ce livre est resté très longtemps sur ma PAL, toujours devancé par d’autres lectures. Comme je m’oblige à lire des choses plus anciennes, A carpet ride to Khiva a enfin vu son tour arriver. L’auteur anglais, Christopher Aslan Alexander, s’est retrouvé à Khiva, en Ouzbékistan pour écrire un guide de voyage. Très vite son attention est attiré par les superbes tapis de la région dont il retrouve les motifs dans des miniatures du 15e siècle et il décide de créer grâce à des fonds étrangers (de l’Unesco, il me semble) un atelier de tissage selon les méthodes traditionnelles. Il raconte sa vie à Khiva, les mœurs locales, la recherche de teintures naturelles en Afghanistan (on est juste après le 11 septembre), l’histoire de la route de la soie, la fabrication de cette soie, la corruption aussi, qui ne sera pas sans conséquences sur son séjour. Son récit permet au lecteur de découvert une des ces anciennes républiques soviétiques un peu oubliées, sous la coupe de dictateurs corrompus et luttant contre la montée de l’islamisme. Le voyage est passionnant et permet de mieux comprendre cette partie du monde.

Nulle part

Kalyan Ray, Nulle part: ce gros pavé de plus de 600 pages m’a été conseillé par une libraire qui en a parlé avec beaucoup de passion. Le sujet avait beaucoup pour me plaire – une chronique familiale au travers des siècles et des continents. Le livre commence par la fin, par la mort d’un couple en Nouvelle-Angleterre – l’arbre généalogique situé en début du livre permet de comprendre qu’une longue histoire se termine avec cet épisode. En 1843, en Irlande à la veille de la grande famine, Padraig Aherne et Brendan McCarthaigh sont les meilleurs amis du monde mais les hasards de la vie vont les séparer. Padraig se retrouve en Inde, à Calcutta; Brendan devient père malgré lui, s’occupant de la petite fille de Padraig, un enfant qu’il n’a jamais connu.

De génération en génération, Kalyan Ray raconte les aventures des deux héros et de leurs descendants, face aux événements du monde: la famine irlandaise, l’époque coloniale en Inde, la scission de l’Inde et du Bangladesh, l’immigration aux Etats-Unis, la vie à New York au début du 20e siècle… Ce roman de grande envergure est par moments passionnants, surtout la première moitié. Je n’ai jamais été fort intéressée par l’Irlande mais la description de la vie sur place à l’époque de famine est très détaillée et j’ai été touchée par les personnages. La partie indienne semble introduire quelques éléments surnaturels mais ils ne sont pas vraiment exploités; c’est plutôt la vie quotidienne à Calcutta et au Bangladesh qui est mise en avant, ce qui m’a évidemment fort intéressé.

Par contre, j’ai eu l’impression que l’auteur a eu peur d’ennuyer son lecteur et qu’il a donc rajouté des couches: aucun personnage n’a une vie vraiment heureuse, les catastrophes s’accumulent, parfois au point d’en être grotesques (je pense à un épisode à New York – il faut vraiment un hasard inexplicable pour qu’une telle chose arrive). Ces exagérations ont un peu plombé ma lecture mais il ne me restait à ce moment-là plus que 200 pages que j’ai vite avalées. Un commentaire encore sur le style: il est très fleuri, parfois un peu alambiqué et il faut un certain moment d’adaptation, surtout au début du livre. J’ai été assez énervée par ces personnages qui répétaient constamment des phrases telles “ma chère Irlande”. Je ne peux pas dire que je n’ai pas aimé ce roman-fleuve – il y a des passages superbes – mais je dois bien avouer qu’il était trop long et trop exagéré sur la fin.