There there

Tommy Orange, There there: le roman raconte l’histoire de douze personnes d’origine indienne qui sont en route vers le grand powwow d’Oakland: Jacquie Red Feather l’ancienne alcoolique ayant abandonné sa famille, Dene Oxendene qui filme des interviews en souvenir de son oncle décédé, Orvil, l’adolescent qui a appris les danses traditionnelles en regardant des vidéos sur le net, et d’autres personnages dont certains aux intentions peu recommandables. Cette multitude d’hommes et de femmes m’a très vite perdue, d’autant plus que le chronologie est aussi fragmentée. Et dès les premières pages, j’ai eu du mal avec le style très contemporain d’écriture. J’ai sans doute manqué de concentration dans ma lecture, et d’attachement aux personnages, et je suis donc complètement passée à côté de ce roman que j’ai quand même terminé parce qu’il n’est pas très long. Je vous renvoie donc vers des critiques plus positives et plus nuancées, celle d’Electra, de Marie-Claude ou de Jackie Brown. Je rajouterais également que je l’ai lu à un moment où je déprimais pas mal – au mois de septembre – mon état d’esprit recherchait clairement quelque chose de moins urbain et de plus feelgood à ce moment-là.

Pale rider

Laura Spinney, Pale rider: the Spanish flu of 1918 and how it changed the world: entre 1918 et 1920, l’épidémie de grippe “espagnole” a tué entre 50 et 100 millions de personnes, plus que les guerres mondiales, probablement plus que tout autre événement historique. Et pourtant, peu d’études sont consacrées à ce sujet. Laura Spinney a tenté d’y remédier en écrivant ce livre fouillé, tant au niveau historique que scientifique. Elle part à la recherche du patient zéro (il n’est pas espagnol, mais pourrait bien être français), explique comment le virus s’est propagé partout dans le monde, fait une analyse scientifique de celui-ci, parle de la manière dont les médecins et soignants de l’époque ont réagi (quarantaine, ou au contraire, pas de quarantaine). Elle montre aussi comment cette épidémie a changé toute une société qui s’est modernisée d’un coup et comment les structures familiales, la politique, la médecine, les arts… ont été influencés. Certains livres d’histoire sont très académiques et ennuyeux, celui-ci est tout à fait différent: il est passionnant et se lit comme un polar !

Un été au Kansai

Romain Slocombe, Un été au Kansai: Friedrich Kessler, 24 ans, débarque au Japon en 1941 pour travailler à l’ambassade du Reich. Par l’intermédiaire de lettres, il raconte à sa sœur restée en Allemagne ce qui se passe à Tokyo, les jours insouciants du début, puis les bombardements et les incendies de la fin de la guerre. Il parle de ses rencontres, de l’attirance qu’éprouvent pour lui plusieurs femmes, l’épouse de l’ambassadeur et l’infirmière qui s’occupe de lui pendant un accès de malaria. Ce roman épistolaire montre l’envers du décor, donnant la parole aux vaincus qui malgré tout croient encore à une victoire (pas tous, mais un grand nombre). J’ai eu un peu de mal à entrer dans le roman mais je me suis très vite intéressée au récit de la grande histoire – l’auteur s’est beaucoup appuyé sur des sources de l’époque et connaît bien le Japon. Et ce n’est pas désagréable à lire.

Split tooth

Tanya Tagaq, Split tooth: j’ai découvert Tanya Tagaq lors d’un concert en 2007 à Séville. Elle m’a impressionnée par son chant de gorge inuit et son détournement des traditions du katajjaq pour créer des improvisations totalement modernes. Et ses deux concerts plus récents en Belgique étaient tout aussi fantastiques. Quand j’ai vu qu’elle avait sorti un livre, je me suis empressée de l’acheter, recevant une belle édition à couverture cartonnée blanche et à la tranche rouge sang. L’histoire est celle d’une jeune adolescente vivant dans le Grand Nord. Elle raconte sa vie quotidienne, ses problèmes à l’école, ses escapades dans la nature. Il y a une importante dimension mythologique, et le récit s’éloigne parfois de la réalité, creusant les liens avec la nature et évoquant des créatures fantastiques. L’écriture est belle, très dure parfois, et entrecoupée de poèmes. Ce n’est pas un roman facile à aborder, il peut laisser perplexe, mais je me suis complètement laissée emporter dans ce monde réel et bizarre à la fois créé par Tanya Tagaq.

The longest night

Andria Williams, The longest night: 1959. Nat et Paul Collier s’installent à Idaho Falls, avec leurs deux petites filles. Paul a été envoyé là par l’armée pour travailler sur le site d’un réacteur nucléaire. Il rejoint son équipe et découvre rapidement que son supérieur cache de nombreuses informations sur les dysfonctionnements du réacteur. Pendant ce temps, Nat tente de s’adapter à sa vie de femme au foyer, s’occupant des enfants mais, empreinte de liberté, elle ne respecte pas toujours les normes très restrictives de l’époque. L’histoire connaît encore des développements par la suite mais je m’attendais à un récit moins linéaire et moins convenu. Ce n’est pas désagréable à lire mais certains éléments sont cousus de fil blanc, dès les premières pages même qui annoncent un “accident”. C’est au final une belle analyse d’un mariage très normal, de ses écueils et de ses petites joies.

Abandoned books (VII)

Lionel Shriver, Big brother: Pandora n’a pas vu son frère depuis quatre ans. Quand celui-ci arrive chez elle, en quête d’un endroit pour vivre un moment, elle est interloquée par sa prise de poids extrême. Surtout qu’elle et son mari ont toujours fait très attention à leur nourriture. A priori, l’histoire pouvait m’intéresser mais dès les premières lignes, j’ai été déçue par le style très plat, inexistant même. J’ai malgré tout continué pour abandonner après un quart du livre: l’histoire n’avançait pas, faisant des détours inutiles et inintéressants.

Paul Theroux, The old Patagonian Express: by train through the Americas: j’avais déjà souffert en lisant le récit se passant en Chine, j’ai abandonné celui-ci après 70 pages. Je n’accroche vraiment pas au style de l’auteur. Il raconte son voyage, mais surtout les rencontres fortuites et j’ai toujours l’impression qu’il a un sentiment de supériorité face à elles, qu’il se moque un peu. Mais je sais aussi que ses livres restent des classiques de la littérature de voyage…

M.O. Walsh, Soleil brisé: Bâton Rouge, Louisiane – un homme adulte raconte cet été de 1989 où sa voisine de 14 ans a été violée. Le sujet me tentait, le fait que cela se passe en Louisiane aussi, mais après 70 pages je m’ennuyais: je n’ai pas accroché au style ni à l’histoire, sans vraiment réussir à mettre le doigt sur ce qui me dérangeait. Sur goodreads, les avis sont très partagés.

Amy Stewart, La fille au revolver: j’avais adoré The drunken botanist mais quand Amy Stewart se met à la fiction (quoique inspirée d’une histoire vraie), ça passe moins bien. Après avoir lu presque la moitié, je m’ennuyais sérieusement – il n’y a pas beaucoup d’action et le style ne compense pas ce manque – et j’ai donc abandonné.

For a pagan song

Jonny Bealby, For a pagan song: en voyageant au Rajasthan avec Wild Frontiers, j’ai appris que le fondateur de l’agence était Jonny Bealby, qu’il avait été musicien rock mais aussi qu’il avait écrit plusieurs récits de voyage. Et j’ai donc eu envie d’en lire un. Mon choix s’est porté sur For a pagan song qui est le récit d’un trek assez incroyable dans les zones tribales d’Afghanistan, juste avant la prise de contrôle du pays par les Talibans. Bealby raconte son désir de vivre les aventures que Kipling conte dans The man who would be king. Dans cette nouvelle, les deux héros partent à découverte du Kafiristan pour y devenir rois.

Dans les années 90, la région était déjà fort troublée et difficilement accessible. Bealby trouve un partenaire, un employé d’une ONG connaissant bien la région et part pour ce trek de plusieurs semaines. C’est une société d’hommes et de clans, et ils sont toujours armés, ce qui causera certaines frayeurs aux voyageurs. A certains moments, ils sont quasiment pris en otage. Mais surtout cette région montagneuse est magnifique et la description des paysages donne envie de la visiter. J’avoue que j’ai été un peu horrifiée des risques pris par Bealby – et heureusement tout s’est bien terminé. Et j’ai aussi souvent pensé, avec un peu de jalousie, que le fait que je sois une femme rendrait ce voyage totalement impossible pour moi. Les femmes sont tout simplement invisibles et sans aucun droit dans cette région, et même une étrangère n’y aurait pas accès. J’ai aimé le récit, mais il m’a aussi fait poser quelques questions.