Molosses

Craig Johnson, Molosses: voyant qu’Electra avait lu Molosses, j’ai décidé de faire de même (et par la suite nous avons décidé de publier notre article le même jour). Dans ce sixième tome des aventure de Walt Longmire, le shérif se trouve confronté à diverses aventures impliquant notamment les propriétaires d’une déchetterie et des investisseurs en immobilier souhaitant construire à proximité. L’histoire se déroule au coeur de l’hiver (j’ai eu froid), selon un rythme assez lent, mais avec quelques passages haletants, et d’horribles molosses aux dents acérées. Et surtout une belle dose d’humour: certaines scènes sont tout simplement hilarantes. Longmire est toujours entouré de son fidèle chien et de ses amis et collègues, même si dans ce cas, Henry Standing Bear était bien trop peu présent à mon goût. Comme toujours, j’ai aimé me plonger dans ces histoires du fin fond du Wyoming mais écrivant ce billet quelques semaines après ma lecture, je me rends compte que ce roman ne m’a pas énormément marquée. Suite au prochain épisode !

Le regard féminin

Iris Brey, Le regard féminin – Une révolution à l’écran: il y a de ces livres pour lesquels je n’ai pas envie d’écrire une longue notice qui expliquerait tout le contenu. Parfois j’ai juste envie de dire: lisez-le ! Le regard féminin fait partie de ceux-là. Iris Brey explique comment les femmes sont filmées au cinéma, et comment certains cinéastes, essentiellement des femmes, ont changé leur manière de les filmer. Je vous renvoie vers la page wikipédia:

« Pour savoir si un film adopte un regard féminin, Iris Brey propose de questionner les 6 points suivants:

  1. Est-ce que le personnage principal s’identifie en tant que femme ?
  2. Est-ce que l’histoire est racontée de point de vue du personnage principal féminin ?
  3. Est-ce que l’histoire remet en question l’ordre patriarcal ?
  4. Est-ce que la mise en scène permet au spectateur ou spectatrice de ressentir l’expérience féminine ?
  5. Si les corps sont érotisés, est-ce que le geste est conscientisé ?
  6. Est-ce que le plaisir des spectateurs est produit par autre chose qu’une pulsion scopique ? »

Depuis, je regarde les films et les séries différemment, m’interrogeant sur la représentation des femmes. Et je pense que c’est tout l’intérêt du livre.

Where China Meets India

Myint-U Thant, Where China Meets India: Burma and the New Crossroads of Asia: en commençant ce livre, je pensais lire l’histoire personnelle de l’auteur et l’exploration de son pays, la Birmanie. Ce n’est pas tout à fait le cas: il s’agit plutôt d’un écrit très bien documenté sur l’histoire et la situation politique du pays, ainsi que ses liens avec la Chine et l’Inde. C’est aussi une analyse assez fine des relations commerciales dans cette partie d’Asie. Le livre est divisé en trois grandes parties: la première est consacrée à la Birmanie, la seconde à la Chine, et tout particulièrement au Yunnan et à son histoire, fort différente de celle qui est expliquée en général, et la troisième à l’Inde, et donc à la partie frontalière avec la Birmanie. L’histoire de ces régions limitrophes est méconnue et j’ai appris énormément de choses. Mais j’ai malgré tout eu un grand souci en lisant ce livre: il a été écrit en 2011, avant la fin de la dictature militaire, et les perspectives avancées par l’auteur à propos de l’avenir sont quelques peu dépassées et cela m’a laissée sur ma faim. J’ai entre-temps vu qu’il avait écrit une analyse sur l’évolution du pays pendant les dix dernières années; je vais tenter de le lire avant que tout ça ne soit également du passé.

Le petit-fils

Nickolas Butler, Le petit-fils: Lyle et Peg, aujourd’hui pensionnés, vivent dans un coin isolé du Wisconsin. Lyle aide un ami dans les vergers et profite de la nature et de la beauté environnante. Leur fille adoptive, Shiloh, et leur petit-fils, Isaac, se sont installés avec eux depuis peu. Mais Shiloh s’éloigne d’eux après avoir rencontré un prêtre charismatique à la tête d’une congrégation religieuse qui porte tous les traits d’une secte, emmenant son fils et disloquant le monde des grands-parents.

C’est un roman facile et agréable à lire, mais il ne laisse que peu de traces (je l’ai lu fin mai et j’écris cette chronique mi-juin). Il est inspiré de faits réels et dès le départ, le lecteur sait que quelque chose de terrible risque d’arriver. La plongée dans le monde de la secte reste pour moi un peu superficielle mais j’ai aussi eu du mal avec la foi pourtant très modérée des grands-parents, notamment le fait que Lyle continue à aller à l’église alors qu’il ne croit plus. Mais ceci est évidemment très personnel et lié à mes propres conceptions de la religion. Bref, un roman plaisant mais vite oublié.

Protest song

Yves Delmas & Charles Gancel, Protest Song : La chanson contestataire dans l’Amérique des Sixties: ou une lecture pour le travail. La collection Le mot et le reste est devenue essentielle dans le monde francophone pour les livres parlant de musique. Les deux auteurs s’intéressent aux années 1960, à la chanson contestataire de l’époque mais plus largement aux divers styles pop, rock et soul qui ont marqué la décennie. Ils retournent aux sources, parlant évidemment de Woody Guthrie et Pete Seeger (qui a commencé sa carrière à la fin des années 1940), puis détaillent la vie de Bob Dylan, ses chansons folk, puis son passage à une musique électrique. Ils abordent les problèmes de société qui ont inspiré les artistes: guerre du Vietnam, lutte pour les droits civiques, le mouvement hippie… et expliquent aussi comment la contestation s’est essoufflée dans les années 1970. De nombreux textes de chansons illustrent le propos. Ce livre est une autre manière d’appréhender l’histoire des Etats-Unis à cette époque et c’est passionnant.

La légende de Bloodsmoor

Joyce Carol Oates, La légende de Bloodsmoor: second volume de la trilogie gothique (même si les romans n’ont pas d’histoire commune), La légende de Bloodsmoor est un de ces pavés qui s’attaquent quand on a du temps. Le récit se situe en Pennsylvanie, à la fin du 19e siècle. La famille Zinn est composée d’un père inventeur, d’une mère issue d’une famille riche et de cinq filles à marier. Lors d’une fête, la plus jeune, Deirdre, est enlevée par un homme mystérieux se déplaçant en montgolfière. Et là, tout bascule: chacune des filles connaîtra une histoire bien différente de celle qui était prévue (du genre mariage et enfants).

Joyce Carol Oates raconte ces aventures d’un ton parfois grotesque, y ajoutant des éléments de fantastique, caricaturant les personnages, parfois à l’extrême. Ce n’est pas une chronique familiale classique, cela va bien plus loin. Si j’ai été happée par le roman dans ses 300 premières pages, je me suis lassée par la suite. Certaines parties, notamment celle qui raconte en détails l’histoire du spiritisme, m’ont parues un peu longues, et l’histoire d’une des soeurs est finalement résumée en quelques pages alors qu’elle aurait mérité une partie à elle toute seule. Mais j’ai quand même été étonnée de ma rapidité de lecture, l’histoire est haletante et le lecteur souhaite connaître la suite des aventures des soeurs Zinn. Ma note reste cependant moyenne à cause des longueurs mais aussi parce que j’ai toujours du mal avec le grotesque, et parfois, il m’a dérangée.

1349

Joren Vermeersch, 1349. Hoe de Zwarte Dood Vlaanderen en Europa veranderde: mon intérêt pour l’histoire de la Peste Noire n’est pas nouveau, j’avais déjà lu un épais ouvrage racontant son déferlement dans toute l’Europe mais j’étais restée sur ma faim concernant le niveau régional, celui de la Belgique. Avec cet ouvrage de Joren Vermeersch, à la base un mémoire de fin d’études, j’ai pu lire une approche vraiment locale, centrée sur Gand et Bruges essentiellement. L’historien explique que le manque de sources a poussé ses prédécesseurs à affirmer que la Flandre n’avait que peu souffert de l’épidémie. Or, après de nombreuses recherches et l’analyse de sources écrites oubliées auparavant, il arrive à la conclusion que la région a connu un taux de mortalité probablement similaire à celui des régions limitrophes. Il préfère cependant ne pas mettre de chiffre précis.

La seconde partie du livre s’attache aux conséquences économiques et sociales, comment la peste a complètement changé le monde des travailleurs. Il casse de nombreuses idées reçues et décrit le fonctionnement des guildes, tout particulièrement celles liées au textile. L’ouvrage est assez court, mais je l’ai trouvé passionnant, bien écrit et très accessible, même en néerlandais (seuls quelques mots très spécifiques m’ont posé problème). J’aurais par contre aimé que l’auteur retranscrive les citations en langue contemporaine (à la longue, je les sautais, tout simplement). A part cette remarque très accessoire, j’ai beaucoup apprécié ce livre.

Lincoln’s dreams

Connie Willis, Lincoln’s dreams: ceci était probablement un des derniers romans de Connie Willis que je n’avais pas lu et il traînait sur ma PAL depuis des lustres; c’est le premier qu’elle a publié. Jeff Johnston fait des recherches historiques pour un auteur qui écrit des romans sur la Guerre de Sécession américaine. Un soir, il rencontre Annie, une jeune femme troublée par ses rêves: elle revit en effet des scènes de cette même guerre. Jeff veut la protéger et la soigner, et l’emmène dans ses recherches historiques. Mais cela provoque des rêves encore plus intenses.

J’ai retrouvé le style trépidant de Connie Wilis, avec ses répétitions de scènes, notamment celles avec un chat. Mais je me suis aussi bien ennuyée: je ne connais pas grand chose à la Guerre de Sécession (à part ce que j’ai vu dans Autant en emporte le vent) et l’auteur rentre dans les détails de nombreuses batailles et parle des personnalités de divers généraux (et de leurs chevaux). Heureusement, ce roman n’est pas trop long mais il est clair que je préfère des écrits plus récents, sur des sujets historiques que je connais mieux. D’ailleurs, je pense que mon intérêt pour le Moyen-Age et la peste est né avec la lecture de Doomsday book, Le grand livre.

How we disappeared

Jing-Jing Lee, How we disappeared: Jing-Jing Lee, jeune autrice singapourienne, raconte dans ce roman deux histoires en parallèle. Wang Di est aujourd’hui une femme âgée, elle se souvient de la guerre: en 1942, âgée de 17 ans, elle a été enlevée par des militaires japonais et enfermée dans maison de passe où elle devait « réconforter » les soldats. En 2000, la grand-mère de Kevin, l’autre narrateur, décède, non sans avoir fait une confession à son petit-fils. Il décide de mener l’enquête. Les deux histoires vont se mêler à un moment précis (il faut vraiment attendre les dernières pages), mais entre temps, Jing-Jing Lee a écrit un portrait très fin et émouvant de ces « filles de réconfort » qui ont été contraintes à la prostitution. Elle décrit toute l’histoire de l’occupation japonaise à Singapour par la même occasion. Elle explique dans ses remerciements qu’elle s’est notamment inspirée d’un documentaire hollandais, Troostmeisjes: omdat wij mooi waren, filmé en 2010 par Frank Van Osch en Indonésie (documentaire que j’ai vu entre temps et qui est très émouvant). J’ai trouvé ce livre très violent et très touchant en même temps, j’y ai retrouvé une Asie tropicale que j’aime beaucoup, et j’ai apprécié le style d’écriture fluide, qui donne l’impression au lecteur de se retrouver sur place. Je conseille chaudement !

It didn’t start with you

Mark Wolynn, It didn’t start with you: how inherited family trauma shapes who we are and how to end the cycle: cela fait un certain temps que la psychogénéalogie me passionne mais le seul livre que j’avais lu sur le sujet avait été décevant. Celui-ci est beaucoup plus intéressant. Mark Wolynn commence par parler de la transmission d’ADN, et comment celui-ci peut également inclure la transmission de traumas sur trois générations. Ce chapitre est assez fascinant et troublant en même temps. En citant plusieurs exemples, il raconte comment le trauma d’un aïeul peut survivre et troubler la vie d’un de ces descendants. La suite du livre explique comment repérer ce possible trauma par l’intermédiaire de divers procédés qui sont très clairement détaillés dans le livre et qui permettent de commencer un travail sur soi assez approfondi. J’ai pas mal réfléchi sur ma propre histoire en lisant ce livre, ainsi que celle de mes parents. Malheureusement, la mémoire se perd et je ne connais que très peu la vie de mes grands-parents, et moins encore celle des générations avant. Cela m’a poussée à ressortir les généalogies familiales mais je n’y ai repéré que très peu d' »anomalies », c’est-à-dire, par exemple, des personnes décédées jeunes. Par contre, il a des histoires de dépression, de maladie et donc de personnes soignantes, beaucoup de femmes qui ne se marient pas… J’aimerais pouvoir approfondir tout cela avec une personne extérieure. Ce livre était passionnant, et je le conseille. Qui sait ? Il débloquera peut-être quelque chose ?