Al-Andalus

Pierre Guichard, Al-Andalus: 711-1492: une histoire de l’Espagne musulmane: je n’ai pas grand-chose à dire sur ce livre – il s’agit donc bien d’une histoire de l’Espagne sous domination musulmane. Pierre Guichard résume tout cela en 200 pages environ, se focalisant sur les événements historiques. J’aurais aimé apprendre plus de choses sur l’économie, la culture et la vie quotidienne et je suis restée un peu sur ma faim mais je connais maintenant la base. J’avais d’abord entamé un autre livre, en néerlandais, de Luk Corluy, Al-Andalus 711-1492 mais je l’ai abandonné pour diverses raisons: trop de détails historiques, des contradictions, un style lapidaire et très sec avec des phrases sujet-verbe-complément l’une à la suite de l’autre, et de multiples répétitions des mêmes mots dans une phrase – comme si le livre n’avait jamais été relu. Le sujet m’intéresse mais je n’ai pas trouvé le livre idéal, donc. La première lecture m’a en tous cas beaucoup aidée à mieux comprendre mes visites à Cordoue et Grenade, ce qui était le but recherché. Et elle m’a donné envie d’en connaître plus sur l’histoire du monde musulman en général. D’autres lectures suivront donc probablement dans le futur.

Mango and peppercorns

Tung Nguyen, Katherine Manning et Lyn Nguyen, avec Elisa Ung, Mango and peppercorns: a memoir of food, an unlikely family, and the American dream: en 1975, Tung Nguyen, jeune femme vietnamienne de la campagne, fuit Saigon et se retrouve comme réfugiée aux Etats-Unis. Katherine Manning, jeune femme américaine, la prend sous son aile. Ensemble, elles vont ouvrir un restaurant vietnamien à Miami et Tung deviendra maman de la petite Lyn. C’est donc l’histoire d’un rêve américain, d’une femme qui commence une nouvelle vie en utilisant ses talents culinaires.

Je l’avais attendu, ce livre ! L’histoire me semblait passionnante, une histoire d’immigration pour quitter un pays en guerre, le récit d’une réussite par l’intermédiaire de la nourriture. Et pourtant, j’ai été sacrément déçue: ce n’est pas parce qu’on est cuisinière ou propriétaire de restaurant qu’on sait écrire, et ce n’est même pas parce qu’une autre personne s’occupe de la rédaction que ça devient passionnant. Le récit est basé sur des interviews, et parle de différentes périodes de la vie de ces femmes, avec chaque fois une recette phare pour clôturer le chapitre. Mais on n’entre jamais vraiment dans la vie de Tung, qui reste extrêmement réservée, tandis que Katherine prend trop de place, faisant office de rouleau compresseur à l’américaine. Tout au long des pages, j’ai eu cette impression un peu désagréable que Tung se faisait exploiter, même si Elisa Ung a tenté de la mettre en avant. Quant aux recettes, si certaines ont l’air authentiquement vietnamiennes, d’autres sont de la fusion américano-vietnamienne, et ce n’est vraiment pas ma tasse de thé. Une grosse déception donc, et l’impression d’avoir perdu un peu mon temps.

The bells of old Tokyo

Anna Sherman, The bells of old Tokyo: meditations on time and a city: en lisant les commentaires sur goodreads, j’ai un peu hésité à commencer ce livre, et puis je me suis lancée. Anna Sherman est américaine et a vécu de longues années à Tokyo. Dans ce livre, elle s’interroge sur les cloches qui rythmaient le temps à Edo, l’ancienne Tokyo, et part à la recherche des vestiges. Elle parcours ainsi l’histoire de la ville, mais aussi sa géographie, s’attachant à décrire des temples anciens ou le quartier du palais de l’empereur, mais aussi des quartiers plus modernes. Elle explique comment la ville a été détruite complètement deux fois au 20e siècle, d’abord par le grand tremblement de terre de 1923, puis par les bombardements américains en 1945. Elle note d’ailleurs que ce drame n’est pas que très peu commémoré dans la ville, juste par un petit musée privé, qui est bien loin des grandes esplanades et monuments d’Hiroshima et Nagasaki. Comme Sherman réfléchit sur le temps, elle a également rencontré des fabricants d’horloges anciennes et explique comment le temps était découpé dans le passé (il n’y avait que 12 heures, de durée inégale). Chaque chapitre est entrecoupé par quelques pages plus personnelles, à propos de la relation entre l’auteur et un patron de bar qui prépare de délicieux cafés à partir de grains qu’il torréfie lui-même – endroit qui raconte en même temps l’évolution de la ville.

En relisant les commentaires négatifs sur goodreads, j’ai compris ce qui a troublé ces lecteurs: ce n’est pas un livre à recommander comme première approche du Japon, il vaut mieux déjà connaître une série de choses (une des personnes se plaignait que le mot « shogun » n’était pas expliqué). C’est mon cas, et du coup, j’ai adoré le côté un peu « nerd » du livre, cette recherche d’infimes détails, d’éléments dont on ne parle jamais ailleurs. C’est un récit qui donne une autre image de Tokyo, sans répéter tout ce qui a déjà été dit sur la ville (et à mon point, j’en ai déjà lu beaucoup, des répétitions). J’ai juste trouvé dommage que les nombreuses notes ne soient pas mieux indiquées dans le texte (un petit 1 en indice aurait été utile). Un livre passionnant, donc, mais à ne pas mettre entre toutes les mains.

Ressac

Diglee, Ressac: au coeur de l’hiver 2020, Maureen Wingrove alias Diglee décide de passer un moment seule, dans un couvent en Bretagne. Son beau-père vient d’avoir un grave accident de voiture, lié à des crises psychotiques, et elle souhaite se couper des réseaux sociaux, un peu dépassée par le monde qui l’entoure. Ressac est le journal de cette parenthèse, de cette introspection, de ce regard sur elle-même et ses proches. Elle passe ses journées à observer la nature, l’océan surtout; elle décrit le monde qui l’entoure, la nature, la météo très changeante. Et puis, elle n’est pas vraiment toute seule: il y a quelques autres femmes qui sont là aussi. Elles se succèdent en fait, et elles racontent en partie leur histoire, faisant écho à celle de l’auteur.

C’est un coup de coeur; c’est un livre que j’aurais aimé écrire. Il est très personnel et en même temps, je pense que beaucoup de personnes peuvent y trouver quelque chose. C’est un livre qui se lit en apnée, en une fois, ou presque. Il donne envie de partir aussi, pour quelques jours, loin de tout, et surtout près de la mer. J’ai déjà lu beaucoup de récits personnels et de mémoires et les derniers étaient particulièrement mauvais et superficiels. Ici, rien de tout cela: Diglee touche droit au coeur.

November Road

Lou Berney, November Road: lieutenant fidèle du boss de la mafia Carlos Marcello de la Nouvelle-Orléans, Frank Guidry se rend compte qu’il en sait trop sur le meurtre de John F. Kennedy qui vient d’avoir lieu. Il accepte encore une dernière mission mais sait qu’il doit tenter de fuir; il soupçonne en effet qu’un tueur est à ses trousses. Il prend la route et décide d’aller rejoindre un vieil ami à Las Vegas, un ami qui déteste Marcello – il ne peut faire confiance à personne. En même temps, dans une petite ville de l’Oklahoma, Charlotte Roy décide sur un coup de tête de quitter son mari alcoolique, emmenant ses deux petites filles avec elle dans un long périple vers la Californie. Elle tombe en panne, et croise le chemin de Guidry. Celui-ci y voit l’occasion rêvée de mieux camoufler sa fuite et embarque la famille, prenant le rôle du père de famille. Charlotte commence à documenter le voyage avec un appareil photo qu’elle vient d’acheter, et montre un talent tout particulier avec le jeu des ombres et lumières. Mais comme c’est un polar, tout ne se passe pas comme prévu: Frank et Charlotte sont attirés l’un par l’autre et commencent une relation. Et il y a toujours ce tueur qui les poursuit.

Le roman suit les points de vue des trois protagonistes principaux, Guidry, Charlotte et le tueur, alternant leurs histoires, et donnant au lecteur des informations que les personnages n’ont pas eux-même. Cela augmente évidemment le suspense. C’est aussi une très belle analyse de personnalités, celle des hommes qui sont un peu paumés et qui sont rattrapés par leur passé mais surtout celle de cette femme qui veut aller de l’avant (l’épilogue est particulièrement touchant). Je me suis attachée aux personnages et j’ai adoré lire ce livre, que j’ai dévoré en quelques jours. J’ai été particulièrement émue par la force de Charlotte, et par la manière dont un auteur masculin a transmis un message très féministe.

Grape, olive, pig

Matt Goulding, Grape, olive, pig. Deep travels through Spain’s food culture: ce livre traînait sur ma PAL depuis un certain temps, depuis que j’avais lu avec plaisir Rice, noodle, fish consacré au Japon. Je l’ai ressorti, souhaitant en connaître un peu plus sur la cuisine espagnole, avant d’aller en Andalousie. Matt Goulding est Américain, mais a toujours été passionné par l’Espagne; il s’y est d’ailleurs installé et a épousé une Espagnole. Il raconte tout son parcours dans le livre, de son premier voyage à Barcelone en tant qu’étudiant à ses recherches plus approfondies dans diverses régions du pays, de la Galice aux Asturies, de Valence à Grenade. Il décrit des plats emblématiques comme la paella: il cherche ses origines, ainsi que des versions plus authentiques que celles servies dans les restaurants touristiques. Il suit les pêcheurs de thon de la côte de Cadix et les femmes qui récoltent les pouce-pieds, un genre de crustacé, sur les côtes de Galice. Il parle des bergers qui vivent dans les grottes près de Grenade mais aussi des chefs qui ont fait évoluer la cuisine espagnole et la faire reconnaître au niveau mondial.

En relisant mon article sur Rice, noodle, fish, je me rends compte que je n’ai pas eu autant de plaisir de lire ce volume-ci. Il y a trop de chapitres personnels, racontant la vie de Matt Goulding, et j’ai l’impression que tout l’intérêt porté à Ferran Adria et la cuisine moléculaire est fortement retombé. Je pense aussi que je cherchais plus d’informations liées à ma destination de vacances et le seul chapitre qui s’y rapporte élude un peu le sujet. Bref, j’ai été un peu déçue, mais en même temps, j’ai fait de la place dans ma PAL la plus ancienne (et j’ai quand même appris pas mal de choses sur la cuisine espagnole).

Tokyo Stories

Tim Anderson, Tokyo stories. The ultimate foodie adventures from basement to skyscrapers: je crois que c’est assez clair: j’aime Tim Anderson depuis qu’il a gagné à Masterchef de la BBC. Et donc j’achète ses livres. Celui-ci est consacré à Tokyo, c’est un voyage qui fait découvrir les nourritures (et boissons) de la capitale, en commençant par les food-court des sous-sols et les combinis, puis montant d’étage en étage, présentant les spécialités locales et régionales, des plats européens japonisés et la cuisine haut de gamme, avec chaque fois des recettes. Il y a donc des mets très divers, de la soupe au maïs au shio ramen au citron, du calpis à l’omurice, de l’okonomiyaki d’Hiroshima aux choux à la crème Totoro (celle-là me tente beaucoup à vrai dire, mais ma seule et unique tentative de pâte à choux a été un désastre).

Le livre est très intéressant à lire, chaque recette étant mise dans son contexte et illustrée, et de belles photos de Tokyo agrémentent les pages. Je suis moins inspirée pour préparer ces plats que dans les autres livres de Tim Anderson – je n’en ai d’ailleurs encore cuisiné aucun, mais ça pourrait encore venir.

  • photos: **** (toutes les recettes sont illustrées et il y a de nombreuses photos de Tokyo)
  • texte: **** (chaque plat est remis dans son contexte)
  • originalité des recettes: ****
  • authenticité des recettes: ****
  • faisabilité des recettes: **** (c’est très variable selon les recettes)
  • mesures: unités de mesures métriques et anglo-saxonnes
  • recettes favorites: à venir !
  • indispensabilité du livre: *** (sauf si vous êtes fans de Tim Anderson, ou de Tokyo, ou que vous voulez la recette des choux Totoro: *****)

Les femmes aussi sont du voyage

Lucie Azéma, Les femmes aussi sont du voyage: Lucie Azéma, journaliste et elle-même grande voyageuse s’interroge dans ce livre sur les voyages des femmes. Elle constate que très souvent, elles ne partent pas, elles attendent, comme Pénélope qui se languit d’Ulysse tandis que celui-ci parcourt le monde. Il en est de même pour les grands aventuriers du 19e siècle: madame s’occupe des enfants et du ménage. Et puis il y a cette attirance des hommes pour les femmes exotiques, pour les femmes du harem notamment, des femmes qui sont vues comme des objets. Pourtant, il y a quelques exceptions, quelques figures qui ont bouleversé l’ordre établi, malgré les diktats de la société patriarcale, comme Isabelle Eberhardt ou Ella Maillart, ou d’autres encore, moins connues. Lucie Azéma intègre également ses propres expériences et parle de ce qui peut retenir une femme: la sécurité, le regard des hommes, le cycle menstruel et la maternité…

Je ne vais pas développer plus parce que ce livre vaut vraiment la peine d’être lu. Il s’adresse aux femmes qui n’osent pas encore voyager seules mais aussi à celles qui sont déjà parties. Je fais partie de la seconde catégorie et je sais que ce n’a pas été évident, au début, de prendre cette décision. Or c’est une des meilleures que j’ai prises. J’espère juste qu’avec ces quelques mots, j’aurai pu donner envie de lire ce livre, et puis, de partir en voyage !

Self contained

Emma John, Self contained. Scenes from a single life: ça me disait bien de lire les pensées d’une autre femme célibataire ! Mais disons le tout de suite, je n’aurais pas dû, je me suis ennuyée, j’ai même passé quelques lignes, espérant trouver un intérêt dans ce livre avant la fin. Je n’ai rien contre l’auteur, qui est au début de la quarantaine quand elle a écrit ce livre (pendant le confinement), mais la seule chose qui la démarque un peu de toutes les madames-tout-le-monde, c’est qu’elle vit seule. Si j’avais écrit ma vie, ce serait tout aussi ennuyeux. Emma John raconte donc sa scolarité dans une école pour filles (ah tiens, moi aussi), ses études où elle s’entoure surtout de garçons, son groupe d’amis qui se distend avec les mariages et maternités, ses quelques relations amoureuses (oui, elle en a eu, comme moi d’ailleurs), son boulot de journaliste, son amie atteinte du cancer dont elle s’occupe, le cancer de sa maman, le mariage de sa soeur et très vite son nouveau rôle de tante… J’avais été attirée par la quatrième de couverture qui parlait des voyages en solo, mais ce thème n’est pas vraiment développé. Bref, j’ai perdu mon temps, il n’a pas réussi à me faire sourire, ni à m’identifier à elle, et pourtant il y avait un certain potentiel… Je me laisse à chaque fois avoir avec ce genre de livres, et chaque fois, je me dis que je dois arrêter de les acheter ! Mais parfois, il y a une perle dans le lot, et donc je continue.

Étés anglais

Elizabeth Jane Howard, Étés anglais (La saga des Cazalet I): comme une grande partie de la blogosphère livres, je me suis lancée dans les chroniques de la famille Cazalet. Pendant l’été 1937, dans le Sussex, la Duche et son époux accueillent leurs trois enfants, Edward, Hugh et Rupert pour la saison, avec leurs épouses respectives, Villy, Sibyl et Zoé, et leurs enfants. Il y a aussi Rachel, qui ne s’est pas mariée et qui vit avec ses parents. Elle s’occupe beaucoup de son père à la vue défaillante, alors qu’elle aimerait passer plus de temps avec son amie Sid. Et puis il y a tous les domestiques, les jardiniers, le chauffeur qui complètent la compagnie. Elisabeth Jane Howard met en avant tour à tour les personnages, tout particulièrement les enfants et les femmes qui expriment leurs joies et leurs craintes, créant des portraits à la psychologie très fine. A l’été 1937 se succède celui de l’année 1938, et les incertitudes augmentent: la guerre va-t-elle éclater ? Les relations entre les différents membres de la famille ne sont pas toujours simples non plus. Mais il y a un côté léger aussi, avec les excursions à la plage, les promenades dans les bois, les repas à divers services concoctés avec soin par la cuisinière… J’ai souvent pensé à Downton Abbey, même si ça se passe un peu plus tard, mais il y a cette même demeure gigantesque et l’armée de domestiques. J’ai mis un peu de temps à rentrer dans l’histoire – c’est un pavé ! – et à retenir tous les noms des protagonistes, mais je me suis très vite attachée à eux. Une fois la dernière page tournée, j’ai eu envie de lire la suite immédiatement, mais je me laisse ce plaisir pour un peu tard.

Un livre lu au mois d’août dans le cadre du challenge « Pavé de l’été 2021 » organisé par Sur mes brizées. J’ai donc lu l’édition de La Table Ronde, comptant 576 pages.