Teach yourself to sleep

Kate Mikhail, Teach yourself to sleep: an ex-insomniac’s guide: c’est un article du Guardian qui m’a mis sur la voie de ce livre, et vu mes problèmes de sommeil, je me suis dit que c’était peut-être un bon investissement. Ce genre de livres de self-help peut être très mauvais mais peut aussi apporter certaines choses. On est ici dans la seconde catégorie. Kate Mikhail part de ses propres insomnies, et de son histoire familiale: elle est la nièce de Richard Waters, un pionnier de la thérapie cognitive et comportementale et protégé d’Emile Coué. Cette méthode Coué résonnait en moi, pas forcément de manière positive, mais comme moyen d’inculquer quelque chose de force. Or, il y a un côté plus positif: la répétition de certaines phrases peut changer à la longue un comportement (je résume très fort ici). C’est l’idée de base du livre, mais avant d’arriver au coeur du problème, Mikhail analyse le sommeil sous toutes ses facettes, relayant de nombreuses études scientifiques: elle parle des effets du stress, de la nourriture, même de la ménopause. Elle décrit aussi les différentes phases du sommeil et met le doigt sur celles qui peuvent poser problème, ajoutant au passage quelques exercices de visualisation (j’aime beaucoup les courbes des ondes cérébrales qui ont de nombreux pic en phase d’éveil et qui s’aplatissent dans le profond sommeil). Et c’est passionnant ! Enfin, elle propose un choix de scripts à lire / écouter tous les jours (dans l’idée de la méthode Coué) pour améliorer son sommeil (ils sont disponibles sur son site).

J’ai appris énormément de choses sur le sommeil en lisant ce livre, et j’ai commencé à écouter tous les jours (vers 17-18h) un des scripts, celui de Kirsty MacDonald. Une phrase fait pas mal d’effet chez moi: « le sommeil est quelque chose de tout à fait naturel ». Au moment d’écrire ce brouillon de billet, ça ne fait qu’une semaine que j’ai commencé, mais il est certain que ces cinq minutes de coupure dans ma journée font du bien. Une semaine plus tard, j’ai déjà perdu le rythme et j’oublie systématiquement ma pause – je vais faire des efforts pour m’y remettre. Je suis sûre qu’au final ce livre m’aidera (j’applique la méthode Coué, là), tout simplement parce que j’essaie de créer de plus en plus des images positives sur le sommeil (et non plus celles que j’avais avant et que je ne vais donc pas écrire ici). Un bon achat, donc !

Silence

Shûsaku Endô, Silence: je voulais voir le film, mais j’ai préféré lire le roman avant (et j’ai bien fait, vu que le film suit de très près le roman). Dans le Japon du début du 17e siècle, les shoguns ont décidé de limiter le plus possible les contacts avec les Européens et ils ont banni la religion catholique qui avait pourtant convaincu un certain nombre de personnes. Deux missionnaires portugais, Rodrigues et Garupe, sont envoyés sur place pour faire le point sur la situation et retrouver les traces de Ferreira qui aurait renié sa religion. Ils sont accompagnés par un étrange personnage, Kichijiro, un Japonais qui aurait été converti (ou pas), et qui est le spécialiste pour changer de camp.

Le roman est très beau, apportant de beaucoup de détails sur une période particulière de l’histoire du Japon et sur la détermination des missionnaires européens (à tel point que je me suis à nouveau posé beaucoup de questions sur le fanatisme, la religion et la violence de l’imposer à quelqu’un). Je regrette cependant d’avoir lu la version française du roman, qui a été traduite de l’anglais, qui a elle-même été traduite du japonais. Il y a parfois quelques mots bizarres dans le contexte (Halloween, pour parler d’O bon, le festival honorant les esprits des ancêtres, par exemple). Le livre ayant été écrit en 1966, il serait aussi intéressant de savoir de quand datent les traductions, et même d’en faire une nouvelle en français, le roman restant passionnant encore aujourd’hui.

A History of Narrative Film

David A. Cook, A History of Narrative Film (5th edition): (ce billet est moitié critique moitié tranche de vie). J’avais dû me procurer ce livre (la seconde édition à l’époque) pour un cours d’histoire du cinéma à l’université. Cet été, j’ai eu envie de le lire en entier, et j’ai donc cherché une édition plus récente. Ma passion pour le cinéma s’est tarie pendant des années, à cause de l’omniprésence des séries et ma vie de couple de l’époque. En effet, souvent nous ne commencions à regarder la télévision que vers 21h et un épisode de série de 45 minutes à une heure était le maximum que je pouvais regarder sans m’endormir. Et nous n’avons quasi pas été au cinéma (à part certaines éditions du BIFFF, le Festival du Film Fantastique de Bruxelles – mon ex avait une prédilection pour ce genre de films). Aujourd’hui moins de séries me tentent et au travail, on m’a proposé d’écrire sur les nouvelles sorties, activité qui m’a beaucoup intimidée au début mais que j’ai embrassé avec beaucoup de plaisir depuis. Je retourne donc au cinéma, tout en empruntant pas mal de dvd (l’avantage de mon boulot). J’ai aussi décidé de combler certains trous dans ma culture, et du coup, je me suis concocté une liste de films à voir inspirée de best of trouvés sur le net (elle fait 70 pages, mais j’ai tout le temps, un peu comme pour le challenge Joyce Carol Oates). C’est comme ça que je me suis lancée dans le visionnage de films des années 1930, entrecoupé de productions plus modernes vu que j’ai aussi une liste de westerns en cours, ainsi qu’une liste de films japonais. J’ai décidé de ne pas regarder les films muets, c’est plus fastidieux et souvent plus ennuyeux.

Mais revenons au livre: c’est une bible, c’est clair. L’auteur aborde l’histoire du cinéma américain mais consacre au moins la moitié du livre (voire les deux-tiers même) au cinéma du monde entier (et c’est là que je me rends compte que je n’ai vu aucun film d’Europe de l’Est par exemple). Il cite beaucoup de noms (mais moins que dans la seconde édition) et fait de courts résumés de beaucoup de films mais il donne en même temps une image assez globale de l’évolution et de la création de nouveaux styles, s’attachant notamment aux innovations techniques qui ont forcé les réalisateurs à se réinventer. J’ai noté une chose cependant: il ne parle jamais de la musique, des scores composés spécialement pour les films et qui ont souvent changé l’appréciation qu’on a des films en question. Or c’est un sujet que je connais un peu à cause de mon boulot. D’autres lecteurs ont noté d’autres lacunes, mais pour moi, ce livre m’a permis de rafraîchir ma mémoire et de découvrir plein de nouvelles choses. A moi maintenant d’approfondir certains sujets qui m’intéressent plus (au hasard, les années 1930, le cinéma japonais ou de Hong Kong – j’ai déjà (lu) quelques livres sur le sujet).

Ménopausée et libre !

Sophie Kune, Ménopausée et libre ! Manifeste pour une ménopause réinventée: la ménopause est sujet encore tabou aujourd’hui mais heureusement la parole commence à se libérer. Et ça tombe bien, parce que je commence à avoir des premiers symptômes, souvent passagers mais concentrés par moments. Du coup, j’ai envie de savoir, de m’informer, de mieux me préparer à ce qui m’attend. Ce livre me faisait de l’oeil, je me suis précipitée dessus (sans savoir qu’à la base c’était un compte instagram), et j’ai failli le jeter à travers la pièce une fois terminé (parce que oui, je l’ai malgré tout terminé).

Je risque d’être un peu de mauvaise foi. Ou pas. Ou alors je n’étais pas le public cible (pourtant à 49 ans, il n’y a pas plus cible que moi). Il y a une différence entre poster de courts textes sur instagram et remplir un livre. Du coup, pour remplir le livre, Sophie Kune commence par raconter sa propre expérience, et c’est en effet intéressant d’avoir l’avis de quelqu’un qui a vécu ça. Puis elle se penche sur les origines du mot et renvoie à Charles de Gardanne, le médecin français qui l’a inventé en 1821. A partir de là, chaque chapitre contient de larges extraits de son traité de l’époque. Sauf qu’en 2021, à part si on est historien, on n’a pas envie de lire ces textes complètement dépassés et pour la plupart misogynes.

Si ce n’était que ça (pourquoi les critiques négatives sont-elles toujours les plus longues ?): je cherchais des informations précises sur les traitements possibles mais ça se limite à trois pages. Pour le reste, Sophie Kune donne pléthore de conseils dignes d’un Elle ou d’un Marie-Claire, avec plein d’injonctions voilées. J’ai eu la nette impression qu’elle est pro clean beauty (il y a tout un débat à ce sujet et comme toujours il est plein d’extrémismes) et son discours sur la teinture des cheveux gris part dans tous les sens. Elle prône aussi certaines marques de vêtements en coton bio, évidemment. Ce qui me fait penser que ses conseils sont limités à une certaine catégories de femmes qui ont les moyens de se payer ça (j’ai poussé le vice jusqu’à vérifier: 107 euros le t-shirt basique). Son style est clairement parisien et bourgeois – à l’opposé total du mien. Et puis ces phrases comme « je préconise », « il faut se supplémenter », « faites »… Là où j’ai même carrément ri c’est quand elle insiste sur le fait qu’il faut dormir avec un oreiller plat, parce qu’avoir la tête trop élevée la nuit provoquerait un double menton.

Tout ça est entrecoupé d’entretiens avec des personnes diverses, de la gynécologue à une représentante La Redoute (j’en conviens, les vêtements de la marque sont moins coûteux que les t-shirts cités plus haut), ainsi que de QR codes renvoyant à des tableaux pinterest qu’elle a composé.

Je suis vraiment déçue de ce livre (et même du compte instagram auquel je me suis abonnée depuis). J’ai tellement aimé la poésie de Darcey Steinke, et ses histoires de baleines (dont parle Kune, mais sans donner la référence), et même ses explications sur l’origine des hormones de remplacement. On a clairement ici un exemple du fait que je me sens bien plus proche des sensibilités anglo-saxonnes que franco-parisiennes. C’est extrêmement rare que je mette une cote aussi basse à un livre, mais c’est aussi parce que j’abandonne les plus mauvais en cours de route. Ici, j’ai continué à le lire, espérant y trouver des informations intéressantes. Ce n’était pas le cas. Je préciserai quand même que ma voix dissonante est bien unique: tous les commentaires sur amazon et fnac sont à 100% positifs (à tel point même que cela semble bizarre).

Jonny Appleseed

Joshua Whitehead, Jonny Appleseed: Jonny, jeune homme amérindien (oji-cri) et queer, raconte les quelques jours qui précèdent son retour dans la réserve indienne où il a vu le jour et où il assistera à l’enterrement de son beau-père. Dans la grande ville de Winnipeg, il gagne sa vie avec du cybersex. Il décrit sa vie de tous les jours, sa relation avec Tias, les histoires du passé, notamment sa relation très intime avec sa kokum, sa grand-mère, qui a très vite remarqué ses différences, le surnommant « Two Spirits ». C’est souvent cru, les émotions sont à fleur de peau, la vie n’est pas facile. Et pourtant c’est très beau, le personnage de Jonny est très attachant.

Est-ce que j’ai été autant séduite qu’Electra et Marie-Claude qui ont conseillé ce livre ? Non, sans doute pas tout à fait, peut-être que c’est lié à la mauvaise passe dans laquelle je suis pour le moment avec mes lectures ? Et donc au fait que j’attendais beaucoup de ce roman ? Peut-être… mais il est clair que cette voix m’a marquée et que je lirai avec plaisir d’autres romans ce jeune auteur.

Unassigned Territory

Kem Nunn, Unassigned Territory: après avoir adoré Surf City, j’ai décidé de lire les autres romans de Kem Nunn, par ordre chronologique. Unassigned Territory est donc son second livre. L’histoire est un peu floue, mais ça se passe dans le désert du Mojave, entre Californie et Nevada et on y rencontre des personnages décalés: un prêcheur, un frère et une soeur qui tiennent un musée consacré aux traces des extra-terrestres qu’on aurait vu dans la région, le responsable du prêcheur qui se demande bien ce que fabrique son protégé, des rednecks, des membres d’une secte. Tout ce petit monde se rencontre par moments, dans un récit qui avance trèèèès lentement et qui est un peu décousu. Il y a des éléments de road-trip et d’enquête, mais aussi aussi de science-fiction.

Je me suis ennuyée, vraiment. Si je l’ai lu jusqu’au bout, c’est parce que j’avais abandonné trois romans juste avant et que je voulais vérifier que ce n’était pas lié à moi. La seule chose qui m’a fait tenir, c’est la description des paysages et de ces contrées désertiques américaines. Les commentaires sur goodreads ont l’air de confirmer que c’est le moins bon livre de Kem Nunn, je continuerai donc à lire ses romans dans le futur.

Dishoom

Shamil Thakrar, Kavi Thakrar, Naved Nasir, Dishoom: from Bombay with love: a priori je n’aime pas trop les livres de cuisine de restaurants mais celui-ci fait exception. Les auteurs racontent une journée à Bombay, visitant les divers endroits où on mange et qui les ont inspirés pour créer Dishoom à Londres. On commence donc le matin avec les petits-déjeuners dans les cafés iraniens, puis on continue la promenade dans entre les bâtiments anciens, picorant l’un ou l’autre mets, pour terminer la journée avec le coucher de soleil sur la plage et puis un cocktail dans le grand hôtel Taj. Le récit de la journée se lit comme un guide touristique, mais le guide est un ami qui connaît tous les détails de ce qu’il décrit. Le tout est entrecoupé par de nombreuses recettes. Certaines d’entre elles sont facilement réalisables, d’autres plus compliquées (et il y a le syndrome de la recette dans la recette qui rend un plat vraiment long à préparer). Mais malgré ce petit point négatif, j’ai adoré ce livre et j’ai une folle envie de visiter Bombay en le prenant avec moi.

  • photos: ***** (toutes les recettes sont illustrées et il y a de nombreuses photos de Bombay)
  • texte: ***** (c’est le point fort du livre)
  • originalité des recettes: ****
  • authenticité des recettes: ****
  • faisabilité des recettes: ***
  • mesures: unités de mesures métriques
  • recettes favorites: je n’en ai préparé qu’une seul jusqu’à présent: « Mattar paneer » mais il y a une série de post-it pour des réalisations futures.
  • indispensabilité du livre: ***** 

L’été de la sorcière

Nashiki Kaho, L’été de la sorcière: la jeune Mai a des problèmes à l’école et ses parents l’envoient passer quelques mois chez sa grand-mère, une anglaise vivant dans la campagne japonaise. Celle-ci, un peu sorcière, comprend que la fillette se sent mal et tente de la guérir en lui faisant observer la nature, en lui expliquant les pouvoirs des plantes, en lui parlant de la voix intérieure et en lui apprenant comment l’écouter.

C’est un joli – et court – roman japonais qui se rapproche d’autres récits du même genre; je pense notamment à La péninsule aux 24 saisons. Il y a de la magie, de la beauté, de l’apprentissage, mais aussi des sujets plus difficiles comme la tristesse et le deuil. Un roman qui se lit vite mais qui au final ne me laissera pas un souvenir indélébile, un roman qui a permis de faire une agréable pause dans un désert de lectures marqué par plusieurs tentatives avortées.

The Satapur moonstone

Sujata Massey, The Satapur moonstone: ce deuxième volume des aventures de Perveen Mistry, avocate parsi (« solicitor » en fait) emmène notre héroïne dans les montagnes de Sahyadri où se trouve l’état princier de Satapur. Le maharadja est décédé, et l’état est maintenant gouverné par un agent britannique (on est en 1920) en attendant que son successeur, un jeune garçon, ait atteint l’âge adéquat. Sa mère et sa grand-mère se disputent quant à son éducation, la première voulant l’éloigner à tout prix du royaume en l’envoyant dans une école britannique, la seconde refusant tout cela en bloc. Et pourtant, l’avenir du garçon a l’air menacé sur place, suite à plusieurs décès inexpliqués. Perveen Mistry est envoyée au palais pour écouter les deux femmes qui vivent selon le modèle du purdah, la ségrégation entre hommes et femmes, mais aussi les enfants et d’autres membres de la famille. Elle se rend très vite compte qu’elle est tombée dans un fameux guêpier.

Cet automne, je me suis attaquée aux livres les plus anciens sur ma PAL (ceux de 2019, donc) et il en faisait partie. J’avais bien aimé le premier tome et je souhaitais lire la suite des aventure de l’intrépide avocate. En fait, j’aime beaucoup les ambiances, plus que l’histoire en elle-même. La première partie se passe dans la maison de l’agent britannique qui s’occupe de Satapur et j’ai pu me plonger dans un certain passé colonial, la suite se passe dans le palais et présente une autre facette des choses, la vie des maharadjas et de leurs familles. Même si le sujet m’intéresse, j’avoue que j’ai trouvé le temps long, surtout pendant la première centaine de pages; par la suite, l’envie de connaître le dénouement de l’histoire m’a poussée à avancer plus vite. Mais il est clair que le roman manque de suspense, et ressemble quelque part au premier tome, avec cette enquête auprès de femmes en purdah. Je pense que je vais en rester là avec cette série.

Complicated women

Mick LaSalle, Complicated women: sex and power in Pre-Code Hollywood: après avoir lu Dream State, je me suis penchée sur la bibliographie de l’auteur et je suis tombée sur ce livre qui me tentait énormément vu que je suis en train de regarder tous ces films des années 1930. Il parle des actrices qui ont dominé les écrans pendant les quelques années du cinéma parlant allant de 1929 à 1934, date où est instauré le « Code », une liste de recommandations très conservatrices qui ont fortement limité ce qu’on pouvait montrer à l’écran (plus de baisers, les couples dorment dans les lits jumeaux, le mal est toujours puni, etc.). Pendant ces cinq années, les actrices étaient très libres dans leur jeu et dans leurs rôles. On voit des prostituées, des femmes qui trompent leur mari, des femmes libres et qui se sentent bien. Greta Garbo et Marlene Dietrich crèvent l’écran, mais aussi Norma Shearer, aujourd’hui oubliée alors qu’elle jouait des rôles assez subversifs.

Mick LaSalle connaît très bien son sujet et nous emmène dans cette époque avec beaucoup de détails et d’humour. C’est un livre passionnant qui permet de découvrir une époque oubliée, où les femmes avaient pas mal de chose à dire et à revendiquer, avant d’être reléguées à des rôles de saintes sans relief ou de damnées qui doivent être punies. Il y a un pendant qui parle des hommes de la même époque, que j’ai évidemment commencé. Du coup, j’ai envie de voir tous ces films, mais ils sont parfois un peu difficiles à trouver.