Bénie soit Sixtine

Maylis Adhémar, Bénie soit Sixtine: Sixtine, une jeune fille éduquée dans la foi catholique, rencontre Pierre-Louis, lui aussi issu d’une bonne famille. Ils se marient selon le rite traditionnel, entourés de leurs grandes familles respectives. La seule tâche de Sixtine est de s’occuper de la maison et surtout, de procréer le plus vite possible, et à la chaîne. Elle tombe rapidement enceinte mais sa grossesse est un calvaire. Son mari est très peu présent, sa belle-mère se mêle de tout. Elle commence à douter, tout particulièrement suite à un événement tragique. Elle prendra alors enfin sa vie en main et découvrira un autre monde.

Comme beaucoup de lecteurs, j’ai été attirée par les descriptions du fondamentalisme catholique, un monde où la famille prend la place centrale quitte à rejeter les « autres ». Un monde rigoriste et fermé où la femme n’est qu’une machine à procréer des bons petits croyants. Cette partie est en effet un plaisir à lire, avec ces descriptions qui font lever les yeux au ciel mais qui sont sans doute très proches de la réalité. J’ai eu plus de mal avec la seconde partie, dans laquelle Sixtine découvre un autre monde. Fallait-il vraiment choisir l’extrême opposé ? Petit aparté: j’ai hurlé intérieurement quand un des personnages sort un hang, un instrument qui ressemble à un gong, mais c’est un traumatisme personnel. A une époque, dans le cadre de mon travail, j’ai été quasi harcelée par une personne qui voulait absolument convaincre le monde entier que cet instrument était fantastique.

Ce roman se lit facilement et est très plaisant dans sa description du monde fermé de l’extrême-droite conservatrice, mais la transformation de Sixtine est un peu trop romancée. Les thèmes choisis sont un peu trop noirs ou un peu trop blancs, trop extrêmes des deux côtés. Mais je suis quand même contente de l’avoir lu.

Le cinéma japonais

Tadao Sato, Le cinéma japonais: ce livre, en deux volumes, a été édité en 1997 par le Centre Pompidou à Paris. Il propose une version abrégée et adaptée pour le lecteur occidental d’un livre écrit à l’origine en japonais. La première partie comprend une longue introduction expliquant les divers éléments qui ont été à la source du cinéma au Japon puis décrit le cinéma muet et parlant jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. La seconde partie débute à cette époque et évoque chacune des décennies jusqu’au années 1980, avec une postface parlant très brièvement des années 1990. Le livre décrit de nombreux films, malheureusement souvent indisponibles en Europe, et donne une image chronologique de l’évolution du cinéma japonais. Il est richement illustré, mais uniquement par des photos en noir et blanc, ce qui est un peu dommage pour le cinéma plus récent. On sent parfois qu’il s’agit d’une adaptation d’un livre japonais, mettant l’accent sur des aspects qui parlent sans doute moins au lecteur occidental mais c’est malgré tout une bonne base pour apprendre à connaître les films japonais. Je suis sûre qu’il existe d’autres livres sur le sujet, mais celui-ci était dans ma bibliothèque depuis des années.

Livres de cuisine (IV): Indonésie – Vanja Van Der Leeden

Vanja Van Der Leeden, Indorock. Indonesische smaken in een nieuw jasje (2019): en regardant les best of des livres de cuisine de l’année 2019, j’avais repéré ce livre en néerlandais sur la cuisine indonésienne. Comme j’aime beaucoup celui d’Eleanor Ford, j’ai acquis celui-ci, me disant que ce serait un bon complément. J’ai été déçue: les recettes demandent plein d’ingrédients et souvent une ou deux préparations complémentaires (notamment les pâtes à épices bumbu). Le vocabulaire des ingrédients en hollandais est vraiment compliqué (le galanga est nommé « laos », la pâte de crevettes « trassi » ou « terasi », les piments « lombok » et « cabe rawit »…). De plus, ces ingrédients indonésiens se trouvent sans doute facilement dans les « toko » (épiceries indonésiennes) aux Pays-Bas, mais en Belgique, c’est une autre affaire. Beaucoup de recettes possèdent une touche moderne, ce qui est intéressant, et l’auteur est très enthousiaste dans son écriture, mais c’est un livre trop spécifique aux Pays-Bas.

  • photos: ****
  • texte: ***
  • originalité des recettes: ****
  • authenticité des recettes: ***
  • faisabilité des recettes: *
  • recettes favorites: aucune. Sur tout le livre, je n’en ai noté qu’une seule que je pourrais facilement réaliser.
  • indispensabilité du livre: *(*) – la deuxième étoile étant pour le côté moderne des recettes

Les villages du Japon

Jordy Meow, Les villages du Japon: à vrai dire, je ne suis Jordy Meow que depuis peu de temps mais j’aime beaucoup les photos qu’il poste sur Instagram. C’est par cette voie-là que j’ai appris qu’il éditait un livre consacré aux villages du Japon. Il a voyagé partout dans le pays dans des lieux qui sont le plus souvent hors des circuits touristiques mais qui sont toujours intéressants, et qui donnent envie de suivre ses pas. Trente-trois villages sont présentés, j’en ai visité un (Kitsuki), cela me laisse donc de la marge pour les prochains voyages ! Les photos sont superbes, les textes informatifs et souvent personnels, mais j’avoue que j’aurais aimé lire bien plus sur le sujet. Si vous êtes intéressés par le Japon, je vous recommande néanmoins chaudement ce livre, disponible sur son site Japon Secret.

Livres de cuisine (III): Japon – Tim Anderson

Tim Anderson, Cuisine japonaise ultra-facile (2017): j’ai fait la connaissance de Tim Anderson en regardant Masterchef sur la BBC, il a d’ailleurs gagné cette année-là. Ce n’est que bien plus tard que j’ai découvert qu’il avait écrit des livres de cuisine, et le hasard a fait que quand j’ai voulu acheter son premier, il n’était plus disponible en anglais. L’auteur dédramatise la cuisine japonaise dans son texte, et propose en effet des dizaines de recettes très faciles, parfois un peu adaptées. Il faut certains ingrédients précis, mais pas tant que ça.

  • photos: *****
  • texte: ***(*) (j’ai eu un peu de mal avec la traduction française, l’humour passe parfois bizarrement)
  • originalité des recettes: ***
  • authenticité des recettes: ****
  • faisabilité des recettes: *****
  • recettes favorites: « salade de pommes de terre japonaise », « salade de tomates au ponzu épicé » (c’est devenu un classique), « tataki de saumon ponzu-piment vert », « ramens aux coquilles saint-jacques, au bacon et aux oeufs » et plein d’autres sont sur la liste à essayer
  • indispensabilité du livre: *****

Alpinistes de Staline

Cédric Gras, Alpinistes de Staline: Vitali et Evgueni Abalakov sont nés en Sibérie. Dès leur plus jeune âge, ils escaladent les collines et montagnes environnantes et deviennent des alpinistes aguerris. Dans les années 1930, ils sont mandatés par le régime pour conquérir les montagnes d’Asie Centrale et du Caucase, les pics Staline et Lenine, notamment. Suite à une tempête en haute montagne, Vitali doit être amputé de nombreuses phalanges aux mains et aux pieds. Il est par la suite victime des grandes purges de Staline et passe plusieurs années en prison. Après sa libération, il reprend son métier d’ingénieur et crée de nouveaux outils pour l’alpinisme. Il travaille également à sa condition physique et se remet à l’escalade, attaquant à nouveau les plus hautes cimes de l’URSS. Evgueni n’a pas été poursuivi et a pu continuer ses activités, rêvant de l’Everest, mais ce projet restera inaccessible. Il meurt en 1948, probablement d’une intoxication au dioxyde de carbone en prenant un bain.

Cédric Gras raconte dans ce livre l’histoire de deux héros, deux alpinistes qui ont atteint les plus hauts sommets de l’URSS (plusieurs 7000 mètres), mais qui ont toute leur vie été dirigés par le régime communiste. Ils auraient bien aimé sortir des frontières et s’attaquer à l’Everest qui était encore vierge dans les années 1930 mais les relations diplomatiques entre pays et l’isolement du régime soviétique viendront entraver ces plans audacieux. Cédric Gras raconte un alpinisme avec les moyens du bord, sans beaucoup de protection et d’outils, basé sur la force physique et surtout mentale, et dirigé par le parti communiste. En effet, chaque mission devait d’abord être approuvée, et de nombreuses sculptures de Lenine et Staline ont été hissées aux sommets, mettant parfois en danger la vie des alpinistes. Ce livre est passionnant, il dévoile un autre aspect de l’URSS, entre héroïsme et terreur, entre la liberté sur les cimes et la répression dans la vie normale. Il ne faut pas être féru d’alpinisme pour lire ce livre, Cédric Gras ne rentre d’ailleurs pas trop dans les détails. Il fait le portrait de deux hommes mais aussi de toute une époque, après avoir fait de nombreuses recherches dans les archives russes.

En sortir 21 en 2021

En 2020, j’avais listé 20 livres à sortir de ma PAL; finalement j’en ai sorti 16 (je n’ai pas lu Perfidia mais je l’ai éliminé de ma PAL, et j’ai lu un autre Liane Moriarty que prévu – je me demande aussi combien Electra en a sorti de sa PAL et je vois que Kleo a pas mal lu de sa liste). Un bon score au final, cette page m’ayant donné de l’inspiration en cas de panne de lecture. Pour 2021, je change un peu la donne et je vais lister 20 livres (+ un bonus) selon 10 thèmes. Je m’inspire de mon challenge PAL de vacances de l’été 2017 et du Petit Bac d’Enna vu chez Ingannmic (qui me tente bien mais je sais que j’aurai la flemme de chaque fois envoyer un lien).

le titre contient le nom d’une ville ou d’une région

  • Stephen Markley, Ohio
  • Kem Nunn, Tijuana Straits

le titre contient soit « chant/chanson », soit « musique » ou est le titre d’une chanson, ou s’en inspire très fort, ou contient le nom d’un musicien/chanteur

  • Nguyen Phan Que Mai, The mountains sing
  • Yoshida Shuichi, Park life (rien à voir avec la chanson de Blur, mais peu importe !)

le titre contient un prénom

  • Joshua Whitehead, Jonny Appleseed
  • Larry Brown, Joe (qui pourrait aussi aller dans la catégorie suivante)

le titre est composé d’un seul mot

  • Serizawa Akato, Inheritors
  • Octavia Butler, Kindred

le titre contient une un métal ou une pierre précieuse (et c’est aussi une couleur)

  • A.M. Stuart, Singapore sapphire
  • C. Pam Zhang, How much of these hills is gold

le titre contient un mot liés aux arbres et à la forêt

  • Marion Poschmann, The pine islands
  • Liu Cixin, La forêt sombre

le titre contient un mot lié à la nourriture ou à une boisson ou à la cuisine

  • Rick Bass, The travelling feast
  • Ann Patchett, Orange amère

le titre contient un mot désignant un animal

  • Mukai Kosuke, Les chats ne rient pas
  • Callan Wink, Dog run moon stories

le titre renvoie à la mort

  • Brandon Hobson, Where the dead sit talking
  • Riku Onda, The Aosawa murders

le titre contient soit le mot « fleuve », soit le mot « rivière » ou renvoie au nom d’un fleuve ou d’un rivière

  • Andrée A. Michaud, Rivière tremblante
  • Eddy L. Harris, Mississippi solo

le bonus qui vient de la liste de 2020

  • Ocean Vuong, On the earth we’re briefly gorgeous

C’est un challenge que je me propose à moi-même en premier lieu (les catégories ont été choisies en fonction de ma PAL), mais si jamais vous avez envie de participer ou de vous en inspirer, vous êtes les bienvenus !

The outside lands

Hannah Kohler, The outside lands: San Francisco, 1968. Kip et Jeannie, frère et soeur marqués par la perte de leur mère, et dont le père a quelque peu laissé tomber les bras, tentent de mener au mieux leur vie. Suite à un petit délit, Kip s’engage pour la guerre du Vietnam; Jeannie se marie, un peu forcée, à un jeune médecin qu’elle a rencontré dans le diner où elle travaille. Puis, Kip est accusé d’un meurtre et Jeannie tentera de le défendre, se rapprochant d’un groupe opposé à la guerre mais aussi d’un vétéran atrocement mutilé. Elle est bouleversée par l’affaire et découvre une femme différente en elle, grâce à ses nouvelles relations.

Ce roman a traîné comme dernier sur ma PAL ancienne (d’avant 2019, et maintenant complètement clôturée) et pourtant, il avait de quoi me séduire. Hannah Kohler raconte avec une grande sensibilité l’évolution d’une jeune fille, mariée trop tôt, en une femme. Elle décrit également l’esprit un peu troublé de Kip et son passage au Vietnam. Mais il n’est pour moi qu’un personnage secondaire, c’est vraiment Jeannie à qui on s’attache pendant toute la lecture, même si ce n’est pas uniquement sa voix qu’on entend dans l’alternance des chapitres. Ses espoirs, ses troubles, son identité sexuelle sont abordés très subtilement et avec beaucoup de finesse. Pas un instant je n’ai douté que l’auteur était américaine, or elle est britannique. Et elle a un talent certain dans ses descriptions du San Francisco de la fin des années 1960, une ville en pleine ébullition, mais aussi une ville où la majorité des habitants mène une vie très conventionnelle, dans des maisons de banlieue avec jardin.

Une idée piochée chez Electra, qui a aussi adoré.

Retour à Martha’s Vineyard

Richard Russo, Retour à Martha’s Vineyard: septembre 2015 – Lincoln s’apprête à vendre la maison qu’il a hérité de sa mère, située sur la côte Est, à Martha’s Vineyard. Il y retourne une dernière fois, et invite ses deux meilleurs amis, Teddy et Mickey. Ils étaient ensemble à l’université à la fin des années 1960 et ont passé ensemble un dernier weekend à la fin de leurs études en 1971 dans cette maison. Ils avaient aussi invité Jacy, une fille dont ils étaient tous les trois amoureux. Ce serait la dernière fois qu’ils la verraient, celle-ci ayant disparu après le weekend.

Lincoln et Teddy racontent leur histoire, celle du passé et celle du présent, qui se mélangent. Ils sont aujourd’hui sexagénaires et réfléchissent sur leur parcours, le premier comme agent immobilier qui a épousé son amie de l’université et qui a eu plusieurs enfants, le second comme éditeur universitaire célibataire et en proie à des crises d’angoisses. Tous deux décrivent également Mickey, qui avait été appelé à la guerre du Vietnam, qui était musicien et qui joue toujours aujourd’hui dans un groupe de rock. Et puis il y a Jacy qui hante leurs pensées.

Pourquoi est-ce que j’ai lu ce roman de Richard Russo alors que je n’avais pas trop aimé ma première tentative, Le pont des soupirs ? Pour participer au challenge d’Ingannmic, mais aussi parce que je voulais persévérer et comprendre pourquoi la plupart des avis sont positifs (et aussi parce qu’il est un peu plus court que les autres, il faut bien l’avouer). J’ai failli abandonner, de nouveau, mais j’étais curieuse de l’histoire de Jacy, qui se dévoile au cours des pages et le cadre, cette île près de Cape Cod me plaisait. Pendant toute ma lecture, je n’ai ressenti aucune affinité avec les personnages et comme la première fois, j’ai regretté le fait que Richard Russo fasse des femmes des personnages secondaires, aux caractères assez typés, de la superbe fille qui fait rêver tous les hommes à la femme pratique qui prend les choses en main. Et les commentaires de Lincoln à propos de son épouse m’ont parfois fait sauter au plafond, même s’ils représentent sans doute une certaine « normalité » chez des hommes blancs de plus de 60 ans. Je pense que malgré ses talents de description des caractères humains, Richard Russo et moi, ça ne passe vraiment pas.

Les avis d’Ingannmic, Kathel, Goran, Keisha, Krol,

The sleeping dictionary

Sujata Massey, The sleeping dictionary: l’histoire commence en 1930 dans un petit village de la côte du Bengale. Un tsunami détruit tout, et une fillette perd sa famille. Elle est recueillie et soignée dans un hôpital anglais, puis part travailler comme servante dans un pensionnat pour filles de colons et de bonnes familles indiennes. Elle y apprend l’anglais et découvre la littérature, grâce une enseignante qui repère ses qualités. Mais elle est de basse caste et ne pourra pas rester. Elle devra toujours cacher qui elle est vraiment, jouer des rôles liés aux différents prénoms qu’elle prendra au cours de sa vie, Pom, Sarah, Pamela, Kamala… Son histoire est difficile, souvent triste, mais pleine d’espoir aussi.

Sujata Massey décrit avec minutie la société indienne depuis les années 1930 jusqu’à l’indépendance en 1947, vue par les yeux d’une fillette naïve au début, mais qui apprendra énormément sur la vie en quelques années. Elle trace le portrait des pensionnats dirigés par les Anglais, elle raconte comment les castes définissent la place des Indiens dans la société et parle des Anglo-Indiens dont le statut est celui d’un entre-deux pas toujours bien défini et apprécié. L’histoire de la fillette suit en même temps la grande histoire, et le roman détaille divers épisodes de la lutte qui a mené à l’indépendance. J’ai beaucoup aimé l’immersion dans la vie coloniale, vue par l’oeil d’une jeune Indienne; il y a beaucoup de rebondissements et j’ai souvent eu peur pour l’héroïne, espérant au fil des pages le meilleur pour elle. C’est un roman prenant et en même temps très détaillé qui devrait passionner les lecteurs intéressés par l’Inde et son histoire mais aussi ceux qui aiment des récits dans lesquels une femme pleine de resources est le personnage principal.

De Sujata Massey, j’avais déjà lu The widows of Malabar Hill, un roman policier situé dans le Bombay des années 1920. Elle est également l’auteur d’une série de romans noirs qui se passent au Japon et qui rejoindront sans doute très prochainement ma PAL.