Sur les chemins noirs

Sylvain Tesson, Sur les chemins noirs: après un grave accident (dû à une chute de plusieurs étages en étant saoul), Sylvain Tesson décide d’accélérer sa convalescence en suivant les chemins noirs, ces sentiers de campagne qui traversent toute la France, depuis le Sud jusqu’à la Manche. Disons-le de suite: ceci est très probablement le dernier récit de Tesson que je lis. Le personnage m’énerve depuis longtemps et il ne fait rien pour remonter dans mon estime. Il décrit peu son voyage (or, il me semble que c’est essentiel dans un récit de voyage) et râle énormément sur le monde moderne et les humains, comme un vieux con (n’ayons pas peur de le dire). Et son style est ampoulé, comme toujours. J’ai uniquement terminé le livre parce qu’il est court.

A place for us

Fatima Farheen Mirza, A place for us: L’histoire commence au mariage de Hadia. Elle est musulmane, d’origine indienne mais est née en Californie. Son frère Amar est présent, alors qu’il avait tourné le dos à sa famille depuis trois ans. Au fil du roman, Hadia, Amar et Huda – l’autre sœur, mais aussi leurs parents Layla et Rafiq racontent leur histoire comme famille d’immigrés, observant strictement leur religion. Les deux filles aînées s’adaptent sans trop de problèmes aux règles de leur père, mais Amar est en révolte. Depuis qu’il est enfant, il est plus difficile, différent. Le récit n’est pas chronologique mais il n’est pas trop compliqué de suivre l’histoire. Elle se dénoue dans la dernière partie mais j’ai trouvé le temps très long. Mirza raconte les choses du quotidien, les petites histoires, avec beaucoup de sensibilité et de justesse, mais rien ne m’a semblé très passionnant, même la révolte d’Amar. Je n’ai aucune affinité avec des familles dont la vie est régie par la religion et cela me met même un peu mal à l’aise. Sans doute que j’avais espéré quelque chose de plus radical pour Amar et pour ses sœurs. Une déception.

Looking for the lost

Alan Booth, Looking for the lost. Journeys through a vanishing Japan: comme dans The roads to Sata, Alan Booth voyage à pied au Japon. Cette fois-ci, il ne s’agit pas d’un long périple du nord au sud mais de trois circuits distincts: le premier se déroule dans la préfecture d’Aomori, une région nommée Tsugaru, et l’auteur suit les traces d’Osamu Dazai, un écrivain japonais qui y a séjourné dans les années 1940. Le second récit suit les traces de Saigo, samouraï en rébellion contre le pouvoir central, lors de sa dernière bataille et de sa retraite d’Enodake dans la préfecture de Miyazaki vers Kagoshima. Le troisième périple part de Nagoya et va vers le nord, suivant les rivières Nagara et Sho, et retrace la chute des Taira, un clan de samouraïs du 12e siècle, dont l’histoire est contée dans Le dit des Heike.

Ces événements historiques sont un prétexte pour Alan Booth pour emprunter des chemins oubliés, au point où il doit parfois faire demi-tour, et de parler du monde japonais rural. Il rencontre des nombreuses personnes prêtes à lui donner des informations sur les personnages historiques, il s’arrête dans des ryokans ou pensions de famille, décrivant – souvent avec humour – ses hôtes. Sa recherche d’une bière fraîche ponctue comme toujours son récit. J’ai mis beaucoup de temps à lire ce livre – il est long et écrit petit – mais je n’ai à aucun moment pensé à m’arrêter. J’ai pris beaucoup de plaisir à me plonger dans un Japon que je ne connais pas vraiment, tel qu’il était au début des années 1990. Il y a beaucoup de nostalgie dans ce récit écrit peu avant le décès de l’auteur.

Witchcraze

Anne Llewellyn Barstow, Witchcraze. A new history of the European witch hunts: après avoir lu Sorcières de Mona Chollet, j’ai souhaité en apprendre plus sur l’histoire de la chasse aux sorcières. J’ai abandonné un premier ouvrage trop aride pour me tourner ensuite vers ce livre édité en 1994 et cité par Chollet. Anne Llewellyn Barstow analyse le phénomène en partant d’une première question: pourquoi les femmes ? Parce qu’en effet, elles ont été majoritairement touchées par la chasse et la persécution. L’auteur propose diverses réponses après avoir retracé son histoire en Europe, des régions principales comme l’Allemagne à des contrées plus périphériques. Elle explique comment la société est en plein changement à cette époque et comment les femmes sont de plus en plus reléguées à la maison, n’exerçant plus certains métiers comme dans le passé. Elle parle de la peur grandissante qu’ont les hommes de la puissance des femmes et comment il faut les contrôler – un phénomène qui perdurera longtemps, jusqu’au 20e siècle.

Je ne fais qu’effleurer le sujet en écrivant ces quelques notes, le livre va beaucoup plus loin dans les recherches, tout en restant relativement aisé et agréable à lire. Il faut cependant prendre en compte toute l’horreur de cette chasse et il est parfois difficile de comprendre l’acharnement de certaines personnes – des hommes – envers des femmes innocentes.

Northland

Porter Fox, Northland: A 4,000-mile journey along America’s forgotten border: le titre dit tout ! Porter Fox est parti à la découverte de la région qui forme la frontière entre les Etats-Unis et le Canada et en profite pour raconter l’histoire de ces territoires et de leur exploration. Il marche, il prend des bateaux – du canoë au navire de fret, il emprunte le train et la voiture. Il s’intéresse aux populations natives qui ont résisté contre l’envahisseur étranger et aux Indiens d’aujourd’hui qui se battent contre l’installation de pipelines dangereuses pour l’environnement. Il aborde également le problème de frontière comme lieu de passage et surtout de contrôle de plus en plus strict. Un récit de voyage passionnant et instructif.

Incroyable Charlotte

Camille Adler & Flora Pialot, Incroyable Charlotte: Paris, 1797 (j’ai fait la conversion) – Charlotte de Verteuil sort enfin du deuil de son mari mort au combat et décide de profiter à nouveau des plaisirs qu’offre la vie parisienne. L’époque est en effet aux grands bals et fêtes, aux sorties pour oublier la Révolution. Elle est accompagnée par son amie anglaise Emily et les deux jeunes femmes découvrent un monde un peu différent de celui qu’elles avaient connu. Par contre, les relations entre humains n’ont pas changé et Charlotte se retrouve bien vite au cœur d’un triangle amoureux.

Je ne lis quasi jamais de romances; à vrai dire, je ne lis que celles écrites par mes talentueuses amies ! Dans le cas d’Incroyable Charlotte, j’ai découvert une période de l’histoire que je ne connaissais absolument pas, celle du Directoire, et j’ai adoré la description de la vie mondaine de l’époque, les bals, les artistes, un Paris très différent de celui d’aujourd’hui. Les costumes sont décrits minutieusement, de même que ces fêtes, avec toutes les convenances et règles de séduction, entre autres. J’ai été happée par ma lecture, regrettant juste un peu le rythme d’écriture relativement lent sur les deux-tiers du récit, puis son accélération dans un des derniers chapitres. Mais j’ai passé un moment divertissant avec un livre qui sort de mes habitudes.

Riot Grrrls : Chronique d’une révolution punk féministe

Manon Labry, Riot Grrrls : Chronique d’une révolution punk féministe: en voyant cette photo d’Eva, j’ai eu envie de lire ce livre. En 1990, j’avais 18 ans; je commençais à découvrir les musiques rock alternatives grâce à MTV (120 minutes, puis Alternative Nation). Tout d’abord, je n’ai eu accès qu’aux artistes les plus populaires, et puis, en 1993 ou 94, je me suis inscrite à La Médiathèque et j’ai commencé à emprunter des disques de tous ces groupes alternatifs. Je me rends compte en lisant le livre de Manon Labry que j’ai peu écouté les artistes du mouvement Riot Grrrls – qui dans mon esprit était plus large. J’ai entendu des morceaux de Bikini Kill mais jamais de Bratmobile ou Heavens to Betsy qui sont les fondatrices de ce courant. Par contre, j’aimais des groupes plus ou moins proches, comme Hole (j’en conviens, on est dans le plus populaire, là) mais aussi L7.

Revenons au livre: Manon Labry est française mais a étudié la culture américaine. Elle avoue d’entrée de jeu être un peu trop jeune pour avoir connu cette scène en temps réel mais y porte cet intérêt qui l’a poussée à écrire une chronique de l’époque et du mouvement. Son récit est quasi chronologique, contant les histoires des principales protagonistes à Olympia (état de Washington) au début des années 90: Kathleen Hanna et Tobi Vail de Bikini Kill, Allison Wolfe et Molly Neuman de Bratmobile, Corin Tucker de Heavens to Betsy. Elle explique comment ces artistes souhaitaient que le rock soit féminin, joué par des femmes pour des femmes, dans une optique très DIY. Il y a eu plusieurs manifestes et le mouvement s’est très vite étendu dans l’ensemble des Etats-Unis, et même en Angleterre (avec Huggy Bear). Il y a eu de nombreux contacts avec la scène hardcore de Washington DC (Fugazi, entre autres). Et surtout, il a aidé les femmes à créer une culture alternative qui soit moins dans l’ombre des hommes.

Manon Labry emploie un style très personnel, très punk, très proche du langage parlé – ce qui peut déstabiliser le lecteur. Ce qui a été mon cas d’ailleurs, pendant quelques pages, et puis je me suis habituée, le trouvant adapté au sujet. Cette lecture m’a donné envie de me replonger dans toute cette scène, d’écouter et de réécouter les disques marquants de cette époque. Et la partie féministe ne pouvait que me plaire.