Sorcières

Mona Chollet, Sorcières . La puissance invaincue des femmes: ou comment un livre qui a priori ne répondait pas à mes attentes m’a complètement convaincue et ouvert les yeux sur un sujet que je connaissais finalement peu. Je m’explique: j’ai acheté ce livre pensant apprendre beaucoup de choses sur l’histoire des sorcières (même si je savais déjà qu’il y avait une autre dimension), je l’ai refermé en connaissant mieux les problèmes qui poursuivent les femmes depuis des générations (je les ressentais mais sans arriver à les nommer). Mona Chollet prend comme point de départ les sorcières, souvent des femmes qui connaissaient de nombreux remèdes à une époque où la médecine n’existait quasiment pas, des femmes qui faisaient peur parce que les guérisons semblaient inexplicables, parce qu’elles étaient souvent indépendantes, veuves, vivant seules. Dès la Renaissance, les mentalités ont changé et leur liberté a été considérée comme de plus en plus suspecte. Elles ont été poursuivies et chassées.

Chollet explique ensuite comment la femme d’aujourd’hui est toujours critiquée, diminuée, prenant l’exemple des femmes célibataires, des femmes qui ne désirent pas d’enfant, des femmes qui vieillissent, des soins médicaux inégaux portés aux femmes. Je ne rentrerai pas dans les détails mais cette partie est particulièrement passionnante, cherchant à casser tous les préjugés et clichés. Je suis sortie de ma lecture grandie, plus confiante, plus sûre de moi, et sans doute plus décidée aussi à défendre mes droits en toutes situations. Je ne suis pas militante – je ne le serai sans doute jamais – mais je corrigerai les petites remarques qui peuvent sembler anodines de manière très simple et assurée mais sans tomber dans des discussions stériles. J’essayerai d’ouvrir les horizons d’autres personnes, tout comme Mona Chollet a ouvert le mien. A lire absolument !

(J’aurais aimé trouvé un livre sur l’histoire des sorcières mais parmi ceux renseignés dans la bibliographie, celui de Guy Bechtel, La sorcière et l’Occident, est épuisé et celui de Colette Arnould, Histoire de la sorcellerie, m’est tombé des mains parce que trop basé sur les textes et sans trop d’analyse.)

Inheritance

Dani Shapiro, Inheritance: a memoir of genealogy, paternity, and love: auteur de nombreux romans (je n’en ai lu aucun), Dani Shapiro découvre un jour par un test d’ADN qu’elle n’est pas la fille de son père. Elle part à la recherche de son géniteur biologique et raconte toute son épopée. Elle relate aussi ses sentiments, son impression de ne plus être la même personne, ses doutes… J’avoue que c’est le sujet qui m’a attirée, je suis passionnée depuis longtemps par la généalogie, mais cette autobiographie m’a un peu laissée sur ma faim. Dani Shapiro décrit bien son état d’esprit mais toute sa recherche me semble bien facile (elle a eu beaucoup de chance, ce qu’on ne peut pas lui reprocher évidemment). J’attendais sans doute plus une histoire de famille sur plusieurs générations, avec un ancêtre qui aurait dévié de la voie tracée pour lui… Une petite déception liée à des attentes probablement trop importantes.

The glass palace

Amitav Ghosh, The glass palace: l’histoire commence en 1885 avec l’invasion des Britanniques en Birmanie. Rajkumar n’est alors qu’un jeune garçon orphelin pris sous l’aile d’un batelier. Bloqué à Mandalay à cause de l’arrivée des troupes étrangères, il assiste au pillage du palais royal et y croise la jeune Dolly, une nounou d’un des enfants royaux. Cette jeune fille fait une forte impression sur lui. Le roman suit la vie de Rajkumar, sa débrouillardise, son activité dans le commerce du bois, la richesse qui en découle. D’un autre côté, Amitav Ghosh raconte l’exil du roi birman et de sa famille en Inde, où Dolly reste fidèle à sa maîtresse. Rajkumar ne l’a pas oubliée et part à sa recherche. Et l’histoire continue, relatant la vie d’une famille, les mariages, les enfants, les bonheurs et malheurs et surtout le cours de l’histoire – le roman se termine au début des années 1990.

J’ai trouvé le début fort long, j’ai même failli abandonner et puis d’un coup, l’histoire s’accélère (quand Rajkumar retrouve Dolly) et devient bien plus passionnante. J’ai adoré cette plongée dans l’histoire de la Birmanie mais aussi de l’Inde et de la Malaisie, alors colonies britanniques puis envahies par les Japonais et devenant enfin des pays indépendants. Le style d’écriture par contre ne m’a pas marquée plus que ça. A vrai dire, ce roman était dans ma PAL depuis mon voyage en Birmanie – il était conseillé partout comme indispensable à lire quand on visite le pays – mais il n’en parle que peu en fin de compte, se focalisant tout autant sur l’Inde et la Malaisie.

La nuit des béguines

Aline Kiner, La nuit des béguines: Paris, 1310. Au grand béguinage vit Ysabel, une femme qui connaît les plantes et les âmes. Un jour, elle recueille une jeune fille rousse, Maheut, qui ne veut pas expliquer d’où elle vient. Elle a été violentée et est en fuite. Son arrivée trouble le vie calme du béguinage. Résumé comme cela, ce roman semble être un récit palpitant mais ce n’est pas le cas. Et ce n’est pas nécessaire non plus. Aline Kiner plonge le lecteur dans un monde différent, dans la vie de ces femmes qui connaissaient encore une certaine liberté en vivant en communauté. Elle décrit aussi comment l’Eglise a peur de ces femmes et tente peu à peu de supprimer les béguinages, réprimant toute possibilité d’indépendance. Comme je le disais plus haut, il y a une histoire, celle d’Ysabel, de Maheut, d’Ade, de Jeanne, et aussi celle de Humbert, moine franciscain qui traque Maheut. Mais cette histoire ne semble qu’un prétexte pour décrire une période très particulière. J’ai beaucoup aimé et en même temps appris énormément sur ces femmes qui sont déjà quelque part féministes.

The hippie trail

Sharif Gemie and Brian Ireland, The hippie trail. A history: basé sur de nombreux interviews, ce livre propose de relater l’histoire de la hippie trail, ces voyages sur la route de l’Inde entrepris par de nombreux jeunes – pas spécialement hippies d’ailleurs – dans les années 1960 et 70. Il s’agit d’une étude anglaise et c’est donc ce point de vue là qui est abordé mais il peut sans doute s’étendre aux pays voisins. Les auteurs développent plusieurs thèmes: la drogue (non ce n’était pas le but premier de beaucoup de voyageurs), le sexe (idem), le tourisme et la recherche spirituelle. Un dernier chapitre quelque peu indépendant décrit comment ce périple a été raconté au cinéma et dans les romans. Je suis passionnée par le sujet et c’est la première étude que je lis à ce propos. Je l’ai trouvée fort académique mais néanmoins très intéressante, mettant à mal les clichés de la drogue et du sexe notamment. A vrai dire, de nombreux voyageurs sont partis pour l’esprit de découverte, pour l’aventure, et sont revenus changés juste par le périple. C’est un portrait d’une époque et d’une minuscule frange de la population qui désirait casser avec la vie bien rangée de leurs parents.

Peut-être connaissez-vous des personnes qui sont parties à cette époque sur la route ? J’aimerais beaucoup entendre leurs histoires !

The newlyweds

Nell Freudenberger, The newlyweds: Amina est une jeune femme vivant au Bangladesh, avec ses parents. Elle cherche à émigrer aux Etats-Unis en épousant un Américain. Par l’intermédiaire d’un site de rencontres, elle trouve George avec qui elle se marie. Le roman raconte sa vie aux USA, ses relations avec ses parents restés au pays, ses essais de s’intégrer à la vie locale, les différences de culture. Le sujet est à la base fort intéressant mais j’ai trouvé le temps un peu long. Tout est décrit et l’intrigue n’avance que très peu, intrigue fort simple au final. Je n’ai jamais trop compris quels étaient les problèmes du père d’Amina ni pourquoi son ami Nasir évolue de cette manière. Bref, j’attendais du romanesque et j’ai reçu une tranche de vie très normale.

(J’ai choisi ce livre parce que j’ai décidé de vider ma PAL, en commençant par les plus anciens. L’idée est de lire au moins les vingt premières pages et d’abandonner si je n’accroche pas – plusieurs livres ont déjà disparu de cette manière.)

Oorlog en terpentijn

Stefan Hertmans, Oorlog en terpentijn (Guerre et térébenthine): comme dans Le coeur converti, Stefan Hertmans part de son histoire personnelle et d’un document qu’il a trouvé. Dans le cadre de ce récit, il s’agit des carnets dans lesquels sont grand-père a écrit ses mémoires. Hertmans nous plonge dans la vie quotidienne des gens au tournant du siècle, à Gand. Son grand-père, Urbain, vient d’une famille très modeste, pauvre même. Il est en admiration devant le travail de son père qui restaure des vieilles fresques religieuses. C’est de là que lui viendra son goût de la peinture. En 1914, il doit combattre en première ligne et passera quatre ans dans les tranchées, survivant à plusieurs blessures. Hertmans décrit cette vie avec minutie, dressant en même temps le portrait d’une société très régulée par la religion, ne laissant aucune place au plaisir.

J’ai beaucoup aimé ce portrait d’une époque, d’autant plus que mon grand-mère a suivi en partie le même parcours (il est originaire de la région de Gand et a passé quatre ans dans les tranchées). C’était donc une manière pour moi de renouer avec une histoire de famille dont je ne connaîtrai jamais les détails (mon grand-père n’a rien écrit, juste raconté un peu). Par contre, j’ai parfois trouvé le temps un peu long dans les parties décrivant l’amour de l’art et de la peinture, ce qui fait baisser mon appréciation du livre.