Un déluge de feu

Amitav Ghosh, Un déluge de feu (Trilogie de l’Ibis 3): 1839 – la tension est à son comble entre l’Empire Britannique et la Chine qui a interdit le commerce de l’opium et renvoyé les étrangers de Canton. Une guerre est en vue. C’est à ce moment-là que commence le troisième volume de la Trilogie de l’Ibis et on retrouve une série de personnages présentés dans les tomes précédents: Zachary Reid, le marin en quête de fortune; Shireen Modi, l’épouse de Barham Modi qui est mort laissant son commerce d’opium sans héritier; Paulette qui s’est installée à Hong Kong et est devenue botaniste; Neel, maintenant au service des Chinois… Il y a aussi quelques nouvelles têtes, mais qui ont des liens avec des personnages du passé, comme Kesri Singh, le soldat (sepoy) dans l’armée britannique qui débarque en Chine avec son bataillon.

Amitav Ghosh reprend le rythme du premier volume, s’intéressant à des personnages variés et racontant leurs histoires. C’est bien plus animé que dans le second volume, qui était assez ennuyeux, sous forme de quasi huis-clos à Canton, avec de longs passages épistolaires. C’est le souci des trilogies, et encore plus si ces volumes sont des pavés. Il y a des moments creux, parfois très longs, mais malgré tout on a envie de connaître la fin de l’histoire. Et c’est là que dans l’épilogue, l’auteur explique qu’il n’a raconté qu’un petit bout de ce qu’il avait prévu; il s’est en effet basé sur de nombreuses sources historiques, et a tissé toute une toile autour de celles-ci. Cela se ressent un peu trop, surtout dans le second volume, et c’est dommage. C’est apparemment une habitude chez l’auteur, c’était aussi le cas dans The glass palace, mais c’était malgré tout plus équilibré.

Ce roman aborde des thèmes importants, liés à la colonisation, au pouvoir des Britanniques et à leur expansion en Asie. Il aborde parallèlement la vie des différentes communautés locales indiennes et chinoises. C’est extrêmement riche en informations et je ne suis pas mécontente d’en avoir appris plus sur les guerres de l’opium et toute cette période, mais un pavé de moins m’aurait tout aussi bien convenu. Une lecture contrastée donc, avec des notes très diverses allant de 2 à 4 selon les tomes.

Un livre lu dans le cadre du challenge « Pavé de l’été 2021 » organisé par Sur mes brizées. J’ai donc lu l’édition de poche chez 10/18, comptant 829 pages.

Anjum’s new Indian

Anjum Anand, Anjum’s new Indian (2008): ce livre de recettes indiennes est sans doute un des plus anciens de ma collection que j’utilise encore. Je l’avais acheté suite à l’émission culinaire Indian food made easy qui était passée sur la BBC, et depuis, j’ai réalisé une belle collection de recettes. Les textes ne sont pas très longs et ne font que survoler quelques-unes de cuisines de l’Inde mais Anjum Anand propose des plats qui sont pour la plupart faciles à préparer. Elle a adapté les recettes traditionnelles et simplifié certains processus mais c’est justement ça qui en fait un livre très utile, en tout cas pour aborder cette cuisine. Depuis, j’ai acheté pas mal d’autres livres de cuisine indienne mais je reviens toujours vers celui-là. Parmi celles que j’ai réalisées, on verra que j’ai une préférence pour celles à la noix de coco (souvent originaires du Kerala), mais en (re)feuilletant le livre, je me rends compte que j’ai quasi envie de les préparer toutes.

  • photos: ***
  • texte: **
  • originalité des recettes: ***
  • authenticité des recettes: ***
  • faisabilité des recettes: ***** (il faut évidemment acheter les épices de base)
  • recettes favorites: « Coastal prawn curry », « Keralan chicken », « Coconut chicken fry », « Lahori lamb », « Sindhi lamb curry », « Keralan sautéed lamb with coconut », « Lightly spiced cucumber, peas and mint », « Stir-fried peas »
  • indispensabilité du livre: *****

A house for happy mothers

Amulya Malladi, A house for happy mothers: aux Etats-Unis, à Silicon Valley, Priya vit une vie sans soucis, avec un mari aimant, mais une chose la rend malheureuse: elle voudrait un enfant. Elle n’y arrive pas, faisant fausse couche après fausse couche, malgré toute l’aide médicale possible. A l’autre du bout du monde, Asha vit dans un petit village d’Inde du Sud, dans la région d’Hyderabad. Son mari ne gagne pas beaucoup d’argent et elle aimerait que ses enfants aient un meilleur avenir, surtout son fils qui semble avoir un QI bien plus élevé que la moyenne. Leurs destins vont se rencontrer par l’intermédiaire de la Maison des mères heureuses: Asha va porter l’enfant conçu par Priya et son mari contre rétribution.

Le roman suit les deux femmes, alternant les chapitres. Elles ont toutes les deux des doutes en s’engageant dans ce chemin inconnu pour elles. Elles doivent vivre avec les commentaires et les pressions de leurs familles respectives: la mère de Priya est un genre de dragon qui désapprouve toutes les actions de sa fille, le mari d’Asha rêve de l’appartement qu’il pourra acheter avec l’argent de sa femme alors qu’elle veut surtout assurer l’avenir de son fils. La gynécologue de la clinique est surtout attirée par l’appât du gain et l’aspect commercial de ces « transactions » sous-tend le récit. Et puis il y a ce contraste entre la richesse (toute relative) des femmes étrangères et la pauvreté des femmes indiennes. Amulya Malladi analyse les divers sentiments des femmes au fil des pages et décrit leur évolution au cours de la grossesse. C’est touchant, et sans doute proche de la réalité. C’est un roman mais quelque part, cela touche à de la non-fiction. Malladi n’ajoute en effet pas trop d’éléments dramatiques; elle apporte par contre quelques touches d’humour avec le personnage de la mère de Priya. Un roman léger dans son ton mais profond dans son sujet.

The sleeping dictionary

Sujata Massey, The sleeping dictionary: l’histoire commence en 1930 dans un petit village de la côte du Bengale. Un tsunami détruit tout, et une fillette perd sa famille. Elle est recueillie et soignée dans un hôpital anglais, puis part travailler comme servante dans un pensionnat pour filles de colons et de bonnes familles indiennes. Elle y apprend l’anglais et découvre la littérature, grâce une enseignante qui repère ses qualités. Mais elle est de basse caste et ne pourra pas rester. Elle devra toujours cacher qui elle est vraiment, jouer des rôles liés aux différents prénoms qu’elle prendra au cours de sa vie, Pom, Sarah, Pamela, Kamala… Son histoire est difficile, souvent triste, mais pleine d’espoir aussi.

Sujata Massey décrit avec minutie la société indienne depuis les années 1930 jusqu’à l’indépendance en 1947, vue par les yeux d’une fillette naïve au début, mais qui apprendra énormément sur la vie en quelques années. Elle trace le portrait des pensionnats dirigés par les Anglais, elle raconte comment les castes définissent la place des Indiens dans la société et parle des Anglo-Indiens dont le statut est celui d’un entre-deux pas toujours bien défini et apprécié. L’histoire de la fillette suit en même temps la grande histoire, et le roman détaille divers épisodes de la lutte qui a mené à l’indépendance. J’ai beaucoup aimé l’immersion dans la vie coloniale, vue par l’oeil d’une jeune Indienne; il y a beaucoup de rebondissements et j’ai souvent eu peur pour l’héroïne, espérant au fil des pages le meilleur pour elle. C’est un roman prenant et en même temps très détaillé qui devrait passionner les lecteurs intéressés par l’Inde et son histoire mais aussi ceux qui aiment des récits dans lesquels une femme pleine de resources est le personnage principal.

De Sujata Massey, j’avais déjà lu The widows of Malabar Hill, un roman policier situé dans le Bombay des années 1920. Elle est également l’auteur d’une série de romans noirs qui se passent au Japon et qui rejoindront sans doute très prochainement ma PAL.

The anarchy

William Darymple, The anarchy: the relentless rise of the East India Company: 1600 – la reine Elisabeth I signe une charte royale octroyant le monopole du commerce dans l’Océan Indien à la Compagnie des Indes Orientales. C’est le début d’une aventure qui va mener à la colonisation du sous-continent indien. Entreprise commerciale à la base, la Compagnie a été autorisée dès le début à mener la guerre, et c’est ce qu’elle va faire, occupant au cours des 17e et 18e siècles de plus en plus de territoires et soumettant l’empereur et les rajas locaux. William Darymple détaille cette histoire dans son nouveau livre, montrant comment certaines actions étaient bien réfléchies tandis que d’autres étaient juste des coups de chance. C’est très fouillé, et le lecteur se perd souvent dans les personnages, mais surtout dans les nombreuses batailles, ponctuées de pillages et de tortures des perdants (aucun détail n’est épargné). Darymple a l’art de garder le suspense mais parfois l’histoire elle-même devient un peu ennuyeuse. Je n’ai jamais été passionnée par l’histoire politique et militaire, et ce livre ne parle que de ça; je pensais en fait retrouver une description de la société de l’époque et ce n’est pas le cas. Mais au final, je ne suis pas mécontente de ma lecture, parce qu’elle met le doigt sur des événements importants dans l’histoire et montre comme un empire a été créé par une petite entreprise commerciale avide d’argent, et sans respect aucun pour la culture locale. Je ne conseille pas ce livre à tout le monde mais je ne peux qu’admirer les recherches de l’auteur.

J’ai commencé ce livre bien avant que je n’aie connaissance du challenge non-fiction d’Electra mais je l’ai terminé pendant le mois de novembre, pendant la période de publication de ce challenge.

Un océan de pavots

[Un roman lu dans le cadre de « La littérature indienne à l’honneur », organisé par Eva, Patrice et Goran, challenge qui m’a permis de lire quelques livres présents sur ma PAL depuis un certain temps.]

Amitav Ghosh, Un océan de pavots: premier volume d’une trilogie, ce roman raconte en premier lieu l’histoire d’un navire qui, après avoir été utilisé pour le transport d’esclaves, reprend du service dans la marine marchande. Parti de Baltimore aux Etats-Unis, et passant par l’île Maurice, il arrive dans la région de Calcutta où se déroule l’essentiel de l’intrigue du roman. L’auteur nous présente une palette très variée de personnages, de Deeti, une jeune paysanne ruinée après le décès de son mari, à Paulette, une jeune Française orpheline et recueillie par des notables anglais, en passant par un raja accusé de faux en écriture, et bien d’autres encore. Chacun de ces personnages se retrouvera d’une manière ou d’une autre sur le navire qui doit repartir vers l’île Maurice.

Les descriptions sont détaillées mais jamais ennuyeuses; l’auteur a l’art d’insuffler un certain rythme et donne envie au lecteur de connaître la suite de l’histoire. J’ai lu ce roman en français, ce qui a ôté une partie de la saveur du langage: Ghosh a en effet utilisé dans la version originale les divers dialectes anglais des marins ou des Indiens qui passent difficilement à la traduction. Il a également fait de très nombreuses recherches historiques sur les origines de ses personnages et cela se ressent (mais sans aucune lourdeur) (tout comme dans The glass palace que j’avais beaucoup aimé). C’est un portrait détaillé de l’Inde des années 1830-40, à la veille de la première guerre de l’opium (1839-42). Les deux romans suivants semblent d’ailleurs se dérouler en Chine. Je me suis empressée de les commander mais je n’ai pas encore entamé le second – il s’agit en effet de beaux pavés !

Sous les lunes de Jupiter

[Un roman lu dans le cadre de « La littérature indienne à l’honneur », organisé par Eva, Patrice et Goran, challenge qui m’a permis de lire quelques livres présents sur ma PAL depuis un certain temps.]

Anuradha Roy, Sous les lunes de Jupiter: adoptée par une famille norvégienne, Nomi est aujourd’hui adulte. Elle revient pour la première fois en Inde, dans une station balnéaire de la baie du Bengale où elle tente de rassembler ses souvenirs. C’était a priori une histoire qui pouvait me plaire, mais cela n’a pas été le cas. Nomi n’est qu’un des personnages parmi d’autres et son histoire est entrecoupée de passages qui m’ont fortement ennuyée, comme celui décrivant ce guide un peu paumé ou cet homme qui a été largué par sa femme suite à des violences conjugales. Nomi, elle, a vécu une enfance malheureuse, recueillie par un gourou un peu spécial (ces passages sont d’ailleurs d’une violence extrême). Les seuls personnages un peu attachants sont les trois vieilles dames qui sont là en touristes.

J’ai failli interrompre ma lecture, mais j’étais déjà à la moitié et j’ai continué parce que la lecture était rapide. Mon avis n’a pas changé après avoir lu les dernières lignes et j’ai été très déçue de ce roman, de son manque de profondeur et de son style très banal.

Serving crazy with curry

[Un roman lu dans le cadre de « La littérature indienne à l’honneur », organisé par Eva, Patrice et Goran, challenge qui m’a permis de lire quelques livres présents sur ma PAL depuis un certain temps.]

Amulya Malladi, Serving crazy with curry: Devi, jeune femme indienne émancipée, vivant aux Etats-Unis et ayant tout juste perdu son travail à la Silicon Valley, décide d’en finir. Elle organise minutieusement son suicide mais c’est sans compter sa mère qui la découvre à temps. Elle est obligée de retourner vivre chez ses parents mais ne parle plus. Par contre, elle se met à cuisiner. Ce roman est un genre de vaudeville dans une famille indienne, décrivant diverses personnalités assez marquées: le père ne dit pas grand chose, la mère se mêle de tout et veut que ses filles soient heureuses en mariage, la grand-mère est quelque part la sage de la famille (mais elle a ses propres failles), la sœur de Devi a épousé l’homme « parfait » suite à un mariage arrangé… Les points de vue varient au cours du roman, et les histoires s’entrecroisent, faisant un portrait d’une famille indo-américaine partagée entre les traditions et la modernité. C’est une lecture facile, mais il y a quelques longueurs, et ça manque malgré tout d’un peu d’épices et de piment. Et surtout de recettes de cuisine !

Where China Meets India

Myint-U Thant, Where China Meets India: Burma and the New Crossroads of Asia: en commençant ce livre, je pensais lire l’histoire personnelle de l’auteur et l’exploration de son pays, la Birmanie. Ce n’est pas tout à fait le cas: il s’agit plutôt d’un écrit très bien documenté sur l’histoire et la situation politique du pays, ainsi que ses liens avec la Chine et l’Inde. C’est aussi une analyse assez fine des relations commerciales dans cette partie d’Asie. Le livre est divisé en trois grandes parties: la première est consacrée à la Birmanie, la seconde à la Chine, et tout particulièrement au Yunnan et à son histoire, fort différente de celle qui est expliquée en général, et la troisième à l’Inde, et donc à la partie frontalière avec la Birmanie. L’histoire de ces régions limitrophes est méconnue et j’ai appris énormément de choses. Mais j’ai malgré tout eu un grand souci en lisant ce livre: il a été écrit en 2011, avant la fin de la dictature militaire, et les perspectives avancées par l’auteur à propos de l’avenir sont quelques peu dépassées et cela m’a laissée sur ma faim. J’ai entre-temps vu qu’il avait écrit une analyse sur l’évolution du pays pendant les dix dernières années; je vais tenter de le lire avant que tout ça ne soit également du passé.

For a pagan song

Jonny Bealby, For a pagan song: en voyageant au Rajasthan avec Wild Frontiers, j’ai appris que le fondateur de l’agence était Jonny Bealby, qu’il avait été musicien rock mais aussi qu’il avait écrit plusieurs récits de voyage. Et j’ai donc eu envie d’en lire un. Mon choix s’est porté sur For a pagan song qui est le récit d’un trek assez incroyable dans les zones tribales d’Afghanistan, juste avant la prise de contrôle du pays par les Talibans. Bealby raconte son désir de vivre les aventures que Kipling conte dans The man who would be king. Dans cette nouvelle, les deux héros partent à découverte du Kafiristan pour y devenir rois.

Dans les années 90, la région était déjà fort troublée et difficilement accessible. Bealby trouve un partenaire, un employé d’une ONG connaissant bien la région et part pour ce trek de plusieurs semaines. C’est une société d’hommes et de clans, et ils sont toujours armés, ce qui causera certaines frayeurs aux voyageurs. A certains moments, ils sont quasiment pris en otage. Mais surtout cette région montagneuse est magnifique et la description des paysages donne envie de la visiter. J’avoue que j’ai été un peu horrifiée des risques pris par Bealby – et heureusement tout s’est bien terminé. Et j’ai aussi souvent pensé, avec un peu de jalousie, que le fait que je sois une femme rendrait ce voyage totalement impossible pour moi. Les femmes sont tout simplement invisibles et sans aucun droit dans cette région, et même une étrangère n’y aurait pas accès. J’ai aimé le récit, mais il m’a aussi fait poser quelques questions.