Mango and peppercorns

Tung Nguyen, Katherine Manning et Lyn Nguyen, avec Elisa Ung, Mango and peppercorns: a memoir of food, an unlikely family, and the American dream: en 1975, Tung Nguyen, jeune femme vietnamienne de la campagne, fuit Saigon et se retrouve comme réfugiée aux Etats-Unis. Katherine Manning, jeune femme américaine, la prend sous son aile. Ensemble, elles vont ouvrir un restaurant vietnamien à Miami et Tung deviendra maman de la petite Lyn. C’est donc l’histoire d’un rêve américain, d’une femme qui commence une nouvelle vie en utilisant ses talents culinaires.

Je l’avais attendu, ce livre ! L’histoire me semblait passionnante, une histoire d’immigration pour quitter un pays en guerre, le récit d’une réussite par l’intermédiaire de la nourriture. Et pourtant, j’ai été sacrément déçue: ce n’est pas parce qu’on est cuisinière ou propriétaire de restaurant qu’on sait écrire, et ce n’est même pas parce qu’une autre personne s’occupe de la rédaction que ça devient passionnant. Le récit est basé sur des interviews, et parle de différentes périodes de la vie de ces femmes, avec chaque fois une recette phare pour clôturer le chapitre. Mais on n’entre jamais vraiment dans la vie de Tung, qui reste extrêmement réservée, tandis que Katherine prend trop de place, faisant office de rouleau compresseur à l’américaine. Tout au long des pages, j’ai eu cette impression un peu désagréable que Tung se faisait exploiter, même si Elisa Ung a tenté de la mettre en avant. Quant aux recettes, si certaines ont l’air authentiquement vietnamiennes, d’autres sont de la fusion américano-vietnamienne, et ce n’est vraiment pas ma tasse de thé. Une grosse déception donc, et l’impression d’avoir perdu un peu mon temps.

Grape, olive, pig

Matt Goulding, Grape, olive, pig. Deep travels through Spain’s food culture: ce livre traînait sur ma PAL depuis un certain temps, depuis que j’avais lu avec plaisir Rice, noodle, fish consacré au Japon. Je l’ai ressorti, souhaitant en connaître un peu plus sur la cuisine espagnole, avant d’aller en Andalousie. Matt Goulding est Américain, mais a toujours été passionné par l’Espagne; il s’y est d’ailleurs installé et a épousé une Espagnole. Il raconte tout son parcours dans le livre, de son premier voyage à Barcelone en tant qu’étudiant à ses recherches plus approfondies dans diverses régions du pays, de la Galice aux Asturies, de Valence à Grenade. Il décrit des plats emblématiques comme la paella: il cherche ses origines, ainsi que des versions plus authentiques que celles servies dans les restaurants touristiques. Il suit les pêcheurs de thon de la côte de Cadix et les femmes qui récoltent les pouce-pieds, un genre de crustacé, sur les côtes de Galice. Il parle des bergers qui vivent dans les grottes près de Grenade mais aussi des chefs qui ont fait évoluer la cuisine espagnole et la faire reconnaître au niveau mondial.

En relisant mon article sur Rice, noodle, fish, je me rends compte que je n’ai pas eu autant de plaisir de lire ce volume-ci. Il y a trop de chapitres personnels, racontant la vie de Matt Goulding, et j’ai l’impression que tout l’intérêt porté à Ferran Adria et la cuisine moléculaire est fortement retombé. Je pense aussi que je cherchais plus d’informations liées à ma destination de vacances et le seul chapitre qui s’y rapporte élude un peu le sujet. Bref, j’ai été un peu déçue, mais en même temps, j’ai fait de la place dans ma PAL la plus ancienne (et j’ai quand même appris pas mal de choses sur la cuisine espagnole).

Tokyo Stories

Tim Anderson, Tokyo stories. The ultimate foodie adventures from basement to skyscrapers: je crois que c’est assez clair: j’aime Tim Anderson depuis qu’il a gagné à Masterchef de la BBC. Et donc j’achète ses livres. Celui-ci est consacré à Tokyo, c’est un voyage qui fait découvrir les nourritures (et boissons) de la capitale, en commençant par les food-court des sous-sols et les combinis, puis montant d’étage en étage, présentant les spécialités locales et régionales, des plats européens japonisés et la cuisine haut de gamme, avec chaque fois des recettes. Il y a donc des mets très divers, de la soupe au maïs au shio ramen au citron, du calpis à l’omurice, de l’okonomiyaki d’Hiroshima aux choux à la crème Totoro (celle-là me tente beaucoup à vrai dire, mais ma seule et unique tentative de pâte à choux a été un désastre).

Le livre est très intéressant à lire, chaque recette étant mise dans son contexte et illustrée, et de belles photos de Tokyo agrémentent les pages. Je suis moins inspirée pour préparer ces plats que dans les autres livres de Tim Anderson – je n’en ai d’ailleurs encore cuisiné aucun, mais ça pourrait encore venir.

  • photos: **** (toutes les recettes sont illustrées et il y a de nombreuses photos de Tokyo)
  • texte: **** (chaque plat est remis dans son contexte)
  • originalité des recettes: ****
  • authenticité des recettes: ****
  • faisabilité des recettes: **** (c’est très variable selon les recettes)
  • mesures: unités de mesures métriques et anglo-saxonnes
  • recettes favorites: à venir !
  • indispensabilité du livre: *** (sauf si vous êtes fans de Tim Anderson, ou de Tokyo, ou que vous voulez la recette des choux Totoro: *****)

World travel

Anthony Bourdain, World travel. An irreverent guide: ce n’est pas un secret que j’aimais beaucoup Anthony Bourdain, ses livres et ses émissions où il voyageait dans le monde entier (A Cook’s Tour, No Reservations, The Layover et Parts Unknown). C’est toujours un plaisir de les regarder aujourd’hui – en fait, il y a une grande partie de No Reservations que je n’ai pas encore vue. Ce livre rassemble un peu tout ça: il était à l’état de projet du vivant de Bourdain, et il a finalement vu le jour grâce au travail de son assistante, Laurie Woolever. Elle a rassemblé de nombreuses citations, ainsi que des textes d’amis, décrivant diverses villes et régions où Bourdain a voyagé au cours des ans. Le côté guide (aéroport, hôtels, taxis) est un peu superflu mais la partie sur les restaurants (qui fait guide aussi) et la nourriture est vraiment passionnante. Il y a clairement un côté nostalgique quand on relit ces textes, mais si on ne connaît Anthony Bourdain, c’est aussi une ouverture sur sa vision du monde, souvent caustique et brutale, mais tellement vraie et honnête. Et ça m’a donné envie de voyager !

Tiny moons

Nina Mingya Powles, Tiny moons: a year of eating in Shanghai: ce court récit (de moins de 100 pages) raconte un an d’une vie, celle de Nina Mingya Powles. D’origine mixte, sino-malaise et néo-zélandaise, elle décide de passer un an à Shanghai, pour y étudier le chinois mais aussi pour renouer avec son héritage. Au fil des saisons, elle y découvre les spécialités culinaires locales, et souvent celles-ci la renvoient vers son passé, vers sa famille vivant à Kota Kinabalu en Malaisie. Sa vie d’étudiante ne lui permet pas de dépenser beaucoup d’argent et donc elle se tourne vers ce qui est servi à la cantine, mais aussi dans les nombreuses gargotes de rue. Chaque saison est marquée par plusieurs plats, des ravioles, des brioches-ananas, des aubergines chinoises… C’est une tranche de vie, très poétique et marquée par la nourriture. Je ne pouvais qu’aimer ce court petit livre ! (et c’est quelque part une entrée en matière pour Mai en nouvelles !).

The traveling feast

Rick Bass, The traveling feast. On the road and at the table with my heroes: préambule – juste après avoir commencé ce livre, j’ai regretté d’avoir choisi de la non-fiction, je voulais plutôt lire un roman, de préférence passionnant après avoir traîné des semaines sur The Bass Rock. Mais j’ai continué ma lecture. Rick Bass, écrivain américain dont j’avais lu Nashville Chrome, a du mal à se remettre de son divorce et se pose des questions sur sa vie actuelle. Il décide de partir sur les routes, abandonnant un moment sa maison isolée dans la nature sauvage du Montana. Il souhaite en effet rencontrer des écrivains qui l’ont aidé ou influencé dans sa carrière et transmettre ces conseils à une génération plus jeune, certains de ses étudiants mais aussi une de ses filles. Il propose donc à une série d’auteurs de venir chez eux et de préparer un repas, puis de discuter littérature. Tout ceci pourrait être un peu ennuyeux à lire, mais c’est sans compter le talent de Rick Bass, et ses nombreuses aventures. Parce que tout ne se passe pas comme prévu ! Il fait passer de la viande en contrebande à l’aéroport d’Heathrow mais au cours du voyage, elle s’est dégelée et du sang coule du paquet, il fait exploser un barbecue au gaz, il se perd – souvent… Et s’il est au centre du récit, il y a aussi ces rencontres avec de grands écrivains américains, de Jim Harrison à Denis Johnson, de l’éditeur de Raymond Carver à Joyce Carol Oates. Au final, après une vingtaine de pages, j’étais totalement accro à ce récit et je l’ai dévoré en quelques jours !

Alone in the Kitchen with an Eggplant

Jenni Ferrari-Adler, Alone in the Kitchen with an Eggplant : Confessions of Cooking for One and Dining Alone: ce livre est en fait une anthologie, Jenni Ferrari-Adler ayant demandé à divers auteurs décrire un récit autour de leurs expériences de repas en solo. C’est a priori un sujet qui me tentait beaucoup, vu que je mange 90% du temps toute seule. Or j’ai trouvé dans ce livre une majorité d’histoires rendant compte d’expériences plutôt négatives, de frigos vides, de tristesse, de recettes qui n’en sont pas. Il y a quelques exceptions mais elles sont plutôt noyées dans la masse; je cherchais sans doute une confirmation de mes propres expériences. J’aime cuisiner, même des plats élaborés, pour moi toute seule – et ceci n’empêche pas le fait que parfois, par paresse, je mange juste des frites, ou un combo « apéritif » (olives, fromage, saucisson). Ce plaisir de manger seule n’est pas venu tout seul, c’était même une de mes plus grandes craintes quand je me suis séparée mais il a grandi au fil du temps. L’étape suivante, c’était le resto seule – ça s’est fait en plusieurs étapes. Au début je me cachais derrière mon livre, maintenant je passe plus de temps à observer les gens autour de moi, même si j’ai eu quelques expériences bizarres. Mais cela reste lié au voyage, chez moi, je ne me retrouve quasi jamais en solo au resto parce que j’aime manger à la maison. Le livre ne parle que très peu de tout ça, et c’est donc vraiment une déception.

Et vous, comment se passent vos repas en solo ? Allez-vous au restaurant seuls ?

The cooking gene

Michael W. Twitty, The cooking gene. A journey through African American culinary history in the Old South: comment me tenter avec un livre ? Sylvain m’a parlé de cet ouvrage qui raconte comment l’auteur a fait des recherches autour de la cuisine afro-américaine mais surtout de la généalogie et des analyses d’ADN, partie qui selon lui était un peu longue mais qui m’a tout de suite convaincue de lire le livre. Je suis en effet passionnée par les histoires de filiation et par le fait que la science puisse retrouver des informations qui se sont perdues au fil du temps.

Dans le cas de Michael W. Twitty, et de la communauté afro-américaine, retrouver les liens avec le passé lointain ne peut que se faire par une analyse d’ADN, et c’est ce que l’auteur propose dans son livre. Mais le point de départ, c’est la cuisine, comment celle-ci a gardé des spécificités africaines malgré la mise en esclavage et l’arrachement aux terres natales. Il s’est fait aider de nombreux généalogistes pour déterminer qui étaient ses ancêtres, noirs et blancs – les blancs sont essentiellement des hommes qui prenaient du bon temps avec des femmes esclaves (et qui bannissaient ces enfants métis de leurs généalogie). Et par la suite, il a fait plusieurs analyses de son ADN pour déterminer son appartenance à telle ou telle région d’Afrique.

La seconde partie du livre s’attache bien plus aux aliments, aux fruits et légumes, au riz, aux viandes et poissons, mais aussi à la culture du coton qui a provoqué un grand changement pour les esclaves – changement de lieu de vie mais aussi de régime alimentaire. J’ai trouvé ce livre passionnant du début à la fin – il touche évidemment à deux sujets qui m’intéressent beaucoup. Il m’a aussi permis d’aborder un troisième sujet que je ne connaissais que très peu, celui de l’esclavage. Je me suis toujours beaucoup intéressée à l’Asie, mais pas à l’Afrique; ces derniers mois, je commence à m’ouvrir à cette partie du monde, pour des raisons diverses. Il y a bien sûr le mouvement Black Lives Matter, mais aussi les textes que j’ai dû écrire sur le Congo, et bien sûr les voyages de mon papa.

Short diary of the week (342)

Lundi: une bonne nuit, commencer un long article, deux problèmes informatiques résolus en une journée, la mail officiel qui annonce une certaine reprise mais qui n’est pas assez précis pour mon poste, aucune concentration pour de la lecture, y arriver finalement en me donnant un court créneau horaire (genre de 17h45 à 18h15 – j’ai tenu 15 minutes mais c’était le plus long moment sans interruption de l’après-midi), ranger la cuisine tout en rippant des disques pour le travail, Breaking Bad, Gardener’s World en différé

Mardi: une bonne nuit, écrire, le beau livreur de Post NL qui m’amène à ma perte: il me livre un puzzle, puzzle que je commence dès la journée de travail finie et que je n’arrive plus à lâcher (je n’ai même pas publié de billet à propos du Japon – ce sera pour la semaine prochaine), Breaking Bad

Mercredi: écrire et corriger, noter des citations, du puzzle, cuisiner une salade intéressante (aubergine, maïs, poivrons, tomates, aneth), Breaking Bad, discuter de rhums par messenger

Jeudi: encoder deux longs articles avec plein de photos, ce qui prend un long moment, et puis arrive le camion avec mon nouveau canapé et mes chaises de jardin, un colis de 56kg donc mais je m’en suis sortie pour le glisser jusqu’au salon et le déballer, The great British sewing bee tout en profitant du nouveau canapé, de la lecture

Vendredi: réveillé fort tôt, faire des commandes, un détour rapide pour faire les courses, passer au bureau pour chercher du travail d’encodage, et donc rencontrer quelques collègues, m’y remettre, tondre la pelouse, et puis l’après-midi est terminée, le repas du soir, une longue et agréable conversation avec Kleo

Samedi: réveillée tôt, glander dans le canapé (l’autre, celui qui donne malheureusement des signes de faiblesse), ne pas réussir à me décider: quel tissu coudre en premier – le rouge ou le bleu ?, le livreur qui passe évidemment quand je suis sous la douche (il a déposé le paquet chez les voisins), du rangement, laver les grandes vitres de la baie vitrée, de la lecture, et comme souvent le samedi soir m’endormir à peine le film lancé, me réveiller une heure plus tard et lire encore un bon moment

Dimanche: du ménage, découper une nouvelle robe (un sondage instagram m’a décidée pour le tissu à fleurs rouges), sortir le parasol, planter une bonne vingtaine de plants de tomates, terminer mon roman, quelques pièces du puzzle, cuisiner un plat de Madagascar très facile, encore un cocktail partagé, Rashomon (Akira Kurosawa, 1950), le sentiment d’avoir passé une bonne semaine sans drames et sans remous et qui me conforte que le télétravail c’est le bien

Short diary of the week (340)

Lundi: et donc cette douleur sous l’omoplate est plus accentuée aujourd’hui, reprendre le travail à la maison (a priori au moins jusqu’au 18 mai si j’ai bien compris le mail du directeur), couper les cannes de bambou restantes, lire un moment et profiter de ce dernier jour de soleil, Breaking Bad

Mardi: réécouter un vieux disque et me rendre compte qu’il ne me plaît plus autant qu’avant, commencer un texte, la pluie – enfin, ajouter de la terre à mes tomates à l’intérieur, terminer ce roman, Breaking Bad

Mercredi: ces douleurs sous l’omoplate – toujours, plein d’idées pour la suite (cette liberté de choisir soi-même des sujets), rempoter quelques fleurs, tenter un plat de Hong Kong qui s’avère facile à préparer et très bon, le documentaire Ramen Heads qui me fait saliver

Jeudi: mettre des choses en ligne, voir avec plaisir le facteur (la factrice ?) m’apporter un colis, une courte promenade pour tenter de détendre mon corps tout tendu, The great British sewing bee (en différé)

Vendredi: congé !, de la couture: continuer la robe en cours et coudre un masque, glander pas mal, un peu de lecture, un documentaire sur les femmes de réconfort indonésiennes lors de l’occupation japonaise: Troostmeisjes: omdat wij mooi waren, un bout de Gardener’s world

Samedi: les courses qui ne se passent pas trop bien: me faire agresser verbalement par un client qui m’a d’abord coincé dans une allée sans issue, le trop plein d’émotions catalysé par ce truc tout con, de la couture: me décider pour une jupe droite mais d’abord coudre une toile, m’attaquer à cet arbuste qui cache un palmier, j’abandonne: il est trop ancré dans le sol, mais en le taillant aux deux-tiers j’obtiens l’effet voulu, de la lecture, préparer des ramens au coquilles saint-jacques et mettre le bordel dans la cuisine, un début de film qui m’endort très vite

Dimanche: une bonne nuit, de la couture, abandonner: c’était une bonne idée de coudre une jupe droite mais l’adaptation à ma taille se révèle fort difficile et je préfère y revenir à tête reposée, lire tout l’après-midi et terminer un roman, du gigot – le souci c’est que toute la maison sent le graillon, A land imagined – un beau film de Singapour