À rude épreuve

Elizabeth Jane Howard, À rude épreuve: comme lecture de voyage, j’ai choisi le second volume de la saga des Cazalet, cette famille anglaise vivant à Londres et dans le Sussex pendant la période de la Seconde Guerre mondiale. L’histoire commence en 1939 avec le début du conflit et se centre tout particulièrement sur les jeunes filles et femmes de la famille: Louise qui tente de se lancer dans une carrière d’actrice, Clary dont le père est porté disparu et qui a maintenant une petite demi-sœur, Polly qui s’inquiète pour sa mère malade… Les autres protagonistes sont également évoqués au cours des pages.

Je me suis à nouveau plongée avec délectation dans les aventures de la famille Cazalet. L’approche de l’auteur est très psychologique, et c’est passionnant d’entrer dans le cerveau des personnages, tout particulièrement des jeunes femmes, pour apprendre comment était leur vie dans les années 1940. Certains commentaires font tiquer aujourd’hui mais c’était le quotidien des femmes de l’époque. Une fois la dernière page tournée, j’ai eu une forte envie de commencer le volume suivant mais j’ai préféré le garder au chaud pour un moment de panne de lecture ou de besoin de roman doudou. Et même en ayant entamé un roman suivant, je n’arrivais pas à me sortir les personnages de ma tête.

Les âmes silencieuses

Mélanie Guyard, Les âmes silencieuses: Loïc Portevin, parisien imbu de sa personne, doit suivre une psychothérapie après avoir frappé l’amant de sa femme (celle-ci l’a mis dehors et a demandé le divorce suite à cet événement). Il ne supporte pas ces séances qu’il trouve inutiles et est fatigué des questions de la thérapeute à propos de son histoire familiale qu’il ne connaît pas. Au même moment, sa mère lui demande de vider la maison de sa grand-mère et vu qu’il n’a rien de mieux à faire, il s’attelle à la tâche. C’est l’automne, et la demeure est dans un petit village perdu dont les habitants n’ont pas leur langue dans leur poche et l’interpellent sur le passé. Loïc ne comprend pas vraiment pourquoi on en veut toujours à sa grand-mère, Héloïse. Jusqu’à ce qu’il trouve des lettres de celle-ci à J., un homme mystérieux. L’histoire se dévoile au cours des pages, alternant le temps présent et la période de la Seconde Guerre mondiale, quand Héloïse n’était encore qu’une jeune fille qui essaie de protéger sa famille des Allemands.

L’histoire est habilement construite, entre passé et présent, entre une jeune fille qu’on admire dès les premières lignes et un mec désabusé qu’on déteste, du moins au début du récit. J’ai été happée, tournant les pages l’une après l’autre. Je n’ai pas quitté mon canapé de l’après-midi, et j’ai terminé le livre avant de m’endormir, en une seule journée. Je devais savoir ce qui s’était passé, m’étant attachée à Héloïse et à son secret que je voulais connaître. Car il ne faut pas toujours se fier aux apparences. Il y a un côté « psychogénéalogie » dans ce roman, et c’est tout simplement passionnant de voir comment le passé peut encore avoir une influence sur les personnes que nous sommes aujourd’hui. Et aussi, c’est intéressant de voir comment se créent les secrets de famille. J’ai adoré !

The gift of rain

Tan Twan Eng, The gift of rain: 1939, Penang. Né d’un père anglais, riche entrepreneur de la région, et d’une mère chinoise, Philip Hutton est un garçon de 16 ans au début du roman. Son père, sa soeur et ses deux frères (sa mère est décédée quand il était petit) sont en Angleterre pour quelques mois. Lui a préféré rester sur place, dans la propriété familiale, avec les nombreux serviteurs. Un jour, il rencontre un diplomate japonais, Hayato Endo, à qui son père a loué un îlot en face de leur maison. Ils deviennent amis et Endo apprend à Philip l’aïkido et la langue japonaise. Mais une guerre se prépare et Philip devra faire des choix: protéger sa famille ou défendre son pays ?

Au début du roman, j’ai eu la forte impression de retrouver tous les thèmes de The garden of evening mists: la Malaisie et son histoire pendant la Seconde Guerre mondiale, un Japonais comme un des personnages principaux, une chronique familiale… et en effet, il y a de fortes ressemblances, mais au cours du livre, l’histoire évolue, prend sa propre tournure. Tan Twan Eng prend son temps pour faire un portrait très fin des personnages et le récit n’avance pas très vite mais c’est compensé par une très belle écriture, descriptive, faisant revivre une ville à l’aube de la guerre, montrant les rouages d’une société encore coloniale mais dans laquelle les Chinois ont également beaucoup d’importance. En lisant ce livre, on se trouve plongé dans les tropiques et l’ambiance particulière de ces régions. Et si le récit suit les événements historiques de très près, il décrit également la psychologie des personnages, leurs doutes et leurs choix. J’ai adoré ! Et en même temps, je suis déçue: l’auteur n’a pas écrit d’autres romans…

Le roman a été traduit en français: Le don de la pluie.

How we disappeared

Jing-Jing Lee, How we disappeared: Jing-Jing Lee, jeune autrice singapourienne, raconte dans ce roman deux histoires en parallèle. Wang Di est aujourd’hui une femme âgée, elle se souvient de la guerre: en 1942, âgée de 17 ans, elle a été enlevée par des militaires japonais et enfermée dans maison de passe où elle devait « réconforter » les soldats. En 2000, la grand-mère de Kevin, l’autre narrateur, décède, non sans avoir fait une confession à son petit-fils. Il décide de mener l’enquête. Les deux histoires vont se mêler à un moment précis (il faut vraiment attendre les dernières pages), mais entre temps, Jing-Jing Lee a écrit un portrait très fin et émouvant de ces « filles de réconfort » qui ont été contraintes à la prostitution. Elle décrit toute l’histoire de l’occupation japonaise à Singapour par la même occasion. Elle explique dans ses remerciements qu’elle s’est notamment inspirée d’un documentaire hollandais, Troostmeisjes: omdat wij mooi waren, filmé en 2010 par Frank Van Osch en Indonésie (documentaire que j’ai vu entre temps et qui est très émouvant). J’ai trouvé ce livre très violent et très touchant en même temps, j’y ai retrouvé une Asie tropicale que j’aime beaucoup, et j’ai apprécié le style d’écriture fluide, qui donne l’impression au lecteur de se retrouver sur place. Je conseille chaudement !

The garden of evening mists

ml1384_270x350Tan Twan Eng, The garden of evening mists: années 50, Cameron Highlands – Malaisie. Yun Ling, une jeune femme qui a survécu aux camps d’internement japonais, désire créer un jardin en souvenir de sa sœur qui a été tuée pendant la guerre. Dans les montagnes du centre du pays, elle retrouve l’ami de sa famille, Magnus, d’origine sud-africaine et propriétaire d’une plantation de thé, mais aussi le japonais Aritomo, un ancien jardinier de l’empereur qui a décidé de créer un jardin traditionnel au milieu de la végétation tropicale. Yun Ling souhaite l’engager mais celui-ci refuse et lui propose plutôt de devenir son apprentie. Contre toute attente, des liens profonds se tissent entre les deux personnages si opposés, entre une femme blessée et le symbole – quelque part – des anciens bourreaux, le tout sur fond de la guerre civile qui faisait rage en Malaisie à cette époque (les communistes tentaient d’arriver au pouvoir et commettaient de nombreux attentats).

L’auteur, Tan Twan Eng, est malais et vit aujourd’hui entre Kuala Lumpur et Le Cap. Dans son roman, il parle de son pays, de son histoire difficile en créant des personnages qui auraient pu avoir vécu à l’époque. Il intègre également toute une partie japonaise: il a étudié avec soin les concepts de jardins japonais et d’autres traditions locales. Le roman est lent et dense, mêlant beauté de la nature et horreurs de la guerre, évoquant avec finesse les émotions de la narratrice, Yun Ling, qui se souvient de son histoire alors que sa santé décline. J’ai beaucoup aimé – les thèmes avaient tout pour me plaire – mais il m’a manqué quelque chose qui m’a empêché de mettre 5 étoiles, quelque chose dans l’écriture sans doute, peut-être le choix des mots qui n’arrive pas tout à fait au niveau du superbe titre. Mais c’est un détail et je conseille ce roman si vous aimez être complètement dépaysés !

Le livre a été traduit en français sous le titre Le jardin des brumes du soir.

Blackout/All clear

Connie Willis, Blackout / All clear: 1200 pages découpées en deux volumes, voilà ce que propose Connie Willis dans son dernier roman ! Une sacrée brique donc que j’aurais mieux fait d’entamer en période de congés, mais j’en suis venue à bout. L’auteur reprend le thème des voyages dans le temps comme dans ses précédents romans, intégrant quelques personnages déjà présentés auparavant. On est en 2060 et il y a une certaine effervescence dans les laboratoires d’Oxford. Personne ne sait ce qui se passe mais tous les voyages prévus sont reprogrammés. Merope alias Eileen doit prendre des cours de conduite pour pouvoir repartir en 1940 s’occuper d’enfants évacués à la campagne, dont deux sales gosses, Alf et Binnie. Polly est en route pour le Blitz à Londres à l’automne 40 et Michael Davies va assister à la bataille de Dunkerque au printemps 40. Et puis là les problèmes commencent: ils n’arrivent pas à la date prévue et leur portail pour le retour vers le futur reste fermé. Le roman alterne les chapitres sur l’un ou l’autre personnage, incluant également des histoires plus tardives situées en 1944 et 1995 qui sont autant d’éléments d’un grand puzzle qui se met en place au fur et à mesure jusqu’au dénouement final. J’ai trouvé que le roman était un peu long par moments: certains chapitres auraient pu être raccourcis, voire supprimés mais je n’ai jamais autant appris sur la vie quotidienne en Angleterre pendant la seconde guerre mondiale, et là mon côté historienne a adoré. Connie Willis a clairement fait de nombreuses recherches sur son sujet ! Je me pose toujours des questions quant aux paradoxes du voyage dans le temps, questions que je n’arrive pas à résoudre mais peu importe, au final, le roman m’a beaucoup plu.

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