Taste of Persia

Naomi Duguid, Taste of Persia: A Cook’s Travels Through Armenia, Azerbaijan, Georgia, Iran, and Kurdistan (2016): De Naomi Duguid, j’avais déjà lu Burma et j’avais adoré ses recherches approfondies dans la cuisine locale. Pour écrire ce livre-ci, elle a voyagé en Arménie, Azerbaïdjan, Géorgie, Iran et Kurdistan et elle raconte ses expériences et rencontres avec les locaux, qui ont souvent partagé des recettes avec elle. J’ai ce livre depuis quelques années et pourtant je n’ai pas préparé grand-chose jusqu’à présent. En le lisant, j’ai cependant noté plein de recettes faciles à préparer, très souvent sur base de légumes. Je ne suis par contre pas sûre que je me lancerai dans la fabrication des différents pains, et les plats à base de riz demandent un certain temps de préparation. Les ingrédients sont faciles à trouver, sauf le fénugrec bleu mais Naomi Duguid propose toujours une solution de remplacement. Elle est clairement une autrice que je vais continuer à suivre.

  • photos: *** (toutes les recettes ne sont malheureusement pas illustrées mais il y a beaucoup de photos des pays visités)
  • texte: ***** (passionnant et permet de mieux connaître cette culture)
  • originalité des recettes: *****
  • authenticité des recettes: *****
  • faisabilité des recettes: ****
  • mesures: unités de mesures américaines uniquement (cups & ounces) (et c’est bien dommage)
  • recettes favorites: « Eggplant borani », « Pomegranate marinated kebabs », « Turkey kebabs »
  • indispensabilité du livre: ***

Olive Kitteridge

Elizabeth Strout, Olive Kitteridge: ce roman, plein de lecteurs et lectrices l’adorent (je peux citer Electra et Marie-Claude – ce sont d’ailleurs elles qui m’ont poussée à le lire), et j’en attendais beaucoup. Je me souviens avoir aimé la mini-série, dont j’ai tout oublié – ou presque – depuis (ce qui n’était pas plus mal pour ma lecture) et c’est avec plein d’entrain que je me suis plongée dans ce livre. J’ai été déroutée: mais où était Olive ? C’est d’abord par le biais de son mari, Henry, qu’elle apparaît en filigrane. Il était le pharmacien de la petite communauté de Crosby, village imaginé en bord de mer dans le Maine. Ensemble, ils ont un fils, Christopher. Le temps passe, et d’autres personnages apparaissent. Tous ont connu Olive, souvent ils l’ont eu comme leur professeur de maths. Dans certains chapitres, elle apparaît enfin au centre de l’intrigue mais elle m’a toujours semblé en retrait, peut-être à cause de son caractère renfermé, voire même acariâtre ?

Je n’ai pas accroché au roman, même si j’aime bien le personnage d’Olive. Je me suis souvent un peu ennuyée, et j’ai compté les pages (ce n’est jamais un bon signe). Et pourtant je voulais vraiment aimer ce roman ! (peut-être que c’était ça le problème justement).

Elizabeth Strout, Olive Kitteridge, Random House, 2008.

Bonne nuit Tôkyô

Yoshida Atsuhiro, Bonne nuit Tôkyô: en lisant la quatrième de couverture de ce roman japonais, on a un léger sentiment de déjà-vu: serait-ce une histoire sur le même thème que La cantine de minuit, mais vu par un chauffeur de taxi ? Oui et non: ça se passe en effet la nuit à Tokyo, et on y rencontre divers personnages un peu farfelus, comme cette voleuse de nèfles, ce brocanteur qui n’ouvre son magasin que la nuit, ce détective qui chercher à voir les films dans lesquels son père a joué, cette accessoiriste pour le cinéma à la recherche d’objets divers, cette téléphoniste dans un call-center… Au fil des chapitres, l’auteur raconte leurs histoires, qui vont finir par se croiser; certains vont même se rencontrer dans la cantine préférée du chauffeur de taxi.

C’est plaisant à lire – heureusement qu’il y a les quelques éléments bizarres pour pimenter un peu l’histoire – mais ce n’est pas non plus passionnant. C’est un livre qui permet de passer quelques heures à Tokyo pour se distraire et s’évader un peu, sans se prendre la tête.

Yoshida Atsuhiro, Bonne nuit Tôkyô, Editions Picquier, 2022 (traduction de Catherine Ancelot)

Kim Jiyoung, née en 1982

Cho Nam-joo, Kim Jiyoung, née en 1982: Kim Jiyoung est une femme comme les autres. Née en 1982, elle porte le prénom le plus populaire cette année-là. Elle a une vie normale; elle est devenue maman et a arrêté son travail pour s’occuper de sa fille. Sauf qu’elle commence à être bizarre, prenant la voix d’autres femmes. Son mari l’envoie chez un psychiatre. La suite du roman, c’est son histoire de petite fille, d’adolescente, de jeune femme, d’épouse. Cho Nam-joo fait le portrait d’une société où le patriarcat règne en maître et c’est particulièrement glaçant: dès la conception, les filles ne sont pas voulues – il y a eu une vague d’avortements de fétus féminins, déséquilibrant le ratio homme-femme dans le pays – et dès l’enfance, elles passent au second plan – à l’école et à la maison (surtout s’il a un frère). Les études universitaires leur sont ouvertes mais à l’embauche, elles sont à nouveau très souvent recalées. Enfin le rythme du travail en Corée n’est pas du tout adapté à la vie de famille.

Le style du livre est assez rebutant, extrêmement froid et plus proche de la non-fiction que de la fiction. Cela ajoute au côté glacial de l’histoire mais cela met aussi une trop grande distance avec le lecteur. S’il n’avait pas été aussi court, je ne suis pas sûre que je l’aurais lu, mais une fois commencé, on veut connaître la suite. Je suis tombée des nues: je savais que la condition de la femme nord-asiatique n’était pas rose, mais à ce point ? Je me suis demandée si l’auteur avait exagéré son propos mais j’imagine que non. Et la dernière phrase est particulièrement assassine. Un livre percutant mais au style un peu trop rébarbatif.

Cho Nam-joo, Kim Jiyoung, née en 1982, Nil, 2020 (en v.o., 2016) (traduction Choi Kyungran et Pierre Bisiou)

Wilderness

Lance Weller, Wilderness: avant de plonger dans le coeur de l’histoire, un premier chapitre présente une vieille dame aveugle dont les pensées oscillent entre présent et passé. Il neige et cela lui rappelle comment elle a été sauvée du blizzard. Elle repense à Abel Truman, son « deuxième père », et la suite du roman raconte son histoire, mais aussi celle de plusieurs personnages qui ont croisé son chemin. Abel vit dans une cabane au bord du Pacifique, dans le nord-ouest. Il décide de partir avec son chien pour réaliser un dernier voyage. Il est hanté par son passé; il a en effet combattu pendant la guerre de Sécession, du côté des Sudistes. Les chapitres alternent le récit du voyage avec les scènes de guerre, et tout particulièrement la bataille de Wilderness.

La violence est partout: dans la guerre, évidemment, qui est décrite dans ses moindres détails, de manière très cinématographique, mais aussi dans les rencontres que fait Abel lors de son voyages – il se fait dérober son chien et part à la poursuite des voleurs qui sont des hommes particulièrement agressifs. J’ai eu beaucoup de mal à entrer dans le roman (la faute au précédent, Sea of Tranquility), et je n’ai jamais beaucoup apprécié les histoires de guerre de Sécession, mais je dois bien avouer que j’ai été prise par l’intensité de l’écriture, tout particulièrement lors de la description de la bataille de Wilderness. Lance Weller a écrit un roman qui conte l’Amérique sauvage, sauvage dans sa nature mais aussi dans les relations humaines, et dans cette coupure qu’a causé la guerre. C’est un roman fort, et je lirai avec plaisir d’autres livres du même auteur.

Lance Weller, Wilderness, Gallmeister, 2013 (en vo, 2012) (traduction François Happe)

Sea of Tranquility

Emily St. John Mandel, Sea of Tranquility: en lisant la première partie de ce roman, on se demande un peu ce que veut raconter Emily St. John Mandel: en 1912, Edwin St. Andrew, arrive au Canada où il a été envoyé par ses parents, comme fils cadet qui n’héritera pas de la propriété familiale située en Angleterre. Il continue son voyage jusqu’à l’île de Vancouver, avec de nombreux arrêts en cours de route, se laissant vivre et buvant beaucoup. Sur l’île, il a un malaise dans la forêt, au pied d’un érable. L’histoire fait ensuite plusieurs sauts dans le temps, ce qui nous permet de retrouver Vincent (The Glass Hotel) et Mirella, puis elle nous présente Olive Llellewyn, autrice qui fait une tournée pour présenter son roman, et enfin Gaspery-Jacques Roberts qui vit dans une des colonies sur la lune, au 25e siècle.

Emily St. John Mandel propose une histoire qui mêle passé et futur, avec voyage dans le temps, dans une construction en miroir, dévoilant au fur et à mesure divers éléments qui mènent à la résolution d’une histoire, un peu comme un roman policier où le détective découvre peu à peu les indices. Dès la seconde partie, j’ai été passionnée par le récit, mais surtout par le ton. Comme dans ses romans précédents, l’autrice fait passer un fort sentiment de nostalgie et une certaine tristesse qui envahit très vite le lecteur (quelqu’un sur Goodreads faisait remarquer qu’il était peut-être temps qu’elle change son style, mais pour moi, cela fonctionne très bien pour ce roman). Et j’ai adoré le retour de Vincent.

C’est le premier roman que je lis qui parle aussi clairement de la pandémie, et qui spécule sur un monde futur où elles seront courantes et où la population a l’habitude de vivre avec la maladie. On sent que l’autrice s’est inspiré de ce qu’elle vivait au moment de l’écriture et le roman est marqué par notre époque. J’ai lu ce roman en trois jours, dévorant plus d’une centaine pages en une fois (je lis plus lentement en anglais) et j’en suis sortie toute retournée (à tel point que j’ai beaucoup de mal à m’habituer au roman suivant et que quelques jours après l’avoir terminé, je monte sa cote de 4 à 5). Je ne suis pourtant pas amatrice de romans de science-fiction, mais j’adore les voyages dans le temps. Peut-être que je devrais ajouter à ma PAL les premiers romans d’Emily St. John Mandel…

Emily St. John Mandel, Sea of Tranquility, Knopf, 2022, 255p.

L’autre moitié de soi

Brit Bennett, L’autre moitié de soi: Stella et Desiree Vignes sont jumelles; elles vivent à Mallard, petite localité du sud des Etats-Unis habitée par des Afro-Américains qui ont toujours cherché à avoir la peau la plus claire possible en se mariant en fonction de cette idée. Les deux filles fuguent et se retrouvent à la Nouvelle-Orléans où elles reprennent le cours de leur vie jusqu’à ce que Stella disparaisse. Quelques années plus tard, Desiree revient à Mallard, chez sa mère, elle-même maman d’une petite fille à la peau noire comme l’ébène, fuyant son mari violent. Le roman passe alors à Stella, qui se fait passer une Blanche et qui vit dans le luxe à Los Angeles. Britt Bennett mêle les points de vue et les temporalités, mettant en scène Desiree, Stella, mais aussi leurs filles respectives qui tentent de démêler le cours de l’histoire et les mensonges ou omissions de leurs mères. Parce que prendre la place d’une Blanche dans les Etats-Unis des années 1960 n’est pas évident, et Stella a une peur bleue d’être démasquée. Elle s’est enfermée dans une carapace et a changé sa personnalité, devenant une femme dure et constamment sur ses gardes; seules les apparences comptent encore.

Ce roman a traîné longtemps sur ma PAL, je n’étais pas trop tentée et puis je me suis un peu forcée. J’ai été happée par l’histoire, surtout à partir du moment où Jude, la fille de Desiree entre en scène, menant sa vie à Los Angeles avec Reese, un personnage très attachant. Par la suite, j’ai eu l’impression que le roman perdait un peu en intensité, mais il reste très intéressant dans son questionnement de l’identité et de l’image de soi. J’espère que je trouverai encore d’autres perles dans ma PAL la plus ancienne (datant de 2020, donc ce n’est pas si ancien que ça en fait); l’idée serait de la terminer pour la fin de l’année mais elle est encore bien fournie (peut-être que je supprimerai quelques livres en cours de route, j’hésite à lire les Liane Moriarty par exemple).

Brit Bennett, L’autre moitié de soi, Autrement, 2020, 480p. – traduction par Karine Lalechère (The Vanishing Half)

L’attaque du Calcutta Darjeeling

Abir Mukherjee, L’attaque du Calcutta Darjeeling: le capitaine Sam Wyndham débarque à Calcutta en 1919. Sa vie est en miettes: il a perdu sa femme et a été traumatisé par la guerre. Dès son arrivée, il doit enquêter sur le meurtre d’un haut fonctionnaire dans une rue mal famée, au pied d’un bordel. Assisté du sergent Banerjee, un policier local qui connaît les us et coutumes du pays, il tente de défaire les fils de l’histoire, se plongeant dans le monde de l’administration coloniale et dans celui des Indiens revendiquant leur indépendance. Il fait chaud et poisseux, et les gins tonic ne suffisent pas pour se dépêtrer de cette situation compliquée.

Je m’étais dit que je ne commencerais pas de nouvelle série de romans policiers mais le sujet était bien trop tentant (et les divers commentaires sur les blogs aussi – les avis de Keisha, d’Athalie et de Kathel). J’adore les histoires qui se passent dans les colonies, que ce soit l’Inde ou l’Indochine. Le fait qu’ici, ce soit écrit par un auteur indien (vivant en Grande-Bretagne) apporte un plus: on ne l’accusera pas de racisme (contrairement à l’époque qui l’était complètement et les personnages anglais s’en donnent à coeur joie). L’enquête, assez classique, met du temps à se dérouler – en nombre de pages, pas en nombre de jours, mais ce rythme lent permet de décrire la société de l’époque dans tous ses détails. Le titre en français renvoie à un incident qui, s’il est lié à l’enquête principale, n’est pas au coeur du récit – ce qui est un peu dommage – mais le titre anglais, A Rising Man, n’était sans doute pas très traduisible ni vendeur. Bref, j’ai beaucoup aimé, et ça me fait donc une série de plus à continuer !

Abir Mukherjee, L’attaque du Calcutta Darjeeling, Folio, 2020 (première édition en vo en 2016)

Slouching Towards Bethlehem

Joan Didion, Slouching Towards Bethlehem: ce recueil rassemble divers textes de Joan Didion – de la non-fiction – écrits pour des périodiques américains dans la seconde moitié des années 1960. Elle y fait un portrait de l’Amérique de l’époque, des hippies de San Francisco à John Wayne, de l’histoire d’un meurtre d’un homme par son épouse au tourisme à Hawaï. Elle évoque aussi sa propre vie et réfléchit sur certains aspects de son caractère (elle remplit des carnets entiers de notes). Ce sont des textes très divers et j’ai complètement décroché pour quelques-uns. Mais j’ai tellement savouré d’autres que je ne peux qu’être très positive suite à cette lecture. J’y ai retrouvé une certaine Californie décrite dans d’autres romans (je pense à Bret Easton Ellis, à Kem Nunn) mais aussi au livre de Mick LaSalle sur le cinéma (Dream State) ou à Laurel Canyon d’Arnaud Devillard. Sauf que Joan Didion a écrit ces textes bien avant tous ces auteurs (qui s’en sont peut-être inspirés ?). J’ai aussi beaucoup pensé à Joyce Carol Oates pour l’écriture: il y a cette précision des mots, on sent une certaine fébrilité, il y a de très fines descriptions des caractères, avec une certaine distance par rapport aux personnages. C’est certain: je vais continuer mon exploration de la bibliographie de Joan Didion !

Merci à Electra qui m’a indiqué la voie avec ses nombreux articles.

Joan Didion, Slouching Towards Bethlehem, Farrar Straus Giroux, 2008 – première édition de 1968

Ohio

Stephen Markley, Ohio: aujourd’hui adultes, quatre anciens élèves de la même école se retrouvent le même soir à New Canaan, petite ville de l’Ohio. Stephen Markley décrit leur trajectoire en quatre parties consacrées à chacun d’entre eux. Il y a d’abord Bill Ashcraft qui doit livrer un mystérieux paquet. C’est pour lui un moyen facile de gagner de l’argent pour s’acheter alcool et drogues. Stacey Moore revoit la mère de sa petite amie disparue, mère qui n’a jamais accepté leur relation homosexuelle – de même d’ailleurs que le frère de Stacey qui tente à chaque fois de la remettre dans le droit chemin. Dan Eaton est vétéran de la guerre d’Irak et a perdu un oeil; il revient à New Canaan en espérant revoir son amour de jeunesse. Tina Ross quant à elle porte en elle un profond désir de vengeance suite à un événement du passé impliquant d’autres élèves de son école.

J’ai failli abandonner après 50 pages: le personnage de Bill est détestable et l’écriture est souvent un peu alambiquée, compliquée, et très foisonnante. J’ai souvent eu envie de dire à l’auteur: « Abrège un peu ». Une fois de plus, c’est le fait que c’est une lecture commune (avec Ingannmic) qui m’a poussée à continuer et le passage à un autre personnage un peu plus intéressant (Stacey) m’a aidé. Je me suis rendue compte au fil des pages que jamais je n’accrocherais à ce roman MAIS que c’était une description très détaillée de tout ce qui n’allait pas aux Etat-Unis, tout particulièrement dans les petites villes conservatrices du coeur du pays: la drogue (y compris les médicaments), les armes à feu, le racisme, le déni de l’homosexualité, la foi en dieu exacerbée, la misère suite à la fermeture des industries et usines. Stephen Markley fait un formidable portrait de l’Amérique profonde (je lisais en même temps le volume 11 d’America, consacré à l’Amérique des marges – beaucoup de choses ont fait écho) mais du coup, j’ai l’impression qu’il a voulu écrire une thèse plus qu’un roman (l’histoire du paquet mystère semble ajoutée pour prouver un des éléments de la thèse et ne concerne pas vraiment le coeur du roman qui est d’une noirceur totale). D’où mon avis mitigé – j’aurais sans doute préféré lire une non-fiction sur le sujet.

Stephen Markley, Ohio, Albin Michel, 2020 (traduction de Charles Recoursé)