Nouilles d’Asie

Chihiro Masui, Minh-Tâm Trân, Margot Zhang, Nouilles d’Asie (2016): ce livre de cuisine a été écrit par trois autrices francophones de trois origines différentes: Japon, Vietnam et Chine. Elles y rassemblent des recettes de nouilles, des recettes traditionnelles mais aussi fusion, avec même quelques écarts dans d’autres pays comme la Corée ou la Thaïlande. Le texte est très limité et cela aurait été intéressant d’en savoir un peu plus sur le sujet. Par contre, le livre est richement illustré, avec des photos de tous les ingrédients (nouilles, condiments, herbes et légumes asiatiques), des recettes photographiées pas à pas (de certaines nouilles donc) et des photos de chaque plat. En le lisant, je me suis rendue compte que je n’avais quasi rien essayé et que j’avais une préférence pour les soupes, mais qu’il y avait plein de recettes qui me donnaient envie. Parfois, ça vaut la peine de ressortir des livres plus anciens ! Un livre intéressant, mais pour beaucoup de recettes, il y a une recette dans la recette et préparer les bouillons pour les soupes prend beaucoup de temps (heureusement, il y a quelques soupes japonaises très faciles).

  • photos: **** (toutes les recettes sont illustrées)
  • texte: ** (basique)
  • originalité des recettes: ****
  • authenticité des recettes: ****
  • faisabilité des recettes: ***
  • mesures: unités de mesures métriques
  • recettes favorites: « Soba à la mode des barbares du sud » (cette recette, je l’ai déclinée sous plein de formes et c’est elle qui m’a donné l’idée d’utiliser du magret de canard, que j’ai ensuite changé en canard fumé pour la facilité), « Bo bun », « Bun au poisson au curcuma et à l’aneth »
  • indispensabilité du livre: ***

At the movies – 14 (1950s)

Affiche du film Nuages Flottants

Cet épisode du cinéma des années 1950 est dominé par des films japonais (sauf un): j’avais en effet commencé à m’intéresser à ce cinéma de manière chronologique il y a un certain temps (et donc les premiers films que j’ai vus ne sont pas commentés). Je n’avance pas très vite, j’ai vus ces films sur une période de cinq mois.

Vivre dans la peur, Akira Kurosawa (Japon, 1955) – 2/5: je n’aime pas Kurosawa: tout est trop extrême chez lui – les histoires, les personnages, leur manière de jouer… (ce commentaire est un peu exagéré, mais j’ai souvent du mal avec ce réalisateur). C’est l’histoire d’un homme riche qui a une phobie de la bombe atomique et qui veut emmener toute sa famille au Brésil sans demander leur avis. Cette famille se révolte en passant en justice pour le mettre sous tutelle. Je n’ai absolument pas accroché à ce personnage tout-puissant que personne n’ose remettre en question. Je crois que c’est aussi une question d’époque: la domination par un seul homme, ça ne passe plus.

L’Impératrice Yang Kwei-Fei, Kenji Mizoguchi (Japon, 1955) – 2/5: un histoire se passant dans la Chine impériale, et une coproduction avec les Shaw Brothers. Que des scènes dans des décors de carton et des couleurs pastels. C’est assez ennuyeux…

High Noon, Fred Zinnemann (1952) – 4/5: un western que j’ai déjà vu plein de fois mais qui reste un chef-d’oeuvre. La tension qui se construit au cours du film est assez insupportable, et le rejet du shérif par sa communauté aussi. Les plans sont superbes, notamment ceux des rails par où va arriver le train – ce qui déclenche le final. Par contre, les 28 ans de différence entre Gary Cooper et Grace Kelly, jouant les jeunes époux, n’est absolument pas crédible ni acceptable. Et la chanson est un vrai earworm.

Le Mont Fuji et la lance ensanglantée, Tomu Uchida (Japon, 1955) – 3/5: je ne savais absolument pas à quoi m’attendre en commençant ce film et j’ai été heureusement surprise. Quelque part dans le passé, un samouraï et ses deux serviteurs marchent vers Edo, et en cours de route, il se passe une série d’événements très divers, de la rencontre d’un gamin qui veut porter la lance du maître-lancier à l’arrestation d’un voleur. Le film se termine avec une belle scène de combat au katana et à la lance. Le noir et blanc est très contrasté et certains plans en extérieur sont d’une beauté absolue.

Nuages flottants, Mikio Naruse (Japon, 1955) – 5/5: ce film est superbe ! Yukiko rentre au Japon pendant l’hiver 1946 après avoir travaillé en Indochine pendant la guerre. Elle y avait eu une relation avec Tomioko, un homme plus âgé et marié, qui lui avait promis qu’il quitterait sa femme. Mais leurs retrouvailles sont compliquées dans un Tokyo dévasté par la guerre. Pendant tout le film, il y aura de nombreux allers-retours entre les deux protagonistes, le tout montré avec une extrême sensibilité. L’histoire se termine à Yakushima, ce qui a tout pour me plaire, mais se passe aussi dans une ville d’onsen. Et les scènes de train sont superbes.

La harpe de Birmanie, Kon Ichikawa (Japon, 1956) – 4/5: encore un film de guerre me suis-je dit. Et pourtant c’est bien plus que ça. Le Japon a capitulé, et un groupe de soldats japonais basé en Birmanie se rend aux Britanniques. L’un d’entre eux, un joueur de harpe birmane, se propose pour une mission spéciale. En attendant son hypothétique retour, les autres soldats s’occupent, en chantant souvent. C’est très très résumé et il y a bien plus que ça dans ce film d’une grande beauté, tant au niveau des images que de l’histoire racontée.

La rue de la honte, Kenji Mizoguchi (Japon, 1956) – 4/5: l’histoire des prostituées d’une maison close à Tokyo, à une époque troublée: le gouvernement discute en effet d’une loi qui interdirait la prostitution. C’est un portrait assez sombre de la vie de ces femmes endettées et forcées de rester dans leur condition. Une seule s’en sort après avoir manipulé un homme. Dernier film de Mizoguchi, très beau visuellement et touchant au niveau de l’histoire.

Un déluge de feu

Amitav Ghosh, Un déluge de feu (Trilogie de l’Ibis 3): 1839 – la tension est à son comble entre l’Empire Britannique et la Chine qui a interdit le commerce de l’opium et renvoyé les étrangers de Canton. Une guerre est en vue. C’est à ce moment-là que commence le troisième volume de la Trilogie de l’Ibis et on retrouve une série de personnages présentés dans les tomes précédents: Zachary Reid, le marin en quête de fortune; Shireen Modi, l’épouse de Barham Modi qui est mort laissant son commerce d’opium sans héritier; Paulette qui s’est installée à Hong Kong et est devenue botaniste; Neel, maintenant au service des Chinois… Il y a aussi quelques nouvelles têtes, mais qui ont des liens avec des personnages du passé, comme Kesri Singh, le soldat (sepoy) dans l’armée britannique qui débarque en Chine avec son bataillon.

Amitav Ghosh reprend le rythme du premier volume, s’intéressant à des personnages variés et racontant leurs histoires. C’est bien plus animé que dans le second volume, qui était assez ennuyeux, sous forme de quasi huis-clos à Canton, avec de longs passages épistolaires. C’est le souci des trilogies, et encore plus si ces volumes sont des pavés. Il y a des moments creux, parfois très longs, mais malgré tout on a envie de connaître la fin de l’histoire. Et c’est là que dans l’épilogue, l’auteur explique qu’il n’a raconté qu’un petit bout de ce qu’il avait prévu; il s’est en effet basé sur de nombreuses sources historiques, et a tissé toute une toile autour de celles-ci. Cela se ressent un peu trop, surtout dans le second volume, et c’est dommage. C’est apparemment une habitude chez l’auteur, c’était aussi le cas dans The glass palace, mais c’était malgré tout plus équilibré.

Ce roman aborde des thèmes importants, liés à la colonisation, au pouvoir des Britanniques et à leur expansion en Asie. Il aborde parallèlement la vie des différentes communautés locales indiennes et chinoises. C’est extrêmement riche en informations et je ne suis pas mécontente d’en avoir appris plus sur les guerres de l’opium et toute cette période, mais un pavé de moins m’aurait tout aussi bien convenu. Une lecture contrastée donc, avec des notes très diverses allant de 2 à 4 selon les tomes.

Un livre lu dans le cadre du challenge « Pavé de l’été 2021 » organisé par Sur mes brizées. J’ai donc lu l’édition de poche chez 10/18, comptant 829 pages.

Un fleuve de fumée

Amitav Ghosh, Un fleuve de fumée: la fin d’Un océan de pavots, la première partie de cette trilogie, avait laissé le lecteur au milieu de l’Océan Indien pendant une tempête. Au début du second roman, la situation est assez confuse et le lecteur ne sait plus trop quand cela se passe. Au fil des pages, l’action se recentre cependant sur un tout petit groupe de personnages vivant dans l’enclave étrangère de Canton, juste avant la première Guerre de l’opium. Il y a Bahram, le Parsi, qui a une cargaison d’opium à vendre; son secrétaire particulier, Neel, un raja déchu dont on avait suivi les aventures dans la première partie; et puis Robin, un peintre qui raconte ce qui se passe dans la ville dans des lettres à Paulette (aussi un personnage de la première partie) qui doit rester à Hong Kong, les femmes étant interdites dans l’enclave. Cette dernière devient rapidement un personnage secondaire (ce qui est bien dommage) et l’intrigue se base de plus en plus au fil des pages sur des écrits et documents d’époque. Le récit perd son côté romanesque et devient un livre d’histoire. Et c’est là que le bât blesse: le lecteur qui commence ce livre compte lire un roman, pas de la non-fiction ! Je me suis sérieusement ennuyée, survolant certaines pages, espérant le retour de tous ces personnages abandonnés à la fin du premier tome. Mais non ! Restent juste les descriptions très minutieuses de la vie dans l’enclave étrangère de Canton pendant quelques mois. Mais c’est peu pour un roman de plus de 700 pages. Est-ce que je lirai la troisième partie ? Peut-être, elle semble en tous cas mieux notée sur Goodreads, et je n’aime laisser une trilogie en plan, surtout après avoir lu les deux tiers.

Pour cette nouvelle année, je vais essayer d’être plus franche dans mes notes; j’ai en effet tendance à n’utiliser que les 3 ou 4 étoiles. D’où le 2 pour ce livre, et bientôt un 5 !

Where China Meets India

Myint-U Thant, Where China Meets India: Burma and the New Crossroads of Asia: en commençant ce livre, je pensais lire l’histoire personnelle de l’auteur et l’exploration de son pays, la Birmanie. Ce n’est pas tout à fait le cas: il s’agit plutôt d’un écrit très bien documenté sur l’histoire et la situation politique du pays, ainsi que ses liens avec la Chine et l’Inde. C’est aussi une analyse assez fine des relations commerciales dans cette partie d’Asie. Le livre est divisé en trois grandes parties: la première est consacrée à la Birmanie, la seconde à la Chine, et tout particulièrement au Yunnan et à son histoire, fort différente de celle qui est expliquée en général, et la troisième à l’Inde, et donc à la partie frontalière avec la Birmanie. L’histoire de ces régions limitrophes est méconnue et j’ai appris énormément de choses. Mais j’ai malgré tout eu un grand souci en lisant ce livre: il a été écrit en 2011, avant la fin de la dictature militaire, et les perspectives avancées par l’auteur à propos de l’avenir sont quelques peu dépassées et cela m’a laissée sur ma faim. J’ai entre-temps vu qu’il avait écrit une analyse sur l’évolution du pays pendant les dix dernières années; je vais tenter de le lire avant que tout ça ne soit également du passé.

La carte perdue de John Selden

Timothy Brook, La carte perdue de John Selden : Sur la route des épices en mer de Chine: historien et sinologue, Timothy Brook s’est intéressé à une vieille carte venant de Chine. Datant de 1608, elle avait appartenu à un certain John Selden, un des premiers orientalistes anglais. Brook s’attache à déchiffrer tous les secrets de la carte mais il raconte aussi l’histoire de son propriétaire, traçant un portait de la société de l’époque: l’Angleterre et ses désirs de commerce en Asie ainsi que la Chine et ses routes maritimes.

Le sujet me passionnait a priori mais j’ai trouvé le texte un peu décousu et aride. J’ai déjà lu beaucoup de livres d’histoire, même très académiques, et je n’ai vraiment pas accroché. Pourtant les informations que distille Timothy Brook sont vraiment intéressantes. Je crois que je m’attendais à autre chose et ce n’était peut-être pas le moment pour moi !

Nous qui n’étions rien

Madeleine Thien, Nous qui n’étions rien: l’histoire commence au Canada, à Vancouver: Marie est une adolescente chinoise vivant avec sa mère; son père est retourné quelques années plutôt en Chine puis s’est suicidé à Hong Kong. Un jour arrive Ai-Ming, jeune femme de 19 ans qui a fui la Chine et dont la mère est une connaissance de celle de Marie. Ai-Ming aide Marie à lire un carnet écrit en chinois, Le Livre des Traces, qui raconte l’histoire de deux familles, par bribes d’abord, puis il nous plonge en pleine Révolution Culturelle.

C’est un roman foisonnant qui décrit la vie de la diaspora chinoise mais surtout celle des Chinois eux-mêmes, de leurs souffrances et de leur vie sous un régime qui se voulait égalitaire. L’auteur se focalise sur quelques personnages, un compositeur de musique classique occidentale, des musiciens itinérants, un propriétaire terrien, une adolescente étudiant le violon… Ils sont dans la tourmente, changeant de lieu de résidence selon le bon vouloir du gouvernement, envoyés à la campagne ou en rééducation.

Le roman retrace une page d’histoire que je ne connaissais que très peu. Il est très dense, relativement long, un peu compliqué à appréhender au départ mais après une centaine de pages, j’ai voulu connaître la suite, m’attachant à certains des personnages (un peu moins à d’autres). Peu à peu, on comprend les liens qui lient Marie aux personnages du passé; l’histoire se développe jusqu’à un dénouement. Le roman est surtout très dur dans sa description minutieuse d’un régime qui veut tout détruire pour recommencer à zéro et qui prône l’autocritique à outrance, bannissant des gens qui auparavant étaient au pouvoir et inversement. Il m’a donné envie de lire d’autres récits sur le sujet, et je vous le conseille si vous avez un peu de temps devant vous.

Funérailles célestes

Xinran, Funérailles célestes: Xinran relate l’histoire de Wen, une femme chinoise à l’apparence très tibétaine qu’elle a rencontré en rue, à Suzhou, et qui, en l’espace de deux jours, lui a raconté sa vie. En 1956, Wen épouse Kejun, un jeune étudiant en médecine comme elle, mais très vite, il doit partir avec l’armée communiste dans les régions reculées du Tibet où il disparaît. Wen part à sa recherche, persuadée qu’il est encore vivant. Elle se perd dans le monde froid et aride des hauts plateaux tibétains mais est recueillie par une famille locale avec qui elle vivra pendant trente ans, ne se rendant pas compte des années qui passent et des changements qui secouent la Chine. Elle devient une femme différente…

Ce récit dévoile une page moins connue de l’histoire de la Chine et de son implication au Tibet, et décrit une vie très différente, celles des nomades des hauts-plateaux. Et contrairement à Baguettes chinoises, Xinran n’utilise pas la forme romanesque, racontant juste ce dont Wen lui a parlé lors d’une longue interview. Et j’ai trouvé cela bien plus intéressant à lire.

The leavers

30753987Lisa Ko, The leavers: Deming, 11 ans, vit avec sa mère Polly à New York. Elle est une immigrée chinoise sans papiers et un jour, elle ne rentre pas à la maison. Personne ne sait se qui s’est passé, elle a disparaît sans laisser de traces. Deming est alors adopté par un couple américain et il devient Daniel, tentant de s’intégrer au mieux dans la petite ville de province où il réside maintenant. Mais l’abandon lui pèse et il n’arrive pas à s’adapter à sa nouvelle vie. Le roman est découpé en différentes parties, racontant le présent et le passé mais changeant aussi régulièrement de point de vue, passant de Deming à Polly. Cette narration induit un suspense grandissant, dévoilant au fil des pages ce qui s’est réellement passé tout en analysant les pensées les plus intimes de la mère et de son fils. C’est également un portrait poignant de l’immigration clandestine et de ses conséquences. J’ai été happée très vite par ce roman qui touche à plusieurs sujets qui me fascinent, de Chine à la scène musicale underground de New York. Je recommande fortement !

Baguettes chinoises

baguettes-chinoisesXinran, Baguettes chinoises: les baguettes, en Chine, ce sont les femmes, utilitaires et jetables, en opposition aux poutres, les hommes, qui soutiennent les toits des maisons. On ne peut donc pas dire qu’elles soient bien considérées. Xinran s’inspire d’histoires vraies, d’interviews de femmes qu’elle a réalisé dans la Chine des dernières décennies. Les sœurs Trois, Cinq et Six – les parents n’ont jamais pris la peine de leur donner un vrai prénom parce que ce sont des filles – sont nées à la campagne et n’ont pas fait beaucoup d’études. Elles ne trouvent même pas de mari décent, elles pourraient apporter la poisse venant d’une famille qui n’a pas pu avoir de fils. Trois s’enfuit en ville pour ne pas épouser un homme handicapé, ses deux sœurs la suivent très vite. Elles trouvent facilement du travail et gagnent de l’argent, plus qu’elles ne l’auraient jamais espéré et leur image change dans leur village. Xinran fait un portrait de jeunes filles extrêmement naïves qui découvrent la ville, ce qui est intéressant en soi, mais je ne suis pas sûre que la forme romanesque était la meilleure idée. J’ai trouvé cela très léger et peu abouti comme roman, même si j’ai beaucoup appris sur la condition des Chinoises. Sans doute est-ce parce que je n’ai pas arrêté de comparer ce récit avec les interviews de Svetlana Aliexevitch qui sont d’un tout autre niveau.