Red sands

Caroline Eden, Red sands. Dispatches and recipes from unsung cities and open steppes: après un voyage autour de la Mer Noire, Caroline Eden nous emmène cette fois-ci en Asie Centrale, plus précisément au Kazakhstan, en Ouzbékistan, au Tadjikistan et au Kirghizistan. Il s’agit avant tout d’un récit de voyage, bien plus que d’un livre de cuisine, même si les recettes sont intéressantes (plus que dans Black Sea !). A chaque moment de ma lecture, j’ai eu envie de suivre la trace de l’auteur, j’ai d’ailleurs noté de nombreux endroits à visiter. Caroline Eden a en effet un intérêt tout particulier pour les vestiges de l’Union Soviétique, pour l’architecture brutaliste notamment, et cela touche évidemment un corde sensible. Elle montre comment le passé soviétique est toujours bien présent dans ces républiques. Elle parle évidemment aussi de la route de la soie et de son influence sur la vie locale, ainsi que de la perte des traditions, les républiques actuelles (et surtout leurs dirigeants) étant mues par un désir certain de modernité, quitte à détruire les quartiers les plus anciens ou les disney-ifier. C’est un récit de voyage personnel, loin de tous les clichés, et l’écriture, bien qu’informative, est belle. Je n’ai encore essayé aucune recette, mais certaines me tentent – elles ont des origines assez diverses: centre-asiatiques mais aussi russes ou géorgiennes. De toutes façons, même sans les recettes, ce livre est passionnant, et richement illustré de photos qui donnent envie de prendre l’avion de suite (c’est juste dommage qu’il n’y ait pas commentaire sur les photos).

  • photos: ***** (toutes les recettes ne sont pas illustrées, je dirais 70%, mais il y a aussi beaucoup de photos de paysages)
  • texte: *****
  • originalité des recettes: *** (ce n’est pas LE livre de recettes pour l’Asie Centrale)
  • authenticité des recettes: ***
  • faisabilité des recettes: **** (les recettes sont un peu adaptées, et souvent très faciles à préparer)
  • mesures: unités de mesures métriques et américaines (YES !)
  • recettes favorites: je n’ai encore rien testé mais je suis bien tentée par: « Canned peach and sour cream cake », « Shashlik with bottled tarragon vinegar », « Pink pickled onions »…
  • indispensabilité du livre: ***** (surtout pour la partie récit de voyage)

Qu’ai-je lu depuis le mois de janvier ?

ça devient une habitude: je n’écris plus un billet après chaque livre lu. Entretemps, je me suis décidée à ne plus lire qu’un seul livre à la fois, ne mélangeant plus comme avant la lecture de romans et d’essais (que je laissais finalement dans un coin à peine entamés). La restructuration des lignes de métro bruxellois et les nombreux retards qui s’ensuivent depuis quelques semaines me permettent de lire un peu plus… mais ma pile de livres à lire monte exponentiellement ! Me lâcher dans une librairie est toujours très dangereux pour mon mon porte-monnaie…

Un résumé de mes lectures depuis janvier:

Deux romans:

Les monstres de Templeton de Lauren Groff, annoncé comme un des livres importants de la rentrée littéraire, me tentait par le côté histoire de famille sur plusieurs générations, avec ses mystères et le monstre qui vient se mêler à tout ça. Après lecture, je reste sur ma faim, tant au point de vue du rythme de l’histoire qui ne laisse pas énormément de place au suspense qu’au point de vue du style. En gros, il n’y en a pas ! Des phrases simples qui racontent mais qui ne créent aucune atmosphère. Disons que ça reste un bon divertissement mais sans plus.

Autres électricités d’Ander Monson est l’opposé total du livre précédent. Edité chez Lot 49 (Brian Evenson – et d’autres que je me dois d’explorer), ce livre est une recherche sur l’écriture, le roman, tout en racontant une histoire qui touche à des thèmes et ambiances que l’on retrouve dans Twin Peaks (la lycéenne, la prom queen que l’on retrouve morte) ou dans Fargo (l’hiver du Nord des Etats-Unis). Dès le début, on reçoit des indices: une table des matières expliquant qui parle dans chaque chapitre, une liste des personnages ainsi que leurs relations entre eux. Le côté dépareillé, confus des différents textes (d’abord publiés comme nouvelles indépendantes) a bien besoin de cette introduction. En même temps, c’est cette confusion qui fait la force du livre. Pas toujours très facile à lire et à appréhender, ce roman m’a malgré tout fort intéressé et touché. Une vraie découverte !

Deux récits de voyage:

Le Bénarès-Kyôto d’Olivier Germain-Thomas, récit d’un voyage tantôt en train, tantôt en bateau de l’Inde au Japon, en passant par la Thaïlande, le Vietnam et la Chine. Réflexions multiples sur les religions d’Asie en contraste avec la culture française (Montaigne est souvent cité) et rencontres fortuites. Plus qu’un simple récit de voyage, on découvre un homme et son regard sur les choses, sa lucidité mais aussi son humour. Un très bel exemple de l’approche française de ce genre de littérature (mon projet est d’écrire un article plus complet sur le récit de voyage à la française et à l’anglo-saxonne, souvent fort différents en style).

Par les sentiers de la soie. A pied jusqu’en Chine de Philippe Valéry: un récit qu’on ne peut s’empêcher de comparer aux magnifiques livres de Bernard Ollivier et qui malheureusement ne tient pas la route. Oui, les descriptions, les rencontres sont intéressantes mais il manque une touche personnelle, une réflexion sur soi qui est présente ailleurs, dans d’autres livres. C’est le récit d’un exploit: partir de Marseille et rejoindre Kashgar en Chine, à pied, pendant deux ans (presque) sans interruption. Mais c’est tout. J’aime les récits de voyage, il y en a des bons et des moins bons mais je prends toujours plaisir à les lire.

Un livre-bd:

La route de la soie en lambeaux de Ted Rall: après la lecture du précédent livre, ce titre-ci s’imposait, sachant que la situation politique n’y est que très peu évoquée. Plus documentaire que récit de voyage, sauf quelques passages et les bandes dessinées, ce livre montre une image actuelle de l’Asie Centrale. Et ce n’est franchement pas rose, entre le dictateur turkmène (du genre à culte de personnalité, pas très éloigné finalement de la Corée du Nord), une police ouzbèke sous-payée qui fait du racket à longueur de journée, les catastrophes écologiques de la mer d’Aral ou les essais nucléaires des l’U.R.S.S. au Kazakhstan, la montée d’un Islam extrémiste et l’ingérence américaine (période Bush). Un livre qui ouvre les yeux, même si cette vision américaine des choses peut parfois être énervante (le chapitre sur la nourriture est un exemple type, où je dirais, pauvre petit, tu es vraiment perdu si tu n’as pas un MacDo à chaque coin de rue !). Certaines informations paraissent tellements extrêmes mais où les vérifier ? Ce n’est pas une région qui intéresse les journalistes et les dictatures sont si fermées qu’elles ne laissent passer que très peu d’informations. Si vous avez un livre récent à me conseiller sur le sujet, je suis toute ouïe.

Reste un essai, Royaume de l’artifice: l’émergence du kitsch au XIXe siècle dont je parlerai dans un article séparé.