Chemistry and other stories

Ron Rash, Chemistry and other stories: à un moment au cours de l’année écoulée, j’ai ajouté Ron Rash à la liste de ces auteurs dont je veux lire toute la production, et j’ai donc découvert qu’il avait écrit beaucoup de nouvelles. Ce recueil a été publié en 2007 (je pensais suivre l’ordre chronologique, mais en fait non), et certaines des histoires ont été à l’origine de romans complets (Pemberton’s Bride est devenu Serena). Ron Rash a l’art d’écrire des histoires très locales, décrivant les petites communautés de Caroline du Nord et du Sud, des Appalaches. Elles se passent au temps présent mais aussi tout au long du 20e siècle – seuls quelques indices permettent de plus ou moins situer l’action. Souvent, l’arrivée de la modernité chamboule les traditions. Les thèmes sont variés, et certains ne me parlent pas du tout, comme la pêche (avec description minutieuse des appâts et du matériel) ou le basket (c’est l’histoire qui m’a le moins plu). Mais même celle autour de la pêche est finalement assez drôle: elle raconte comment quelques hommes âgés décident de partir à la recherche de cet immense poisson repéré par un pêcheur et quels tactiques ils utilisent.

La mort est très présente: un homme se noie dans un réservoir, une femme, accompagnée d’un arpenteur, part à la recherche de l’endroit isolé où son fils a été tué, pour connaître la place exacte du crime. Il y a de l’alcool, des drogues, un bébé mort-né, des dépressions dont on n’arrive pas s’extraire – la vie est difficile dans ces contrées. C’est rude, mais c’est très beau, et j’ai retrouvé avec beaucoup de plaisir cet auteur dont les nouvelles sont tout aussi percutantes que les romans. (Et ne vous arrêtez pas à la couverture qui est particulièrement peu engageante, je trouve).

(Electra et Marie-Claude n’ont pas eu l’occasion d’organiser « Mai en nouvelles » cette année mais j’ai quand même décidé de lire quelques recueils et d’utiliser le mot-clé.)

Les nouvelles:

Their ancient, glittering eyes —
Chemistry —
Last rite —
Blackberries in June —
Not waving but drowning —
Overtime —
Cold harbor —
Honesty —
Dangerous love —
The projectionist’s wife —
Deep gap —
Pemberton’s bride —
Speckled trout.

Incandescences

Ron Rash, Incandescences: des romans de Ron Rash, j’en ai lu plusieurs, et j’avais d’ailleurs commencé ce recueil il y a quelques mois, un de ces jours où je devrais prendre les transports en commun et où je ne voulais pas me charger avec le pavé en cours. Et puis je l’ai abandonné, parce que les nouvelles, il me faut toujours un peu de courage pour les lire. Pas parce que je n’aime pas, mais plutôt à cause d’une question de temps et de rythme: quand je lis, souvent je suis interrompue par des question de temps (dans les transports il vaut mieux que je ne rate pas mon arrêt; le soir j’ai tendance à m’endormir au milieu d’une page), or pour les nouvelles, c’est plus agréable de les lire en entier en une fois. Et parfois j’ai du mal à en lire plusieurs d’affilée. Ce « Mai en nouvelles », activité organisée par Electra et Marie-Claude, tombe donc à pic pour lire tous ces recueils accumulés au fil des ans. Sauf qu’en faisant le compte dans ma PAL, je n’en ai trouvé que deux (sauf erreur, ce qui est bien possible) et j’ai commencé à regarder ce que comptaient lire d’autres lectrices – j’ai évidemment été tentée par plusieurs livres. Cette activité me pousse aussi à continuer mon challenge Joyce Carol Oates. Elle a en effet écrit de nombreuses nouvelles mais le suivant dans ma liste chronologique est un roman (terminé depuis). J’ai dû commander (en seconde main) les recueils de nouvelles en question mais, avec un peu de patience, ils sont arrivés – on verra bien si j’en lis au moins un pour la fin mai.

Mais revenons à Incandescences. Ron Rash nous emmène comme toujours dans les Appalaches, en Caroline du Nord et du Sud, pas dans les grandes villes mais dans la nature, dans les lieux isolés, dans les villages. Il raconte l’histoire de gens simples, souvent paumés, souvent sans le sou, comme cet homme qui part piller des tombes de soldats confédérés pour gagner un peu d’argent qui lui permettra de payer les factures d’hôpital de sa mère. Une autre nouvelle marquante est celle de ce prêteur sur gages qui se rend compte du drame que vit son frère et sa belle-soeur, chassés de leur maison par leur fils drogué aux méthamphétamines – le tout pendant une tempête de neige. (Je ne prends pas de notes pendant mes lectures, et là, je me rends compte que je devrais…). Ron Rash retourne aussi dans le passé, celui de la Grande dépression, avec cette histoire d’oeufs qui disparaissent la nuit, et plus loin encore avec la Guerre de Sécession. J’ai été touchée par cette dernière nouvelle, par la force de cette femme qui montre sa détermination pour sauver ses biens et sa famille. Une femme forte donc, parmi toute une galerie de personnages marqués par la vie, et décrits avec compassion par l’auteur. C’est sombre et lumineux en même temps.