Banana Yoshimoto, Kitchen: la jeune Mikage est en deuil. Orpheline de ses parents depuis son enfance, elle vient de perdre sa grand-mère qu’elle aimait beaucoup et se réfugie auprès de son réfrigérateur ronronnant. Un ami, Yuichi, propose de l’héberger. Elle prend possession du canapé moelleux et cuisine des plats pour son ami, et sa mère Eriko. Celle-ci est une bulle d’énergie, elle travaille de nuit comme travestie et est en fait le père de Yuichi. Peu à peu, Mikage reprend des forces.
L’autre histoire de ce recueil s’appelle Moonlight Shadow. Le petit ami de Satsuki, Hitoshi, est mort dans un accident et elle est en deuil; elle se rapproche de Hiirage, le frère d’Hitoshi, qui lui aussi a perdu sa petite amie. Et puis Satsuki rencontre une jeune femme mystérieuse qui lui parle d’un phénomène particulier.
La novella et la nouvelle parlent toutes les deux du deuil, de la perte, de la tristesse et de la dépression. Mais malgré ce thème très lourd, il y a une certaine légèreté dans les deux histoires. Il y a la cuisine, les plats préparés avec soin, le frigo qui ronronne, mais aussi le paysage japonais, qu’il soit urbain ou de la campagne. La nuit et la lune illuminent les vies de Mikage et Satsuki. L’écriture est assez minimaliste, mais j’ai été prise par le texte que j’ai lu en anglais cette fois-ci. J’avais en effet lu ce livre dans sa traduction française dans un lointain passé, d’avant le blog, et je n’ai donc pas de trace de mon appréciation à l’époque. Je pense que j’avais aimé, sinon je n’aurais pas continué à acheter les livres de cette autrice. Je me suis lassée par la suite, peut-être à cause des traductions. J’ai lu la version anglaise en me tournant parfois vers la française, que j’ai trouvé un peu ringarde (c’est difficile à expliquer, j’ai eu l’impression que le français était daté), alors que l’anglais coulait de source, de manière très actuelle. Ce n’est sans doute pas le plus important dans cette relecture: j’ai été séduite par les deux textes, par leur côté contemporain, par l’expression de sentiments un peu cachés, par la beauté des histoires. Je comprends mieux le succès de ce livre, autant d’années après, et j’ai l’impression qu’il a inspiré de nombreuses autrices japonaises par la suite.
C’est une re-lecture commune avec Electra et Nathalie, et je ne le savais pas en le commençant, une participation à l’activité Sing Me A Song, à cause de la seconde nouvelle. Banana Yoshimoto en parle dans les remerciements, citant la chanson de Mike Oldfield comme son inspiration première (remerciements qui n’ont pas été ajoutés à la version française, c’est dommage). Ce morceau date de 1983 et je l’ai beaucoup (trop) écouté à l’époque, il se trouvait sur la cassette Hit Connection 83 que je possédais. Cela m’a fait bizarre de le réécouter. C’est également un Gravillon d’Hiver.
Banana Yoshimoto, Kitchen, Faber and Faber, 2018, 160p. (traduction du japonais vers l’anglais par Megan Backus en 1993, première édition en japonais en 1988, existe également en français sous le même titre, avec un traduction datant de 1994).



