This Is How You Lose the Time War

Amal El-Mohtar & Max Gladstone, This Is How You Lose the Time War: dans les cendres d’un monde qui se meurt, Red trouve une lettre. Commence alors un échange épistolaire avec Blue. Le roman nous plonge dans un monde qui semble bien différent au premier abord et les éléments pour comprendre le contexte sont très ténus au départ. La quatrième de couverture aide un peu à établir le tableau: Red et Blue sont deux voyageuses dans le temps, au service de deux entités différentes et en guerre. Mais ce n’est pas cela le plus important, le coeur du roman est dans les lettres qui dévoilent une connivence grandissante entre les deux protagonistes alors que tout les oppose. Et comme il y a voyage dans le temps, les auteurs jouent avec celui-ci: on reconnaît des bribes de civilisations du passé et il y a un jeu de cycles temporels.

Je n’aurais jamais acheté ce livre (même après les commentaires élogieux de A_Girl_From_Earth – j’étais passée complètement à côté) mais un ami me l’a offert pour mon anniversaire. Nous avions eu quelques jours auparavant des discussions sur nos lectures et plus précisément sur les voyages dans le temps suite au dernier roman d’Emily St John Mandel qu’il venait d’entamer. A vrai dire, c’est quasi la seule frange de la SF que j’aime lire, avec les uchronies (il y a aussi cette question de temps, du passé), alors que j’ai beaucoup de mal avec les mondes construits de toutes pièces. J’ai d’ailleurs eu du mal au début de ce roman, parce que j’avais l’impression de ne rien comprendre, mais je me suis laissée prendre par l’écriture, par Red et par Blue. Chacun des auteurs a écrit une partie, mais ils l’ont fait ensemble, simultanément, lisant la lettre écrite par l’autre dès qu’elle était terminée. J’ai senti un sentiment d’urgence, d’immédiateté mais surtout un très grand respect de l’autre, respect qui se transforme au fil des pages en quelque chose de bien plus profond. J’ai été très touchée par les émotions, par la sensibilité qui émane des personnages et j’ai laissé de côté mes incompréhension du monde dans lequel ils vivent. A vrai dire, c’est un roman que je devrais relire, pour mieux le comprendre mais je perdrais peut-être cette première impression de flottement. L’écriture est belle, poétique par moments, et m’a fait penser à Emily St John Mandel, justement. Parfois, m’offrir une « wild card » peut avoir un résultat bien plus important que prévu !

Amal El-Mohtar & Max Gladstone, This Is How You Lose the Time War, Saga Press, 2020, 198p. (traduit en français: Les oiseaux du temps)

Kindred

Octavia E. Butler, Kindred: Dana, jeune femme afro-américaine qui vient de fêter ses 26 ans, vit avec son compagnon blanc en Californie (on est en 1976). Un jour, elle est atteinte subitement de nausées et de vertiges et se retrouve dans le Maryland bien avant la guerre de Sécession pour sauver un petit garçon blanc de la noyade. Très vite, elle se rend compte que celui-ci est son ancêtre Rufus. Et elle réalise quel est le but de ce retour dans le temps, et des suivants qui l’obligeront à vivre dans une société esclavagiste où les Noires comme elle n’ont pas un mot à dire.

Je poursuis mon opération « vidage de la PAL de 2019 », et quand je ne sais pas choisir, je prends le suivant sur la liste. En regardant sur goodreads, je n’ai pas eu d’indice sur qui m’avait conseillé ce roman, mais en discutant avec mon ami-collègue, je me suis rendue compte que c’était lui. Il sait que j’ai du mal avec la science-fiction mais que j’aime les voyages dans les temps, et Octavia E. Butler a écrit dans les deux styles. C’était d’ailleurs la première femme afro-américaine à écrire ce genre de romans. Ce qu’elle décrit dans Kindred est l’histoire tragique des esclaves dans les plantations nord-américaines, et le fait d’utiliser le personnage de Dana qui voyage dans le temps offre une toute autre vision des choses: c’est une femme moderne qui se retrouve plongée dans une société rétrograde, patriarcale et violente (elle la compare aux camps d’extermination des nazis) et son regard est bien plus lucide par ce procédé. Butler décrit les relations humaines dans les moindres détails et ne cherche pas la facilité. Rufus est un personnage complexe et marqué par son temps – le contact avec Dana n’influence pas sa personnalité – et même si c’est parfois difficile à lire, c’est bien plus réaliste. Je ne pensais pas aimer autant ce roman alors que j’ai tendance à fuir les histoires d’esclavage (je crois que j’ai été un peu traumatisée par des films étant petite). C’est tout simplement superbe et extrêmement triste et pessimiste à la fois !

Octavia E. Butler, Kindred, Beacon Press, 2004 (première édition de 1979 – en français: Liens de sang)

Sea of Tranquility

Emily St. John Mandel, Sea of Tranquility: en lisant la première partie de ce roman, on se demande un peu ce que veut raconter Emily St. John Mandel: en 1912, Edwin St. Andrew, arrive au Canada où il a été envoyé par ses parents, comme fils cadet qui n’héritera pas de la propriété familiale située en Angleterre. Il continue son voyage jusqu’à l’île de Vancouver, avec de nombreux arrêts en cours de route, se laissant vivre et buvant beaucoup. Sur l’île, il a un malaise dans la forêt, au pied d’un érable. L’histoire fait ensuite plusieurs sauts dans le temps, ce qui nous permet de retrouver Vincent (The Glass Hotel) et Mirella, puis elle nous présente Olive Llellewyn, autrice qui fait une tournée pour présenter son roman, et enfin Gaspery-Jacques Roberts qui vit dans une des colonies sur la lune, au 25e siècle.

Emily St. John Mandel propose une histoire qui mêle passé et futur, avec voyage dans le temps, dans une construction en miroir, dévoilant au fur et à mesure divers éléments qui mènent à la résolution d’une histoire, un peu comme un roman policier où le détective découvre peu à peu les indices. Dès la seconde partie, j’ai été passionnée par le récit, mais surtout par le ton. Comme dans ses romans précédents, l’autrice fait passer un fort sentiment de nostalgie et une certaine tristesse qui envahit très vite le lecteur (quelqu’un sur Goodreads faisait remarquer qu’il était peut-être temps qu’elle change son style, mais pour moi, cela fonctionne très bien pour ce roman). Et j’ai adoré le retour de Vincent.

C’est le premier roman que je lis qui parle aussi clairement de la pandémie, et qui spécule sur un monde futur où elles seront courantes et où la population a l’habitude de vivre avec la maladie. On sent que l’autrice s’est inspiré de ce qu’elle vivait au moment de l’écriture et le roman est marqué par notre époque. J’ai lu ce roman en trois jours, dévorant plus d’une centaine pages en une fois (je lis plus lentement en anglais) et j’en suis sortie toute retournée (à tel point que j’ai beaucoup de mal à m’habituer au roman suivant et que quelques jours après l’avoir terminé, je monte sa cote de 4 à 5). Je ne suis pourtant pas amatrice de romans de science-fiction, mais j’adore les voyages dans le temps. Peut-être que je devrais ajouter à ma PAL les premiers romans d’Emily St. John Mandel…

Emily St. John Mandel, Sea of Tranquility, Knopf, 2022, 255p.

The rise and fall of D.O.D.O.

Neal Stephenson & Nicole Galland, The rise and fall of D.O.D.O.: Melisande Stokes travaille à Harvard dans le département de linguistique. Elle connaît de nombreuses langues anciennes et éveille l’intérêt de Tristan Lyons, qui est un officier dans une agence militaire secrète. Il lui propose de l’aider sur un projet ultra confidentiel, et elle accepte. Elle commence alors à traduire de nombreux documents en langues diverses qui offrent la preuve que la magie existait dans le passé mais qu’elle a disparu au moment de l’Exposition Universelle de Londres en 1851. Leur but sera donc de faire revivre la magie dans ce Département des Opérations Diachroniques, D.O.D.O. Cela impliquera une machine très particulière et une sorcière qui a bravé le temps, ainsi qu’une équipe grandissante de collaborateurs. Les voyages dans le passé deviennent possibles mais apportent leur lot de problèmes et d’aventures.

Parmi mes romans favoris de tous les temps, il y a le Cryptonomicon de Neal Stephenson, et même si je n’ai jamais réussi à terminer le premier tome du Baroque Cycle, je reste attirée par ses romans. Celui-ci n’a pas la meilleure cote sur Goodreads et j’ai longtemps reporté sa lecture, aussi parce que c’est un pavé. Les débuts sont virevoltants, l’histoire avance à chaque page, les allusions à la pop culture sont nombreuses, les voyages dans le temps sont extrêmement bien décrits au niveau historique, et puis arrive un long ventre mou. Des pages et des pages de écrites sous le mode de rapports officiels qui sont assez ennuyeux à lire, même s’ils font quand même avancer un peu le récit. En tant que lectrice, j’aurais préféré d’autres voyages, d’autres descriptions du passé, mais les auteurs ont décidé d’insister sur le temps présent, et c’est bien dommage. Les cent dernières pages reprennent heureusement le rythme effréné du début (impliquant notamment une bande de Vikings lâchés dans un Walmart), mais le roman reste trop long. Une demi-déception donc. Une seconde partie devrait sortir cet hiver, mais elle est écrite uniquement par Nicole Galland. Je ne suis pas sûre que je vais me jeter dessus même si la première partie se termine par de nombreuses questions.

Swap Voyage dans le temps

swap

Quelque part à l’automne passé, Kleo et Shermane organisaient un swap sur le thème du voyage dans le temps. Elise et moi avons pris notre temps – justement – mais voici le colis que j’ai reçu, sur le thème de l’Art Nouveau.

La grande boîte contenait un très beau livre sur l’Ecole de Nancy, d’où vient ma swappée, ainsi que d’autres objets locaux: de jolis sous-verres avec des fleurs séchées, un pot en verre soufflé, des bonbons à la bergamote, du thé à la bergamote (un de mes préférés), une affichette qui imite les vitraux à décors végétaux de l’art nouveau et puis un clin d’œil à Versailles avec une lingette en microfibre (le genre de chose qu’on cherche toujours sans trouver). Je me réjouis de lire le livre sur ce sujet que je connais peu, de même que de goûter les bonbons et le thé. Et les divers objets de déco prendront jolie place chez moi.

Merci encore, Elise, pour tous ces cadeaux !

Every anxious wave

814dpkfesol_zpstkofjmymMo Daviau, Every anxious wave: un roman dont le titre vient des paroles d’une chanson de Sebadoh ? qui parle de voyage dans le temps pour découvrir la scène indie américaine des nineties – celle que j’ai tant aimée à l’époque (et que j’aime toujours) ? Ce roman, découvert via le blog de lecture d’Armalite, avait tout pour me plaire. Mais l’histoire ne se limite pas qu’à la musique. Karl Bender, quarante ans et anciennement guitariste dans un groupe indie rock, tient un bar et vit une vie sans amour et sans but. Tout à fait par hasard, il découvre un « wormhole », un « trou à vers » dans son placard et se trouve catapulté dans son passé. Avec son ami Wayne, il développe une petite entreprise de voyages dans le temps, proposant aux clients d’aller voir ou revoir des concerts rock du passé. Par erreur, il envoie Wayne en 980 au lieu de 1980, et comme il faut de une décharge électrique pour revenir dans le présent, Wayne est bloqué là. Il cherche l’aide de Lena, astrophysicienne pas trop bien dans son corps et pas très à l’aise dans la communication avec les autres. Ce qui commence comme une relation de travail va se changer en tout à fait autre chose – de l’amour mais aussi de nombreux voyages dans le temps très personnels. Ces allers-retours vont changer le présent et la conclusion sera bien différente de ce qu’attendaient les héros. Mo Daviau a très bien imaginé cette relation et intégré les modifications du présent – en lisant certains passages, le lecteur se demande vraiment ce qui va se passer et puis toutes les pièces du puzzle se remettent place. Pour le reste, les passages sur les concerts et les artistes indie m’ont évidemment parlé mais j’en attendais plus. Et l’histoire traîne parfois un peu longueur. Mais au final, j’ai apprécié ce roman très musical !

 

Blackout/All clear

Connie Willis, Blackout / All clear: 1200 pages découpées en deux volumes, voilà ce que propose Connie Willis dans son dernier roman ! Une sacrée brique donc que j’aurais mieux fait d’entamer en période de congés, mais j’en suis venue à bout. L’auteur reprend le thème des voyages dans le temps comme dans ses précédents romans, intégrant quelques personnages déjà présentés auparavant. On est en 2060 et il y a une certaine effervescence dans les laboratoires d’Oxford. Personne ne sait ce qui se passe mais tous les voyages prévus sont reprogrammés. Merope alias Eileen doit prendre des cours de conduite pour pouvoir repartir en 1940 s’occuper d’enfants évacués à la campagne, dont deux sales gosses, Alf et Binnie. Polly est en route pour le Blitz à Londres à l’automne 40 et Michael Davies va assister à la bataille de Dunkerque au printemps 40. Et puis là les problèmes commencent: ils n’arrivent pas à la date prévue et leur portail pour le retour vers le futur reste fermé. Le roman alterne les chapitres sur l’un ou l’autre personnage, incluant également des histoires plus tardives situées en 1944 et 1995 qui sont autant d’éléments d’un grand puzzle qui se met en place au fur et à mesure jusqu’au dénouement final. J’ai trouvé que le roman était un peu long par moments: certains chapitres auraient pu être raccourcis, voire supprimés mais je n’ai jamais autant appris sur la vie quotidienne en Angleterre pendant la seconde guerre mondiale, et là mon côté historienne a adoré. Connie Willis a clairement fait de nombreuses recherches sur son sujet ! Je me pose toujours des questions quant aux paradoxes du voyage dans le temps, questions que je n’arrive pas à résoudre mais peu importe, au final, le roman m’a beaucoup plu.

Book_RATING-35