Je suis le fleuve

T.E. Grau, Je suis le fleuve: « Ce roman m’a happée avec une telle force que je l’ai lu d’une traite… », voici comment Ingannmic commençait sa chronique sur son blog. Et puis j’ai lu le reste de son billet: guerre du Vietnam, Bangkok, paranoïa, démons… je me suis dit que cela pourrait me plaire. Israël Broussard est à Bangkok. Il souffre d’hallucinations, il voit sans cesse un molosse qui tente de l’engloutir, il se sent attiré par un fleuve qui l’inonde. Son seul moyen de calmer ses visions est de prendre de la drogue, toujours plus. Les premiers chapitres sont une plongée dans son cerveau, racontant des histoires sans queue ni tête, emmenant le lecteur dans la folie du héros. Et puis, le rythme se calme un peu, des retours en arrière expliquent comment Broussard en est arrivé là. Soldat au Vietnam, il aurait dû être jugé pour lâcheté mais il reçoit une seconde chance. Il est recruté pour une mission clandestine au Laos.

J’ai eu quelques craintes en lisant les premiers chapitres, je ne suis pas très fan des divagations de drogués, mais très vite, le roman m’a happée, je l’ai lu en quelques heures, réparties sur deux jours. C’est une plongée dans les horreurs de la guerre, tout particulièrement dans cette guerre secrète au Laos. La nature est omniprésente, dans toutes ses odeurs et matières, mais également le monde des esprits, ceux des populations locales et ceux créés par le cerveau de Broussard. C’est un roman dont on ne sort pas indemne.

Le sympathisant

Viet Thanh Nguyen, Le sympathisant: avril 1975, Saïgon – le héros du livre, capitaine dans l’armée, fuit la ville avec un des derniers avions disponibles. Il aboutit à Los Angeles où il commence une nouvelle vie, tout en continuant son activité d’espion, d’agent double au service des communistes.

Ce livre devait être une lecture commune avec Ingannmic mais je l’ai abandonné après une centaine de pages (à la scène du calamar, pour ceux qui l’ont lu). Normalement, je n’aurais pas publié de billet à son sujet, juste une mention dans « abandonned books » mais je voulais expliquer l’arrêt de ma lecture commune. Le début du roman m’a plu, je me retrouvais dans une histoire que je connaissais, celle de la chute de Saïgon et j’étais curieuse d’en savoir plus. Mais très vite, le personnage principal a commencé à m’énerver. Il me semblait si imbu de sa personne, et ses pensées se déroulaient de page en page, sans interruption, avec des phrases immensément longues. J’ai perdu tout intérêt dans la description du monde qui l’entoure et dans ses souvenirs qui me laissaient de marbre, ou au contraire m’horripilaient. C’est le genre de livre que j’aurais bien jeté de l’autre côté de la pièce, sauf que quand j’ai décidé de l’abandonner, j’étais dans le métro et je me voyais mal lancer mon e-book à travers la rame !

Une grande déception donc, car j’attendais bien plus de ce livre que beaucoup de monde a aimé. Mais il est bien possible que je soit passée totalement à côté du récit…

Congaï. Mistress of Indochine

9781934431887-fr-300Harry Hervey, Congaï. Mistress of Indochine: pendant une période qui précède ce blog, j’ai lu énormément de romans « coloniaux », de romans français écrits dans les années 1920-30, racontant des histoires se passant en Indochine. Je ne sais plus par quel biais j’ai trouvé celui-ci, de l’auteur américain Harry Hervey – sans doute l’un ou l’autre lien partagé par une page que je suis. Je ne m’attendais pas à l’ouvrage que j’ai reçu: il est relativement grand pour un roman et le récit en tant que tel ne prend que la moitié des pages, l’autre moitié étant consacrée à une analyse de l’oeuvre et du contexte. Harry Hervey a beaucoup voyagé dans sa jeunesse, avec son secrétaire (une excuse pour cacher le fait que le jeune homme était son amant) et a écrit quelques romans et des histoires pour magazines populaires. Aujourd’hui, il est sans doute le plus connu pour son scénario de Shanghai Express (Josef von Sternberg, 1932) avec Marlene Dietrich.

Revenons au roman: Thi-Linh est une jeune fille née de père français et de mère annamite. Elle vit à Stung Treng, au bord du Mékong mais elle voit son grand amour épouser une autre femme. Quand arrive le Français Justin Batteur, elle accepte de vivre avec lui, prenant le statut de congaïe, genre de maîtresse ou concubine. Au fil du temps, elle quittera la petite ville pour rejoindre Saïgon et d’autres hommes plus riches et plus connus. Cette histoire est a priori assez cliché et empreinte d’exotisme mais elle est contée avec très grande sensibilité par Hervey qui prend le point de vue de la femme, Thi-Linh. J’ai beaucoup aimé cette plongée dans ces temps révolus, au milieu de la végétation luxuriante et de la chaleur tropicale.

Short diary of the week (213)

Lundi: au moins aujourd’hui j’ai une raison d’être fatiguée, mais cela n’améliore pas mon état de santé général, le boulot habituel, un questionnaire pour un visa indien long – très long – heureusement que je me souviens où est née ma maman – par contre je n’ai plus le n° du visa de mon voyage en 1999 – après info NA fonctionne aussi, ou comment un tout petit bout de journée est plus intéressant à raconter que le reste, The Deuce, terminer un roman

Mardi: le retour des métros en retard et bondés, commencer un nouveau roman, un bel objet, déplacer mon rdv chez le dentiste pour aller au vernissage d’une grande expo, apprendre par la suite que je ne pourrai peut-être pas y aller pour cause de grève, me sentir complètement vidée et finalement appeler le médecin qui me donne rendez-vous le lendemain, des problèmes de métro – à nouveau, Halt and Catch Fire, Longmire

Mercredi: me lever pas du tout en forme, des vertiges, le premier épisode de la série Vietnam de Kevin Burns, aller chez le médecin qui malgré mon rendez-vous est débordé, attendre deux heures, me faire ausculter de partout pour exclure toute autre possibilité, prescription de repos pendant 10 jours, Longmire – fin de la quatrième saison

Jeudi: enfin aller faire ma demande de visa indien, en profiter pour faire quelques courses avant de rentrer me reposer, ne pas faire grand chose, le deuxième épisode de la série documentaire Vietnam, Longmire – début de la cinquième saison

Vendredi: me rendre compte que j’ai repoussé pendant des semaines une série de choses à faire pour moi et qu’elles se sont accumulées à tel point que je ne sais plus par quoi commencer, un rendez-vous très apprécié chez Coyote, cuisiner avec le contenu du frigo presque vide, Vietnam, une longue conversation avec une amie

Samedi: hésiter sur les activités de la matinée, c’est un peu court pour faire les trois courses prévues – reportons donc à plus tard, lors de la visite du samedi donner des conseils à mon papa à propos des relations avec une personne dépressive, passer l’aspirateur, lire au jardin, préparer un couscous, ce n’est jamais aussi bon qu’au restaurant, Vietnam, Longmire, tenter de terminer mon livre mais le sommeil l’emporte

Dimanche: si je me rendors maintenant je serai en retard à la zumba, aller à la zumba, les dernières parties du rangement, une après-midi très animée et des masses de vêtements à échanger, quelques belles pêches pour mon futur voyage, bien fatiguée après tout ça, deux épisode de Vietnam

Vi

vi_zpsyvj9tnc8Kim Thuy, Vi: Vi, c’est le roman d’un vie, celle de cette petite fille qui naît au Vietnam dans une riche famille. Mais le pays est en guerre et elle rejoint le contingent des boat people avec sa mère et ses frères. Elle aboutit au Québec où elle commence une autre vie, différente de l’ancienne, tiraillée entre les traditions vietnamiennes et le monde occidental. Kim Thuy raconte tous ces événements par de courts chapitres plein de nostalgie et de tendresse – de moments tragiques aussi. Elle narre également le passé qui resurgit dans la mémoire de Vi, l’histoire de son grand-père et de sa grand-mère qui se sont rencontrés sur le marché flottant de Cai Be. Elle a écrit une chronique familiale tout en retenue (un peu plus d’une centaine de pages) mais qui transporte le lecteur grâce à la poésie des mots. Un roman passionnant !

Book_RATING-40

Beyond the pancake trench

9789745240476_p0_v2_s260x420Tom Vater, Beyond the pancake trench. Road tales from the wild East: cela faisait plusieurs années que je tournais autour de ce livre sans l’acheter. Et puis je l’ai vu chez Monument Books à l’aéroport de Yangon mais je ne voulais pas payer 30$, sachant qu’il était bien moins cher en librairie occidentale (environ 16€). En rentrant, je me suis donc sentie obligée de l’acheter. Je connaissais déjà Tom Vater grâce au disque édité chez Topic, The Moken: Sea Gypsies of the Andaman Sea et j’ai découvert qu’il était l’auteur des guides Lonely Planet sur le Cambodge. Dans ce livre publié en 2004, il raconte des expériences diverses en Thaïlande, en Inde, au Camboge, au Vietnam et au Laos. Ce sont souvent des instantanés qui décrivent des pays qui ont fort changé depuis. Le Cambodge à cette époque était encore vraiment un far-west, où se rejoignaient pédophiles, drogués et gangsters. Ses descriptions de Bangkok font vivre une certaine facette de la ville, pas la plus touristique, plutôt celle qui est dans l’ombre, celle des soirées et des bars. Un extrait du chapitre « Cambodia, Phnom Penh – The Heart of Darkness »:

« The ‘Heart’ as the local moto-drivers call it, opens late, gets busy round midnight and closes when the last customer leaves. Tarantino’s Titty Twister doesn’t come close to the madness that erupts on the dance floor. And on a really packed night, the Dead Kennedys’ ‘It’s a holiday in Cambodia’ spins out the speakers. It’s the ultimate post-modernist experience. Jello Biafra yells ‘Pol Pot, Pol Pot’, the girls pop pills, the old guys at the bar try to keep the latest joint together, the rich Khmers in the corner, who remember the horror as if it had been yesterday, don’t give it a second thought. »

A lire !

2015 Reading challenge: A book set in a different country, A nonfiction book, A book by an author you’ve never read before

Book_RATING-40

La petite marchande de souvenirs

François Lelord, La petite marchande de souvenirs: voici un livre que je n’aurais sans doute jamais lu sans la critique de Sylvie sur L’ivre d’ailleurs. Il raconte l’histoire de Julien, jeune médecin français en poste à Hanoï au début des années nonante, à un moment où Vietnam s’ouvre tout doucement au tourisme. Il rencontre Lumière d’Automne, une petite marchande de souvenirs et une relation de complicité naît entre eux. En même temps, il est toujours troublé par l’amour que lui porte Cléa, une collègue de travail. Et puis une mystérieuse maladie apparaît… Ce qui m’a surtout plu dans ce roman, ce n’est pas tant l’histoire, déjà passionnante en tant que telle, mais surtout de revoir les lieux où j’ai été. Juste par ses descriptions, François Lelord m’a emportée, je me trouvais à nouveau là-bas. Et des récits comme ça, il n’y en a pas beaucoup… Un roman à lire de toute urgence !

Book_RATING-40

Little happy things

Ces derniers jours, je rêve à nouveau du Vietnam. Il y a d’abord eu les images du film Number 10 blues/Goodbye Saïgon dans lequel j’ai revu plein d’endroits où j’avais été. Les passages à Saïgon où j’ai senti la chaleur étouffante, où j’ai revu les bâtiments coloniaux et puis Hué. Le film ayant été tourné pendant la guerre, en 1975, il montre le palais impérial à moitié détruit par les bombes et j’ai pu constater tout le travail de restauration qui a eu lieu entretemps. Et puis la traversée du Col des Nuages, dans les nuages, alors que quand j’y suis passée, la vue était dégagée. Et pour le moment, je lis un roman qui se passe à Hanoï, autour du Lac de l’Epée Restituée notamment. Un endroit plein de romantisme et aux belles couleurs. Un endroit où on peut un moment oublier (un peu) le bruit et l’agitation de la ville. En lisant ce livre, je sens à nouveau les odeurs, la chaleur ou la fraîcheur selon les endroits, je vois les couleurs, j’entends les bruits de la ville… Toutes ces pensées me font du bien…

Vous pouvez lire ou relire mon récit de voyage ici. Un jour, je raconterai mon premier périple au Vietnam, en 1999.

Peste & Choléra

Patrick Deville, Peste & Choléra: rentrée littéraire ou pas, je n’allais pas laisser de côté ce roman de Patrick Deville, auteur dont j’avais déjà beaucoup apprécié Kampuchéa. Ce livre raconte la vie d’Alexandre Yersin, scientifique et découvreur de la bacille de la peste qui s’installe à Nha Trang au Vietnam. L’auteur en profite pour décrire la vie dans la colonie, la fondation de Dalat, l’acclimatation des fraises, les trajets en bateaux, puis en avion, la vie scientifique de la fin du 19e siècle à Paris, le tout par de nombreux allers-retours dans le temps. L’écriture est très belle, très poétique; elle peut sembler un peu froide et distanciée par moments mais cela contribue à augmenter un sentiment d’étrangeté. Recommandé !

Suasaday !

Une semaine de congé et au moins une bonne chose de faite (en plus d’un tri de garde-robe pas très efficace): c’est la mise à jour de Suasaday. Vous y trouverez maintenant le récit complet de notre voyage au Vietnam et j’ai pris la décision – après de nombreux encouragements sur FB – de raconter mes périples antérieurs (dont vous trouverez le menu ici). Attendez-vous donc dans quelques heures/jours à de nouveaux billets sur la péninsule malaise en 2002. Je n’ai malheureusement pas de scanner à domicile pour ajouter des photos mais je compte bien prendre mon album au boulot où je ferai un rapide tri et scan des photos intéressantes (et oui, c’est ça aussi l’ère pré-APN !).

Pour le reste pas de bilan 2010 ni de résolutions pour 2011, je ne suis pas d’humeur pour le moment, je n’ai d’ailleurs aucune inspiration. Mais une bonne année quand même !