Ohio

Stephen Markley, Ohio: aujourd’hui adultes, quatre anciens élèves de la même école se retrouvent le même soir à New Canaan, petite ville de l’Ohio. Stephen Markley décrit leur trajectoire en quatre parties consacrées à chacun d’entre eux. Il y a d’abord Bill Ashcraft qui doit livrer un mystérieux paquet. C’est pour lui un moyen facile de gagner de l’argent pour s’acheter alcool et drogues. Stacey Moore revoit la mère de sa petite amie disparue, mère qui n’a jamais accepté leur relation homosexuelle – de même d’ailleurs que le frère de Stacey qui tente à chaque fois de la remettre dans le droit chemin. Dan Eaton est vétéran de la guerre d’Irak et a perdu un oeil; il revient à New Canaan en espérant revoir son amour de jeunesse. Tina Ross quant à elle porte en elle un profond désir de vengeance suite à un événement du passé impliquant d’autres élèves de son école.

J’ai failli abandonner après 50 pages: le personnage de Bill est détestable et l’écriture est souvent un peu alambiquée, compliquée, et très foisonnante. J’ai souvent eu envie de dire à l’auteur: « Abrège un peu ». Une fois de plus, c’est le fait que c’est une lecture commune (avec Ingannmic) qui m’a poussée à continuer et le passage à un autre personnage un peu plus intéressant (Stacey) m’a aidé. Je me suis rendue compte au fil des pages que jamais je n’accrocherais à ce roman MAIS que c’était une description très détaillée de tout ce qui n’allait pas aux Etat-Unis, tout particulièrement dans les petites villes conservatrices du coeur du pays: la drogue (y compris les médicaments), les armes à feu, le racisme, le déni de l’homosexualité, la foi en dieu exacerbée, la misère suite à la fermeture des industries et usines. Stephen Markley fait un formidable portrait de l’Amérique profonde (je lisais en même temps le volume 11 d’America, consacré à l’Amérique des marges – beaucoup de choses ont fait écho) mais du coup, j’ai l’impression qu’il a voulu écrire une thèse plus qu’un roman (l’histoire du paquet mystère semble ajoutée pour prouver un des éléments de la thèse et ne concerne pas vraiment le coeur du roman qui est d’une noirceur totale). D’où mon avis mitigé – j’aurais sans doute préféré lire une non-fiction sur le sujet.

Stephen Markley, Ohio, Albin Michel, 2020 (traduction de Charles Recoursé)