Fluctuations (3)

Je me sens globalement bien. J’ai l’impression que ce confinement n’est qu’une suite logique d’un parcours entamé il y a quelques années après ma rupture (mais que j’aurais aimé vivre différemment, sans les règles actuelles, évidemment). Si je me suis accrochée aussi longtemps à cette personne, envers et contre tout, c’est parce que j’avais peur d’être seule. Et puis un jour c’est arrivé, je me suis retrouvée seule.

J’ai repris les choses en main, pas à pas, prenant confiance mais perdant aussi les pédales de temps en temps. J’accepté le changement, j’ai décidé de tourner la page, de ne pas vivre dans le passé, de construire quelque chose de nouveau. Rien de tout cela ne s’est fait en un jour.

Un des éléments les plus importants dans ce parcours, ce sont les voyages (j’en reviens toujours à ça). Plus jeune, je n’osais pas voyager seule, et puis j’ai écouté les conseils d’une amie et je me suis lancée. En partie encore protégée et accompagnée lors d’un premier voyage (celui en Birmanie et en Thaïlande), mais aussi avec deux fois trois jours seule. Les trois derniers jours, j’ai profité pleinement.

Ma destination suivante a été le Japon où je suis partie trois semaines. J’ai adoré. J’ai répété l’expérience deux fois par la suite. J’ai aimé de plus en plus. Ces voyages ont permis de me recentrer, de trouver qui j’étais au fond de moi, de m’accepter de plus en plus telle que je suis. J’ai été aidée par des amis, par des articles divers, par la méditation, par un compte instagram ces derniers temps (The holistic psychologist). Je comprends mieux comment je fonctionne, quels sont mes « traumas » d’enfance (je mets de guillemets parce que c’est un bien grand mot – j’en parlerai peut-être plus tard).

Cette solitude tant aimée en voyage se prolonge quelque part pendant ce confinement. Je me sens libérée des obligations sociales. Autant j’aime la compagnie d’amis, sortir de chez moi est parfois difficile, c’est souvent un effort. Je contourne la question en proposant des sorties en semaine, après la fin du travail, sans repasser par chez moi d’abord. Je suis devenue très casanière (et ce n’est pas incompatible avec les voyages). J’aime tout simplement rester à la maison et je m’y sens bien (mes choix de lieu de vie ont toujours été liés à un sentiment de bien-être dès la première visite de l’endroit – ce qui explique aussi pourquoi je peux tant déprimer quand mon choix de chambre d’hôtel lors d’un voyage est complètement raté).

Tout n’est pas toujours rose tous les jours, loin de là. Mercredi, j’étais comme une cocotte minute prête à exploser, il fallait que ça sorte (encore merci à mes confident(e)s). Je ressassais une histoire d’amitié qui a évolué de quelque chose d’assez fusionnel en ses débuts à de l’ignorance totale de la part de l’autre personne aujourd’hui. Le contraste est trop violent pour que ce soit facile à accepter pour moi et j’en souffre. J’imagine que cette question occupera encore mon cerveau un moment, mais aussi que j’arriverai à m’en détacher.

En attendant, la semaine touche à sa fin; j’ai plus ou moins bien travaillé selon les jours. J’ai pris beaucoup de plaisir à écrire un texte, un autre est plus laborieux mais les recherches à ce sujet m’ont permis de regarder un documentaire qui m’a constamment fait penser à mon papa – ça se passait au Niger, mon papa y a fait un voyage il y a une quarantaine d’années. J’étais remplie de nostalgie.

Encore ceci: ce que je décris ci-dessus est mon état d’esprit. Nous sommes tous différents, il n’y a pas lieu de faire des comparaisons. Chacun vit cette situation à sa manière, et j’envoie beaucoup de courage et de soutien à chacun.

Fluctuations (II)

Après une semaine, j’ai pris mes marques. Le changement, le chamboulement même, de mes habitudes a été un moment difficile mais en fait je me suis adaptée assez vite. J’ai pris un autre rythme, qui a sans doute besoin encore de quelques ajustements, mais qui me convient très bien. Le weekend, rien n’a changé ou presque. J’ai toujours été casanière et à part la visite à mon papa que je n’ai pas pu faire, j’ai eu exactement les mêmes activités que les semaines précédentes.

Pendant la semaine, je travaille à domicile – c’est l’avantage de la rédaction web. Mon sommeil n’est pas encore tout à fait rétabli comme avant et je me réveille tôt, et donc je commence à travailler tôt, ce qui me laisse du temps dès le milieu de l’après-midi pour faire autre chose. Jardiner surtout. Ce qui me fait un bien fou. C’est un excellent moyen pour faire de l’exercice physique et d’être au grand air sans croiser personne, à part mes voisines. Avec une des deux, j’ai aussi ma dose de conversation journalière.

J’essaie de séparer au mieux travail et loisirs. Le fait d’avoir un ordinateur à prêter du bureau facilite cette tâche. Il est sur la table, le mien, j’y accède depuis le canapé.

Je contacte des amis, des amis me contactent. On organise des rencontres virtuelles, comme ces cocktails du weekend que Sylvain et moi créons en commun. Je prends des nouvelles habitudes, comme ces mails qui remplacent la conversation à la machine à café le matin au boulot. Ce n’est pas la même chose évidemment, mais c’est déjà beaucoup.

Je me dis une fois de plus que j’ai énormément de chance d’être introvertie. Je me sens bien à la maison, le temps passe vite. D’ailleurs je n’ai même pas le temps de faire tout ce que j’ai envie de faire, j’ai même une certaine (petite) frustration par rapport à toutes ces activités que propose le net pour le moment. Je rêve de commencer ce patron un peu compliqué de Gertie, la robe Lamour mais je suis nulle part. Sans doute ce weekend – comme d’habitude en fait.

Je retrouve tout doucement une certaine concentration pour la lecture mais elle n’est pas encore optimale. Je n’ai presque pas lu ces dernières semaines et cela me chagrine. Je n’ai plus ces moments « forcés » dans les transports en commun et mine de rien, de nombreuses pages étaient tournées pendant les trajets. Je ne me suis pas encore vraiment assignée un moment lecture, à part en fin d’après-midi, mais souvent à ce moment-là, mon cerveau voyage encore pas mal ailleurs. Et le soir avant de dormir, je m’endors souvent sur le livre.

Mais je sais que c’est normal, le cerveau est un peu comme un processeur, il doit assimiler toutes ces nouvelles informations. Il est en bonne voie, l’anxiété a déjà fait ses malles, en grande partie; elle se manifeste encore parfois la nuit, de manière un peu violente même, mais elle n’est plus là en journée. Je ne fais plus que survoler facebook, j’ai masqué pour un mois les personnes qui publiaient du contenu anxiogène ou accusateur, je m’informe mais d’un oeil seulement, sélectionnant avec soin les quelques articles que je lis. Par contre, je lis avec plaisir certains blogs et passe toujours autant de temps sur instagram.

Les contacts de la vie réelle me manquent mais je me sens très bien avec moi-même. Je suis assez sereine, prête à rester chez moi pendant des semaines encore. Cette période ne fait que continuer un mouvement de recentrage sur moi, entamé depuis quelques années. Je repensais à mes voyages au Japon, seule pendant trois semaines. C’est un peu la même idée, mais sur un territoire très très limité, ma maison et mon jardin (et je sais que je suis très privilégiée de ne pas vivre dans un minuscule appartement dans une ville).

Je profite du quotidien, du printemps qui explose, des fleurs du jardin, de ce ciel si bleu, de ma cuisine, de mon salon, de mon lit…

This was 2015

2015 allait certainement être une meilleure année que 2014, je le savais depuis le début. Pendant l’hiver, j’ai encore eu quelques difficultés à cause des histoires du passé qui voulaient s’immiscer dans ma vie mais je les ai vite mises à la porte (ne plus réagir était une manière). J’ai eu des chagrins à cause d’attaques que je n’attendais pas, de la part de personnes que j’apprécie. C’était difficile mais j’ai réussi à passer au-delà. En mars, j’ai suivi la formation d’Ellipsilone « Deux jours pour exceller » et cela a vraiment été un tournant pour moi. J’ai appris et compris beaucoup de choses et cela m’a permis de regarder la vie d’une manière bien plus sereine et peut-être avec un peu plus de distance, tout en profitant pleinement des moments importants.

A peu près à la même époque, j’ai très mal vécu un entretien de fonctionnement au bureau avec mon chef et ma directrice (qui ne s’en sont pas rendus compte parce que je cache bien mon jeu et que je n’ai rien dit – je leur en ai parlé plus tard). En même temps, c’est ce qu’il me fallait. Cela faisait plusieurs années que j’étais en pilote automatique, avec un projet qui me tenait à coeur mais qui n’était pas vraiment soutenu. Aujourd’hui, le projet a vu le jour et j’ai même organisé des événements (dont deux ont malheureusement été annulés pour cause de niveau 4 d’alerte) alors que je me disais que je ne voulais jamais faire ça.

2015 est l’année où je suis à nouveau sortie un peu plus, où j’ai renoué des contacts avec des personnes que je voyais moins et fin décembre, j’ai des projets de sorties réguliers avec eux: des spectacles de danse, des restos (j’ai enfin été dans de nouveaux endroits et je compte bien en découvrir d’autres) ou différentes choses à déterminer. Mon cercle d’amis est plus varié et d’horizons différents. Même si je trouve que j’ai encore à faire à ce niveau. Je n’ai pas rencontré beaucoup de nouvelles personnes ni de candidat pour une nouvelle relation amoureuse. Même si la vie en couple sera à nouveau tout un changement pour moi.

2015 est l’année où je me suis rapprochée de mon père et cela m’a fait du bien. Nous nous voyons en moyenne une fois par mois pour aller manger au restaurant et il sait qu’il peut m’appeler et me demander de faire ses courses ou d’autres choses si nécessaire. Je l’ai vu vieillir et cela m’attriste. Je l’ai vu souffrir de ses nombreuses chutes et aujourd’hui, il est à l’hôpital. Je ne peux qu’espérer qu’il aille mieux bientôt et que les médecins et autres thérapeutes vont tout faire pour lui permettre d’encore profiter de la vie, de préférence dans sa maison mais je n’exclus pas d’autres possibilités (qui quelque part me rassureraient). L’année qui vient sera difficile pour lui (et donc pour moi) mais c’est le cours de choses. Il a 78 ans et j’espère qu’il vivra encore quelques années…

2015 est l’année où j’ai réappris à vivre seule et je me rends compte que j’ai pris plein d’habitudes, que j’ai besoin de ce temps pour moi, pour faire toutes mes activités solitaires. Et j’aime ça, tout en gardant du temps pour quelques sorties de temps en temps (une part semaine, c’est pas mal, mais je le vis bien aussi s’il y en a moins). J’ai relevé le défi de partir trois semaines au Japon sans compagnie et même si cela a eu quelques inconvénients, je l’ai très bien vécu. Je serais prête à le refaire mais pas chaque année.

En 2015, j’ai donc fait un grand voyage au Japon, mais j’ai également passé un excellent w-e à Paris en compagnies de très bonnes amies, avec de belles expos et de bons cocktails et j’ai eu l’occasion de visiter Budapest à mon aise pendant trois jours avant de revoir plein de connaissances pour le Womex pendant les cinq jours suivants. J’ai même eu droit à une visite express à Paris pour le boulot, que j’ai pu combiner avec quelques expos. J’avais prévu d’aller à La Haye mais je ne me suis rendue compte que trop tard que train et hôtel auraient dus être réservés à l’avance pour ne pas payer le prix plein. Et après l’expo que je voulais voir (Rothko) était terminée.

En 2015, je me suis occupée de mon jardin mais avec un peu moins d’entrain – beaucoup de plantes sont déjà bien installées. En couture, j’ai eu l’occasion de réaliser onze robes et jupes (je dois encore publier les trois derniers projets) et je mets un vêtement fait main par semaine environ. Ce qui est vraiment pas mal et je compte bien continuer dans cette voie. J’ai ouvert un blog sur les cocktails et j’adore tester de nouvelles recettes. J’aimerais vraiment qu’il soit plus lu mais j’ai du mal à le faire connaître. J’ai adoré aussi toutes les conversations autour de l’alcool, les commandes collectives et le Salon du Rhum à Spa. J’adore toujours écrire ici et je suis contente du succès que rencontre mon Winter Cookbook Challenge. J’ai réaménagé tout le grenier en pièce de couture et franchement, c’est bien !

Je m’étais promise de regarder plus de films, notamment asiatiques, mais malgré un bon début, je ne l’ai pas fait. Je me suis concentrée sur les séries tv, rattrapant les six saisons et demies de The Good Wife (22 épisodes par saison quand même). En toute fin d’année, j’ai eu un sursaut musical, mais j’ai très peu été séduite par des disques. Sans doute un ras-le-bol provisoire.

2015 est l’année où plus que jamais j’ai essayé de ne pas juger les autres (sauf des personnes qui ne comptent pas pour moi parce qu’il faut bien que je me défoule de temps en temps – oui, je sais) et où j’ai essayé de comprendre leur point de vue même si c’est parfois difficile. Chacun est différent et chacun réagit à sa manière. J’essaie de donner des conseils mais ce n’est pas grave s’ils ne sont pas suivis. J’essaie surtout d’être présente et d’écouter. La vie n’est pas toujours simple, et même si ça va mal, il y a toujours du mieux qui vient. Même de petites choses.

2015 a été l’année du positif et d’un état d’esprit serein et joyeux. Je compte bien continuer dans cette voie en 2016.