A quality of light

Richard Wagamese, A quality of light: le révérend Joshua Kane est appelé par la police pour désamorcer une prise d’otages par Johnny Gebhardt. Les deux hommes se connaissent; enfants, ils étaient les meilleurs amis du monde, relié par un pacte secret. Joshua est Ojibway mais a été adopté par des parents blancs, de pieux agriculteurs qui l’élèvent selon les principes chrétiens de la bonté et de la justice. Johnny vit avec un père alcoolique et violent, et une mère qui a laissé tomber les bras; il est passionné par la culture indienne dans laquelle il trouve une certaine force et spiritualité. Les deux garçons se rencontrent à l’école et forment une amitié très profonde, le second initiant peu à peu le premier à sa culture d’origine. Au fil des pages, le lecteur apprend à connaître les garçons et les éléments qui ont mené à la prise d’otages.

La lecture de ce roman a été assez contrastée: il y a de longues descriptions de l’apprentissage du baseball qui ne sont pas particulièrement passionnantes pour quelqu’un qui ne s’intéresse pas aux sports (et encore moins les sports américains dont je n’ai aucune notion des règles) mais il y a aussi la découverte de la culture et de la spiritualité Ojibway. C’est passionnant de voir ces deux garçons que tout oppose grandir et former une personnalité propre, pleine de nuances. La seconde partie du livre devient parfois un peu plus politique et revendicatrice, les discussions entre Joshua et Johnny présentant des points de vue totalement opposés qui sont le miroir de ce qui se passait dans la société à cette époque (fin des années 1960 – début des années 1970). Et même si j’ai eu quelques moments d’ennui, la seconde moitié du roman m’a totalement convaincue. Ce n’est pas mon roman favori de Wagamese mais il reste très intéressant.

Keeper’n me

Richard Wagamese, Keeper’n me: premier roman, en partie autobiographique, de Richard Wagamese, Keeper’n me raconte l’histoire de Garnet Raven. A l’âge de trois ans, celui-ci est enlevé de sa famille Ojibwé pour être placé dans une famille d’accueil. Il grandit loin de la réserve et des traditions ancestrales, et une fois adulte, se fait arrêter pour du trafic de drogue. En prison, il est contacté par un membre de sa famille qui l’a retrouvé. Il retourne alors dans son village d’origine où il apprendra à connaître sa culture indienne.

Après avoir lu le dernier roman de Wagamese, Starlight, j’ai décidé de lire tous les livres de cet auteur, en commençant par le premier, Keeper’n me. Il est écrit en grande partie dans un anglais parlé, parfois un peu difficile à comprendre et qui demande une certaine attention à la lecture, et c’est sans doute cela qui m’a un peu rebutée. Par contre, j’y ai retrouvé les descriptions très précises et lyriques de la nature, le lien entre celle-ci et les hommes, la beauté des paysages canadiens… Il y a aussi des touches de burlesque, notamment dans le retour de Garnet dans son village, ou dans d’autres épisodes de la vie locale. J’ai aimé lire ce roman mais je ne le conseillerais pas comme premier à lire pour cet auteur.

Starlight

Richard Wagamese, Starlight: une mère s’enfuit avec sa fille, quittant un homme violent. Elles prennent la route et se réfugient dans une maison abandonnée dans un petit village. C’est là qu’habite Frank Starlight (le héros de Les étoiles s’éteignent à l’aube). Sa vie est tranquille, autour du ranch dont il s’occupe avec son associé. Et il part souvent dans la nature pour faire des photos d’animaux, des loups, des cerfs… Il recueille Emmy et sa fille et se rend très vite compte qu’elles ont été traumatisées, même si elles ne racontent rien. Il tente de les aider en les invitant à mieux connaître la nature qui les entoure. Mais l’ex d’Emmy veut se venger…

Une fois de plus, j’ai été happée par le récit de Wagamese, par ses descriptions de la nature, par la violence de l’histoire d’Emmy et de sa fille, par leur transformation au contact de la forêt et des animaux. C’est beau, troublant par moments, les mots me manquent. C’était le dernier roman de Wagamese, et il est inachevé. Les éditeurs ont fait de leur mieux pour proposer plusieurs fins, se basant sur ce que l’auteur avait raconté à ses proches et sur une nouvelle plus ancienne. C’est le genre de roman qu’on aimerait ne jamais refermer, et c’est triste de se dire qu’il n’y en aura plus d’autres… Il me reste heureusement quelques-uns de ses premiers livres à lire.

Cheval Indien

Richard Wagamese, Cheval Indien: admis dans un centre de désintoxication (pour l’alcool), Saul Cheval Indien a touché le fond. Rien ne semble l’aider et il décide en fin de compte de raconter son histoire, espérant que cette introspection l’aidera. Il est d’origine Ojibwé et est né dans le Nord ontarien. Il a vécu les premières années avec sa famille puis juste avec sa grand-mère mais lorsque celle-ci décède, il se retrouve enfermé dans un pensionnat dirigé de main de fer par des religieux qui ne portent que peu d’intérêt au bien-être des enfants. Il trouve une échappatoire dans le hockey qu’il commence à pratiquer avec beaucoup de ferveur. Il devient un excellent joueur mais le Canada des années 60-70 est dur et extrêmement raciste avec les autochtones.

L’histoire de Saul Cheval Indien en rappelle d’autres, que ce soit celles des Sami de Laponie ou des Aborigènes d’Australie. Le récit est dur et violent mais le ton introspectif apporte une certaine sérénité. Il ne s’arrête pas qu’aux pensées du héros mais relate toute son histoire sans laisser de temps mort, de la vie en communauté indienne aux matchs de hockey. Richard Wagamese réussit une fois de plus à écrire un roman très juste, qui touche le lecteur sans tomber dans le larmoyant, tout en ouvrant des horizons souvent peu connus. Je recommande vivement !

Les étoiles s’éteignent à l’aube

51uogk87xvl-_sx195_Richard Wagamese, Les étoiles s’éteignent à l’aube: Franklin Starlight, un garçon âgé de 16 ans aux origines indiennes ojibwé, n’a pas vraiment connu son père sauf quelques visites éparses. Il a été élevé par le Vieil Homme qui lui appris à vivre en harmonie avec la nature. Au début du récit, il est appelé par son père, Eldon, qui lui demande une faveur: faire avec lui un dernier voyage et l’enterrer comme un guerrier dans la terre de ses ancêtres. Eldon, alcoolique invétéré, n’a plus que quelques jours à vivre et le périple dans les paysages sauvages de la Colombie Britannique sera l’occasion de parler du passé, de dévoiler des secrets, de raconter dans quelles circonstances Franklin a vu le jour. Les descriptions de la nature sont précises et vivantes, l’homme est minuscule face aux paysages et aux animaux, il doit respecter les lois environnantes. Mais c’est aussi un roman qui raconte une histoire, une sorte de testament, une manière de se libérer du poids du passé et les difficiles relations entre un père et son fils. Les sentiments décrits sont justes, entre amour et culpabilité. Tout cela m’a passionnée et j’ai beaucoup apprécié ce roman.