De Bourgondiërs

Bart Van Loo, De Bourgondiërs. Aartsvaders van de Lage Landen: je l’avoue, je ne connais que peu l’histoire de la Belgique et des régions environnantes, même après avoir étudié l’histoire à l’université. Les cours y étaient très spécifiques et très centrés sur l’histoire des institutions, ce qui n’était pas des plus passionnants. Ce livre de Bart Van Loo est un bestseller et comme un petit mouton, je me suis jetée dessus. L’auteur y raconte 1000 ans d’histoire, commençant à la fin de l’Antiquité quand une tribu germanique, les Burgondes ou futurs Bourguignons, traverse la frontière de l’Empire romain et s’installe en France, en Bourgogne. L’histoire s’accélère au 14e et 15e siècles, se terminant un peu abruptement en 1496 – les chapitres sont découpés en des périodes de plus en plus courtes, le dernier raconte un seul jour. Pendant cette période, les ducs de Bourgogne ont construit progressivement un empire, à force de conquêtes et de mariages judicieux, unifiant un territoire allant du nord de la Hollande à la Bourgogne en France et incluant les diverses régions de la future Belgique. C’est l’époque du commerce du drap et du textile et les villes flamandes deviennent très riches – bref, un atout de taille pour les ducs.

Bart Van Loo a un talent certain de conteur, et il emmène le lecteur dans un récit assez virevoltant, loin des écrits académiques un peu poussiéreux. Ce qui ne plaît évidemment pas à tout le monde, certaines expressions, certaines tournures de phrase, certaines comparaisons très contemporaines font parfois lever les sourcils, et je me suis demandée tout au long de ma lecture (je l’ai lu en néerlandais) comment les traducteur s’étaient débrouillés. J’ai eu écho que ce n’était pas entièrement réussi et cela ne m’étonne pas (j’ai vu le mot « langage ampoulé » par exemple). On est clairement ici dans de la « non-fiction littéraire » (un mot emprunté à David Van Reybrouck), très marquée par les spécificités de la langue néerlandaise. Quoi qu’il en soit, le récit est très vivant, avec de nombreux détails dans le déroulement des batailles mais aussi de la vie quotidienne – on apprend par exemple tout ce qui a été mangé lors de certains banquets – ou une psychologie très fine des ducs. Je me suis aussi rendue compte de mes lacunes en histoire: si les ducs de Bourgogne avaient été abordés à l’école, je ne connais rien de l’histoire de France, or celle-ci est entremêlée avec celle des ducs.

Bref, ce livre est passionnant, et je ne visiterai plus le villes flamandes du même oeil.

Oeroeg

Hella S. Haasse, Oeroeg (en français, Le lac noir): les Indes néerlandaises, quelque part dans les années 30. Un jeune garçon dont on n’apprendra jamais le nom raconte sa vie. Fils d’un planteur néerlandais fort occupé et d’une mère peu intéressée par lui, il décrit sa solitude heureusement comblée par l’amitié qu’il éprouve pour Oeroeg, un garçon né au même moment que lui parmi les serviteurs sundanais de la maison. Ils jouent ensemble, découvrent tous les recoins de la propriété, écoutent les histoires de monstres et fantômes locaux. Mais ils grandissent aussi, et le narrateur fera tout pour qu’Oeroeg puisse rester avec lui à l’école puis au collège malgré leur différence de race. Différence qu’il ne comprend pas vraiment, de même qu’il ne remarque que peu de choses du monde qui l’entoure, de sa mère qui trompe son père à la société qui change complètement. Malgré la naïveté du personnage principal qui pourrait un peu énerver le lecteur, ce court roman est un ode à l’amitié. Il est également une magnifique et nostalgique description de la colonie néerlandaise à l’aube de grandes mutations du milieu du 20e siècle mais surtout une description très imagée de la nature omniprésente, de la jungle, des montagnes. Le texte est dense, écrit dans un néerlandais (je l’ai lu en v.o.) qui m’a semblé moderne mais plus compliqué, plus précis que l’actuel. J’ai parfois dû m’y reprendre à deux fois pour certaines longues phrases tout en admirant la beauté de l’écriture.

Mon but premier était de lire Heren van de thee (Les Seigneurs du thé) mais mon côté pratique qui l’a emporté: le prix du roman tout seul était le même que la trilogie des « romans indiens ». Un peu rattrapée par le temps et désirant les lire dans l’ordre chronologique, mon choix s’est donc porté sur Oeroeg, qui est le premier roman écrit par l’auteur en 1948. Le titre en français apporte une toute autre vision des choses, faisant référence à un épisode important de l’histoire, un épisode qui marque un tournant dans le récit alors que le titre original est plus neutre, référant au cœur de l’intrigue sans rien dévoiler de plus.

Un roman lu dans le cadre de l’activité « Lire le monde » organisée par Sandrine. Et dans le cadre de mon challenge PAL vacances 2017, il complète la catégorie du titre ne contenant qu’un seul mot.