Kuessipan

Naomi Fontaine, Kuessipan: Kuessipan, c’est un kaléidoscope d’impressions, de descriptions, de moments d’une vie. Ce n’est pas un roman qui se construit autour d’une histoire mais il tourne autour des Innus, ce peuple autochtone du nord du Québec. Ces vignettes racontent la réserve, le passé, le futur, les problèmes d’alcool et de violence, la chasse et la pêche, les tambours et les chants traditionnels… C’est court, ça se lit en moins de deux heures, et pourtant cela plonge le lecteur dans un monde inconnu. J’ai beaucoup pensé à Split tooth de Tanya Tagaq, il y a des ressemblances, mais cette dernière va plus loin, est moins classique dans son récit.

Comme j’ai vu le film, je n’ai pas arrêté d’y penser, j’ai tenté de retrouver les phrases qui l’ont inspiré – des phrases, des mots. Il a été co-écrit par l’autrice, et cela permet de mieux comprendre ce qu’elle voulait décrire dans son court roman. Les deux se complètent. Que dire d’autre ? J’ai aimé comment toute un monde se dévoile, comment ces vignettes laissent au lecteur une grande part d’imagination tout en créant un cadre. J’ai aimé me plonger dans ce Grand Nord méconnu pour moi. Mais c’était un peu trop bref (tout comme ma chronique).

Une lecture commune avec Electra et Marie-Claude.

A quality of light

Richard Wagamese, A quality of light: le révérend Joshua Kane est appelé par la police pour désamorcer une prise d’otages par Johnny Gebhardt. Les deux hommes se connaissent; enfants, ils étaient les meilleurs amis du monde, relié par un pacte secret. Joshua est Ojibway mais a été adopté par des parents blancs, de pieux agriculteurs qui l’élèvent selon les principes chrétiens de la bonté et de la justice. Johnny vit avec un père alcoolique et violent, et une mère qui a laissé tomber les bras; il est passionné par la culture indienne dans laquelle il trouve une certaine force et spiritualité. Les deux garçons se rencontrent à l’école et forment une amitié très profonde, le second initiant peu à peu le premier à sa culture d’origine. Au fil des pages, le lecteur apprend à connaître les garçons et les éléments qui ont mené à la prise d’otages.

La lecture de ce roman a été assez contrastée: il y a de longues descriptions de l’apprentissage du baseball qui ne sont pas particulièrement passionnantes pour quelqu’un qui ne s’intéresse pas aux sports (et encore moins les sports américains dont je n’ai aucune notion des règles) mais il y a aussi la découverte de la culture et de la spiritualité Ojibway. C’est passionnant de voir ces deux garçons que tout oppose grandir et former une personnalité propre, pleine de nuances. La seconde partie du livre devient parfois un peu plus politique et revendicatrice, les discussions entre Joshua et Johnny présentant des points de vue totalement opposés qui sont le miroir de ce qui se passait dans la société à cette époque (fin des années 1960 – début des années 1970). Et même si j’ai eu quelques moments d’ennui, la seconde moitié du roman m’a totalement convaincue. Ce n’est pas mon roman favori de Wagamese mais il reste très intéressant.

Killers of the flower moon

David Grann, Killers of the flower moon: the Osage murders and the birth of the FBI: dans le années 1920, le peuple le plus riche au monde, ce sont les Indiens Osage vivant dans l’Oklahoma. Quelques décennies plus tôt, ils avaient été repoussés sur des terres arides mais qui se sont révélées être très riches en pétrole. Et puis, de nombreux meurtres ont eu lieu et les coupables n’étaient pas trouvés. Après 24 cas, le FBI nouvellement créé par J. Edgar Hoover prend l’affaire en main et assigne l’enquête à Tom White, un ancien Texas Ranger. Celui-ci s’entoure de différents agents qui vont tenter d’élucider l’affaire en undercover et en utilisant les techniques les plus modernes d’investigation.

David Grann reprend l’enquête presque un siècle plus tard. Minutieusement, il décrit l’histoire des Osage et des familles touchées; il reconstitue une image de la société de l’époque, encore très Far West et peuplée de hors-la-loi; il explique comment les Osage ne sont pas considérés comme des humains à part entière, d’après les lois – racistes – en vigueur et comment ils doivent être épaulés par des garants. Ils sont peut-être riches mais ils ne peuvent pas gérer leur argent comme ils le souhaitent. Et évidemment cela provoque des convoitises. Grann a interrogé des descendants des protagonistes mais a aussi consulté pendant des jours et des jours les archives du FBI. Il délie tous les liens et propose même un coupable probable pour certains des meurtres non résolus. Ce livre est passionnant dans ses détails mais aussi pour l’histoire plus large qu’il raconte, celle des Osage et du racisme des Etats-Unis, chose que je connaissais un peu, mais pas sous cette forme-là. J’ai malgré tout un peu peiné dans ma lecture, sans vraie raison (à part que c’est une constante pour le moment: je traîne beaucoup sur la première moitié d’un livre et lis la seconde moitié d’une traite, justement parce que j’ai trop traîné et que j’ai envie de passer à autre chose). J’ai aussi une préférence pour l’autre David Grann que j’ai lu, The lost city of Z, sans doute parce qu’il a un côté très exotique et parce qu’il est écrit de manière moins linéaire.

Un livre lu dans le cadre du challenge non-fiction d’Electra.

The Break

Katherena Vermette, The Break: abandonnant le pavé en cours, je me suis lancée dans la lecture du roman de cette écrivaine canadienne Métis (d’ascendance européenne et amérindienne), originaire de Winnipeg au Manitoba. Il raconte des histoires de femmes, reliées entre elles par des liens familiaux, parfois ténus, mais souvent bien présents. Par une froide nuit d’hiver, Stella, une jeune maman, est témoin d’une altercation dans la neige, dans le quartier du Break, une partie de Winnipeg. Elle appelle la police mais n’est pas entièrement prise au sérieux. Le lendemain, la jeune Emily est admise à l’hôpital, couverte de sang. Elle a été violée. Autour d’elle gravite une série de femmes, sa mère Pauline qui doute de son partenaire, sa grand-mère Cheryl qui pense toujours à sa soeur décédée trop tôt, Rain (la mère de Stella), son arrière grand-mère, surnommée Kookom, qui est le lien vers le monde des esprits, et puis Phoenix, cette adolescente qui s’enfuit d’un centre de détention pour mineurs. Chaque chapitre donne la parole à l’une de ces femmes et décrit les événements qui ont mené à cette terrible nuit. Parfois intervient l’unique voix masculine, celle de Tommy, jeune policier Métis, qui veut résoudre l’affaire.

L’auteur trace un très beau portrait de ces Indiens des villes, déracinés mais ayant malgré tout gardé une part de leurs racines, même si elle sont souvent étouffées. Chaque personnage est minutieusement décrit, avec ses failles et ses doutes mais en refermant le livre, il en ressort une certaine chaleur, un certain espoir. Ma lecture n’a pas été facile, j’ai eu du mal à lire plus de 10 pages par jour; elle est tombée à un moment marqué par le stress et l’angoisse (l’annonce du confinement) et j’ai parfois dû me forcer à continuer. Mais quand j’ai attaqué les 60 dernières pages, je les ai lues d’une traite. Et j’ai bien fait. Les personnages continuent à me suivre encore aujourd’hui, quelques semaines après la fin de ma lecture. Je remercie donc Electra d’en avoir parlé !

Keeper’n me

Richard Wagamese, Keeper’n me: premier roman, en partie autobiographique, de Richard Wagamese, Keeper’n me raconte l’histoire de Garnet Raven. A l’âge de trois ans, celui-ci est enlevé de sa famille Ojibwé pour être placé dans une famille d’accueil. Il grandit loin de la réserve et des traditions ancestrales, et une fois adulte, se fait arrêter pour du trafic de drogue. En prison, il est contacté par un membre de sa famille qui l’a retrouvé. Il retourne alors dans son village d’origine où il apprendra à connaître sa culture indienne.

Après avoir lu le dernier roman de Wagamese, Starlight, j’ai décidé de lire tous les livres de cet auteur, en commençant par le premier, Keeper’n me. Il est écrit en grande partie dans un anglais parlé, parfois un peu difficile à comprendre et qui demande une certaine attention à la lecture, et c’est sans doute cela qui m’a un peu rebutée. Par contre, j’y ai retrouvé les descriptions très précises et lyriques de la nature, le lien entre celle-ci et les hommes, la beauté des paysages canadiens… Il y a aussi des touches de burlesque, notamment dans le retour de Garnet dans son village, ou dans d’autres épisodes de la vie locale. J’ai aimé lire ce roman mais je ne le conseillerais pas comme premier à lire pour cet auteur.

There there

Tommy Orange, There there: le roman raconte l’histoire de douze personnes d’origine indienne qui sont en route vers le grand powwow d’Oakland: Jacquie Red Feather l’ancienne alcoolique ayant abandonné sa famille, Dene Oxendene qui filme des interviews en souvenir de son oncle décédé, Orvil, l’adolescent qui a appris les danses traditionnelles en regardant des vidéos sur le net, et d’autres personnages dont certains aux intentions peu recommandables. Cette multitude d’hommes et de femmes m’a très vite perdue, d’autant plus que le chronologie est aussi fragmentée. Et dès les premières pages, j’ai eu du mal avec le style très contemporain d’écriture. J’ai sans doute manqué de concentration dans ma lecture, et d’attachement aux personnages, et je suis donc complètement passée à côté de ce roman que j’ai quand même terminé parce qu’il n’est pas très long. Je vous renvoie donc vers des critiques plus positives et plus nuancées, celle d’Electra, de Marie-Claude ou de Jackie Brown. Je rajouterais également que je l’ai lu à un moment où je déprimais pas mal – au mois de septembre – mon état d’esprit recherchait clairement quelque chose de moins urbain et de plus feelgood à ce moment-là.

Starlight

Richard Wagamese, Starlight: une mère s’enfuit avec sa fille, quittant un homme violent. Elles prennent la route et se réfugient dans une maison abandonnée dans un petit village. C’est là qu’habite Frank Starlight (le héros de Les étoiles s’éteignent à l’aube). Sa vie est tranquille, autour du ranch dont il s’occupe avec son associé. Et il part souvent dans la nature pour faire des photos d’animaux, des loups, des cerfs… Il recueille Emmy et sa fille et se rend très vite compte qu’elles ont été traumatisées, même si elles ne racontent rien. Il tente de les aider en les invitant à mieux connaître la nature qui les entoure. Mais l’ex d’Emmy veut se venger…

Une fois de plus, j’ai été happée par le récit de Wagamese, par ses descriptions de la nature, par la violence de l’histoire d’Emmy et de sa fille, par leur transformation au contact de la forêt et des animaux. C’est beau, troublant par moments, les mots me manquent. C’était le dernier roman de Wagamese, et il est inachevé. Les éditeurs ont fait de leur mieux pour proposer plusieurs fins, se basant sur ce que l’auteur avait raconté à ses proches et sur une nouvelle plus ancienne. C’est le genre de roman qu’on aimerait ne jamais refermer, et c’est triste de se dire qu’il n’y en aura plus d’autres… Il me reste heureusement quelques-uns de ses premiers livres à lire.