Ménopausée et libre !

Sophie Kune, Ménopausée et libre ! Manifeste pour une ménopause réinventée: la ménopause est sujet encore tabou aujourd’hui mais heureusement la parole commence à se libérer. Et ça tombe bien, parce que je commence à avoir des premiers symptômes, souvent passagers mais concentrés par moments. Du coup, j’ai envie de savoir, de m’informer, de mieux me préparer à ce qui m’attend. Ce livre me faisait de l’oeil, je me suis précipitée dessus (sans savoir qu’à la base c’était un compte instagram), et j’ai failli le jeter à travers la pièce une fois terminé (parce que oui, je l’ai malgré tout terminé).

Je risque d’être un peu de mauvaise foi. Ou pas. Ou alors je n’étais pas le public cible (pourtant à 49 ans, il n’y a pas plus cible que moi). Il y a une différence entre poster de courts textes sur instagram et remplir un livre. Du coup, pour remplir le livre, Sophie Kune commence par raconter sa propre expérience, et c’est en effet intéressant d’avoir l’avis de quelqu’un qui a vécu ça. Puis elle se penche sur les origines du mot et renvoie à Charles de Gardanne, le médecin français qui l’a inventé en 1821. A partir de là, chaque chapitre contient de larges extraits de son traité de l’époque. Sauf qu’en 2021, à part si on est historien, on n’a pas envie de lire ces textes complètement dépassés et pour la plupart misogynes.

Si ce n’était que ça (pourquoi les critiques négatives sont-elles toujours les plus longues ?): je cherchais des informations précises sur les traitements possibles mais ça se limite à trois pages. Pour le reste, Sophie Kune donne pléthore de conseils dignes d’un Elle ou d’un Marie-Claire, avec plein d’injonctions voilées. J’ai eu la nette impression qu’elle est pro clean beauty (il y a tout un débat à ce sujet et comme toujours il est plein d’extrémismes) et son discours sur la teinture des cheveux gris part dans tous les sens. Elle prône aussi certaines marques de vêtements en coton bio, évidemment. Ce qui me fait penser que ses conseils sont limités à une certaine catégories de femmes qui ont les moyens de se payer ça (j’ai poussé le vice jusqu’à vérifier: 107 euros le t-shirt basique). Son style est clairement parisien et bourgeois – à l’opposé total du mien. Et puis ces phrases comme « je préconise », « il faut se supplémenter », « faites »… Là où j’ai même carrément ri c’est quand elle insiste sur le fait qu’il faut dormir avec un oreiller plat, parce qu’avoir la tête trop élevée la nuit provoquerait un double menton.

Tout ça est entrecoupé d’entretiens avec des personnes diverses, de la gynécologue à une représentante La Redoute (j’en conviens, les vêtements de la marque sont moins coûteux que les t-shirts cités plus haut), ainsi que de QR codes renvoyant à des tableaux pinterest qu’elle a composé.

Je suis vraiment déçue de ce livre (et même du compte instagram auquel je me suis abonnée depuis). J’ai tellement aimé la poésie de Darcey Steinke, et ses histoires de baleines (dont parle Kune, mais sans donner la référence), et même ses explications sur l’origine des hormones de remplacement. On a clairement ici un exemple du fait que je me sens bien plus proche des sensibilités anglo-saxonnes que franco-parisiennes. C’est extrêmement rare que je mette une cote aussi basse à un livre, mais c’est aussi parce que j’abandonne les plus mauvais en cours de route. Ici, j’ai continué à le lire, espérant y trouver des informations intéressantes. Ce n’était pas le cas. Je préciserai quand même que ma voix dissonante est bien unique: tous les commentaires sur amazon et fnac sont à 100% positifs (à tel point même que cela semble bizarre).

Flash count diary

Darcey Steinke, Flash count diary. A new story about the menopause: quand j’ai écouté le podcast de France Culture à propos de la ménopause, j’ai été bercée par la voix de Darcey Steinke et j’ai eu envie de lire son livre. A vrai dire, il traînait déjà depuis un certain temps dans ma wishlist mais ce n’était pas le bon moment. Et puis j’ai eu quelques gros symptômes de pré-ménopause (enfin je pense) et j’ai voulu me préparer (depuis ça s’est calmé). Dans ce livre, Steinke raconte comment ses bouffées de chaleur à répétition l’ont menée à apprendre à connaître un peu mieux cette transition. Elle parle d’elle, en mode autobiographique, mais aussi de la recherche scientifique et du monde animal. Elle s’est tout particulièrement intéressée aux baleines, les seuls mammifères qui connaissent la ménopause et elle explique comment les vieilles baleines deviennent une guide pour les autres, plus jeunes. L’analogie est belle, et en totale opposition avec ce qui se passe dans le monde humain, où les femmes ménopausées deviennent très souvent invisibles. Steinke parle aussi des traitements hormonaux, les plus anciens étant fabriqués à partir d’hormones venant de l’urine de juments en chaleur… ça ne donne pas très envie, n’est-ce pas ? En Belgique, j’ai l’impression que les gynécologues prescrivent d’office un traitement hormonal, mais ce n’est pas la cas aux Etats-Unis, pour diverses raisons.

Ce livre est le portrait d’une femme qui change et qui se pose des questions sur cette transition, et même si c’est en partie personnel, il offre aux autres femmes une vision qui se veut positive malgré les divers tracas occasionnés par ce bouleversement. Je ne sais pas encore comment cela se passera pour moi mais j’ai des éléments pour mieux aborder cette période, et pour en discuter avec ma gynécologue (si elle m’en laisse l’occasion – sinon ce sera le moment de changer). Cela fait maintenant quelques semaines que j’ai terminé le livre, et même si j’ai déjà oublié une partie du contenu, il m’en reste surtout un sentiment de douceur, une approche chaleureuse (à l’inverse des médecins souvent très cliniques) et une écriture très poétique.