Abandonned books (VI)

Michel-Cosme Bideau, Chaos khmer: toujours attirée par les histoires liées au Cambodge, j’ai acheté ce roman d’un auteur français sans trop réfléchir (ni le feuilleter à l’avance). Pavé de plus de 600 pages, il raconte l’enquête d’un journaliste sur les adoptions frauduleuses à l’époque du coup d’état de Hun Sen, en 1997. Le sujet me tentait; le style m’a complètement rebutée: chaque phrase ou presque comporte au moins deux comparaisons, censées rendre le texte vivant. Sauf que ça fait très prétentieux et j’ai détesté. J’ai abandonné après 50 pages.

Harry Turtledove, Through darkest Europe: dans ce roman, les situations de l’occident et du monde arabe sont inversées: ce dernier connaît une société moderne, à la pointe de la technologie, tandis que le premier est soumis à des luttes internes et du terrorisme lié à du fanatisme religieux. Un point de départ intéressant, sauf qu’il n’y a pas d’histoire et les répétitions sont trop nombreuses.

Lauren Groff, Les furies: à vrai dire, je n’ai pas dépassé 15 pages, très vite énervée par l’exercice de style et les personnages trop grotesques à mon goût (j’ai toujours détesté ça, et même chez Joyce Carol Oates, je souffre quand elle va trop loin dans ce domaine). Je me suis épargné la lecture d’un pavé.

Qu’ai-je lu depuis le mois de janvier ?

ça devient une habitude: je n’écris plus un billet après chaque livre lu. Entretemps, je me suis décidée à ne plus lire qu’un seul livre à la fois, ne mélangeant plus comme avant la lecture de romans et d’essais (que je laissais finalement dans un coin à peine entamés). La restructuration des lignes de métro bruxellois et les nombreux retards qui s’ensuivent depuis quelques semaines me permettent de lire un peu plus… mais ma pile de livres à lire monte exponentiellement ! Me lâcher dans une librairie est toujours très dangereux pour mon mon porte-monnaie…

Un résumé de mes lectures depuis janvier:

Deux romans:

Les monstres de Templeton de Lauren Groff, annoncé comme un des livres importants de la rentrée littéraire, me tentait par le côté histoire de famille sur plusieurs générations, avec ses mystères et le monstre qui vient se mêler à tout ça. Après lecture, je reste sur ma faim, tant au point de vue du rythme de l’histoire qui ne laisse pas énormément de place au suspense qu’au point de vue du style. En gros, il n’y en a pas ! Des phrases simples qui racontent mais qui ne créent aucune atmosphère. Disons que ça reste un bon divertissement mais sans plus.

Autres électricités d’Ander Monson est l’opposé total du livre précédent. Edité chez Lot 49 (Brian Evenson – et d’autres que je me dois d’explorer), ce livre est une recherche sur l’écriture, le roman, tout en racontant une histoire qui touche à des thèmes et ambiances que l’on retrouve dans Twin Peaks (la lycéenne, la prom queen que l’on retrouve morte) ou dans Fargo (l’hiver du Nord des Etats-Unis). Dès le début, on reçoit des indices: une table des matières expliquant qui parle dans chaque chapitre, une liste des personnages ainsi que leurs relations entre eux. Le côté dépareillé, confus des différents textes (d’abord publiés comme nouvelles indépendantes) a bien besoin de cette introduction. En même temps, c’est cette confusion qui fait la force du livre. Pas toujours très facile à lire et à appréhender, ce roman m’a malgré tout fort intéressé et touché. Une vraie découverte !

Deux récits de voyage:

Le Bénarès-Kyôto d’Olivier Germain-Thomas, récit d’un voyage tantôt en train, tantôt en bateau de l’Inde au Japon, en passant par la Thaïlande, le Vietnam et la Chine. Réflexions multiples sur les religions d’Asie en contraste avec la culture française (Montaigne est souvent cité) et rencontres fortuites. Plus qu’un simple récit de voyage, on découvre un homme et son regard sur les choses, sa lucidité mais aussi son humour. Un très bel exemple de l’approche française de ce genre de littérature (mon projet est d’écrire un article plus complet sur le récit de voyage à la française et à l’anglo-saxonne, souvent fort différents en style).

Par les sentiers de la soie. A pied jusqu’en Chine de Philippe Valéry: un récit qu’on ne peut s’empêcher de comparer aux magnifiques livres de Bernard Ollivier et qui malheureusement ne tient pas la route. Oui, les descriptions, les rencontres sont intéressantes mais il manque une touche personnelle, une réflexion sur soi qui est présente ailleurs, dans d’autres livres. C’est le récit d’un exploit: partir de Marseille et rejoindre Kashgar en Chine, à pied, pendant deux ans (presque) sans interruption. Mais c’est tout. J’aime les récits de voyage, il y en a des bons et des moins bons mais je prends toujours plaisir à les lire.

Un livre-bd:

La route de la soie en lambeaux de Ted Rall: après la lecture du précédent livre, ce titre-ci s’imposait, sachant que la situation politique n’y est que très peu évoquée. Plus documentaire que récit de voyage, sauf quelques passages et les bandes dessinées, ce livre montre une image actuelle de l’Asie Centrale. Et ce n’est franchement pas rose, entre le dictateur turkmène (du genre à culte de personnalité, pas très éloigné finalement de la Corée du Nord), une police ouzbèke sous-payée qui fait du racket à longueur de journée, les catastrophes écologiques de la mer d’Aral ou les essais nucléaires des l’U.R.S.S. au Kazakhstan, la montée d’un Islam extrémiste et l’ingérence américaine (période Bush). Un livre qui ouvre les yeux, même si cette vision américaine des choses peut parfois être énervante (le chapitre sur la nourriture est un exemple type, où je dirais, pauvre petit, tu es vraiment perdu si tu n’as pas un MacDo à chaque coin de rue !). Certaines informations paraissent tellements extrêmes mais où les vérifier ? Ce n’est pas une région qui intéresse les journalistes et les dictatures sont si fermées qu’elles ne laissent passer que très peu d’informations. Si vous avez un livre récent à me conseiller sur le sujet, je suis toute ouïe.

Reste un essai, Royaume de l’artifice: l’émergence du kitsch au XIXe siècle dont je parlerai dans un article séparé.