Normal people

Sally Rooney, Normal people: Connell est un garçon populaire dans son école, Marianne n’a pas d’amis et est très solitaire. Et pourtant ils se rapprochent progressivement quand Connell vient chercher sa mère qui travaille comme femme de ménage dans la maison de Marianne. Ils garderont cette relation secrète par peur du qu’en dira-t-on. Un an plus tard, ils étudient tous les deux à Trinity College à Dublin et les rôles se sont inversés: Marianne s’est intégrée dans un groupe d’amis tandis que Connell peine à trouver sa place dans un milieu qu’il a du mal à appréhender. Il y retrouve Marianne – leur relation s’était brisée suite à des malentendus. Le reste du roman raconte comment ils continuent à se tourner autour, se rapprochant et se séparant à tout moment. Sally Rooney a un talent certain: son récit est d’une finesse psychologique assurée. Elle fait le portrait de jeunes adultes qui ne savent pas vraiment ce qu’ils veulent mais aussi de la différence des classes sociales et son implication sur la vie de tous les jours. On en arrive à aimer Connell par moments, mais aussi Marianne à d’autres, et puis à les détester tous les deux, puis à les aimer à nouveau.

Si ma note n’est que moyenne, ce n’est pas vraiment dû au roman en tant que tel mais au fait que j’ai vu la série. Et la série est très fidèle au roman. Je n’ai donc eu aucun élément de surprise, revivant les scènes que j’avais déjà vues, et mettant constamment des images sur les mots. C’est la raison principale pour laquelle je n’ai pas apprécié le roman à sa juste valeur.

Nulle part

9782246811824_zpszhja8petKalyan Ray, Nulle part: ce gros pavé de plus de 600 pages m’a été conseillé par une libraire qui en a parlé avec beaucoup de passion. Le sujet avait beaucoup pour me plaire – une chronique familiale au travers des siècles et des continents. Le livre commence par la fin, par la mort d’un couple en Nouvelle-Angleterre – l’arbre généalogique situé en début du livre permet de comprendre qu’une longue histoire se termine avec cet épisode. En 1843, en Irlande à la veille de la grande famine, Padraig Aherne et Brendan McCarthaigh sont les meilleurs amis du monde mais les hasards de la vie vont les séparer. Padraig se retrouve en Inde, à Calcutta; Brendan devient père malgré lui, s’occupant de la petite fille de Padraig, un enfant qu’il n’a jamais connu.

De génération en génération, Kalyan Ray raconte les aventures des deux héros et de leurs descendants, face aux événements du monde: la famine irlandaise, l’époque coloniale en Inde, la scission de l’Inde et du Bangladesh, l’immigration aux Etats-Unis, la vie à New York au début du 20e siècle… Ce roman de grande envergure est par moments passionnants, surtout la première moitié. Je n’ai jamais été fort intéressée par l’Irlande mais la description de la vie sur place à l’époque de famine est très détaillée et j’ai été touchée par les personnages. La partie indienne semble introduire quelques éléments surnaturels mais ils ne sont pas vraiment exploités; c’est plutôt la vie quotidienne à Calcutta et au Bangladesh qui est mise en avant, ce qui m’a évidemment fort intéressé.

Par contre, j’ai eu l’impression que l’auteur a eu peur d’ennuyer son lecteur et qu’il a donc rajouté des couches: aucun personnage n’a une vie vraiment heureuse, les catastrophes s’accumulent, parfois au point d’en être grotesques (je pense à un épisode à New York – il faut vraiment un hasard inexplicable pour qu’une telle chose arrive). Ces exagérations ont un peu plombé ma lecture mais il ne me restait à ce moment-là plus que 200 pages que j’ai vite avalées. Un commentaire encore sur le style: il est très fleuri, parfois un peu alambiqué et il faut un certain moment d’adaptation, surtout au début du livre. J’ai été assez énervée par ces personnages qui répétaient constamment des phrases telles « ma chère Irlande ». Je ne peux pas dire que je n’ai pas aimé ce roman-fleuve – il y a des passages superbes – mais je dois bien avouer qu’il était trop long et trop exagéré sur la fin.