La carte du monde invisible

Tash Aw, La carte du monde invisible: Indonésie, années 1960. Agé de 16 ans, Adam assiste à l’enlèvement de son père adoptif par les soldats de Soekarno. Il part à sa recherche à Jakarta où il est recueilli par Margaret, une américaine travaillant à l’université et qui a connu son père. Mais la période est troublée, et Adam se laisse embobiner par Din, un étudiant qui veut déstabiliser le pouvoir. Celui-ci lui promet en effet de partir à la recherche de son frère, Johan qui a été adopté avant lui par une famille de Kuala Lumpur. Tash Aw, un auteur né à Taipei mais ayant vécu en Malaisie avant de s’installer à Londres, raconte une histoire – certes – mais c’est aussi pour lui un moyen de décrire l’Indonésie: une petite île perdue à l’apparence paradisiaque contraste très fortement avec le chaos et la poussière de Jakarta, mégalopole polluée et embouteillée, déjà dans les années 1960. Il accorde également beaucoup d’importance au climat, à la chaleur étouffante, à la pluie tropicale qui mouille tout en un rien de temps, à la moiteur, à l’humidité. Les éléments rythment et habillent le récit, que certains pourraient trouver un peu long et un peu étiré. Ce n’est pas mon cas, justement grâce à une description si détaillée des ambiances locales qui m’ont immergée dans ce grand pays.

Un livre lu dans le cadre de “Lire le monde“, une activité organisée par Sandrine, pour la Malaisie, voire Taiwan.

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Oeroeg

Hella S. Haasse, Oeroeg (en français, Le lac noir): les Indes néerlandaises, quelque part dans les années 30. Un jeune garçon dont on n’apprendra jamais le nom raconte sa vie. Fils d’un planteur néerlandais fort occupé et d’une mère peu intéressée par lui, il décrit sa solitude heureusement comblée par l’amitié qu’il éprouve pour Oeroeg, un garçon né au même moment que lui parmi les serviteurs sundanais de la maison. Ils jouent ensemble, découvrent tous les recoins de la propriété, écoutent les histoires de monstres et fantômes locaux. Mais ils grandissent aussi, et le narrateur fera tout pour qu’Oeroeg puisse rester avec lui à l’école puis au collège malgré leur différence de race. Différence qu’il ne comprend pas vraiment, de même qu’il ne remarque que peu de choses du monde qui l’entoure, de sa mère qui trompe son père à la société qui change complètement. Malgré la naïveté du personnage principal qui pourrait un peu énerver le lecteur, ce court roman est un ode à l’amitié. Il est également une magnifique et nostalgique description de la colonie néerlandaise à l’aube de grandes mutations du milieu du 20e siècle mais surtout une description très imagée de la nature omniprésente, de la jungle, des montagnes. Le texte est dense, écrit dans un néerlandais (je l’ai lu en v.o.) qui m’a semblé moderne mais plus compliqué, plus précis que l’actuel. J’ai parfois dû m’y reprendre à deux fois pour certaines longues phrases tout en admirant la beauté de l’écriture.

Mon but premier était de lire Heren van de thee (Les Seigneurs du thé) mais mon côté pratique qui l’a emporté: le prix du roman tout seul était le même que la trilogie des “romans indiens”. Un peu rattrapée par le temps et désirant les lire dans l’ordre chronologique, mon choix s’est donc porté sur Oeroeg, qui est le premier roman écrit par l’auteur en 1948. Le titre en français apporte une toute autre vision des choses, faisant référence à un épisode important de l’histoire, un épisode qui marque un tournant dans le récit alors que le titre original est plus neutre, référant au cœur de l’intrigue sans rien dévoiler de plus.

Un roman lu dans le cadre de l’activité “Lire le monde” organisée par Sandrine. Et dans le cadre de mon challenge PAL vacances 2017, il complète la catégorie du titre ne contenant qu’un seul mot.