La toile du monde

51wwswilukl-_sx195_Antonin Varenne, La toile du monde: Aileen Bowman, une américaine rousse célibataire et affranchie de 35 ans, est envoyée à Paris par son journal, le New York Tribune, pour couvrir l’ouverture de l’Exposition Universelle. Elle espère également y retrouver son cousin métis qui fait partie d’une troupe de style Buffalo Bill Wild West Show. Au fil de ses pérégrinations dans la ville, elle décrit un monde qui change, à la charnière de deux siècles. Le métropolitain est en construction, les chevaux vont bientôt être remplacés par les voitures, l’électricité illumine les palais, et pourtant les mentalités ont du mal à suivre. Certaines femmes tentent d’affirmer leur rôle mais la plupart sont toujours reléguées à une vie conjugale très peu passionnante. Le sujet, l’Expo Universelle, m’a évidemment attirée mais elle n’est que peu décrite, bien qu’étant au centre du livre. C’est plutôt le portrait d’une femme et d’un ville à une époque précise, et cette partie là est intéressante – cela se sent que l’auteur a fait de nombreuses recherches. J’ai été beaucoup moins séduite par la partie romancée, un peu forcée, et encore moins par le dernier long chapitre qui raconte presque une nouvelle histoire.

Expo 58

Jonathan Coe, Expo 58: quand j’ai eu vent de la sortie de ce livre, je savais que je devais le lire ! J’ai cependant attendu de le trouver dans un format payable (un intermédiaire entre le format cartonné et le poche), ce qui n’a pas trop tardé. Thomas Foley est un fonctionnaire d’état, marié à Sylvia et jeune papa. Il est envoyé par son administration pour superviser le pub Britannia du pavillon britannique à l’Expo 58 de Bruxelles. A priori, être séparé de sa femme pendant six mois ne le dérange pas trop, son mariage n’est pas très excitant. Arrivé sur place, il rencontre une jolie hôtesse, Anneke mais il se rend vite compte qu’il est suivi partout par deux émissaires des services secrets. Jonathan Coe rend l’ambiance de l’Expo très vivante et pimente le roman avec un récit d’espionnage (en faisant référence à James Bond). Il intègre beaucoup d’humour dans sa description d’un Royaume-Uni très conservateur face au reste du monde bien plus ouvert. Son livre est plaisant à lire, surtout si on s’intéresse à cette époque ou aux expositions universelles. Rien de transcendant mais très divertissant et quelque peu doux-amer.

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Le diable dans la ville blanche

Je n’ai pas arrêté de lire ces derniers mois, j’ai juste pris du retard dans mes commentaires. Voici donc le premier:

Erik Larsen, Le diable dans la ville blanche: quand j’ai lu la critique d’Yspaddaden, je savais que je voulais ce livre. Tout de suite. Un roman qui parle d’expositions universelles, c’est pour moi ! Erik Larsen, historien à la base, raconte comment l’exposition universelle de Chicago de 1893 s’est créée, construite, déroulée mais il y entremêle l’histoire d’un des grands tueurs en série américains, H.H. Holmes. Il s’est basé sur les documents des archives mais il a aussi quelque peu réinventé les histoires personnelles des protagonistes. La personnalité du tueur est extrêmement bien décrite, il apparaît comme un personnage spécialiste de la manipulation, qui réussit à embobiner n’importe qui. On ne saura jamais combien de personnes il a tué mais le nombre est important. Quant à l’histoire de l’exposition, c’est celle d’une période de découvertes et d’émulation toujours plus forte. Il fallait absolument faire mieux, plus beau, plus grand, plus extraordinaire qu’à Paris, ajouter coûte que coûte de l’exotisme (les premières danses du ventre se sont popularisées depuis lors, menant par exemple au burlesque) et des attractions: un ingénieur, un certain monsieur Ferris, voulait y montrer ses talents et y créa la première grande roue. Ys reprochait un peu à ce livre la minutie des descriptions, moi, cela ne m’a dérangée. J’ai dévoré ces pages en quelques jours, passionnée par les événements décrits. Je dirais juste qu’on sent que l’auteur est historien, l’écriture étant un peu froide par moments. Je conseille, mais il faut avoir un intérêt pour le sujet !

Royaume de l’artifice

Cela fait quelques semaines maintenant que j’ai terminé le livre de Céleste Olalquiaga, Royaume de l’artifice: l’émergence du kitsch au XIXe siècle. En le voyant en librairie, il m’a tenté par sa couverture et par son sujet mais aussi par la riche iconographie en couleurs. Après lecture par contre, je reste sur ma faim, j’espérais en apprendre beaucoup plus sur le sujet. Mais le livre a une qualité certaine, c’est le style d’écriture très poétique. L’auteur prend comme fil rouge sa propre expérience avec un bernard-l’ermite, Rodney, emprisonné dans sa boule en verre, et s’inspire largement (uniquement ?) des théories de Walter Benjamin sur l’aura et sa destruction suite à la reproduction en série, sur les passages parisiens et le début de la flânerie. Les sujets abordés sont divers mais tournent essentiellement autour de la mer, des fonds marins, de l’eau… Fantasme et réalité se mêlent.

Le point de départ de cette émergence du kitsch est l’industrialisation qui a permis la reproduction de masse des objets et crée une atmosphère quelque peu mélancolique par rapport au passé perdu. Ce qui m’a frappé, c’est qu’une fois de plus, le Crystal Palace de l’exposition universelle de Londres en 1851 est pris comme point de départ, comme point de tous les changements. Depuis quelques années déjà, je suis passionnée par ce sujet des expositions universelles qui ont été les endroits de tous les possibles, ayant une influence énorme sur la société, lançant modes diverses (je pense notamment à la diffusion de la musique hawaïenne dans le monde entier).

Mais revenons au livre. Je ne vais pas faire un résumé complet mais plutôt parler de certaines formes de kitsch qui m’ont marquées. La taxidermie par exemple (c’est pour moi l’occasion de faire un lien vers cet article), qui existait depuis le 16e siècle dans un but de préservation, mais qui au 19e siècle devient une mise en scène (Le thé des hermines), accompagnée également de « mobilier animal » où des pattes de rhinocéros deviennent des chaises et des bois de cervidés un porte-chapeau.

Ou encore cette mode des aquariums qui deviennent un monde en eux-mêmes où les poissons sont presque accessoires à côté des fausses ruines, grottes miniatures et autres décorations et dont les supports sont extrêmement compliqués, baroques. (En cherchant des images, je suis tombée sur cet article et celui-ci, mais ce n’est qu’une toute petite sélection, image venant d’ici.).

Les presse-papiers en forme de boule de verre sphérique ou boules de neiges furent en vogue à cette époque. Ils emprisonnaient fleurs ou animaux mais représentaient également des scènes diverses tels châteaux ou la tour Eiffel (en photo, collection du National Glass Center). Au cours du temps, l’intérieur de ces globes de verre se sont détériorés en partie comme celui représentant Marie-Antoinette devant le Petit Trianon que vous verrez dans le livre.

C’est également une époque de toutes les contradictions: la science remet en question une série de choses mais le public raffole des géants, des nains, des siamois, des licornes et autres monstruosités de foires. La société victorienne adore tout particulièrement les sirènes, toutes fausses évidemment mais reconstituées avec amour par des artisans quelque peu charlatans qui, avec le grand art du taxidermiste, mêlaient tronc de singe et queue de poisson. C’est à ce moment que Barnum commencera sa carrière d’homme de spectacle, rassemblant ce genre de curiosités dans son cirque itinérant. (La photo vient  d’ici).

Je pourrais également parler des cabinets de curiosités (avec un clin d’oeil à Mademoiselle M), des mondes engloutis et de la recherche de l’Atlantide, de la grotte de Vénus à Linderhof, des grottes du bois de Vincennes, des représentations des fonds marins et de l’intérêt pour les différents naufrages, du Nautilus de Jules Verne et de bien d’autres choses. Comme je le disais au début de l’article, une déception sur le fond et surtout une envie d’en savoir plus sur beaucoup de sujets tout juste abordés dans le livre mais une très belle iconographie.