The cooking gene

Michael W. Twitty, The cooking gene. A journey through African American culinary history in the Old South: comment me tenter avec un livre ? Sylvain m’a parlé de cet ouvrage qui raconte comment l’auteur a fait des recherches autour de la cuisine afro-américaine mais surtout de la généalogie et des analyses d’ADN, partie qui selon lui était un peu longue mais qui m’a tout de suite convaincue de lire le livre. Je suis en effet passionnée par les histoires de filiation et par le fait que la science puisse retrouver des informations qui se sont perdues au fil du temps.

Dans le cas de Michael W. Twitty, et de la communauté afro-américaine, retrouver les liens avec le passé lointain ne peut que se faire par une analyse d’ADN, et c’est ce que l’auteur propose dans son livre. Mais le point de départ, c’est la cuisine, comment celle-ci a gardé des spécificités africaines malgré la mise en esclavage et l’arrachement aux terres natales. Il s’est fait aider de nombreux généalogistes pour déterminer qui étaient ses ancêtres, noirs et blancs – les blancs sont essentiellement des hommes qui prenaient du bon temps avec des femmes esclaves (et qui bannissaient ces enfants métis de leurs généalogie). Et par la suite, il a fait plusieurs analyses de son ADN pour déterminer son appartenance à telle ou telle région d’Afrique.

La seconde partie du livre s’attache bien plus aux aliments, aux fruits et légumes, au riz, aux viandes et poissons, mais aussi à la culture du coton qui a provoqué un grand changement pour les esclaves – changement de lieu de vie mais aussi de régime alimentaire. J’ai trouvé ce livre passionnant du début à la fin – il touche évidemment à deux sujets qui m’intéressent beaucoup. Il m’a aussi permis d’aborder un troisième sujet que je ne connaissais que très peu, celui de l’esclavage. Je me suis toujours beaucoup intéressée à l’Asie, mais pas à l’Afrique; ces derniers mois, je commence à m’ouvrir à cette partie du monde, pour des raisons diverses. Il y a bien sûr le mouvement Black Lives Matter, mais aussi les textes que j’ai dû écrire sur le Congo, et bien sûr les voyages de mon papa.

No home

51ildkeuv5l-_sx195__zpskuqamkn9Yaa Gyasi, No home: ce sont quelques critiques très positives sur des blogs qui m’ont menée vers ce livre que je n’aurais jamais lu en temps normal. De la littérature africaine ? Sur la traite des esclaves ? C’est un sujet que j’ai toujours évité et c’est sans doute lié à des images vues (ou lues) pendant mon enfance mais sans que je n’aie de souvenir précis. En fait, Yaa Gyasi est née au Ghana mais a émigré aux Etats-Unis quand elle avait deux ans et a écrit ce roman en anglais – ce n’est donc pas tout à fait de la littérature africaine. Deux histoires se déroulent en parallèle mais elle commencent toutes deux au Ghana au 18e siècle. Effia et Esi naissent de la même mère mais elles ne se connaissent pas et leur destin sera totalement différent: la première est mariée de force à un Anglais, le capitaine du fort de Cape Coast. Esi, elle, est vendue comme esclave et déportée aux Etats-Unis. Yaa Gyasi déroule le récit sous forme de petites nouvelles, toutes en lien avec la précédente – en tous cas, avec celle de la même lignée. Le lecteur suit en effet les descendances d’Effia et Esi jusqu’à aujourd’hui en prenant à chaque fois connaissance d’un moment de la vie des personnages. Deux siècles d’histoire parallèle se déroulent ainsi, très différents, montrant la souffrance de ces familles. No home est un roman sensible, souvent dur dans son propos, mais très attachant et j’ai adoré ce voyage dans le temps aux Etats-Unis et au Ghana. Je recommande.