Girls burn brighter

34275212Shobha Rao, Girls burn brighter: Poormina et Savitha sont deux jeunes filles vivant dans un village reculé de l’Inde. Elles sont fileuses et tisseuses et leurs familles sont extrêmement pauvres. C’est un monde de mariages arrangés: Poormina épouse un homme qu’elle n’a pas rencontré et devient la servante de la belle famille. Pendant ce temps, Savitha a fui le village suite à un viol. Poormina partira à sa recherche, suivant un long chemin semé d’embûches. Difficile de décrire ce roman sans trop raconter l’histoire… Une chose est certaine: il est très dur et montre une image assez horrible de la condition des femmes indiennes. J’ai repensé au « torture porn » de la seconde saison de The handmaid’s tale, et certaines pages étaient quasi insoutenables, ce qui a nui à ma lecture. Il faut sans doute parler de ces problèmes mais était-ce nécessaire de tous les accumuler dans un roman ? Et je ne parle pas de la fin, qui est telle un cliffhanger de fin de saison d’une série. Et pourtant, je mets 3 étoiles à ce livre, parce qu’il a un intérêt certain et montre des femmes déterminées à survivre. (Et c’est le hasard le plus complet qui m’a fait lire deux romans aux titres très proches: La fille qui brûle et Girls burn brighter).

Baguettes chinoises

baguettes-chinoisesXinran, Baguettes chinoises: les baguettes, en Chine, ce sont les femmes, utilitaires et jetables, en opposition aux poutres, les hommes, qui soutiennent les toits des maisons. On ne peut donc pas dire qu’elles soient bien considérées. Xinran s’inspire d’histoires vraies, d’interviews de femmes qu’elle a réalisé dans la Chine des dernières décennies. Les sœurs Trois, Cinq et Six – les parents n’ont jamais pris la peine de leur donner un vrai prénom parce que ce sont des filles – sont nées à la campagne et n’ont pas fait beaucoup d’études. Elles ne trouvent même pas de mari décent, elles pourraient apporter la poisse venant d’une famille qui n’a pas pu avoir de fils. Trois s’enfuit en ville pour ne pas épouser un homme handicapé, ses deux sœurs la suivent très vite. Elles trouvent facilement du travail et gagnent de l’argent, plus qu’elles ne l’auraient jamais espéré et leur image change dans leur village. Xinran fait un portrait de jeunes filles extrêmement naïves qui découvrent la ville, ce qui est intéressant en soi, mais je ne suis pas sûre que la forme romanesque était la meilleure idée. J’ai trouvé cela très léger et peu abouti comme roman, même si j’ai beaucoup appris sur la condition des Chinoises. Sans doute est-ce parce que je n’ai pas arrêté de comparer ce récit avec les interviews de Svetlana Aliexevitch qui sont d’un tout autre niveau.

Chérie, tu me donnes ton numéro ?

American Girl in Italy de Ruth Orkin, Florence – 1951

« – Pssssssst, pssssssst »

« – Chérie, tu me donnes ton numéro ? »

« – Tu suces ? »

« – Sale pute ! »

Toutes des remarques que chaque femme entend régulièrement quand elle se promène en rue, juste parce qu’elle est une femme. Depuis peu, Hollaback ! Brussels répertorie sur son blog des témoignages de femmes qui se sont fait siffler, insulter, attoucher en rue pour montrer que ça arrive à tout le monde, mais surtout pour montrer que ce n’est pas normal, que nous ne devons pas accepter ça. Hollaback est un mouvement international et il existe déjà des pages pour de nombreuses villes du monde. Féministe oui, mais surtout pour le respect de toute personne, peu importe son sexe, sa religion ou sa race.

Le site ne poste pas que les mésaventures (beaucoup sont en néerlandais suite à un reportage sur la VRT, mais il y en a en français et anglais) mais donne aussi des conseils sur la meilleure manière de se défendre. J’aime beaucoup le questionnaire sur les motivations de l’emmerdeur, mais je ne suis pas sûre que j’oserais le donner.

trouvé sur le site de Hollaback, via the riot mag (et il existe une traduction en français)

Moi-même je me surprends souvent à marcher en regardant mes pieds (et ce n’est pas que à cause des trottoirs plein de trous), ou en évitant le regard des autres passants. Je mets encore des jupes ou des robes contrairement à d’autres filles mais les premiers jours chauds sont toujours pénibles. Je vois en gros trois catégories d’emmerdeurs: les jeunes alpha-mâles en groupe (souvent d’origine nord-africaine), les ouvriers (toutes nationalités confondues) et des hommes seuls, plus âgés souvent et certainement très frustrés.

Quelques histoires qui me sont arrivées, heureusement rien de très grave mais assez significatives quand même:

– Je devais avoir 12 ans, voire moins. J’étais à Cologne avec mes parents et nous nous promenions au marché de Noël, rempli de monde évidemment. A un moment, je sens une main sur mes fesses, une main qui reste. J’étais très mal à l’aise mais je n’ai rien osé dire à ma mère, j’ai juste dit que j’en avait marre et que je voulais partir au plus vite. J’étais honteuse…

– L’été, rue Neuve, je devais avoir 14 ans et j’étais avec ma meilleure amie. Un mec commence à nous faire des remarques du genre: « vous êtes mignonnes » « on va boire un verre ? ». La mère de mon amie qui nous suivait lui a répondu « à moi, on ne demande jamais ça ». Le mec est parti la queue entre les jambes…

– Plus récent: je sors du travail avec deux collègues masculins, c’est l’été et je porte une robe. Un mec passe et soulève ma robe devant tout le monde. Le temps que je réagisse, abasourdie, il était déjà parti.

– Dans le métro, un homme me demande le chemin. Je ne me méfie pas et lui réponds gentiment. Pour lui, c’était le prétexte pour faire la conversation, me demander mon n° de téléphone, me dire des bêtises du genre: « ah tu portes des lunettes, tu es secrétaire alors ». Quand j’ai arrêté de répondre, il a commencé à râler et me traiter de tous les noms.

– Station Rogier, je descends l’escalator et sent tout d’un coup un crachat sur moi. Je lève la tête et voit le mec. Je comprends que mon t-shirt rose l’a excité et mais que je n’ai pas répondu à ses avances. D’où la punition. J’étais tellement choquée que j’ai accosté le premier flic en bas qui m’a calmée et a de suite envoyé son collègue discuter avec le type.

– Toujours dans le centre ville, je marche tranquillement. Mes chaussures de filles font du bruit. Un mec me harangue et m’engueule de loin, me disant de faire moins de bruit. Je lui dit que je fais ce que je veux et que ce n’est pas à lui de me faire des remarques. Résultat « sale pute, etc. »

– Il fait noir, 22h environ, je rentre chez moi par le plus court chemin et je prends donc une petite rue parallèle à l’avenue Louise. Un homme m’interpelle et fait signe de se masturber. Je ne suis jamais rentrée aussi vite à la maison.

– Saint-Gilles, premier beau jour de l’été. Je sors de chez moi pour acheter un truc à l’épicerie d’à côté. Je porte une jupe et oh malheur, une débardeur à fines bretelles. J’ai bien cru que tous les mâles alpha du quartier allaient me sauter dessus. Plus tard, quand je suis ressortie, j’ai mis un gilet et j’ai eu trop chaud.

– Il y a quelques semaines, lors de la soirée Follie Follies. Jolie robe sexy mais avec imperméable noir dessus, fleurs dans les cheveux, rouge à lèvres mais heureusement accompagnée. Au retour, en attendant le métro Porte de Namur, il y a un drôle de type sur le quai. Je ne le regarde pas. diane m’a raconté après qu’à chaque fois qu’il est passé près de nous, il a fait des clins d’œil salaces à diane.

Je ne veux pas me laisser intimider mais certains mâles sont vraiment pénibles, n’ont vraiment aucun respect et prennent toutes les femmes pour un objet sexuel (sauf leur mère évidemment). Une question d’éducation ? Oui, sans doute. En tous cas, je n’irai jamais jusqu’à m’habiller en sacs à patates à cause de ça. C’est un sujet qui me tient à cœur et donc je soutiens des actions comme Hollaback !

Et vous ? Avez-vous des mésaventures du genre à raconter ? Et les hommes qui me lisent, qu’en pensent-ils ? Êtes-vous conscients de ce problème ?