Surf City

Kem Nunn, Surf City: un jour, Ike Tucker, jeune homme vivant dans une petite bourgade du désert, apprend que sa soeur a disparu et reçoit une liste de noms de personnes qui pourraient être impliquées. Ce sont des surfeurs. Il quitte tout et part à sa recherche. Il débarque sur les plages de Huntington Beach en Californie du Sud et tente de se frayer un chemin parmi les codes très précis des quelques groupes de surfeurs. Il rencontre un motard, vétéran du Vietnam, qui l’aidera par moments, ainsi qu’une jeune femme dont il tombera amoureux. Il découvre très vite que tout n’est pas rose dans le coin. Indice par indice, il remontera le chemin menant à la disparition de sa soeur, tout en se découvrant une passion pour les vagues.

Je pense l’avoir déjà raconté, j’ai une attirance assez irrésistible pour le monde du surf même si je n’ai jamais pensé à en faire moi-même, et donc dès qu’un livre ou un roman en parle, je le lis. Je ne connaissais pas Kem Nunn et j’ai découvert cet auteur chez Electra (sur son autre blog). Elle en disait beaucoup de bien et j’ai également été conquise. Ma note si élevée, très personnelle, est sans doute liée à mon attirance pour le surf, mais j’ai également beaucoup apprécié la description de la Californie du Sud, entre plages, villas d’acteurs et hôtels miteux. Depuis très longtemps (l’adolescence sans doute), j’ai une fascination pour cette région, mais c’est une fascination un peu bizarre: j’adore lire des romans ou de la non-fiction se passant dans cette région mais je n’ai pas vraiment l’envie d’aller sur place (j’y ai été une fois, à 18 ans). Il y a quelque chose de spécial, ce mélange de richesse, de pauvreté, de stars, de paumés, l’éternel beau temps, l’océan. Je crois que mon addiction a commencé en lisant Less than zero de Bret Easton Ellis, un livre qui m’a marquée. Et ce roman de Kem Nunn propose le même genre d’ambiances. J’ai lu aussi qu’il avait inspiré Point Break, un film que j’ai beaucoup aimé à l’époque.

Avez d’autres livres qui se passent en Californie du Sud (avec du surf, ou pas) à me proposer ?

My absolute darling

cvt_my-absolute-darling_7668Gabriel Tallent, My absolute darling: jeune fille de quatorze ans, Turtle vit avec son père Martin dans une maison plus que rustique dans le nord de la Californie, entre bois et océan. Sa mère est décédée, son grand-père vit tout près dans un mobile home. Tous les jours, Martin l’accompagne jusqu’au bout du chemin pour attendre avec elle le bus scolaire. A l’école, Turtle n’a pas d’amis, elle est plutôt solitaire malgré les approches que tente un de ses professeurs, Anna. Une fois de retour à la maison, elle arpente la nature environnante, s’exerçant à tirer avec les armes que son père lui a confiées. Celui-ci a en effet sa propre conception de l’éducation de sa fille qu’il adore – « my absolute darling » – et lui inculque les préceptes du survivalisme.

Je préfère ne pas en dire plus, la quatrième de couverture révèle déjà beaucoup et je n’ai moi-même pas pu éviter d’être un peu spoilée – même si ce n’était pas trop grave. Gabriel Tallent décrit la vie d’une jeune fille un peu différente, y mêlant des descriptions de la nature tout simplement superbes et extrêmement précises. Il se dégage de ce livre une intensité extrême qui pousse le lecteur à tourner page après page, sans plus pouvoir s’arrêter (je préviens cependant les âmes trop sensibles, certains passages sont difficiles). J’avais commencé ma lecture en anglais mais après quelques pages, j’ai réalisé que je ne comprendrais pas tout: le vocabulaire est très étendu, surtout dans les descriptions, et j’admire d’autant plus le travail de la traductrice, Laura Derajinski, qui m’a permis de profiter de la beauté de l’écriture tout en me facilitant la compréhension. J’ai hésité dans ma notation, entre 4 et 5, mais je sais que je me souviendrai encore longtemps de ce livre et que les personnages et la nature ont pris une place dans ma tête.

Une fois que vous l’avez lu, je vous conseille l’interview de l’auteur pour La Grande Librairie.

Laurel Canyon

51xhpa2bazpl-_sx341_bo1204203200_Arnaud Devillard, Laurel Canyon ou comment se perdre en musique dans les collines d’Hollywood: en achetant ce livre, je pensais qu’Arnaud Devillard avait écrit un récit suivi comme dans Journal des canyons. Ce n’est donc pas le cas, et cela ne m’a pas dérangée. L’auteur part ici de Laurel Canyon Boulevard, cette avenue qui serpente dans les collines d’Hollywood, cette avenue qui a hébergé de nombreuses rock stars, surtout dans les années 60-70. Il raconte l’histoire de la musique en partant des maisons où ont habité Crosby, Stills & Nash, Jim Morrison, Joni Mitchell et bien d’autres. Parfois il fait des incursions dans un passé plus ancien, parfois il parle de stars actuelles. De cette manière, il offre un panorama de tout un quartier et explique l’importance de celui-ci dans la création d’une scène musicale, égrenant les anecdotes mais aussi les moments forts de l’histoire du rock californien. J’ai beaucoup apprécié ma lecture même si j’ai regretté de connaître si peu de cette musique – j’aurais dû prendre plus temps à écouter les clips en même temps que ma lecture. En tous cas, cette approche rue par rue, maison par maison est une manière différente et insolite d’aborder l’histoire.

The girls

26893819_zps9ejeiqac1Emma Cline, The girls: quoi de plus logique, après avoir lu California girls de Simon Liberati, que d’entamer ce roman sur le même thème. Evie est une adolescente de 14 ans un peu désoeuvrée pendant les vacances scolaires. Elle est attirée par le grand frère de sa meilleure amie Connie mais elle se dispute avec celle-ci. Que faire de ces jours si vides ? Même sa mère l’abandonne quasiment pour folâtrer avec son nouvel amoureux. Et puis, un jour, elle est fascinée par une jeune fille aux cheveux noirs. Elle fait connaissance avec Suzanne, plus âgée et très énigmatique. Celle-ci l’emmène au « ranch », un endroit fort différent de ce que connaît Evie. Chacun y partage tout, il y a une grande liberté, et Russell est le grand maître. D’une certaine manière, il a envoûté les personnes qui vivent avec lui, il a un pouvoir sur eux, pouvoir qui mènera au meurtre. Parce que dès les premières pages, le lecteur se rend compte qu’il lit une variation de l’histoire de Charles Manson, mais du point de vue d’une jeune fille impressionnable. Emma Cline décrit avec perfection les sentiments contradictoires de l’adolescence, l’envie de découvrir et de tester les limites, les besoins sexuels qui se dévoilent et dont certains adultes profitent, l’admiration pour certaines personnes qui semblent tellement plus intéressantes, les relations conflictuelles avec les parents, d’autant plus que ceux d’Evie sont séparés et ne savent pas trop comment l’aborder. En parallèle de cette histoire de « coming of age », Emma Cline met en scène une Evie adulte, en contrepoint du passé – partie du roman qui n’est pas aussi développée et qui n’était peut-être pas entièrement nécessaire – mais peu importe. Autant le roman de Simon Liberati était terre à terre et violent, écrit pour faire parler de lui, autant celui-ci est beaucoup plus subtil, beaucoup plus fin, beaucoup plus réaliste. J’ai adoré !

J’ai lu ce livre avec Ingannmic, et il remplit la case « Californie » dans le challenge « 50 novels pour 50 states. »

Book_RATING-40

California girls

9782246798699-001-x_zpsl9rl45b0Simon Liberati, California girls: parfois on commence un livre sur un malentendu: je pensais que l’auteur était américain et j’ai trouvé le début du roman mal traduit…. Grossière erreur: Simon Liberati est Français ! Ce qui ne m’empêche pas de penser que la langue française ne se prête pas tout à fait à ce roman qui se passe à Los Angeles, racontant trois jours de la « famille Manson », autour des meurtres de Sharon Tate. J’ai failli arrêter après 50 pages et puis, je me suis prise au jeu, peut-être par fascination pour la description si précise des événements de l’époque, des meurtres en question mais aussi des personnes qui les ont perpétrés. Charles Manson est un personnage peu abordé dans le roman, ce sont plutôt les filles, Sadie, Linda et les autres qui sont décrites. On sent que Simon Liberati s’est bien informé et a lu les extraits du procès. A partir de cela, il a écrit une histoire qui se laisse lire mais il ne recherche aucune motivation ni explication, ce qui transforme le roman au final en une longue description. Malgré cela, et même si je n’ai pas aimé le début, j’ai finalement apprécié ce roman.

L’avis d’Ingannmic qui l’a lu à peu près en même temps que moi. Du coup, nous nous sommes donné rendez-vous en janvier pour lire The girls d’Emma Cline sur le même sujet.

Book_RATING-35