Slouching Towards Bethlehem

Joan Didion, Slouching Towards Bethlehem: ce recueil rassemble divers textes de Joan Didion – de la non-fiction – écrits pour des périodiques américains dans la seconde moitié des années 1960. Elle y fait un portrait de l’Amérique de l’époque, des hippies de San Francisco à John Wayne, de l’histoire d’un meurtre d’un homme par son épouse au tourisme à Hawaï. Elle évoque aussi sa propre vie et réfléchit sur certains aspects de son caractère (elle remplit des carnets entiers de notes). Ce sont des textes très divers et j’ai complètement décroché pour quelques-uns. Mais j’ai tellement savouré d’autres que je ne peux qu’être très positive suite à cette lecture. J’y ai retrouvé une certaine Californie décrite dans d’autres romans (je pense à Bret Easton Ellis, à Kem Nunn) mais aussi au livre de Mick LaSalle sur le cinéma (Dream State) ou à Laurel Canyon d’Arnaud Devillard. Sauf que Joan Didion a écrit ces textes bien avant tous ces auteurs (qui s’en sont peut-être inspirés ?). J’ai aussi beaucoup pensé à Joyce Carol Oates pour l’écriture: il y a cette précision des mots, on sent une certaine fébrilité, il y a de très fines descriptions des caractères, avec une certaine distance par rapport aux personnages. C’est certain: je vais continuer mon exploration de la bibliographie de Joan Didion !

Merci à Electra qui m’a indiqué la voie avec ses nombreux articles.

Joan Didion, Slouching Towards Bethlehem, Farrar Straus Giroux, 2008 – première édition de 1968

How much of these hills is gold

C Pam Zhang, How much of these hills is gold: Années 1860, Californie. Lucy et Sam, enfants d’immigrants chinois, perdent leur père, Ba. Leur mère, Ma, est décédée quelques années plus tôt. Ils savent qu’ils doivent quitter la misérable cabane dans laquelle ils vivent et partir loin de la ville minière occupée par des chercheurs d’or souvent déçus. Leur mission est de trouver l’endroit idéal pour enterrer les restes de leur père. Leur départ de la ville s’est fait en catastrophe, et ils pourraient bien être poursuivis; il leur faut aller le plus loin possible de la civilisation. Au fil des pages, le lecteur suit les deux enfants et leur immersion dans la nature sauvage, il y a aussi leurs souvenirs et l’intrusion de la mythologie chinoise – ils voient des traces de tigres à divers endroits.

J’ai dû insister un peu au début de ma lecture, je ne savais pas trop où le roman voulait m’emmener, mais après un moment, je n’ai plus pu décrocher. L’histoire est belle, passionnante, plongeant dans le passé des immigrants chinois en Californie et décrivant la vie des chercheurs d’or, le tout entrecoupé de quelques éléments fantastiques (juste quelques touches). Et puis il y a le texte lui-même, l’écriture qui est superbe. J’ai adoré tout particulièrement la dernière partie où l’autrice insère un rythme particulier grâce à la répétition de mots, c’est très poétique, c’est le type de poésie que j’apprécie, avec des phrases complètes qui se suivent. C’est rare que je mette cinq étoiles, mais ce livre m’a profondément touchée. Il vient d’être traduit en français par Seuil, sous le titre De l’or dans les collines.

Unassigned Territory

Kem Nunn, Unassigned Territory: après avoir adoré Surf City, j’ai décidé de lire les autres romans de Kem Nunn, par ordre chronologique. Unassigned Territory est donc son second livre. L’histoire est un peu floue, mais ça se passe dans le désert du Mojave, entre Californie et Nevada et on y rencontre des personnages décalés: un prêcheur, un frère et une soeur qui tiennent un musée consacré aux traces des extra-terrestres qu’on aurait vu dans la région, le responsable du prêcheur qui se demande bien ce que fabrique son protégé, des rednecks, des membres d’une secte. Tout ce petit monde se rencontre par moments, dans un récit qui avance trèèèès lentement et qui est un peu décousu. Il y a des éléments de road-trip et d’enquête, mais aussi aussi de science-fiction.

Je me suis ennuyée, vraiment. Si je l’ai lu jusqu’au bout, c’est parce que j’avais abandonné trois romans juste avant et que je voulais vérifier que ce n’était pas lié à moi. La seule chose qui m’a fait tenir, c’est la description des paysages et de ces contrées désertiques américaines. Les commentaires sur goodreads ont l’air de confirmer que c’est le moins bon livre de Kem Nunn, je continuerai donc à lire ses romans dans le futur.

We run the tides

Vendela Vida, We run the tides: Eulabee vit avec ses parents et sa soeur dans une maison de Sea Cliff, sur les côtes brumeuses de San Francisco. L’adolescente passe ses journées à l’école et s’amuse à la plage avec son groupe d’amies, tout particulièrement avec la flamboyante Maria Fabiola. Mais un jour, elle refuse d’appuyer un mensonge de celle-ci (un homme se serait découvert devant elles, dans sa voiture) et la voilà exclue du groupe et même mise à l’écart par toute son école. A ce moment-là, Maria Fabiola disparaît, probablement kidnappée, et toute la communauté est secouée. La vie continue pour Eulabee, et par ses yeux, on comprend mieux la vie d’une jeune adolescente dans les années 1980, ses peurs et ses émotions.

J’avais déjà lu dans un passé lointain deux romans de Vendela Vida, Sans gravité et Soleil de minuit et j’en avais gardé un excellent souvenir. Je ne me souviens plus des histoires mais les ambiances avaient fait impression sur moi. J’ai retrouvé celles-ci dans les premières cinquante pages, et puis c’est retombé, et je n’ai plus trop accroché au milieu du roman. Vendela Vida a cependant l’art d’entrer dans la tête de l’adolescente, comme si elle l’était encore elle-même. De plus, elle parle d’une époque où elle était elle-même ado et moi aussi (nous n’avons qu’un an de différence). J’ai donc adoré retrouver les groupes pop de l’époque que j’aimais aussi. Et elle décrit avec finesse la côte californienne autour de San Francisco, donnant envie d’y aller. Mais j’ai eu un goût de trop peu et je n’ai pas été prise par l’histoire. Peut-être que je devrais me pencher sur d’autres romans de l’auteur ? Ou relire ceux qui m’ont marquée ?

Dream state

Mick LaSalle, Dream state: California in the movies: ce livre s’intéresse à la spécificité des films tournés en Californie, à partir de thèmes aussi divers que le film noir, les catastrophes naturelles, les romances pleines de danger, et les villes de nuit. Le livre est passionnant: Mick LaSalle (critique cinéma pour le San Francisco Chronicle) a clairement vu des milliers de films et met en parallèle des longs-métrages de toutes époques et de tous styles. Il donne de nombreux détails et de nouvelles interprétations de films comme The wizard of Oz ou Superbad. C’est justement cette perspective si large qui est intéressante, et qui permet de dégager des similarités, une certaine cohérence entre les films montrant la Californie, en opposition justement avec le reste du pays. Pour plus de détails et des exemples précis, je vous invite à lire ce livre ! (Ma note est courte, j’avoue que je fatigue un peu et que parler de chaque livre que j’ai lu est parfois un peu fastidieux. Je n’ai d’ailleurs rien dit de The Japanese Cinema Book qui était intéressant mais clairement trop académique).

Surf City

Kem Nunn, Surf City: un jour, Ike Tucker, jeune homme vivant dans une petite bourgade du désert, apprend que sa soeur a disparu et reçoit une liste de noms de personnes qui pourraient être impliquées. Ce sont des surfeurs. Il quitte tout et part à sa recherche. Il débarque sur les plages de Huntington Beach en Californie du Sud et tente de se frayer un chemin parmi les codes très précis des quelques groupes de surfeurs. Il rencontre un motard, vétéran du Vietnam, qui l’aidera par moments, ainsi qu’une jeune femme dont il tombera amoureux. Il découvre très vite que tout n’est pas rose dans le coin. Indice par indice, il remontera le chemin menant à la disparition de sa soeur, tout en se découvrant une passion pour les vagues.

Je pense l’avoir déjà raconté, j’ai une attirance assez irrésistible pour le monde du surf même si je n’ai jamais pensé à en faire moi-même, et donc dès qu’un livre ou un roman en parle, je le lis. Je ne connaissais pas Kem Nunn et j’ai découvert cet auteur chez Electra (sur son autre blog). Elle en disait beaucoup de bien et j’ai également été conquise. Ma note si élevée, très personnelle, est sans doute liée à mon attirance pour le surf, mais j’ai également beaucoup apprécié la description de la Californie du Sud, entre plages, villas d’acteurs et hôtels miteux. Depuis très longtemps (l’adolescence sans doute), j’ai une fascination pour cette région, mais c’est une fascination un peu bizarre: j’adore lire des romans ou de la non-fiction se passant dans cette région mais je n’ai pas vraiment l’envie d’aller sur place (j’y ai été une fois, à 18 ans). Il y a quelque chose de spécial, ce mélange de richesse, de pauvreté, de stars, de paumés, l’éternel beau temps, l’océan. Je crois que mon addiction a commencé en lisant Less than zero de Bret Easton Ellis, un livre qui m’a marquée. Et ce roman de Kem Nunn propose le même genre d’ambiances. J’ai lu aussi qu’il avait inspiré Point Break, un film que j’ai beaucoup aimé à l’époque.

Avez d’autres livres qui se passent en Californie du Sud (avec du surf, ou pas) à me proposer ?

My absolute darling

cvt_my-absolute-darling_7668Gabriel Tallent, My absolute darling: jeune fille de quatorze ans, Turtle vit avec son père Martin dans une maison plus que rustique dans le nord de la Californie, entre bois et océan. Sa mère est décédée, son grand-père vit tout près dans un mobile home. Tous les jours, Martin l’accompagne jusqu’au bout du chemin pour attendre avec elle le bus scolaire. A l’école, Turtle n’a pas d’amis, elle est plutôt solitaire malgré les approches que tente un de ses professeurs, Anna. Une fois de retour à la maison, elle arpente la nature environnante, s’exerçant à tirer avec les armes que son père lui a confiées. Celui-ci a en effet sa propre conception de l’éducation de sa fille qu’il adore – « my absolute darling » – et lui inculque les préceptes du survivalisme.

Je préfère ne pas en dire plus, la quatrième de couverture révèle déjà beaucoup et je n’ai moi-même pas pu éviter d’être un peu spoilée – même si ce n’était pas trop grave. Gabriel Tallent décrit la vie d’une jeune fille un peu différente, y mêlant des descriptions de la nature tout simplement superbes et extrêmement précises. Il se dégage de ce livre une intensité extrême qui pousse le lecteur à tourner page après page, sans plus pouvoir s’arrêter (je préviens cependant les âmes trop sensibles, certains passages sont difficiles). J’avais commencé ma lecture en anglais mais après quelques pages, j’ai réalisé que je ne comprendrais pas tout: le vocabulaire est très étendu, surtout dans les descriptions, et j’admire d’autant plus le travail de la traductrice, Laura Derajinski, qui m’a permis de profiter de la beauté de l’écriture tout en me facilitant la compréhension. J’ai hésité dans ma notation, entre 4 et 5, mais je sais que je me souviendrai encore longtemps de ce livre et que les personnages et la nature ont pris une place dans ma tête.

Une fois que vous l’avez lu, je vous conseille l’interview de l’auteur pour La Grande Librairie.

Laurel Canyon

51xhpa2bazpl-_sx341_bo1204203200_Arnaud Devillard, Laurel Canyon ou comment se perdre en musique dans les collines d’Hollywood: en achetant ce livre, je pensais qu’Arnaud Devillard avait écrit un récit suivi comme dans Journal des canyons. Ce n’est donc pas le cas, et cela ne m’a pas dérangée. L’auteur part ici de Laurel Canyon Boulevard, cette avenue qui serpente dans les collines d’Hollywood, cette avenue qui a hébergé de nombreuses rock stars, surtout dans les années 60-70. Il raconte l’histoire de la musique en partant des maisons où ont habité Crosby, Stills & Nash, Jim Morrison, Joni Mitchell et bien d’autres. Parfois il fait des incursions dans un passé plus ancien, parfois il parle de stars actuelles. De cette manière, il offre un panorama de tout un quartier et explique l’importance de celui-ci dans la création d’une scène musicale, égrenant les anecdotes mais aussi les moments forts de l’histoire du rock californien. J’ai beaucoup apprécié ma lecture même si j’ai regretté de connaître si peu de cette musique – j’aurais dû prendre plus temps à écouter les clips en même temps que ma lecture. En tous cas, cette approche rue par rue, maison par maison est une manière différente et insolite d’aborder l’histoire.

The girls

26893819_zps9ejeiqac1Emma Cline, The girls: quoi de plus logique, après avoir lu California girls de Simon Liberati, que d’entamer ce roman sur le même thème. Evie est une adolescente de 14 ans un peu désoeuvrée pendant les vacances scolaires. Elle est attirée par le grand frère de sa meilleure amie Connie mais elle se dispute avec celle-ci. Que faire de ces jours si vides ? Même sa mère l’abandonne quasiment pour folâtrer avec son nouvel amoureux. Et puis, un jour, elle est fascinée par une jeune fille aux cheveux noirs. Elle fait connaissance avec Suzanne, plus âgée et très énigmatique. Celle-ci l’emmène au « ranch », un endroit fort différent de ce que connaît Evie. Chacun y partage tout, il y a une grande liberté, et Russell est le grand maître. D’une certaine manière, il a envoûté les personnes qui vivent avec lui, il a un pouvoir sur eux, pouvoir qui mènera au meurtre. Parce que dès les premières pages, le lecteur se rend compte qu’il lit une variation de l’histoire de Charles Manson, mais du point de vue d’une jeune fille impressionnable. Emma Cline décrit avec perfection les sentiments contradictoires de l’adolescence, l’envie de découvrir et de tester les limites, les besoins sexuels qui se dévoilent et dont certains adultes profitent, l’admiration pour certaines personnes qui semblent tellement plus intéressantes, les relations conflictuelles avec les parents, d’autant plus que ceux d’Evie sont séparés et ne savent pas trop comment l’aborder. En parallèle de cette histoire de « coming of age », Emma Cline met en scène une Evie adulte, en contrepoint du passé – partie du roman qui n’est pas aussi développée et qui n’était peut-être pas entièrement nécessaire – mais peu importe. Autant le roman de Simon Liberati était terre à terre et violent, écrit pour faire parler de lui, autant celui-ci est beaucoup plus subtil, beaucoup plus fin, beaucoup plus réaliste. J’ai adoré !

J’ai lu ce livre avec Ingannmic, et il remplit la case « Californie » dans le challenge « 50 novels pour 50 states. »

Book_RATING-40

California girls

9782246798699-001-x_zpsl9rl45b0Simon Liberati, California girls: parfois on commence un livre sur un malentendu: je pensais que l’auteur était américain et j’ai trouvé le début du roman mal traduit…. Grossière erreur: Simon Liberati est Français ! Ce qui ne m’empêche pas de penser que la langue française ne se prête pas tout à fait à ce roman qui se passe à Los Angeles, racontant trois jours de la « famille Manson », autour des meurtres de Sharon Tate. J’ai failli arrêter après 50 pages et puis, je me suis prise au jeu, peut-être par fascination pour la description si précise des événements de l’époque, des meurtres en question mais aussi des personnes qui les ont perpétrés. Charles Manson est un personnage peu abordé dans le roman, ce sont plutôt les filles, Sadie, Linda et les autres qui sont décrites. On sent que Simon Liberati s’est bien informé et a lu les extraits du procès. A partir de cela, il a écrit une histoire qui se laisse lire mais il ne recherche aucune motivation ni explication, ce qui transforme le roman au final en une longue description. Malgré cela, et même si je n’ai pas aimé le début, j’ai finalement apprécié ce roman.

L’avis d’Ingannmic qui l’a lu à peu près en même temps que moi. Du coup, nous nous sommes donné rendez-vous en janvier pour lire The girls d’Emma Cline sur le même sujet.

Book_RATING-35