Hello shadowlands

Patrick Winn, Hello, shadowlands: inside the meth fiefdoms, rebel hideouts and bomb-scarred party towns of Southeast Asia: Patrick Winn vit à Bangkok et est un journaliste d’investigation spécialisé dans l’Asie du Sud-Est. Avec ce livre, il propose un portrait du crime organisé dans la région, il décrit un commerce de méthamphétamines, d’animaux et d’humains qui rapporte des millions de dollars à quelques privilégiés et la corruption qui s’ensuit. Il nous emmène dans les fiefs des barons de la drogue du Myanmar, protégés par l’armée, chez les justiciers chrétiens qui forcent les drogués à se désintoxiquer, chez ces femmes philippines qui trafiquent de la contraception, dans les restaurants nord-coréens hors de Corée, dans le sud de la Thaïlande terrorisée par le jihad mais aussi lieu de plaisir et de prostitution, et enfin au Vietnam, auprès des vendeurs de chiens et des communautés qui veulent se protéger contre les vols de leurs animaux.

Ces récits sont passionnants, certains plus que d’autres, et montrent une facette méconnue de cette partie du monde. Patrick Winn décrit beaucoup, essaie de s’immiscer au mieux dans les situations précises, avoue parfois ne pas y arriver et tente aussi d’expliquer les problèmes, parlant notamment de l’extrême corruption dans ces pays, des salaires bien trop bas des forces de l’ordre et de l’absence de lois. C’est une région qui m’intéresse beaucoup et j’ai beaucoup aimé en apprendre plus avec ce livre.

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A new history of Southeast Asia

maitrii2M.C. Ricklefs, Bruce Lockhart, Albert Lau, Portia Reyes, Maitrii Aung-Thwin, A new history of Southeast Asia: l’été passé, j’ai tenté une (re)lecture de la brique de D.G.E. Hall, A history of South-East Asia mais comme je le disais déjà dans ce billet, ce livre est très dépassé. L’histoire ne s’arrête pas et les techniques modernes de recherche permettent de mieux connaître les périodes lointaines. J’ai donc cherché un livre plus récent sur le sujet et je suis tombée sur celui-ci, qui dès l’introduction, se dit être dans la continuation de Hall. Ce n’est pas le genre de volume qui se lit rapidement mais ce n’est pas pour autant ennuyeux, du moins si on s’intéresse au sujet. Les différents auteurs décrivent l’histoire de la région, la détaillant pays par pays, depuis la préhistoire à la fin des années 2000, essentiellement d’un point de vue politique et économique. Et c’est là que vient mon unique réserve: j’aurais aimé en savoir plus sur la vie quotidienne, un secteur trop souvent oublié dans les livres d’histoire “classiques”. Mais au final, j’ai appris énormément sur l’histoire de cette région qui m’intéresse depuis très longtemps.

Early mainland Southeast Asia

61umg7o8YFLCharles Higham, Early mainland Southeast Asia. From first humans to Angkor: j’avais décidé de reprendre le gros livre de D.G.E. Hall, A history of South-East Asia mais les pages sur l’histoire très ancienne et sur la préhistoire de l’Asie du Sud-Est sont particulièrement parcellaires, la dernière édition datant de 1980. Ma curiosité m’a poussé à chercher un autre livre plus récent sur le sujet et j’ai découvert ce livre de Charles Higham. Richement illustré, il commence avec l’histoire du peuplement de l’Asie du Sud-Est, selon ce que révèlent les dernières découvertes archéologiques. Et il continue ainsi jusqu’à la civilisation angkorienne. L’analyse des différents lieux de sépulture est parfois un peu longue mais dans l’ensemble, ce livre m’a appris beaucoup de choses sur cette période encore fort méconnue et je ne regrette pas du tout d’y avoir consacré un certain temps.

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Thai stick

Peter Maguire & Mike Ritter, Thai stick: surfers, scammers, and the untold story of the marijuana trade: aussi bizarre que cela puisse paraître, ce sujet m’intéresse. J’ai toujours un faible pour les livres d’histoire, surtout l’histoire récente basée sur des interviews et des témoignages. Peter Maguire est un historien (et surfeur) qui a beaucoup travaillé sur le Cambodge. Il s’est tourné vers l’histoire du trafic de drogue en se demandant qui étaient deux des Occidentaux qui avaient été tués à la prison de Tuol Sleng à Phnom Penh pendant la période des Khmers Rouges. Ses recherches l’ont mené vers une histoire qui n’était pas connue. Il a été aidé par Mike Ritter, un de ces surfeurs qui trafiquait de la marijuana pour pouvoir vivre. Il n’était pas le seul: c’étaient les années 1960 et pour profiter de la vie, le trafic était un bon moyen de gagner facilement de l’argent à une époque où les contrôles n’étaient pas fréquents. Le livre raconte toute l’évolution du trafic de marijuana jusqu’aux années 1980, période où le gouvernement américain s’était tellement focalisé sur la lutte anti-drogue qu’il n’a plus été possible aussi facilement. Ce livre dévoile tout un pan de l’histoire récente que je trouve passionnant et si cette période vous intéresse, je vous le conseille vivement.

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Tell them to get lost

Brian Thacker, Tell them to get lost: c’est le sujet quelque peu original de ce récit de voyage qui m’a tenté ! Brian Thacker décide de se laisser guider lors de son périple en Asie du Sud-Est par un guide bien particulier: la première édition de South-East Asia on a shoestring, la première publication de Maureen et Tony Wheeler, les fondateurs de Lonely Planet. Sauf que ce guide date de 1975 ! Et a été utilisé par les nombreux hippies qui sillonnaient les routes du monde à l’époque. Celle de l’Asie du Sud-Est a d’ailleurs très judicieusement été surnommée “Banana pancake trail”. Les aventures de Brian Thacker sont parfois très drôles, surtout quand il tente de s’orienter dans les villes juste à l’aide d’un plan dessiné à la main, dans des villes qui n’avaient que très peu été touchées par le tourisme à l’époque. Bali par exemple était un endroit très peu visité, les hippies allant essentiellement au Lac Toba (où la Carolina Guesthouse est toujours une valeur sûre autant d’années plus tard). Le Cambodge et le Vietnam sont exclus du voyage pour cause de guerre alors que le Timor Oriental est un endroit qui n’a pas encore connu trop de troubles à l’époque. Aujourd’hui, c’est une zone quasi sinistrée, où les touristes ne vont plus. Les quelques hôtels sont occupés par du personnel des Nations Unies. L’auteur retrouve parfois des hôtels ou restaurants. Certains sont devenus des établissements luxueux, d’autres sont encore plus misérables qu’à l’époque. Certains propriétaires ou employés vivent toujours et racontent leurs souvenirs. Bref un récit de voyage très plaisant, qui n’est pas de la grande littérature mais qui m’a fait passer un bon moment dans des endroits que j’ai visité pour la plupart.

Kampuchéa

Patrick Deville, Kampuchéa: publié au moment de la rentrée littéraire, ce livre a tout de suite attiré mon attention. Il ressemble à un récit de voyage sans en être vraiment un, il est assez proche de Bangkok days dans un sens. Patrick Deville est à Phnom Penh pour assister au procès contre les Khmers Rouges mais en profite pour raconter l’histoire de la région, de la découverte d’Angkor par Henri Mouhot aux troubles actuels du Cambodge. Il raconte dans le désordre la colonisation française, les périples des différents explorateurs, la remontée du Mékong qu’il tente à son tour. L’histoire est éclatée mais attachante, bien écrite, avec poésie mais aussi justesse historique.

Un extrait (p.25): “On avale des soupes de nouilles devant les gargotes, les enfants partent pour l’école. Au long des rues, sur des charrettes, on vend des mangues, des cigarettes, des sauterelles grillées au miel dans une feuille verte en cornet. Il fait chaud déjà, près de trente degrés, le ciel est bleu. C’est un calme de façade. La ville assiégée est ravitaillée par le pont aérien. Chaque jour se rapprochent le sifflement des roquettes et le fracas des obus. Lon Nol et les Américains sont partis, ont abandonné la défense impossible. L’aéroport de Pochentong est hors d’usage. On attend la paix.” Les Khmers Rouges arrivent peu après…

Asia in Paris

Le thème principal de ce citytrip à Paris aura été l’Asie. Ce n’était pas vraiment prémédité mais ce n’est pas étonnant quand on connait notre passion pour ce continent. Avec une touche d’Océanie et de tiki pour compléter le tout.

Etape 1: le Japon. A peine arrivés (en retard, notre Thalys étant resté coincé plus de 20 minutes en rase campagne), il était l’heure de manger. Pas de connexion internet mais un vague souvenir qu’il y avait un bon restaurant japonais près de l’hôtel, restaurant renseigné par François Simon sur son blog. J’avais complètement oublié l’adresse, mais pas diane avait retenu que c’était dans la même rue que la rédaction du Mad Movies ! Hotaru, donc, rue Rodier 18, 9e. Quand nous arrivons, il n’y a encore personne mais le resto se remplira vite. Nous sommes accueillis en japonais (et en français). La carte comporte plein de bonnes choses: diane opte pour des California rolls, moi, pour la formule du midi qui comprend deux petites entrées (du saumon mariné avec  des algues et des pleurotes marinées), un plat au choix (des sashimis), du riz et une soupe. Nous accompagnons le tout d’une Kirin et d’une Sapporo – les autres bières à la carte étaient de la Kwak et de la Faro !

Statues Khmères et œuvre contemporaine du pakistanais Rashid Rana

Etape 2: toute l’Asie. Je rêvais depuis des années d’aller au Musée Guimet ! Trop grand pour tout visiter en une fois, nous nous sommes concentrés sur certaines régions: l’Asie du Sud-Est, le Tibet et le Japon. J’ai des sentiments assez partagés par rapport aux collections cambodgiennes. Si vous n’avez jamais été dans ce pays, ça vaut la peine de visiter le musée. Dans mon cas, j’ai éprouvé une certaine tristesse de voir ces bas-reliefs et statues arrachés, sciés, découpés des monuments, à une époque où régnait le colonialisme et le non-respect des populations locales. L’exemple du Banteay Srey (un des ensembles du site d’Angkor) est tout particulièrement prenant: sur place, il paraissait pillé, violé, et les Khmers n’ont pas l’argent pour créer des copies des parties volées comme la fresque du Parthénon. On pourra me rétorquer que c’est par esprit de conservation, que cela aurait de toutes façons disparu. Peut-être. Mais à ce point-là ? Malgré cela, il s’agit d’un magnifique musée dans lequel je reviendrai avec plaisir.

Etape 3: Asie du Sud-Est. Ou notre repas dans le restaurant du musée Guimet: curry thaï et assortiment de petits plats asiatiques.

honte sur moi, j’aurais dû faire un effort vestimentaire…

Etape 4: Asie du Sud-Est. En cherchant “Paris insolite” sur Google, je suis tombée sur un site qui parlait du jardin tropical du Bois de Vincennes, parc plus ou moins laissé à l’abandon qui avait accueilli l’exposition coloniale de 1907 mais aussi un centre de recherche en agronomie tropicale (plus d’infos sur ce site). Il est situé aux limites de Paris, à Nogent sur Marne mais une station du RER est toute proche. L’endroit tentait Stella Polaris et nous nous sommes donc retrouvés là pour une promenade bien agréable et quelques photos. Le lieu est un peu décevant, fort petit finalement et les anciens pavillons trop délabrés pour qu’on puisse les visiter. Mais je dirais qu’il y a du potentiel !

Etape 5: la Chine. Nous avions envie de boire un verre au China, décrit comme “palais colonial” mais nous étions trop tôt. Je retiens l’adresse pour une prochaine fois. (50, rue de Charenton, 12e).

Etape 6: j’insère ici la visite de l’atelier de Gustave Moreau, situé à deux pas de notre hôtel. Peu de rapports avec l’Asie même si les fines arabesques de son trait pourraient faire penser à certaines découpes orientales ou khmères. Cette belle et grande maison privée donne une image assez précise de la vie quotidienne d’une famille aisée pendant la seconde moitié du 19e siècle et d’un atelier d’artiste. Y sont regroupées un grand nombre d’études et d’œuvres (inachevées), pendues dans chaque recoin comme cela se faisait à l’époque. Petite fille, j’avais été fascinée par ses peintures et je le suis toujours.

Maurice n’est pas rassuré auprès de ce masque d’une île du Pacifique

Etape 7: Asie et Océanie. Une autre des raisons principales de cette visite à Paris était le musée des arts premiers du quai Branly dont rien que le mur végétal me tentait depuis des années. Le bâtiment conçu par Jean Nouvel est immense mais semble flotter sur un jardin qui se laisse découvrir par morceaux, au détour d’un parterre de joncs ou de bambous. A la recherche de tikis, nous sommes partis à la découverte de la partie sur l’Océanie, regroupant de nombreux objets rituels et usuels des îles du Pacifique. Commençant à fatiguer, nous avons plus ou moins survolé la partie asiatique même si les nombreux costumes des minorités ethniques du sud-est asiatique sont fascinants. L’Afrique et les Amériques seront un but pour une prochaine visite car ce musée foisonnant vaut vraiment la peine de s’y attarder. La muséographie est agréable, alternant différents types d’objets, images et sons. Vers 14 heures finalement, nous nous sommes dirigés vers le café-restaurant du musée pour y manger un plat africain pour diane et un plat français – le seul du voyage -, une salade niçoise, pour moi, le tout avec une belle vue sur la Tour Eiffel qui donnait le vertige à mon homme juste à la voir…

le jardin japonais, avec deux intrus

Etape 8: Japon et Chine. Il ne nous restait que peu de temps avant de prendre notre train mais nous étions à proximité des Galeries du Panthéon Bouddhique regroupant les collections de statues ramenées par Emile Guimet lors de ses voyages en Chine et au Japon. Je me rends compte que ces styles de statuaire ne me plaisent/parlent pas trop, moi qui suis habituée à des Bouddhas thaïs et khmers, au formes beaucoup plus douces et élancées. Mais peu importe, le but principal de la visite était pour moi le petit jardin japonais caché à l’arrière du musée, un dernier moment de calme et de sérénité avant de rentrer à la maison et plein d’idées pour mon jardin.