The Last Garden in England

Julia Kelly, The Last Garden in England: trois histoires de femmes s’entrecroisent dans ce roman, histoires qui se jouent autour d’un jardin. Emma Lovett, architecte de jardin, a été engagée pour restaurer celui de Highbury House, créé en 1907 par Venetia Smith. Elle adore ce genre de projet et est passionnée par l’histoire, et tout particulièrement par les créations de Smith. Elle essaie de ne pas trop se lier avec les propriétaires, très sympathiques, ni avec la communauté locale parce qu’elle sait que son travail n’est que passager. Elle se plonge dans une restauration qui semble compliquée au premier abord, en l’absence de plans. Le deuxième personnage est Venetia Smith – on est en 1907 et elle a été engagée pour concevoir un jardin pour les riches propriétaires de Highbury House. Elle dessine ses plans, crée de grands espaces mais aussi divers jardins plus privés. Sa vie sera chamboulée par une rencontre. Le troisième fil temporel nous emmène en 1944 et nous fait suivre plusieurs femmes: Beth Pedley vient aider dans une ferme toute proche de Highbury House, travaillant pour soutenir l’effort de guerre, Stella Adderton est la cuisinière du manoir, dont la propriétaire, Diana Symonds, est devenue veuve récemment et s’occupe de son petit garçon. Le manoir a été réquisitionné comme hôpital pour soldats convalescents.

Tous ces personnages mènent leur vie, mais il y a aussi des secrets, des histoires qu’il ne faut pas révéler. Julia Kelly parsème des indices au fil des pages, mais il faut attendre la fin pour le dénouement, pour que toutes les pièces du puzzle se mettent en place. Parfois le récit m’a semblé un peu facile, trop en parallèle, avec chacune des femmes vivant plus ou moins la même chose à chaque époque, mais au final, ce n’est pas tout à fait le cas. Ce sont des femmes qui cherchent des réponses à leurs questions, et l’époque différente a une influence sur les réponses. Être une femme en 1907 n’est pas aussi simple qu’aujourd’hui, mais au fond d’elles-mêmes, elles souhaitent toutes une certaine stabilité. Julia Kelly nous propose ici de beaux portraits de femmes, et le jardin est au centre du récit, ce que j’ai évidemment beaucoup aimé. Une lecture agréable mais il m’a manqué ce petit truc en plus pour que je mette 4 étoiles.

Hamnet

Maggie O’Farrell, Hamnet: 1596, Stratford, Angleterre. Le jeune Hamnet, âgé de 11 onze ans, cherche désespérément quelqu’un pour l’aider: sa sœur jumelle Judith est gravement malade mais personne n’est à la maison ce jour-là. Leur mère, Agnes, est partie récolter des plantes et s’occuper de ses abeilles, elle est considérée comme un peu bizarre par les autres, elle a un don de voyance et est guérisseuse. Leur père est à Londres. Ce ne sont que quelques éléments de l’histoire, de deux histoires en fait: Maggie O’Farrell raconte celle de Hamnet mais aussi celle de leur mère, comment elle a rencontré leur père, comment celui-ci a commencé à écrire des pièces de théâtre. Elle s’est inspiré de la vie de Shakespeare et a écrit un magnifique roman qui dévoile la vie quotidienne à l’époque. C’est surtout l’écriture qui frappe, elle est superbe – lire le roman en anglais n’a pas toujours été facile mais une fois que j’ai ralenti un peu mon rythme, j’ai savouré chaque mot. O’Farrell a l’art de tenir le lecteur en haleine, avec cette histoire qui se déroule à deux moments différents de la vie d’Agnes, car plus encore qu’Hamnet, c’est elle le personnage principal. C’est le genre de roman dont on tourne la dernière page avec regret.

Orgueil et préjugés

Jane Austen, Orgueil et préjugés: la famille Bennett, appartenant à la gentry anglaise, comporte cinq filles, toutes à marier. Elizabeth, la seconde, décrit leur vie à la campagne au début du 19e siècle. Un jour arrive Mr Darcy, logeant dans la propriété voisine, mais il semble tellement hautain et froid. Je résume très fort l’histoire, je pense que tout le monde la connaît, ou presque. Ce n’était pas mon cas, je n’avais jamais été attirée par les romans de Jane Austen malgré le fait que tout le monde en parle. J’ai commencé ma lecture en anglais, après quelques pages, j’ai préféré me tourner vers une version en français (j’ai choisi la traduction récente de Sophie Chiari pour Le Livre de Poche). Je craignais en effet de mettre trop de temps à lire le roman.

Je me suis donc plongée dans l’histoire, et dieu que ça a été pénible. J’ai persévéré pour deux raisons: c’est une lecture commune avec Marie-Claude et je ne voulais pas la laisser en plan et j’avais lu une longue critique qui disait qu’il ne fallait surtout pas abandonner avant la moitié parce qu’il y avait un rebondissement. La moitié, c’est quand même deux cents pages de discussions superficielles et de commentaires dénigrants sur telle ou telle personne de la petite communauté. J’ai trouvé ça pire qu’une cour de récréation à l’école primaire. En lisant la page wikipedia par la suite, j’ai bien compris que ce roman était une critique acerbe de la société provinciale de l’époque, et ça a un peu fait remonter mon estime. La vie devait vraiment être morne à l’époque, avec comme seul but pour ces femmes de trouver un mari. Mais malgré tout, je me suis ennuyée. Le rebondissement en question fait heureusement évoluer un peu l’histoire qui stagnait depuis le début, et je me doutais bien de la fin. J’ai tenté par la suite de voir le film de 2005 mais j’ai également abandonné par ennui. Je dois encore rajouter ceci: j’ai eu parmi mes connaissances une fan inconditionnelle de Jane Austen, mais je n’ai jamais beaucoup apprécié cette personne. Je crois que sans le vouloir, ça a également eu une toute petite influence. Bref, je pense que Jane Austen, ce n’est pas pour moi. J’ai longtemps hésité pour ma cote, entre 2 (ce que je pense vraiment) et 3 pour prendre en compte l’importance du roman. En lisant l’article de Marie-Claude, je constate que nos conclusions sont très proches.

À rude épreuve

Elizabeth Jane Howard, À rude épreuve: comme lecture de voyage, j’ai choisi le second volume de la saga des Cazalet, cette famille anglaise vivant à Londres et dans le Sussex pendant la période de la Seconde Guerre mondiale. L’histoire commence en 1939 avec le début du conflit et se centre tout particulièrement sur les jeunes filles et femmes de la famille: Louise qui tente de se lancer dans une carrière d’actrice, Clary dont le père est porté disparu et qui a maintenant une petite demi-sœur, Polly qui s’inquiète pour sa mère malade… Les autres protagonistes sont également évoqués au cours des pages.

Je me suis à nouveau plongée avec délectation dans les aventures de la famille Cazalet. L’approche de l’auteur est très psychologique, et c’est passionnant d’entrer dans le cerveau des personnages, tout particulièrement des jeunes femmes, pour apprendre comment était leur vie dans les années 1940. Certains commentaires font tiquer aujourd’hui mais c’était le quotidien des femmes de l’époque. Une fois la dernière page tournée, j’ai eu une forte envie de commencer le volume suivant mais j’ai préféré le garder au chaud pour un moment de panne de lecture ou de besoin de roman doudou. Et même en ayant entamé un roman suivant, je n’arrivais pas à me sortir les personnages de ma tête.