Revolusi

David Van Reybrouck, Revolusi. Indonesië en het ontstaan van de moderne wereld (L’Indonésie et la création du monde moderne): après avoir écrit l’histoire du Congo, David Van Reybrouck s’est attaqué à l’Indonésie. Cela ne lui semblait pas évident au départ, et il craignait ne pas être la bonne personne pour l’écrire, mais justement, le fait d’être Belge et non Hollandais lui a permis d’avoir un point de vue neutre et impartial. Il a appliqué la même technique: interroger les gens qui ont vécu les événements importants du 20e siècle. Si le livre commence par relater l’histoire ancienne de l’Indonésie en très résumé, puis celle de la colonisation par les Hollandais, il se concentre sur la Seconde Guerre mondiale et surtout sur les quelques années qui ont mené à l’indépendance en 1949, années troubles marquées par un pays qui ne veut pas lâcher sa colonie et fait tout pour la garder, même envoyer son armée.

Les personnes qui ont vécu cette période sont aujourd’hui âgées, et il était temps de recueillir leurs témoignages (beaucoup sont décédées depuis). Comme Van Reybrouck ne fait pas les choses à moitié, il a interrogé des Hollandais et des Indonésiens, visitant de nombreuses maisons de repos à Jakarta ou La Haye mais il s’est aussi intéressé aux vétérans japonais, aux quelques-uns qui ont bien voulu parler (cette guerre est gommée des mémoires locales) et aux gurkhas, ces soldats népalais qui sont intervenus dans le cadre d’une mission de l’armée britannique pour surveiller le retrait des troupes nippones.

Van Reybrouck raconte les événements mais explique aussi le contexte plus large, comment le colonisateur a divisé une société en trois classes, comme sur les paquebots de l’époque, les Indonésiens ayant été relégués dans la cale. Il relate comment certains ont tenté de se libérer de ce système et ont oeuvré à l’indépendance. Et il n’hésite pas à expliquer comment les Hollandais ont abusé de leur pouvoir, envoyant des escadres de l’armée qui massacraient des villages entiers. Les Pays-Bas ont longtemps gommé ces épisodes et ce n’est que depuis peu qu’il resurgissent dans les discussions politiques. Enfin, il parle de la place importante qu’a prise l’Indonésie dans le monde de l’après-guerre, rassemblant les pays du tiers monde (l’appellation n’était pas péjorative à l’époque) en un groupe distinct, conscient de leur force, en organisant la conférence de Bandung.

Ce livre est un pavé, mais il est passionnant du début à la fin, et comme toujours superbement bien écrit. Il y a un rythme, il y a le choix des mots, il y a ces inserts plus personnels racontant les expériences de l’auteur qui coupent l’aride somme des événements, il y a cette envie de raconter l’histoire en mettant en avant tous les points de vues différents, pas que celui du colonisateur. Il y a la grande histoire et puis la petite, celle des gens qui ont vécu ces moments. Je recommande, évidemment, et j’espère qu’il sera traduit très vite (en néerlandais, c’était un bestseller dès sa sortie et il y a déjà eu plusieurs réimpressions). Et comme après Congo, je souhaiterais lire d’autres livres du genre, expliquant la décolonisation de pays d’Afrique ou d’ailleurs, mais prenant compte de tous les points de vue.