Short diary of the week (355)

Lundi: une nuit très agitée sans vraie raison – avec une confusion très angoissante entre rêves et réalité, attendre avec impatience le facteur avec ce colis renvoyé une seconde fois après un premier essai qui a été abîmé en cours de route, du puzzle, une envie de préparer une tarte aux pommes mais il me manque des ingrédients – ce sera pour demain, de la lecture – cinq livres en même temps c’est peut-être un peu beaucoup (et pas un seul roman), en terminer un, Little fires everywhere, une longue conversation au téléphone avec une amie de mon papa, avoir du mal à m’endormir

Mardi: des insomnies, une horrible météo d’automne (je hais l’automne et l’hiver !), des courses, un essai de tartes aux pommes un peu raté, de la lecture, partir pour retrouver un ami et pour aller voir ensemble un concert de son ami, le premier concert de musique classique depuis… très très longtemps, et une bière de la brasserie La Source pour terminer la soirée, frissonner sous la couette d’été même s’il fait encore 24° dans ma chambre

Mercredi: le retour du vague mal de gorge – il y a un lien certain avec la météo, écrire des messages et cartes de remerciement, du puzzle, de la lecture, une soupe de nouilles très fusion Japon-Asie du Sud-Est, Little fires everywhere, Kodoku no gurume

Jeudi: réveillée bien trop tôt, pas très en forme ce matin, l’obsession de la journée: terminer le puzzle, un rendez-vous chez Coyote – ou comment me libérer de certaines choses et penser au futur, ne plus faire grand chose de l’après-midi, prévoir le menu pour le weekend et les repas de midi de la semaine, des pommes de terre à la sauce tonnato, terminer Little fires everywhere – j’avais aimé le livre – j’aime aussi la série

Vendredi: cela va faire un mois que je suis à la maison mais cela prend bientôt fin, j’avais prévu une série de choses mais la vie en a décidé autrement, ce sera donc pour plus tard – et ce n’est pas très grave, les courses, reprendre la couture et trouver le problème: j’ai utilisé les mauvaises pièces de patron – celles qui n’étaient pas ajustées à ma taille, bref j’abandonne ce projet et le remets à l’année prochaine vu que c’est une robe trop estivale pour encore espérer la mettre cette année, tenter de lire mais ne pas trouver la concentration nécessaire (je me dis que je devrais me trouver un autre endroit dans la maison mais ce n’est pas si simple), un troisième chauffagiste pour un devis – il faudra bien que je me décide, des sushis maison, m’endormir devant un film – le retour

Samedi: une grosse insomnie – sans raison, traîner dans le canapé, quelques rapides courses – aller chercher notamment mes livres commandés et en prendre un de plus, du rangement, une tentative de lecture mais peu de concentration, une très belle après-midi à discuter avec une amie, il faut que je note ce plat d’aubergines et de porc qui est si facile à préparer, A distant trumpet (Raoul Walsh, 1964)

Dimanche: une bonne nuit – enfin !, est-ce que je vais devoir rallumer le chauffage – déjà ?, tenter de mettre un patron des années 1950 à ma taille – en ajoutant des centimètres de tous côtés, décider de terminer ce récit de voyage – et y parvenir même si c’était tout juste, un curry indonésien, le début d’un film, préparer mes affaires pour le retour au boulot

In the distance

Hernán Díaz, In the distance: quelque part au 19e siècle, un jeune garçon suédois, Håkan, perd de vue son frère alors qu’ils vont embarquer pour émigrer aux Etats-Unis. Il se trompe de bateau et se retrouve à San Francisco, où il décide de rejoindre son aîné qui devrait avoir débarqué à New York. Sans le sou, il rencontre sur la route une palette très diversifiée de personnages hauts en couleur: des chercheurs d’or, des criminels, des fanatiques religieux, des Indiens, un naturaliste… Suite à un événement précis, il devient célèbre; sa grande taille a marqué les esprits.

J’ai hésité un moment à commencer ce roman, j’ai horreur du picaresque et la quatrième de couverture me laissait entrevoir un récit de ce genre. Mais ce n’est heureusement pas le cas, même si les aventures du héros sont multiples. Je me suis plongée dans la vie difficile de la conquête de l’Ouest, mais à rebours, partant de San Francisco. L’auteur décrit avec minutie les conditions de vie et surtout les paysages grandioses que traverse Håkan lors de son périple vers l’Est. Certains passages auraient pu être trop longs mais je me suis délectée des mots, et des retournements de situations, mais aussi de l’introspection et de la solitude du héros. Pour moi, c’est un grand roman de l’Amérique sauvage.

« The year of the tiger » dress

The year of the tiger dress02

Le printemps était déjà bien entamé quand j’ai commencé mon projet suivant mais je voulais encore coudre une robe en tissu foncé avant de passer aux tissus plus clairs – et au changement de fil dans la surjeteuse (ce n’est jamais très compliqué mais demande une certaine patience). J’ai sélectionné ce tissu acheté au Japon en 2018, à Tokyo chez Tomato (le paradis du tissu !). Je voulais créer une impression tiki mais sans vraiment me casser la tête.

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Le patron est celui de la Night & Day Dress de Gretchen Hirsch, avec l’encolure de la Sheath Dress, et avec une tentative de jupe droite. C’est là que les choses se sont compliquées: je suis partie d’un patron de la même Gertie mais les proportions ne me conviennent pas du tout: taille trop fine et hanches trop larges. J’ai dû reprendre la jupe au niveau des hanches mais j’étais limitée dans mes mouvements vu que je l’avais déjà cousue au corsage (j’aurais dû essayer plus tôt). Pour camoufler un peu l’excès de tissu, j’ai alors cousu une ceinture.

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J’adorais le haut après l’avoir cousu mais les soucis avec la jupe me font un peu moins aimer cette robe, et en voyant les photos, je trouve qu’elle accentue mon ventre. Je la porterai cependant avec plaisir parce que je trouve qu’elle a un certain style.

(Les photos datent de la mi-juillet.)

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Quelque chose du Japon

Angelo Di Genova, Quelque chose du Japon: des livres sur le Japon, j’en ai déjà lus quelques-uns mais pas tant que ça, bien moins que sur l’Asie du Sud-Est. Je connais donc des bribes d’histoire, des éléments de la culture, de bouts à propos de la société. Ce livre est un excellent résumé, abordant des sujets aussi divers que la musique, la religion, les bonsaïs, la calligraphie… et j’ai appris plein de nouvelles choses (par exemple l’usage courant de mots-onomatopées). Il a été écrit par Angelo Di Genova qui organise des visites avec guide francophone au Japon, et que j’avais contacté pour l’Osaka Safari et le Kobe Safari. C’est un livre que je conseille chaudement pour aborder la culture japonaise avant de partir pour un premier voyage !

Short diary of the week (354)

Lundi: tenter de reprendre le fil après deux semaines difficiles, espérer que ce congé maladie m’aidera, attendre le premier jour où je ne fondrai pas en larmes, traîner beaucoup, reprendre le projet couture abandonné, recevoir les résultats de la prise de sang mais pas encore d’explication du médecin – il y a des choses bizarres, de la lecture au jardin – toute l’après-midi, commencer la série Little fires everywhere, une grosse crise de larmes

Mardi: autant reporter à demain ce qui peut être fait demain – ou jeudi, quelques courses, ce puzzle est vraiment très compliqué et n’avance pas du tout, désherber la pente du garage, de la lecture au jardin, ce plat qui devait être léger ne l’est plus tout à fait, Little fires everywhere

Mercredi: réveillée fort tôt et pas vraiment en forme, un rendez-vous chez la notaire qui m’évoque à nouveau la terrible affaire de la vente de la maison de mon papa (et qui me dit que la succession sera fort simple parce que nous avions tout bien organisé à l’avance), de la lecture au jardin, me demander si j’ai de la fièvre (non), mon coeur qui bat trop fort, je crois que je subis le contrecoup et ça se manifeste physiquement, Little fires everywhere, Kodoku no gurume qui me donne envie de yakiniku

Jeudi: aller chercher mes commandes de livres et du fil à coudre, et des timbres – où la postière me demande si je suis enceinte – au moins j’ai l’air plus jeune que mon âge, commencer à répondre aux nombreuses cartes, du puzzle, apporter un document chez le notaire puis partir pour le Brabant Wallon, une après-midi et soirée en compagnie de ma cousine et de sa fille, un superbe coucher de soleil avec le Lion de Waterloo en arrière-plan

Vendredi: me réveiller par la léger bruit de la pluie qui tombe, et puis le soleil réapparaît, des courses, appeler le médecin qui me dit que tout est normal dans ma prise de sang, lire tout l’après-midi au jardin en profitant des agréables températures (et en regrettant le fait que ce sera probablement la dernière fois de l’été qu’elle sont si agréables), thon cru et tomates du jardin, passer la soirée au jardin jusqu’au crépuscule

Samedi: traîner pas mal, un peu de couture, beaucoup de lecture, m’installer au jardin un moment mais la météo n’est pas des plus agréables, terminer ce passionnant pavé, salade d’oeufs et tomates du jardin, La vie d’O Haru femme galante (Kenji Mizoguchi, 1952) – et pour une fois je ne me suis pas endormie

Dimanche: beaucoup de rêves mais je ne m’en souviens plus au matin, de la couture – on dirait que c’est trop grand alors que la toile était parfaite, de la lecture, une sieste, de la lecture, un plat turc de köfte, Little fires everywhere

Une histoire des sexualités

Une histoire des sexualités, sous la direction de Sylvie Steinberg: j’aurais pu lire les livres de Michel Foucault sur le sujet, mais je cherchais un ouvrage plus récent, et plus résumé. Une histoire des sexualités est découpé en différentes parties, suivant l’histoire depuis l’Antiquité, écrites par divers spécialistes de la question, et dresse le portrait des sexualités au cours des âges. Cela parle de mariage, de relations hommes-femmes, mais aussi d’homosexualité et de viols, et bien plus. Entre les chapitres, le ton reste homogène malgré les auteurs différents et le texte est très abordable et aisé à lire.

J’émettrai cependant une critique: le chapitre sur l’Antiquité se clôt avec l’expansion du christianisme dans l’Empire romain, et n’aborde donc pas les nouvelles valeurs liées à cette religion, tandis que le chapitre sur le Moyen Age commence vers l’an mil, dans un monde qui a totalement été remodelé par cette religion. Il y a donc un trou de 700-800 ans dans l’histoire, une période qui est en général oubliée par de nombreux historiens, et dans ce cas-ci, c’est particulièrement dommage parce que c’est à cette époque que se créent de nouvelles manières de penser et d’agir. Une des raisons de cette absence pourrait être le manque de recherches à ce sujet…

J’ai au contraire beaucoup apprécié la partie consacrée au 20-21e siècles qui m’a permis de comprendre les différents mouvements de la révolution sexuelle, d’aborder le féminisme et les mouvements LGBTQI+ et d’en comprendre les étapes, même si le point de vue est quasi uniquement français au niveau de la législation.

Ce livre couvre plus de deux mille ans d’histoire et ne peut être qu’une évocation de l’évolution de la sexualité mais il m’a appris de nombreuses choses que je pourrai maintenant compléter par des ouvrages plus précis, selon mes intérêts du moment.

Lone Rider

Elspeth Beard, Lone Rider: The First British Woman to Motorcycle Around the World: ou une lecture inspirée par cet article. En 1982, la jeune anglaise Elspeth Beard a une idée incongrue: elle va faire le tour du monde à moto. Elle étudie l’architecture mais elle rêve d’ailleurs et elle aime voyager sur sa BMW. Personne ne la croit capable de cette entreprise, un magazine spécialisé à qui elle avait demandé du soutien se moque ouvertement d’elle. Et pourtant, après avoir épargné en travaillant dans des pubs, elle se met en route. Elle part d’abord pour les Etats-Unis où elle retrouve de la famille, puis va en Nouvelle-Zélande et en Australie où elle travaille pour un cabinet d’architectes, le temps de renflouer ses finances. Elle repart ensuite; sa traversée de l’île est épique suite à des inondations. Les étapes se suivent, Singapour, la Malaisie, la Thaïlande, et puis l’Inde et le Népal où elle retrouve ses parents et où elle rencontre Robert, un Hollandais, avec qui elle poursuivra son voyage vers l’Europe.

Elspeth n’a que 23 ans mais elle affronte la route et les épreuves avec persévérance et conviction. Certains moments sont extrêmement compliqués, mais elle continue son chemin. La seconde partie du voyage avec Robert est un peu différente, elle n’est plus seule, mais les embûches semblent parfois insurmontables (l’administration indienne est tout simplement kafkaïenne). J’ai lu ce récit de voyage en quelques jours, tournant page après page, voulant connaître la suite de l’histoire. Il s’agit d’un périple exceptionnel, qu’Elspeth Beard raconte une trentaine d’années plus tard. Elle explique ses motivations et décrit ses émotions, aussi après son retour où personne ne s’est intéressé à son voyage. Ce récit est passionnant, il fait le portrait d’une femme exceptionnelle à une époque où voyager n’était pas aussi facile qu’aujourd’hui. Je recommande !

Hugo (1937-2020), mon papa

(voici le texte que j’avais écrit pour la cérémonie de funérailles de mon papa, en version longue)

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Pâques 1974, Tassili (Algérie), devant le Grand Dieu de Séfar

Il fait tellement chaud depuis une semaine. Cela n’aurait pas dérangé papa, il a toujours aimé la chaleur et n’a jamais craint la canicule. 

C’était à ces moments-là qu’il commençait souvent à repeindre la façade de la maison, en plein soleil, sous les regards horrifiés de maman.

Du blanc sur blanc.

Comme le peintre russe Malévitch. 

Il était passionné de peinture et allait d’une exposition à l’autre, d’un musée à l’autre. Il aimait l’art classique, les peintres paysagistes du 19e siècle mais aussi l’art moderne et contemporain. 

Il m’a initiée au pop art – nous adorions aller ensemble aux musées Ludwig de Cologne et d’Aix-la-Chapelle. 

Nous riions ensemble devant les idées farfelues des artistes, comme cette dame à bigoudis poussant son caddie de Duane Hanson ou les boîtes de soupe Campell’s d’Andy Warhol. 

Quand j’étais à la fin de l’adolescence, je lui ai parlé d’artistes contemporains, de Keith Haring, de Jean-Michel Basquiat dont nous avons été voir la première grande rétrospective au Whitney Museum de New York en 1992, emmenant par la même occasion tout une groupe de personnes qu’il guidait à ce moment-là.

Il adorait en effet voyager et avait trouvé un moyen pratique pour parcourir le monde: il guidait des voyages pendant les vacances scolaires. Il a commencé quelque part au début des années 1970, après avoir fait la connaissance de son beau-frère, Marc qui organisait des voyages culturels pour le « Stichting ». Chacun avait sa spécialité: si Marc se réservait plutôt l’Extrême-Orient, papa est vite devenu le spécialiste des pays de l’Est et de l’Afrique subsaharienne. 

Il est allé tellement souvent en Union Soviétique, encore communiste à l’époque, que je lui avais demandé récemment en riant s’il n’était pas un espion. Ce n’était pas le cas. Il se savait surveillé, comme tous les touristes de l’époque. Pourtant il n’a pas hésité à importer des roubles illégalement, les cachant dans ses chaussettes. Il a eu de la chance cette fois-là: on lui avait demandé d’enlever ses chaussures au contrôle douanier. 

Il a sillonné  ce grand pays d’un bout à l’autre, parfois seul avec un groupe, parfois avec moi et maman, et le groupe. Mon premier voyage en avion, c’était d’ailleurs à Moscou, Vladimir et Souzdal, je devais avoir 10 ans. Hugo et Geert, ses neveux, étaient là aussi. 

Je me souviens du départ, ça a été une sacrée aventure. Nous devions partir un 24 décembre mais il y avait du brouillard à Bruxelles et aucun avion ne pouvait décoller. On nous a conduit en bus au Luxembourg, où on nous a finalement dit qu’on allait à l’aéroport de Francfort – pour en fait mieux retourner à Bruxelles. Nous y sommes montés dans l’avion d’Aeroflot pour manger, mais il n’était toujours pas possible de partir. Nous avons finalement passé la nuit à l’hôtel à Zaventem, à quelques kilomètres de la maison.

J’ai donc vu Moscou sous la neige, en décembre, et puis, plus tard, Moscou au printemps, en avril. Ce n’était qu’une escale cette fois-là: nous sommes partis pour l’Ouzbékistan où nous avons visité les superbes mosquées de Samarcande, Boukhara et Khiva. C’était ma première incursion en Asie.

Papa a aussi voyagé en Géorgie, en Arménie, en Ukraine – il a vu les célèbres marches d’Odessa mais son souvenir le plus fort était ce long voyage à travers la Sibérie, sur les rives du lac Baïkal, et jusqu’à Khabarovsk – il était impossible d’aller à Vladivostok à cette époque, c’était une ville fermée, mais il aurait bien aimé. 

Il avait aussi cette passion pour l’Afrique. Son goût du voyage est sans douté né là. 

A la fin des années 1950, après des études pour devenir enseignant, il devait faire son service militaire. Quand il a appris qu’il pourrait l’effectuer au Congo Belge, il a sauté sur l’occasion. Il y a passé un peu plus d’un an, dans les remous menant à l’indépendance. Il a vécu un grande partie du temps sur l’Equateur, où il enseignait à la population locale. Il n’a quasi jamais tenu une arme en main; d’ailleurs quand c’était son tour de monter la garde de nuit, il partait avec son oreiller. A la toute fin de son service militaire, il se souvenait avec tristesse qu’il avait dû aider à embarquer dans l’avion des cercueils de militaires tués lors d’une échauffourée. 

Au moins de juin, je devais écrire des textes sur la chanson « Indépendance cha-cha » et sur Lumumba. Papa m’a alors évoqué qu’il avait croisé ce dernier en rue à Mbandaka où il était stationné. Il m’a aussi raconté qu’il était pour l’indépendance du Congo, ce qui traduit bien ses idées toujours progressistes. 

Quand il est rentré en 1960, sa future épouse, Jacqueline, l’attendait. Ils se sont mariés un an après. Je ne sais que très peu de ce mariage; papa n’en parlait jamais. Je pense qu’il a beaucoup souffert de son décès en 1969.

Un an après, il épousait ma maman, Angèle. Il l’avait rencontrée au cours du soir – il donnait en effet des leçons de français à des étrangers. Il garait toujours sa voiture derrière celle de maman, une Triumph, et espérait la voir. C’était l’époque des mini-jupes et mon papa était charmé. Comme elle était plus âgée que lui, il lui avait expressément demandé si elle pouvait encore avoir des enfants. Impossible de répondre à cette question évidemment, mais je suis née un peu plus tard en 1972. 

Il m’a dit que ces années-là ont été les plus heureuses de sa vie, jusqu’au premier cancer de ma maman, en 1978.

C’est aussi à cette époque qu’il a fait ses plus beaux voyages, qu’il a découvert le désert du Sahara qui l’aura marqué toute sa vie. Il disait à l’époque qu’il souhaitait que ces cendres soient dispersées dans le désert du Ténéré mais par la suite, il m’a dit qu’il voulait être enterré près de maman. 

Il était fasciné par les peintures rupestres du Tassili et par les « hommes bleus », les Touaregs. Plus tard, il a parcouru le Mali et le Burkina Faso, toutes des destinations qui sont difficiles à visiter aujourd’hui. 

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Pâques 1974, Tassili (Algérie)

Il a aussi traversé deux fois une contrée bien plus nordique mais tout aussi désertique et aride, l’Islande. Il aimait les volcans, et quand je me suis trouvée devant le Sakurajima au sud du Japon, il y a deux ans, j’ai très fort pensé à lui, et je lui ai envoyé une carte, ce que je ne faisais plus jamais d’habitude. 

Son rêve, c’était d’aller à New York, mais il ne parlait pas anglais. Malgré tous ses efforts, ça ne rentrait pas. Il était pourtant trilingue: il passait sans effort du néerlandais au français, qu’il avait appris en prenant des cours à Lille, et au dialecte, le west-flamand. A la maison, dans les conversations avec maman, il alternait, commençant parfois une phrase dans une langue et la terminant dans l’autre, comparant aussi souvent les variantes de leur dialecte. 

Quand j’étais petite, nous parlions néerlandais et français ensemble. Une fois que j’ai été à l’école primaire en français, je ne lui ai plus jamais parlé en néerlandais, j’ai eu un blocage, j’avais peur de faire des fautes. Mais il ne me l’a jamais reproché, il savait que j’étais bilingue.

Mais revenons à New York – entretemps, j’avais appris l’anglais et j’avais promis de l’aider. Il a donc organisé deux fois un voyage musées et opéra, avec un programme très dense. C’était même un peu son défaut: il ne voulait rater aucune minute de la journée quand il était à l’étranger, il ne laissait pas les gens souffler. Ma maman et moi, nous avons d’ailleurs pris une après-midi pour aller faire du shopping. Ce n’était pas prévu par papa !

Quand il souhaitait aller voir une exposition dans un des pays voisins, il organisait un citytrip d’une journée en car. Il avait toujours cette envie de partager ses connaissances avec des amis. Il s’était construit un public de fidèles qui l’accompagnaient souvent et qui écoutaient avec plaisir ses longues descriptions de courants artistiques et ses énumérations sans fin. Moi, je l’avoue, je m’endormais souvent à ces moments-là.  

Nous faisions aussi de nombreuses excursions en voiture en Belgique et dans les pays limitrophes, dans une des trois Volvo successives. Nous avons été aux Pays-Bas, en Normandie, en Ile-de-France mais aussi en Allemagne, visiter les musées d’art moderne de la région de la Ruhr. Dès que j’ai eu l’âge, je prenais la carte routière et je le guidais. Nous avons également profité maintes fois du Thalys pour aller à Paris pour la journée. 

Il adorait les cathédrales et les vieilles églises, mais n’était pas très religieux. Il avait été dégoûté par une certaine forme de catholicisme très strict et peu ouvert après après avoir passé quelques années au pensionnat, un endroit qu’il surnommait « la prison ». Il en a cependant toujours gardé les valeurs et souhaitait malgré tout une cérémonie à l’église pour ses funérailles. Et de préférence dans une vieille église, comme celle où nous trouvons aujourd’hui. 

Pendant ces dernières années, la conversation était parfois un peu difficile, et donc nous revenions toujours sur le sujet des voyages, les siens mais aussi les miens. Il me demandait chaque fois où je voulais aller et était très heureux quand je partais à la découverte du monde. Début mars, je lui racontais que je voulais aller en Géorgie en mai et il me disait que c’était un si beau pays. Ce voyage est maintenant reporté mais je sais que quand je pourrai y aller, je penserai beaucoup à lui. 

Il s’est impliqué dans diverses associations culturelles, à Drogenbos et à Tervuren. Il était membre des Vrienden van de School van Tervuren, est devenu président de la Fondation Roger Somville, son ami et était très proche également du peintre Edmond Dubrunfaut. Il a même écrit quelques livres. 

Il a enseigné toute sa vie l’histoire, l’histoire de l’art et la géographie au Sint-Jozefscollege à Woluwe-Saint-Pierre, à des centaines de garçons et à deux ou trois filles lors de sa dernière année. Il y organisait chaque année une exposition dans le cadre de la « Lentefeest ». Les périodes d’examens étaient toujours un peu tendues à la maison: il y avait tant de copies à corriger ! En juin, souvent, il regardait le foot en même temps, déclarant qu’il faisait ainsi deux choses inutiles à la fois !

Ses anciens élèves, que je rencontre encore parfois – le pharmacien, le dentiste… – ont gardé de bons souvenirs de lui. C’était un enseignant sévère mais qui connaissait tant de choses et qui s’inquiétait vraiment de ses élèves. 

C’était aussi un papa sévère par moments: il avait prévu que je devais obtenir trois choses dans la vie: un diplôme universitaire, l’agrégation et… le permis de conduire. C’était une pression certaine mais je les ai eu tous les trois en trois mois. ça avait pourtant mal commencé, cette histoire: en rhéto, je m’étais lassée de l’école et mes points avaient chuté. Je suis rentrée des examens de Noël avec un 9/20 en français. Sa colère a été cataclysmique. Après une engueulade mémorable où il m’a dit «  tu ne vaux rien, tu deviendras caissière au Delhaize », il ne m’a plus parlée pendant les deux semaines de vacances. 

Il voulait juste le meilleur pour moi, il m’aimait tant. 

Quand j’étais petite, c’est lui qui me racontait des histoires avant de m’endormir. Si j’ai demandé que soit lue celle de l’Arche de Noé lors de cette cérémonie, c’est parce que c’était notre favorite. Il en avait évidemment changé certains passages, et Noé était devenu un grand amateur de vin. 

Ces dernières années, sa santé a décliné tout doucement. Il s’est déplacé de moins en moins, regardant les courses cyclistes de l’avant-saison à la télévision (il adorait ça), lisant de nombreux livres et romans, souvent conseillés par sa compagne Francine qui venait passer les week-ends avec lui, entouré par toutes les oeuvres d’art qu’il avait acheté au cours de sa vie. Et en buvant un verre de vin rouge, ou plusieurs. Et un picon vin blanc, évidemment, son apéritif préféré qu’il avait découvert lors de son apprentissage du français à Lille. 

Un jour avant Noël, il y a deux ans, il s’est rendu compte qu’il avait peur de rester seul à la maison et a demandé d’aller en maison de repos. Son ami polonais Stacek l’aidait beaucoup mais ce n’était plus suffisant. Je sais qu’il n’était pas tout à fait heureux de cette situation mais il m’a toujours menti sur le sujet. 

Là encore, il était entouré de ses tableaux préférés, et il pouvait observer les écureuils par sa fenêtre. 

Sa vue a baissé, et les journées étaient longues. Mais sa radio était toujours allumée, branchée sur Musiq3.

Il l’écoutait encore mercredi. 

Short diary of the week (353)

Lundi: retourner dans le centre ville pour la première fois depuis début mars, acheter du thé (et puis aussi des bd, des feuilles de pandan et du colorant alimentaire), terminer mon roman dans le métro, planter le reste des plantes, commencer un nouveau roman, improviser un plat qui est assez réussi, la fin – enfin – de ce film: Vivre d’Akira Kurosawa (1952), Garden rescue

Mardi: préparer mentalement une liste de choses à faire ce matin, une lessive, de la couture, et puis cet appel de la maison de repos pour me dire que mon papa ne va pas bien, son médecin est plus direct: il ne lui reste que quelques jours

Mercredi, dans l’après-midi: Hugo (1937-2020)

ce journal s’arrêtera ici pour cette semaine, le blog tournera au ralenti pendant quelques jours encore

Short diary of the week (352)

Lundi: le retour au bureau en transports en commun – je devais acheter un nouvel abonnement, parler avec des collègues, ne pas avancer dans le boulot, ne même pas terminer ce qui était prévu, partir plus tôt pour faire un peu de shopping, renflouer les réserves de produits de beauté, le plat d’hier est encore moins bon aujourd’hui, lire au jardin, l’attaque des moustiques au crépuscule

Mardi: prendre la voiture, voir des collègues et parler, et puis me concentrer pour achever les trucs d’hier, et donc la direction ne prendra aucune mesure de télétravail avant lundi prochain parce qu’elle est en vacances, il me reste trois textes à écrire avant mes propres vacances – vais-je y arriver ? (la deadline est auto-imposée, ce n’est donc pas sûr), un début de maux de tête, préparer à manger, A house through time, Garden rescue

Mercredi: travailler à la maison, un premier de jet de texte, le retour des maux de tête, le début d’un second texte, lire un moment au jardin, le fin (enfin) de la troisième saison de Babylon Berlin

Jeudi: une nuit agitée à cause des avions, le retour des maux de tête, la suite des textes, bien avancer, vider le nouveau point d’eau pour remettre de l’eau propre (et arroser le jardin en même temps), tester un autre embout pour les fontaines, lire, passer la soirée au jardin et profiter du beau temps

Vendredi: me souvenir sous la douche que j’ai quelques tâches urgentes à faire aujourd’hui, les faire de suite, continuer le reste du travail, la canicule, les courses, aller voir mon papa, je suis vraiment triste de le voir comme ça, chaque visite est une épreuve pour moi, cuisiner un menu birman pour mes amis, parler toute la soirée au jardin alors que les températures diminuent doucement et que les loupiotes s’allument une à une

Samedi: tenter de rafraîchir la maison avant les nouvelles chaleurs, terminer la toile pour cette nouvelle robe: ça ne fonctionne pas du tout et laisser le projet en plan pour y réfléchir, du jardinage, de la lecture, et puis encore de la lecture en soirée au jardin, rentrer au moment où je sens que je vais m’endormir

Dimanche: la petite déprime du dimanche matin: comment vais-je occuper deux semaines de vacances alors que je n’ai rien envie de faire aujourd’hui ?, contrer la déprime par une vieille solution que je n’appliquais plus depuis longtemps: faire du shopping (en ligne), il ne reste plus qu’à attendre les colis (deux robes, deux jupes, deux t-shirts, et un colis de parapharmacie), réfléchir aux nouveaux emplacements des plantes, tergiverser beaucoup, hésiter à déplacer des plantes à l’aube d’une canicule, et puis me lancer, en fin d’après-midi j’ai finalement avancé bien plus que prévu et ça donne bien, il faudra juste arroser beaucoup les prochaines semaines, continuer ce film commencé la semaine passée, je m’endors à 40 minutes de la fin (mais j’ai regardé 1 heure)