Dans un jardin de Chine

9782877304863fs_zpsglrd5efuJacques Pimpaneau, Dans un jardin de Chine: l’activité « Un mois, un éditeur » autour de Philippe Picquier m’a poussée à fouiller dans ma bibliothèque. J’ai pendant toute une période acheté beaucoup de livres de l’éditeur sans jamais les lire. J’ai notamment toute la collection des livres de Maït Foulkes sur le thé, les épices, le riz, etc. Un voyage en Chine dans les années 1990 m’a dirigée vers les livres de Jacques Pimpaneau, grand spécialiste du pays en France. Pour l’occasion, j’ai ressorti le petit recueil intitulé Dans un jardin de Chine – l’arrivée du printemps titille mes envies de jardinage ! Il ne s’agit pas vraiment d’un livre factuel sur les jardins chinois mais une invitation au voyage, entre des textes plus descriptifs et des textes plus poétiques d’auteurs chinois. De nombreuses gravures illustrent les propos et tentent de partager avec le lecteur une certaine philosophie du jardin taoïste. Une lecture qui fait rêver, tout comme les paysages locaux qui sont reproduits dans les jardins.

L’hiver dernier, je me suis séparé de toi

510kwhpqjpl-_sx195__zpsouqmyepkFuminori Nakamura, L’hiver dernier, je me suis séparé de toi: je n’ai pas pu m’en empêcher, j’ai acheté un autre roman pour « Un mois, un éditeur« . J’avais noté cet auteur japonais contemporain dans la liste que j’ai partagée récemment et la quatrième de couverture me proposait un polar alléchant, probablement violent et glauque. J’ai pensé à Ryu Murakami et à certains films de de Kiyoshi Kurosawa et je me suis laissé tenter.

Un écrivain est chargé par son éditeur de rédiger un récit autour d’un photographe qui a été accusé de l’immolation de deux femmes. Il tente de trouver les motivations de ce crime et rencontre le meurtrier et son entourage. Et puis l’histoire se complique, l’écrivain laisse tomber le livre, se sentant menacé. Un autre style de narration prend le relais: Nakamura propose des documents divers racontant des bouts de l’histoire et amène un dénouement  – avec retournement de situation – qui m’a franchement déçue. Tout ça pour ça ? Où est le sang ? Où est l’horreur ? Une immolation par le feu est censé faire peur, elle est probablement l’oeuvre d’un esprit grandement dérangé. Rien de tout cela transparaît dans ce roman qui est très peu fouillé et dont l’histoire est très peu développée.

Cette lecture a provoqué une discussion avec un ami amateur de littérature japonaise comme moi. Je me demandais pourquoi ce roman (et d’autres) était si simple et si court, avec des phrases très minimalistes et aucune description qui campe le décor. Une question de traduction ? Le passage de l’idéogramme aux caractères latins ? Or il existe des romans plus anciens mais également plus récents qui sont beaucoup plus fouillés et dont l’écriture est beaucoup plus élaborée, malgré la passage par la traduction. Je pensais notamment au roman de Murakami Ryu, Les bébés de la consigne automatique, mon ami me parlait de Tanizaki ou Mishima. J’exclus quelque part Murakami Haruki parce qu’il a une écriture fort « européenne ».

Une autre réponse possible serait peut-être le choix des romans traduits et donc la qualité du texte original: est-ce que ce sont des bestsellers ? Inversement, quels sont les romans français actuels traduits en japonais ? Marc Lévy ? Eric-Emmanuel Schmitt ? ou d’autres du même style ? Ou est-ce lié à la différence entre la culture japonaise et occidentale ? J’ai lu pas mal de romans japonais contemporains dans le passé et j’ai souvent été interpellée par leur brièveté et leur simplicité. C’est d’ailleurs pour cette raison que j’ai abandonné leur lecture pendant une dizaine d’années. Je reprends le fil aujourd’hui mais la question se pose toujours. Je ne pense pas avoir une réponse définitive à ce problème mais si vous avez d’autres raisons à proposer, n’hésitez pas à commenter.

Short diary of the week (187)

Lundi: me lever un peu plus tôt pour cause de formation qui commence à 9h, formation qui commence en fait à 9h30, de l’agressivité, un cerveau qui bouillonne, une formation qui dépasse le temps prévu, et donc plein de conseils pour mieux écrire sur le web, rentrer crevée, Black Sails, Longmire

Mardi: tenter d’avancer mais être vite interrompue par les suites de la formation, les mêmes schémas d’agressivité se répètent et tout le monde est sur les nerfs, mon point de vue n’est pas le même et je m’accroche avec des collègues, dur de travailler après tout ça, une discussion à ce propos avec une amie qui me calme un peu, une autre discussion à propos de tout et de rien qui me fait plaisir, Broadchurch

Mercredi: il a fait froid cette nuit – la voiture est couverte de givre, me décider pour la robe aux petits Mont Fuji, voir mon chef apparaître à 10h30 après deux jours d’absence, me lasser du tri des disques et lire un texte sur les musiques actuelles du Caire, aider un collègue à faire des soldes, aujourd’hui je me dépêche de rentrer pour être tôt à la maison – ah ben non il y a des soucis de métro, The 100, The Americans

Jeudi: des textes qui s’écrivent plus ou moins facilement selon les thèmes, laisser tomber les activités d’écriture dans l’après-midi pour des tâches plus faciles, réussir à partir à l’heure et puis ne pas savoir quoi faire une fois rentrée, feuilleter quelques magazines, Chaussée d’amour, Riverdale

Vendredi: faire une liste des tâches de la journée, les exécuter l’une après l’autre, un rendez-vous à l’extérieur, profiter du retour en bus pour discuter avec ma nouvelle collègue, terminer les tâches de la journée, enfin le weekend !, Longmire, Gardener’s World, m’endormir comme une masse dans le fauteuil

Samedi: écrire des billets lecture, ranger le linge, m’attaquer à la pelouse et enlever des quantités gigantesques de mousse, terminer un livre, manger léger, Rancho Notorious (Fritz Lang – 1952), tomber de sommeil bien trop tôt

Dimanche: une courte matinée pour cause de changement d’heure, de menus travaux de jardins et le grand déménagement des plantes vers l’extérieur, lire au soleil, tenter un curry indien en modifiant la recette – ce sera mieux la prochaine fois !, The 100, Longmire

Big bang city

518w44hpojl_zpswirfnnchMahigan Lepage, Big bang city. Voyages en mégalopoles d’Asie: le sous-titre explique immédiatement pourquoi j’ai acheté ce livre. Mahigan Lepage a visité huit grandes villes asiatiques: Manille, Jakarta, Beijing, Shanghai, Kolkata, Delhi, Mumbai et Bangkok (j’en ai visité trois). Son but était de raconter la ville, tous les jours, sous forme d’un blog. Il ne parle pas des villes touristiques mais des hommes et des structures, des grands boulevards qui relient, des lignes de métro interminables (si elles existent), des transports, du gigantisme, du nombre innombrable, de la modernité qui côtoie l’ancien. Ses textes ont le rythme du jazz, souvent syncopés, parfois poétiques, bruyants comme les villes, ne laissant aucune place au repos. Ce rythme effréné pèsera sur l’auteur, il tombera malade à Kolkata, Delhi et Mumbai sont racontés avec moins de détails, à Mumbai même, il ne sort quasiment plus de sa chambre d’hôtel. Les mégalopoles épuisent. En commandant ce livre au prix relativement élevé (28€), j’imaginais un recueil en grand format et aux belles photos. J’ai été déçue, à tel point que j’ai rangé le livre dans une de mes nombreuses piles: il a le format d’un roman grande édition et le papier utilisé rend les photos un peu ternes, granuleuses. Quand je l’ai ressorti quelques semaines plus tard (le grand thème de la saison prochaine à mon travail est la ville) et que j’ai lu l’introduction, j’ai encore plus regretté mon achat: tout avait été publié sur un blog… Et pourtant au fil de ma lecture, j’ai été happée par l’écriture, je n’ai pas pu l’abandonner et je n’ai pu m’empêcher de le terminer en une traite.

Le naturaliste

cvt_le-naturaliste_7645_zpsxesuicjqAlissa York, Le naturaliste: de cet auteur, j’avais lu Effigie qui m’avait laissé une forte impression. Je n’avais pourtant pas suivi sa carrière et c’est le hasard d’une rencontre en librairie – de même que les commentaires passionnés de la libraire – qui m’ont poussé à acheter ce roman (et cette magnifique couverture évidemment !). Et l’histoire aussi, qui correspond tout à fait à ce que je recherche pour le moment même si cela ne se passe pas en Asie. 1867 – Walter Ash, naturaliste et spécialiste de l’Amazonie, vient de mourir. Sa femme, Iris, accompagnée de sa dame de compagnie Rachel, ainsi que du fils de Walter et de sa première femme, Paul, décident de retracer les pas de Walter en Amazonie. Ils débarquent à Bélem et sont de suite confrontés à un monde très différent. A partir de là commence une expédition sur le fleuve Amazone, à la recherche des animaux – reptiles et tortures – qui avaient passionné Walter. C’est aussi un retour au passé et la rencontre de la famille de Paul, sa mère était une indienne. Le récit alterne entre 1867 et le journal de Walter, écrit en 1844 mais ce n’est pas un récit d’hommes. Ce sont les femmes qui prennent la place principale; elles ne sont pas les pauvres apeurées qu’on aurait tendance à décrire à cette époque. Non, elle montrent une certaine force, s’adaptent au milieu hostile de la jungle et se découvrent en même temps, beaucoup plus libres qu’auparavant. Alissa York a un talent certain pour la description de la nature – la bibliographie montre qu’elle a fait de nombreuses recherches mais elle ne s’attarde que très peu sur la création d’un arc narratif et un récit dramatique. Pendant toute ma lecture, je me suis demandée ce qui allait se passer et finalement ce se qui se passe est très minimaliste, de l’ordre de micro-événements. Ceux-ci ont cependant toute leur importance dans le récit. Même si c’est une fiction, le roman s’approche bien plus d’un récit de voyage. Ce qui ne me pose aucun problème vu que j’adore ça !

Shots ! Alcool & cinéma

shots_zpsrwskeue2Dick Tomasovic, Shots ! Alcool & cinéma: revoir l’histoire du cinéma sous l’angle de l’alcool ? c’est le propos de ce livre. Dick Tomasovic, professeur de cinéma à l’Université de Liège, s’attache à décrire les représentations d’ivrognes et d’abstinents dans le cinéma, les verres pris comme réconfort ou comme stimulants; il recense les visions de l’alcool comme déchéance ou comme source de burlesque; il montre l’ivresse au travers de 39 films et une série, datant des débuts de l’histoire du cinéma à aujourd’hui. Des classiques, évidemment, comme The Party ou Lost in Translation, des dessins animés – la scène du delirium tremens dans Dumbo -, du cinéma japonais: Le goût du saké ou L’ange ivre et puis, un dernier pour la route avec Mad Men. Mais aussi des courts-métrages des années 1900-10 qu’il est facile de trouver sur youtube et donc regarder immédiatement. C’est un livre qui montre toutes les facettes de l’alcool au cinéma et qui se lit avec plaisir (d’autant plus si on a vu les films).

Short diary of the week (186)

Lundi: mettre une nouvelle robe très printanière (et constater qu’il y a un souci d’ajustage au niveau des seins – oh well…), ressortir un parfum plus printanier, sentir des maux des tête qui apparaissent, Black Sails, Call the Midwife – fin de la saison 6 et triste que ce soit fini

Mardi: calculer combien de temps il me faudra pour terminer ce livre et pouvoir commencer un nouveau – ça devient une habitude (et ce n’est pas que je ne l’aime pas – au contraire), constater que le premier jet de mon texte écrit hier n’est pas si mal et en éprouver une certaine fierté, reprendre un certain rythme – le travail sur la Grèce m’a vraiment aidé, Broadchurch, Longmire

Mercredi: tenter de repérer ce que lisent mes voisins dans le métro, oh cet homme lit Dans la forêt de Jean Hegland qui est sur ma PAL, une journée de formation à propos des pages facebook, des discussions communication, rentrer à mon aise, me faire débloquer de partout chez Coyote, je n’avais même pas senti les blocages dans mes doigts, quelques fous rires parce que je suis une patiente différente paraît-il, un épisode de Twin Peaks pour rester dans une ambiance un peu rêveuse, terminer mon roman

Jeudi: deux chats qui s’observent, je peux à nouveau tourner la tête à droite sans avoir mal !, ce livre est juste ce qu’il me fallait pour ce projet dont le futur est de plus en plus lointain, une grande fatigue malgré tout, tenter de trier les disques d’Oum Kalsoum et trouver une liste de ses chansons avec les dates, ce soleil…, un cocktail complètement raté au goût trop bizarre, The Americans, Longmire – fin de la saison 2

Vendredi: écrire mon budget pour l’exercice suivant mais manquer d’éléments, du travail répétitif, Chaussée d’Amour, Gardener’s World, terminer mon roman

Samedi: lancer une lessive, réfléchir à une future robe, aller acheter sous la pluie des fournitures de couture, hésiter devant les fleurs au marché mais ne rien acheter, aller voir mon père qui est complètement déprimé à cause d’une future opération et ne pas savoir comment réagir, tenter de ne pas me laisser entraîner par son humeur, transformer ce patron de 1954 à mes mesures, lire dans le canapé, me souvenir de cette lessive qui aura eu le temps de bien chiffonner, Devil’s doorway (Anthony Mann – 1950) – un western pro-indien même si le personnage principal Indien est joué par un Blanc – avec en prime une femme forte et intelligente – enfin pour l’époque, Longmire – début de la saison 3

Dimanche: réveillée tôt, de la zumba, de la couture – une première toile qui demande un certain nombre d’adaptations, de la lecture, du shrub au concombre, Rio Grande (John Ford – 1950)

Let’s cook our books #22: Georgian chicken stew

Georgian chicken stew

Beaucoup de recettes ont l’air appétissantes dans Sirocco de Sabrina Ghayour, sauf que quand je dois en choisir une, je n’y arrive pas. Beaucoup sont très estivales alors que l’hiver n’est pas encore tout à fait terminé et je cherchais plutôt un plat mijoté. Je me suis rabattue sur le « Georgian chichen stew » sans grand enthousiasme, d’abord parce que les recettes de Taste of Persia de Naomi Duguid demandent des ingrédients bizarres et ensuite parce que la recette me semblait trop simple: du poulet, des tomates, de l’oignon, à peine quelques épices et du vinaigre. Grande fut mon erreur ! En fait, le plat n’est en effet pas très spécial jusqu’à la fin mais c’est l’ajout d’herbes fraîches qui change tout. La combinaison de coriandre, persil plat et surtout d’estragon est assez insolite – de même que le vinaigre – et procure au plat un goût très particulier et frais. Accompagné de riz, c’était juste parfait et vu sa facilité, je risque bien de le préparer encore souvent.

Appel du pied

51mmmmomael-_sx312_bo1204203200__zps2dqbfwavRisa Wataya, Appel du pied: j’ai ressorti ce court roman de ma PAL dans le cadre d’Un mois, un éditeur organisé par Yspaddaden et consacré à Philippe Picquier. Je pensais que j’en avais plus dans ma pile mais ce n’était pas le cas, avant que je n’aille en librairie et que je me laisse tenter par un autre auteur japonais contemporain. Mais revenons à Risa Wataya dont j’avais beaucoup aimé Trembler te va si bien. Appel du pied est dans la même veine: Hatsu est une lycéenne fort solitaire, elle n’a que peu d’amis et est attirée par Ninagawa, un garçon de sa classe quelque peu bizarre et également sans amis. Il est obnubilé par la mannequin Oli Chang et rassemble toutes les informations possibles sur elle. Hatsu l’intéresse parce qu’elle a vu en vrai la vedette dans un magasin et ainsi commence entre eu une relation assez bizarre. Hatsu lance des appels du pied répétés mais ne reçoit pas vraiment de réponse et elle doute beaucoup d’elle-même. Risa Wataya nous fait entrer dans le monde des amours d’adolescents, souvent à sens unique, souvent incompris. Le résultat est une chronique sensible et juste, aux moments parfois drôles, et qui m’a renvoyée à ma propre adolescence avec une certaine nostalgie (mais tout en étant contente que cette période compliquée soit loin derrière moi).

Passagère du silence

Fabienne Verdier, Passagère du silence: reçu de Kleo lors d’une ronde des poches (une ancienne, pas l’actuelle – Kleo et moi, nous ne nous connaissions pas encore mais elle a visé très juste), ce livre a traîné longtemps sur ma PAL parce que je soupçonnais l’avoir déjà lu (c’était le cas, mais peu importe, je l’ai relu avec beaucoup de plaisir). La jeune Fabienne Verdier part au début des années 1980 en Chine, au Sichuan pour étudier les beaux-arts chinois. Elle se retrouve dans une école artistique régie par le parti, où on enseigne l’art académique. Ce n’est pas cela qu’elle recherche… Au fil des rencontres, elle fait connaissance de vieux maîtres en calligraphie et c’est ainsi que commence un enseignement qui va durer dix ans. Les conditions sont rudimentaires à l’école, entre la crasse, la promiscuité, les maladies et la surveillance constante du parti mais Fabienne survit à tout cela, par amour pour l’art ancien, un art qui a été oublié et dénigré par la Révolution Culturelle et qui dans les années 1980 n’avait pas encore été complètement réhabilité. Elle apprend la patience, dessinant pendant plusieurs mois de suite uniquement des traits horizontaux et verticaux, elle découvre en même temps tout un monde fort différent du sien. Elle participe aux voyages auprès des minorités ethniques du Sichuan au Tibet, souvent cachée, car comme Occidentale, elle n’a pas le droit d’y aller. Le récit est souvent très dur, les conditions étant vraiment difficiles et la Chine de l’époque très peu respectueuse du passé, mais on apprend à connaître une femme et sa détermination extrême. En lisant cette autobiographie, j’ai souvent pensé à Peter Hessler qui raconte sa vie pendant deux ans à Fuling, à peine plus loin que Chongqing où se trouvait Fabienne Verdier mais une décennie plus tard. C’est un monde déjà fort différent qu’il décrit, un peu plus ouvert. On ne ressent pas autant chez lui le poids du Parti Communiste même s’il est toujours bien présent, ni les conditions de vie aussi précaires. Je conseille ce livre de Fabienne Verdier à toute personne intéressée par la Chine, par son histoire et par son art mais aussi à un public plus large.