March 12

Il y a de ces jours qu’on redoute, qui font peur à l’avance, qui font pleurer même si on n’y est pas encore. Le 12 mars, ça fera 10 que ma maman est décédée. Je ne suis même pas sûre que c’était le 12 mars. Elle a été enterrée un 17, de ça je suis certaine. C’était le début du printemps et il y avait beaucoup de soleil après un hiver sombre et humide. Je n’ose pas demander la date à mon papa, je ne sais pas où est le faire-part de son décès, je ne sais même pas si j’en ai gardé. Je n’ai jamais été voir sa tombe. J’ai le vague souvenir qu’elle est quelque part vers la droite dans le cimetière. Je n’ai jamais pu me résoudre d’y retourner. Je sais qu’elle est bien entretenue et fleurie, mon papa y va de temps en temps. Je m’en veux quelque part de ne pas y être allée, j’aimerais pourtant mais je n’y arrive pas. Dix ans sont passés, je ne suis plus la même, je ne suis plus en couple, et je crois que ça aussi fait mal. J’aurais tellement aimé parler avec ma maman, lui dire tout ce qui n’allait pas, lui demander conseil… Elle m’aurait aidée, accompagnée, sans doute brusquée aussi mais surtout consolée en fin de compte. Elle me manque. Les amis, on peut pleurer sur leur épaule une fois, deux fois… mais ils se lassent et veulent qu’on passe à autre chose. C’est normal quelque part, il n’y a pas cette intimité. Une maman, la mienne en tous cas, n’aurait jamais abandonné. Et mon papa dans tout ça ? Ce n’est pas la même chose. Je sais qu’il est là mais nous ne parlons que très peu de nos sentiments. Il me comprend mais il y a une grande gêne de parler de choses intimes. Je n’ai pas de frères ni soeurs, je me suis sans doute trop appuyée sur mon ex-compagnon. Mais je sais que dans l’attente de ce jour anniversaire, je me sens fort seule avec des sentiments de tristesse dont je ne sais que faire, à pleurer toute seule devant mon ordinateur en écrivant ces lignes alors que j’aimerais me blottir dans les bras de quelqu’un.

La vie est faite de plein d’embuscades et d’étapes. Celle-ci en est une. Je vais passer au-delà…

28 thoughts on “March 12

  1. Je suis avec toi en pensées. La semaine dernière, je parlais avec un ami qui vit aussi cette année le dixième anniversaire du décès de son papa, j’ai entrevu comment c’était dur. Tu n’es pas seule à ressentir ça, si cette idée peut tromper un peu ton sentiment d’isolement❤

    1. Certains anniversaires ont plus de poids, à cause de la symbolique qui accompagnent certains chiffres. Je suppose que ce sera moins difficile l’année prochaine.

  2. Câlin!
    Et ne te torture pas sur le fait de ne pas être allée sur sa tombe. Si tu n’en ressens pas le besoin, ce n’est pas la pression de la bien pensante société judéo-chrétienne dans laquelle nous vivons qui doit t’y obliger. Ta maman est présente dans tes pensées, c’est tout ce qui compte…
    (Et si tu veux vider ton sac sur une épaule virtuelle à défaut d’être physiquement présente, n’hésite pas)

    1. Merci.
      Quelque part, ça me dérange de ne pas encore avoir été sur sa tombe, pas à cause de l’obligation judéo-chrétienne mais plutôt parce que je pense que ça me permettrait de passer une étape dans ma vie. Mais je n’arrive pas à accumuler assez de courage pour la passer. D’où le problème que ça me pose.

  3. Je suis de tout coeur avec toi, je me doute qu’un moment pareil doit être très difficile. Ce n’est pas parce que tu n’es jamais retournée sur sa tombe que tu es une mauvaise fille et tu n’as pas à culpabiliser. Le plus important, c’est de savoir que tu l’aimais et qu’elle aussi.
    Et, comme Zéphine, je te propose mon épaule virtuelle en cas de besoin.

  4. Tu as aussi des amis qui ne se lassent pas et si j’aimerais vraiment pouvoir être à tes côtés dans des moments pareils. Je pense très fort à toi et je t’embrasse.

  5. Je serai aussi en pensées avec toi ! Tu ne seras pas complètement seule pour cet anniversaire. Bises d’avance.

  6. J’imagine très bien ce que tu ressens. Je suis d’accord avec Kleo, le fait de ne pas aller sur sa tombe ne fait pas de toi une mauvaise fille. Chaque fois que mon frère vient en Bretagne, il se rend sur le lieu où on a dispersé les cendres de notre mère. Moi, je n’y vais jamais, sauf avec lui parfois, car je n’en ressens pas le besoin. Je vis mon deuil autrement, c’est normal, c’est quelque chose de très personnel, chacun le vit à sa façon.
    Je serai en pensée avec toi le 12 et je t’embrasse bien fort.

    1. En effet, je pense que chacun vit le deuil d’une manière différente. Ecrire ce billet est quelque part aussi une manière de le vivre et de tenter de le faire évoluer.
      Merci.

  7. Beaucoup pensé à ton billet depuis que je l’ai découvert.

    On vit tous le deuil de façon différente, oui. Et on a tous un rapport singulier au temps, aux dates. Ma mère est morte un jour férié du printemps 1997. On a dépassé le redoutable chiffre rond et je dois faire le calcul pour arriver à… 18 ans (glups). La date est comme tatouée en nous parce qu’aussi elle est facile à retenir. Et c’est à chaque fois une journée étrange. Et étrangement il y a comme une paix dans ce souvenir et ce chagrin. Je m’exprime mal. Comment dire ? Cette date implacable – qui est pour tout le monde un jour de fête ou du moins de congé – à la fois me renvoie au manque et m’autorise à la tristesse, et donc me permet de ne pas me blâmer d’être toujours aussi peinée après tant d’années. Ce que je veux dire c’est qu’il y a aussi du réconfort, là, quelque part.
    De même, chaque année, le soir de l’anniversaire de sa naissance, mes soeurs, mon père et moi tâchons de nous retrouver. Un petit resto, des souvenirs souvent joyeux, d’ailleurs, le calcul de l’âge qu’elle aurait. C’est toujours une journée un peu dure, mais ce rendez-vous la rend douce et gaie aussi.

    Voilà un commentaire bien confus…
    En tout cas je pense bien à toi.

    1. Ce n’est pas si confus que ça, je comprends ce que tu veux dire. Je trouve ça très bien que vous alliez au resto, de mon côté, je ne suis pas encore prête à affronter mon papa un jour comme ça. ça viendra peut-être… J’ai beaucoup de mal aussi le 24 décembre, c’était le jour de sa naissance et aussi le dernier jour où elle a eu toute sa tête. Après elle ne nous a plus reconnus, jusqu’à son décès.
      Merci

  8. Je n’ai jamais voulu te brusquer, je t’ai soutenue lors de son enterremment. Il est surement trop tard. Je m’en veux d’avoir trahi sa demande et de t’avoir failli. Tu peux par contre toujours compter sur moi pour t’accompagner et la fleurir. Je sais combien elle te manque.

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