Papillons

(J’ai écrit cet article il y a quelques jours déjà, et même si mon départ en vacances est imminent, je me dis que je dois le publier avant de partir.)

Difficile de parler de choses très intimes sur un blog, surtout quand elles touchent à la sexualité. Il existe quelques blogs qui y sont consacrés et que je lis avec intérêt (tout particulièrement Les fesses de la crémière). Je vais tenter de parler de la mienne, parce que suis fort troublée par une série de choses qui sont en grande partie liées à ma rupture.

Je n’ai pas été précoce: un premier bisou et un premier petit ami à 18 ans. Quelques autres bisous par la suite mais rien de sérieux. Quelques flirts à l’université. A 21 ans, j’ai décidé que ça suffisait et que je voulais perdre ma virginité. Ce que j’ai fait avec le premier garçon plus ou moins convenable que j’ai rencontré à une soirée. Je ne me souviens pas de son nom (même si je l’ai noté dans un carnet) et cela s’est déroulé assez simplement, sans douleurs ni sang de mon côté, mais aussi sans trop de plaisir ni de déplaisir.

Je suis tombée éperdument amoureuse d’un garçon un peu plus jeune que moi, Thomas, qui était au début de ses études. Grand fan de Pearl Jam et de snowboard, il ressemblait un peu à Anthony Kiedis avec ses longs cheveux. Je l’ai ouvertement dragué et nous avons passé deux très belles nuits ensemble. Rien de plus. Il n’était pas amoureux de moi et a juste profité de l’occasion. Je ne lui en veux pas pour ça, je sens que j’ai aussi un peu profité de lui. (Pour la petite histoire, des recherches sur internet m’ont raconté qu’il est aujourd’hui enseignant en Wallonie profonde et qu’il fait partie de l’association colombophile de son village.) A cette époque, j’ai parlé de sexualité avec ma mère, en lui disant que je trouvais ça très agréable. Elle m’a durement répondu que, non, la sexualité, ce n’était pas bien, ça faisait juste mal. C’était clairement un cri du cœur de sa part mais je lui en veux de m’avoir dit ça.

Je dois avoir eu quelques flirts encore par la suite, y compris avec des relations sexuelles mais je ne me souviens pas trop (les noms sont toujours dans le même carnet que je n’ai pas ressorti pour l’occasion). J’ai commencé à travailler très vite après mes études et je me suis fait draguer par un homme plus âgé que moi. Il me plaisait bien, surtout par tout ce qu’il représentait: il organisait des concerts rock ! C’est ici que ce billet devient délicat et que je préfère ne pas tout raconter. Idem pour ma relation suivante, je dirai juste que le sexe se passait bien, surtout avec le suivant. C’était agréable et régulier, et ça me faisait du bien, dans le respect mutuel. J’ai appris à mieux connaître mon corps et à enfin apprivoiser ma sexualité.

Et puis j’ai rencontré diane (je précise, pour ceux qui ne le savent pas, que c’est un homme – c’est juste son pseudo). Étincelles, coup de foudre, papillons dans le ventre, la totale ! Les six premiers mois de notre relation ont été assez réussis au niveau sexe. Je me sentais bien et je découvrais plein de choses. Et puis, mon intérêt a diminué. Peut-être que la lune de miel était finie, peut-être que le décès de ma mère a joué (c’est le point de vue de diane). C’est même au fil du temps devenu douloureux, mais en même temps, comme ça devenait de plus en plus long et de plus en plus laborieux, normal que ça fasse mal, non ? J’ai de plus en plus eu l’impression de perdre mon temps et ça se terminait souvent en larmes à cause de mon incapacité et de mon sentiment d’échec. Je voulais vraiment faire plaisir ! J’ai vu une série de thérapeutes qui m’ont un peu ou pas du tout aidés. Tout cela a finalement mené à notre rupture. Pour diane, c’est une des raisons principales. Pas pour moi.

Le problème, c’est que ça me laisse avec énormément de questions. Je ne ressens plus jamais de papillons dans le ventre, même quand je suis attirée par un bel acteur ou chanteur (avant, cela fonctionnait sans problème). Je me demande si je ressentirai encore cette excitation, si je ressentirai encore une attraction sexuelle pour quelqu’un. Je sais que c’est une des raisons pour lesquelles mes quelques rendez-vous avec des hommes l’été passé n’ont pas abouti. Quand j’ai vu le grand lit qui prenait toute la place dans l’appartement d’un de ceux-ci, j’ai pris peur. Je ne veux pas décevoir mon partenaire et je sais que le sexe est important pour la plupart. Coyote m’assure que tout ça va revenir, que j’ai été blessée et qu’il me faut du temps. Mais si ce n’est pas le cas ? Trouver un homme a toujours été compliqué pour moi, mais en trouver un qui respecte mon désintérêt sexuel ? Pas que je prône l’abstinence totale. Une fois de temps en temps, et pas trop longtemps, ça me convient, mais ce n’est pas l’essentiel dans ma vie. Bref, je ne sais pas trop ce que l’avenir m’apportera à ce niveau-là… Je me pose beaucoup de questions.

Merci d’avoir lu jusqu’au bout, et merci de vos commentaires, si vous avez envie d’en écrire. Cela n’a pas été un billet facile à écrire mais cela m’a fait du bien.

15 thoughts on “Papillons

  1. C’est un peu malvenu de ma part de commenter du haut de mes 27 ans mais peut-être que tu te mets la pression toute seule (par peur de ne pas jouir ou par envie de “performer”) ?
    Sinon, même si on en parle moins, des hommes qui accordent peu ou pas d’importance au sexe, ça existe.

    1. Je me suis en effet mis la pression pendant des années, et j’ai un peu du mal à m’en sortir, parce que cette pression n’a mené à rien de positif. J’espère aussi que ça changera !

  2. Que te dire… J’ai un problème un peu similaire, mais à l’inverse : ma vie sexuelle a débuté dans la douleur et cela s’est manifesté… longtemps. Comme toi, j’en venais à appréhender les relations sexuelles, à culpabiliser de ne pas pouvoir satisfaire mon partenaire, et c’est un cercle vicieux. Plus on redoute, plus on se crispe et plus on se crispe, plus ça fait mal.
    La situation s’est lentement améliorée grâce à plusieurs choses : une analyse commencée il y a dix ans, un compagnon patient et à l’écoute (ça compte !), l’arrêt de la pilule au profit du stérilet, qui a changé mon rapport à ma libido (j’en ai parlé sur mon blog), et des changements positifs dans ma vie qui m’ont dégagé la tête et le corps. Mais moi aussi j’ai eu des périodes où j’avais le sentiment que ça ne m’intéressais pas plus que ça, où je me forçais à me lever tôt le week-end pour éviter de me faire “surprendre”… alors je comprends tout à fait.
    Alors il faut garder courage. Si aujourd’hui ça ne t’intéresse pas plus que ça, ça ne veut pas dire que c’est définitif, ça ne veut pas dire non plus que tu ne trouveras personne… Mais en effet, de ce que tu en décris, on dirait que tu as “repris” la douleur revendiquée par ta mère lorsque celle-ci a disparu (psychologie de comptoir, bonjour !).
    Je suis de tout coeur avec toi.

    1. La pilule que je prends a clairement un méchant effet sur la libido. Mais sans pilule, je me sens très mal 10 jours par mois: maux de ventre, de tête, gonflements et un caractère explosif qui fait fuir tout le monde.
      Ce que tu dis de ton expérience me rassure quelque part. J’espère aussi qu’il y aura des changements, des évolutions, que je ne suis pas coincée dans cette situation pour toujours. Et j’espère aussi rencontrer un homme compréhensif.

  3. Chapeau d’en parler sur ton blog, déjà.

    Je suis assez différente de toi et donc ce n’est pas facile de donner un conseil. Ma libido est forte depuis bien jeune, Mais comme toi ma mère a essayé de m’en donner une image très négative, qui lui appartenait. Déjà c’est, je vais être crue, un manque d’amour envers son enfant, je trouve. Je l’ai laissé avec cela, car même si je trouve que c’est triste pour elle, ce n’est pas à moi de m’occuper de la sexualité de ma mère, et je n’ai pas repris cette douleur. Coupe ce cordon. C’est dans ton pouvoir.

    Je trouve que la sexualité est une énergie saine, naturelle, belle et puissante. Chacun a son rythme, ses préférences, qui varient d’ailleurs selon le partenaire et les circonstances, comme tu le sais. Avant, pendant et après ma dépression j’ai eu une baisse/arrêt spectaculaire. Et puis petit à petit c’est revenu, même plus fort qu’avant.

    Tu as eu des papillons, des relations satisfaisantes, ne te résigne pas. Je crois que ça peut revenir en lâchant prise, en voyant un sexologue peut-être plus approprié qu’un thérapeute, en t’occupant de ton corps d’autres manières (déjà la zumba, peut-être de la relaxation, une autre danse, à deux ?); tout ce qui favorise la sensualité. Penser à ce qui te plaisait quand ça te plaisait. Pratiques-tu la masturbation ? Ce peut-être un rituel déclencheur. S’aimer d’abord, se désirer.

    Voir aussi du côté des hormones: certains manques peuvent faire une grande différence, hypothyroïde, hormones féminines, cortisol en cas de stress, et tu me sembles être quelq’un de stressé. Vaginisme ? En as-tu parlé à un gynéco compétent ?

    Cela m’interpelle que la lune de miel avec diane ait duré si peu…6 mois c’est court. La mort de ta mère oui. Mais ? Dépression cachée latente ? Ou bien, quelque chose de plus fondamental dans ta relation avec Diane, qui fait que tout au fond il ne te convenait/n’aurait convenu que comme ami et pas comme amoureux, et que ton amour n’était au fond que platonique, passé les premiers mois ?

    Plus d’indulgence avec toi-même lors de tes rencontres, franchement, on ne trouve pas si facilement chaussure à son pied, même pour une aventure. L’alchimie doit se faire naturellement, j’ai une amie qui a rencontré plein d’hommes après sa séparation, avant de trouver celui qui l’a emballée vraiment.

    Et bien sûr il y a des hommes moins intéressés par le sexe que d’autres…mais je ne fermerais pas la porte ainsi à ta place.Je trouve que c’est une attitude négative. Laisse l’espace ouvert. Ne sois pas pressée de trouver.

    Je te souhaite plein d’ardeurs à venir😉 et une sérénité retrouvée. Le meilleur est possible.

    1. Je pense que malheureusement le sujet du sexe est trop peu abordé. Il y reste un côté caché et beaucoup d’idées qui circulent sont de l’ordre de la performance. Si on n’est pas bon ou pas intéressé, c’est considéré comme malheureux et négatif.
      J’aimerais bien pouvoir discuter de tout ça avec ma mère, mais c’est une discussion qui n’aura pas lieu vue qu’elle est décédée entretemps.
      J’ai interpellé ma gynéco par rapport au problème et elle a quelque peu évité la question. Ce n’est pas d’elle que j’aurai une réponse. Elle m’a parlé d’un sexologue mais pour le moment, je n’ai pas trop envie. Plus tard peut-être.

      Merci de tes encouragements en tous cas !

  4. Je n’ai pas grand-chose à rajouter par rapport aux précédents commentaires avec lesquels je suis entièrement d’accord. Je pense aussi qu’un travail sur toi est nécessaire pour apprivoiser ta sexualité et je pense, comme Sylvie, que la masturbation peut t’y aider (sans te forcer, bien sûr !).

    En tout cas, de la façon dont tu l’écris, il est fort possible qu’il y ait un lien entre ce que ta mère t’a dit et le fait que ta sexualité soit devenue compliquée. Je comprends parfaitement car ma mère avait le même point de vue que la tienne et a tenté de me faire culpabiliser, comme si le fait que je trouve du plaisir avec mon partenaire était mal. C’est l’une des nombreuses raisons qui font que ça n’allait pas du tout entre nous pendant les dix dernières années de sa vie. Je ne sais pas si tu en as parlé avec Coyote, mais il se peut qu’il y ait un travail à faire là-dessus, effectivement.
    Je te souhaite en tout cas de faire la paix avec toi-même et avec ton corps. Ne perds pas espoir !

    1. C’est un de mes premiers amoureux qui m’a poussée à la masturbation et j’ai toujours apprécié depuis, mais je me rends compte que pour le moment, j’ai plus de mal à éprouver du plaisir. C’est clairement un sujet dont je vais encore parler avec Coyote, en espérant connaître une évolution positive.

  5. J’aurais tendance à dire de ne pas t’inquiéter à l’idée que cela ne revienne plus jamais, car la façon dont je vis ma sexualité, c’est qu’elle est toujours à renégocier (et pourtant je suis avec le même partenaire depuis 9 ans), jamais stable, jamais prévisible, parfois absente… donc rien n’est déterminé, fini d’avance.
    Le problème chez moi n’est pas de ne pas connaître mon corps (découvert très tôt) ou d’avoir d’énormes inhibitions à dépasser. C’est le manque de sensualité de la vie quotidienne qui pèse le plus sur ma libido. J’ai besoin de me voir belle et dynamique et mon partenaire dans le même état pour déclencher le désir… et parfois, la fatigue, la vie quotidienne met du plomb dans l’aile. Je ne le supporte pas et je n’arrive pas à passer au-dessus, c’est assez dramatique. Aller me faire masser, faire du sport, …aide.
    Je sais aussi qu’au plus je me sens seule physiquement, au plus mon envie de contacts corporels explose. Parfois, je regrette la sensation de mes périodes de célibat, d’avoir intensément envie. J’en retiens dans la vie de couple que j’ai besoin de solitude et de moments “sans”.
    Peut-être que tu as besoin de connaître ce vide (qui peut durer plus longtemps que tu le pensais) et le besoin absolu de retrouver le corps de quelqu’un? peut-être aussi qu’il ne faut pas aller vers une nouvelle relation avec en tête ce passif. C’est du passé lié comme tu le dis à des causes très précises, une relation d’une part, et peut-être à des choses en toi d’autre part. Dis-toi que de ces deux éléments, il y en a un que tu laisses derrière toi quoiqu’il arrive : c’est un espace pour renégocier🙂

    1. Peut-être qu’en effet se sentir aimée, désirée et se sentir belle et dynamique comme tu dis, peuvent être bénéfiques. C’est peut-être ça qui a manqué aussi ces dernières années (qui ont été difficiles). Trop de soucis, trop de questions ont sans doute masqué mon envie de faire l’amour. Et je n’en suis pas encore sortie, même si je me sens mieux qu’avant. Mais pendant mes périodes de célibat précédentes, je n’ai jamais ressenti de besoin sexuel comme toi apparemment.
      Mais oui, c’est certainement un espace à renégocier !

      1. “J’ai besoin de me voir belle et dynamique et mon partenaire dans le même état pour déclencher le désir” => je voulais dire le voir lui, mon partenaire, beau et dynamique. Que nous ne soyons pas en permanence physiquement marqué par les soucis et la vie quotidienne. Mais il est vrai que se sentir désirée et belle dans les yeux de l’autre est bien agréable aussi🙂
        Des bisous, je te souhaite plein de ludiques renégociations à venir !

  6. Mets toi moins de pression, sois plus détendue et ne te focalise pas sur les rapports sexuels lorsque tu rencontres un homme. Ce n’est pas parce qu’un homme a un grand lit qu’il a une forte libido.
    Si tu en parles avec ton futur partenaire, s’il est quelqu’un qui en vaut le coup, il saura se montrer patient et t’aider en douceur à t’épanouir sexuellement avec lui. Dès lors que tu te forces afin de combler ses attentes, cela ne te sera en aucun cas bénéfique, au contraire tu le vivras mal et tu angoisseras d’autant plus…

    Par ailleurs, je trouve que c’est très courageux de ta part de te mettre à nu ainsi !

    1. L’homme au grand lit m’a dit très vite qu’il adorait ça😉 Mais tu as raison, il faut en parler avec le partenaire et ça peut sans doute faire avancer les choses.

      Et comme je disais plus haut, je trouve qu’on ne parle pas assez de sexualité ! Je sais que c’est du domaine de l’intime, mais je sais aussi que le blog cité dans l’article me donne des pistes de réflexion.

  7. Pas facile d’être toujours sur la même longueur d’onde avec son partenaire, encore moins dans ce domaine.
    En ce qui me concerne, en ce moment, j’ai l’impression d'”hiberner”, en quelque sorte. Que mon corps en a marre, qu’il sature et qu’il a besoin de repos. Le sexe n’a jamais été une contrainte pour moi aussi en perdre le goût est un peu déstabilisant. Là c’est très personnel, mais vu le fiasco qu’a été mon accouchement, je pense que c’est tout à fait normal de vouloir arracher la tête du premier qui va vouloir me tripoter en dessous de la ceinture ( avec ou sans raison médicale).

    Peut être que ton corps a besoin d’une pause… quand ce sera le bon moment, il saura se manifester ! Je crois qu’il faut respecter cette latence, tout en laissant place à des bonnes surprises sensuelles possibles (conseil que je vais tâcher d’appliquer à ma propre situation).

    1. La pause est déjà longue quand même, mais on verra. Je laisse les surprises venir.
      Quant à toi, j’imagine bien que ton corps est tout chamboulé, mais je suppose qu’avec un peu de temps, ça reviendra aussi.

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