Un souci de santé qui a une longue histoire

J’ai longtemps hésité à écrire cet article. Est-ce que j’allais vraiment dire au monde entier quel était mon souci de santé, celui qui perturbe ma vie depuis des mois maintenant ? Mais je me suis dit que je pourrais peut-être aider d’autres personnes en en parlant, les pousser à aller voir un médecin plus tôt. Je vous préviens, si vous être plutôt pudique ou vite dégoûté, ne lisez pas la suite.

30% des gens (dixit wikipedia) souffre d’hémorroïdes mais personne n’en parle. Une personne sur 350 souffre de fissures anales, mais de même. Cela fait trop partie de l’intime pour que cela se sache. Le premier mal est paraît-il héréditaire dans beaucoup de cas. Merci maman ! Mon père me raconte qu’elle en a beaucoup souffert, je ne me souviens plus trop. Chez moi, ça a commencé à la fin de l’adolescence, et la première fois que j’ai vu un médecin pour ça, il m’a quelque peu dégoûtée. Le généraliste a tout simplement mis son doigt dans mon anus sans prévenir et je me suis sentie un peu honteuse. En tous cas très mal à l’aise, sachant que mon père était présent dans le cabinet. Bref, un peu de psychologie de la part du médecin aurait été bien utile. Il m’a prescrit des suppositoires et une semaine après, c’était terminé. Les années suivantes, j’ai souvent eu de petites crises, vite soignées par une crème sans prescription. J’ai eu la paix plusieurs années durant mais ça a recommencé en force il y a quelques années. Je me suis toujours débrouillée sans voir de médecin, toujours un peu traumatisée par ma première expérience. Lors du voyage au Vietnam en 2010, j’ai eu un gros souci: j’ai eu très mal lors d’un long trajet en voiture, me dandinant d’une fesse à l’autre, mettant mes mains sous moi pour soulager la douleur. Évidemment, je n’avais de crème. Heureusement, via des pages wikipedia, diane a pu trouver le nom en vietnamien pour demander un médicament dans une pharmacie locale. Quand je compare la douleur à celles que j’ai eues dernièrement, je me dis que j’avais déjà une fissure à ce moment-là. Quelques semaines après mon retour en Belgique, c’était passé tout seul.

A partir de ce moment-là, mes crises d’hémorroïdes ont été de plus en plus régulières, à tel point qu’il ne passait quasi plus un jour sans que je ne mette de crème. Mais je ne m’étais toujours pas décidée à aller voir un médecin, j’étais trop gênée. L’année passée pourtant, les douleurs étaient si fortes que j’ai bien dû m’y résoudre. Et j’avais plein de gros saignements. La généraliste que j’ai consultée a été très délicate, elle a juste tâtonné la zone avec du lubrifiant. Elle m’a prescrit des suppositoires de fabrication maison et m’a donné le nom d’un gastro-entérologue au cas où. Les premiers jours, ça allait mieux mais par la suite, les douleurs sont devenues de plus en plus fortes et je me suis résolue à voir la spécialiste. De même, celle-ci a été très compréhensive, a compris ma gêne et surtout mes douleurs, diagnostiquant presque sans examen une fissure anale. Elle m’a prescrit une crème que j’ai dû appliquer pendant 6 semaines avant d’être totalement soulagée. Elle m’a aussi conseillé de prendre de l’huile de paraffine et m’a interdit de me forcer aux toilettes. Plus facile à dire qu’à faire, mais bon, j’ai fait de mon mieux. Elle m’a aussi dit qu’une des cause des fissures est le stress.

J’ai eu un moment de répit. En décembre, par contre, ça a recommencé en force. Je ne savais pas si c’étaient des hémorroïdes ou la fissure qui s’était rouverte. Je pissais du sang à chaque passage aux toilettes. Je suis retournée chez la gastro-entérologue qui a tenté de faire un examen avec un anusscope, ce qui s’est révélé impossible à cause des douleurs. Elle m’a re-prescrit la crème. Et ça n’a pas vraiment fonctionné. Cet hiver, je l’ai passé en prenant de nombreuses aspirines et paracétamol pour faire passer la douleur. J’avais mal toute la journée, et parfois à tel point que j’en faisait des crises de larmes juste pour me libérer un peu. La douleur sourde irradiait jusqu’à mi-cuisses. J’ai revu le médecin deux fois, sans vraie amélioration de mon état. Elle m’a donc proposé une opération et m’a redirigée vers un chirurgien. Celui-ci m’a tout expliqué en long, en large et en travers, avec de multiples schémas, en me disant que j’avais le choix: une opération pourrait me soulager mais ce n’était pas vital. Malgré mon angoisse, j’ai préféré me faire opérer et le chirurgien a fixé la date de l’intervention au 19 juin mais n’a jamais confirmé. (Il avait demandé que tout cela se passe par mail mais j’ai l’impression qu’il était fort distrait et ne les lisait pas – ce qui m’a un peu énervée).

Un samedi, mi-mai. Je me lève et tout va bien. Une heure plus tard, je me tords de douleur. Aux urgences, on me donne un Tradonal, un genre de morphine chimique. J’ai souffert tout l’après-midi mais les médecins sur place m’ont finalement renvoyée à la maison avec une prescription de Tradonal, à prendre en grande dose, ainsi qu’une semaine de congé maladie. J’ai souffert cinq jours de suite et je me suis droguée pour calmer la douleur. J’ai vu un autre gastro-entérologue, un drôle de type qui ressemblait un peu à un Saddam Hussein. Il a fait l’examen en me demandant de me mettre à quatre pattes sur la table d’examen (la honte – les autres médecins m’ont toujours demandé de me mettre sur mon côté). Son humour pince sans rire ne m’a pas vraiment aidée. Il m’a proposé une injection au botox le 16 juin. Après quelques recherches sur le net, je me suis rendue compte que ça pourrait peut-être m’aider mais vu que ma fissure avait l’air d’être ancienne, je devrais quand même recourir à l’opération. J’ai rappelé le chirurgien qui m’a dit qu’il ne pouvait pas me laisser dans cet état. Le lendemain, il me recontactait pour avancer l’opération au 28 mai. Au téléphone, il a été vraiment très aimable, compréhensif et serviable et ça m’a rassurée.

Lors de l’opération, il a donc coupé les bords fibreux de la fissure, bords qui n’allaient plus jamais se cicatriser (je me demande comment le botox aurait pu aider), et a fait une ou deux incisions dans les sphincters pour faciliter le passage aux toilettes dans le futur. Il m’avait garanti avant l’opération que je n’aurais pas plus mal qu’avant. Ce qui a été plus ou moins le cas. J’ai eu des douleurs les premiers jours, mais j’avais de quoi me droguer avec les anti-douleurs. J’ai par contre pleuré de mal la première fois où je suis retournée aux toilettes. Mais ça n’a pas duré des heures. Le mal s’est résorbé, en partie grâce aux médicaments mais en partie aussi tout seul. La position assise a été compliquée au début et je marchais comme une mamie. Après une semaine, tout allait déjà beaucoup mieux. J’ai encore des douleurs résiduelles mais elles sont supportables. Les soins après l’opération sont minimes: il faut juste avoir une bonne hygiène et une douche à disposition. J’ai redécouvert les lingettes pour bébé (de Galenco) et je pense que j’aurai toujours un paquet à portée de main (un paquet plus petit, facile à glisser dans un sac, serait idéal). J’espère que je n’aurai plus jamais ça et que ma guérison est en bonne voie (il faut compter six semaines pour une cicatrisation totale). Je ferai de mon mieux dans le futur pour ne pas me forcer en allant aux toilettes et j’espère trouver une manière efficace pour gérer un stress souvent sous-jacent. Je sens bien que mon congé de maladie est très positif à ce niveau-là et que le fait de poser ainsi me fait un bien fou. J’espère aussi que cet article pourra vous aider, et surtout, allez voir un médecin rapidement si vous avez des douleurs (pour Bruxelles, je peux vous conseiller les miens, et pas Saddam !).

8 thoughts on “Un souci de santé qui a une longue histoire

  1. Je suppose que ça n’a pas du être facile mais cet article a effectivement une utilité. Spéculoos est passé par les premiers symptômes que tu décris il y a quelques mois, aussi en raison du stress (comme tu le dis, c’est intime, je lui ai donc demandé la permission avant de parler de lui dans ce commentaire🙂 ). Il est rétabli maintenant mais il est utile de savoir que ça peut être chronique et que c’est à surveiller.
    Profites bien de ce moment de pause!

  2. Je pense que tu fais bien d’en parler pour que nous puissions être prévenus, effectivement.
    Je compatis sincèrement car vivre avec la douleur, quelle qu’elle soit, est réellement très difficile.
    J’espère moi aussi que cette histoire ne sera bientôt plus qu’un mauvais souvenir.
    Repose-toi bien.

  3. Merci d’avoir trouvé le courage d’en parler, je suis sûre que cet article aidera des gens. J’ai la chance de ne pas connaître ça mais certains membres de ma famille, si, dans une bien moindre mesure.
    Repose-toi bien et guéris vite !

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