Chérie, tu me donnes ton numéro ?

American Girl in Italy de Ruth Orkin, Florence – 1951

“- Pssssssst, pssssssst”

“- Chérie, tu me donnes ton numéro ?”

“- Tu suces ?”

“- Sale pute !”

Toutes des remarques que chaque femme entend régulièrement quand elle se promène en rue, juste parce qu’elle est une femme. Depuis peu, Hollaback ! Brussels répertorie sur son blog des témoignages de femmes qui se sont fait siffler, insulter, attoucher en rue pour montrer que ça arrive à tout le monde, mais surtout pour montrer que ce n’est pas normal, que nous ne devons pas accepter ça. Hollaback est un mouvement international et il existe déjà des pages pour de nombreuses villes du monde. Féministe oui, mais surtout pour le respect de toute personne, peu importe son sexe, sa religion ou sa race.

Le site ne poste pas que les mésaventures (beaucoup sont en néerlandais suite à un reportage sur la VRT, mais il y en a en français et anglais) mais donne aussi des conseils sur la meilleure manière de se défendre. J’aime beaucoup le questionnaire sur les motivations de l’emmerdeur, mais je ne suis pas sûre que j’oserais le donner.

trouvé sur le site de Hollaback, via the riot mag (et il existe une traduction en français)

Moi-même je me surprends souvent à marcher en regardant mes pieds (et ce n’est pas que à cause des trottoirs plein de trous), ou en évitant le regard des autres passants. Je mets encore des jupes ou des robes contrairement à d’autres filles mais les premiers jours chauds sont toujours pénibles. Je vois en gros trois catégories d’emmerdeurs: les jeunes alpha-mâles en groupe (souvent d’origine nord-africaine), les ouvriers (toutes nationalités confondues) et des hommes seuls, plus âgés souvent et certainement très frustrés.

Quelques histoires qui me sont arrivées, heureusement rien de très grave mais assez significatives quand même:

– Je devais avoir 12 ans, voire moins. J’étais à Cologne avec mes parents et nous nous promenions au marché de Noël, rempli de monde évidemment. A un moment, je sens une main sur mes fesses, une main qui reste. J’étais très mal à l’aise mais je n’ai rien osé dire à ma mère, j’ai juste dit que j’en avait marre et que je voulais partir au plus vite. J’étais honteuse…

– L’été, rue Neuve, je devais avoir 14 ans et j’étais avec ma meilleure amie. Un mec commence à nous faire des remarques du genre: “vous êtes mignonnes” “on va boire un verre ?”. La mère de mon amie qui nous suivait lui a répondu “à moi, on ne demande jamais ça”. Le mec est parti la queue entre les jambes…

– Plus récent: je sors du travail avec deux collègues masculins, c’est l’été et je porte une robe. Un mec passe et soulève ma robe devant tout le monde. Le temps que je réagisse, abasourdie, il était déjà parti.

– Dans le métro, un homme me demande le chemin. Je ne me méfie pas et lui réponds gentiment. Pour lui, c’était le prétexte pour faire la conversation, me demander mon n° de téléphone, me dire des bêtises du genre: “ah tu portes des lunettes, tu es secrétaire alors”. Quand j’ai arrêté de répondre, il a commencé à râler et me traiter de tous les noms.

– Station Rogier, je descends l’escalator et sent tout d’un coup un crachat sur moi. Je lève la tête et voit le mec. Je comprends que mon t-shirt rose l’a excité et mais que je n’ai pas répondu à ses avances. D’où la punition. J’étais tellement choquée que j’ai accosté le premier flic en bas qui m’a calmée et a de suite envoyé son collègue discuter avec le type.

– Toujours dans le centre ville, je marche tranquillement. Mes chaussures de filles font du bruit. Un mec me harangue et m’engueule de loin, me disant de faire moins de bruit. Je lui dit que je fais ce que je veux et que ce n’est pas à lui de me faire des remarques. Résultat “sale pute, etc.”

– Il fait noir, 22h environ, je rentre chez moi par le plus court chemin et je prends donc une petite rue parallèle à l’avenue Louise. Un homme m’interpelle et fait signe de se masturber. Je ne suis jamais rentrée aussi vite à la maison.

– Saint-Gilles, premier beau jour de l’été. Je sors de chez moi pour acheter un truc à l’épicerie d’à côté. Je porte une jupe et oh malheur, une débardeur à fines bretelles. J’ai bien cru que tous les mâles alpha du quartier allaient me sauter dessus. Plus tard, quand je suis ressortie, j’ai mis un gilet et j’ai eu trop chaud.

– Il y a quelques semaines, lors de la soirée Follie Follies. Jolie robe sexy mais avec imperméable noir dessus, fleurs dans les cheveux, rouge à lèvres mais heureusement accompagnée. Au retour, en attendant le métro Porte de Namur, il y a un drôle de type sur le quai. Je ne le regarde pas. diane m’a raconté après qu’à chaque fois qu’il est passé près de nous, il a fait des clins d’œil salaces à diane.

Je ne veux pas me laisser intimider mais certains mâles sont vraiment pénibles, n’ont vraiment aucun respect et prennent toutes les femmes pour un objet sexuel (sauf leur mère évidemment). Une question d’éducation ? Oui, sans doute. En tous cas, je n’irai jamais jusqu’à m’habiller en sacs à patates à cause de ça. C’est un sujet qui me tient à cœur et donc je soutiens des actions comme Hollaback !

Et vous ? Avez-vous des mésaventures du genre à raconter ? Et les hommes qui me lisent, qu’en pensent-ils ? Êtes-vous conscients de ce problème ?

18 thoughts on “Chérie, tu me donnes ton numéro ?

  1. J’aime bien ce post, et j’aime bien ce site. Je l’ai d’ailleurs découvert grâce à toi.
    Etrangement, mais c’est peut-être l’âge, j’ai beaucoup moins de problèmes depuis que j’ai quitté les Marolles et que je ne me balades plus en centre ville aux petites heures :o)
    Mais j’ai des souvenirs cuisants comme cette bande de gamins de 13-14 ans qui m’a coincé devant une porte, et frappée (j’ai encore la marque d’une de leurs chaussures sur mon pantalon en vinyle, c’est dire), de ce type dans le métro à Paris qui m’a insultée parce que je ne voulais pas coucher avec lui après lui avoir donné l’heure…
    Pourtant, j’ai aussi d’excellents souvenirs de sauvetages, comme ce videur du lunapark de la rue du Lombart (noir et baraqué) qui est sorti engeuler les mecs qui m’embêtaient en les enjoignant de ne pas ennuyer sa petite soeur alors que je ne le connaissait absolument pas.
    A Saint-Gilles dans mon quartier (qui fut le tiens), on m’interpelle mais généralement assez gentiment. Pas au début, hein, j’ai eu peur plus d’une fois les premières années, surtout au carrefour de la rue de Lisbonne et de la rue de Parme où sévissait une bande de gamins particulièrement agressifs. Mais plus maintenant, même le soir, même quand je suis seule…
    Je ne m’explique pas ce changement d’habitude…. J’ai peut-être quarante trois ans mais je porte toujours des jupes, des décolletés, des vêtements délirants :o)

    1. Je n’ai malheureusement aucun souvenir de sauvetage !
      A Saint-Gilles, je n’ai eu que rarement des problèmes, je parlais juste d’une fois au début de l’été où j’ai eu une mauvaise impression. Je pense qu’ils savaient tous qui j’étais et où j’habitais. Par contre, le carrefour en question, il était vraiment craignos. ça s’est amélioré après la fermeture du night shop.

      Il est clair qu’être un peu plus âgée atténue les choses, ça arrive moins souvent mais ça arrive quand même encore. Et il est clair aussi que je me sens bien plus à l’aise dans mon quartier “bourgeois” qu’en ville.

  2. J’aimerais bien retrouver le lien d’une video ou des filles attablées à une terrasse de café avaient le même comportement que les porcs lourdauds. Cela mettait bien en évidence à quel point ce genre de comportements était vraiment déplacé.

    Et je sais que ce n’est pas très constructif, ni très elevé moralement, ni très distingué, mais je trouve qu’il est bon de leur donner une dose de leur propre médecine de temps en temps. Histoire de leur montrer ce que ça fait de se voir considérer comme un steak sur un étalage. Répliquer par l’ignorance et en faisant semblant de ne pas entendre, ça me semble s’enfermer dans un schéma un peu soumis et c’est ce qui permet que la situation continue. Bah, oui forcément, si personne ne riposte jamais/ (mais ce n’est pas l’option la plus prudente, j’en conviens.)

    Par contre, j’aimerais vraiment insister sur un point, et c’est ça qui me gêne pas mal en fait : la connerie est la chose distribuée la plus équitablement dans ce bas monde, et vraiment les remarques déplacées, j’en reçois d’un public extrêment varié.

  3. Ah mais je rêve d’arriver à riposter du même niveau mais c’est, comme tu le dis, pas très prudent. Parce qu’en fin de compte, en général, un homme est plus fort. D’où le questionnaire qui me tente bien…

    Le public est en effet varié, j’ai juste mis en avant quelques catégories qui le font sans doute plus souvent que d’autres. Mais j’aurais pu rajouter le commercial en Ferrari😉

  4. Je viens de rentrer chez moi et… j’ai une grosse envie de pleurer! Pleurer de rage, de honte… J’en tremble encore.

    Pourtant je n’ai subi aucun geste déplacé, aucune insulte (bon, c’est vrai musique dans les oreilles donc…) mais des regards, des regards difficile à supporter, des regards qui en fait sont insultants par leur insistance, par leur violence, par leur sous-entendu.
    De plus j’étais habillée en “vrai p’tit mec”, je ne me suis pas permise de dévoilé ni jambes ni bras! J’en ai marre…
    Demain je testerai quand même le débardeur mais franchement j’ai déjà la boule au ventre…

    Voilà je me décharge ici, du coup j’ai moins envie de chialer, merci Sunalee d’avoir ouvert ce post.

  5. et oui, il faisait beau aujourd’hui, c’est toujours pire. Je comprends tout à fait comment tu te sens. Certains jours, ça passe, mais d’autres, on n’a vraiment pas envie de supporter ça. Je comprends aussi que tu aies envie de pleurer et que c’est difficile de garder la tête haute mais c’est possible !
    Et si ce billet a pu t’aider, tant mieux ! Bisous !

    Et aussi, tente le débardeur demain, ne te laisse pas intimider (mais prends un gilet au cas où😉 )

    (et bienvenue !)

    1. Aux USA, des filles se réunissent aux beaux jours, s’habillent comme elles le souhaitent et rendent la monnaie de leur pièce à ce genre de mecs, elles les suivent, les sifflent, les interpellent. Elles le font en nombre et c’est assez impressionnant.

  6. Mon Dieu, si je devais commencer à faire l’inventaire des gros lourds, je ne serais pas sortie de l’auberge…
    Récemment, j’ai eu droit à un “Très jolie” auquel je n’ai pas réagi, ce qui m’a valu un “Tu pourrais quand même dire merci”. J’ai rétorqué au monsieur que je ne lui demandais pas son avis.

    Par contre, je ne suis pas peu fière d’avoir réagi aux dernières tentatives “d’attouchements” de façon assez violente (un pied chaussé de gros sabots bien lourds au cul du vieux dégueulasse qui m’avait palpé les fesses en pleine rue piétonne noire de monde – ce qui m’a valu les applaudissements d’un groupe de jeunes qui avait assisté à toute la scène – et un poing dans la figure d’un autre à 4h du matin en rentrant chez moi).

    Et je conclus en vous invitant à lire cet excellent article paru sur Jezebel il y a quelques jours http://jezebel.com/5920177/dont-you-dare-ask-me-why-i-look-mad

  7. Bravo pour ton sens de la répartie !
    Je n’ai moi-même cité que quelques exemples dont je me souviens. J’essaie justement d’oublier tout ça au plus vite et de ne pas me laisser toucher par la chose.
    et merci pour le lien vers l’article !

  8. Sympa comme article. Je vais peut être miser sur le questionnaire.Ou continuer à faire comme d’hab, faire comme si j’avais rien entendu.

    Pour ma part mon pire souvenir fut à 17ans. Sur le parking d’un supermarché un type (la quarantaine) commence à me dire des trucs horribles du genre ” si je pouvais je te couperais tes bretelles avec des ciseaux”. Le pire je crois c’était que je rentrais à pieds et il a attendu que je sois seule sur la route pour revenir à la charge (Ce type m’avait suivie !!! Oh mon Dieu. Chocotte à tous les étages) et de dire ” humm si je pouvais je jouerais avec un glaçon sur ton dos”.
    Je n’ai jamais eu aussi peur de ma vie. Je n’étais pas habillée sexy. Un pantalon et un débardeur tout simple. Je suis noire et je pense que c’est ce qui lui a fait me dire n’importe quoi car dans l’imaginaire de beaucoup d’hommes blancs les femmes noires sont de grosses cochonnes. (N’ y voyez pas la un tentative de polémiquer. C’est juste un fait)
    Bref j’ai pas répondu de peur de l’énerver et de me faire agresser. Je ne me suis jamais sentie aussi sale e apeurée.

    Je me demanderai toujours comment un homme peut penser qu’une femme adore qu’on lui parle comme si elle était un salope. Vraiment, comment ?

  9. comment ? pcq ce trait de caractère est mis en avant et amplifié à mort dans un max de porno et que quelques femmes (rares) aiment ça dans leur couple alors les crétins s\’imaginent que ça peut marcher et que de toute façon ils sont des hommes, sont plus fort, ont tout les droits et que si elle est pas d\’accord une baffe dans la gueule et que si elle proteste ou se rebiffe c\’est que c\’est de sa faute qu\’elle l\’a bien cherché à se balader sexy ou pas mais seule le soir, cherche pas c\’est la mentalité mère ou pute… perso ça me fait débander directement le rapport de force insultant et humiliant mais je dois pas être un homme ou alors un modèle buggé😉 anyway j\’espère juste que tu as pu t\’en tirer en ayant (malheureusement) plus peur que mal même si je trouve ça a vomir… sur lui

  10. Merci pour ce billet (lu il y a un moment mais je n’ai pas eu l’occasion encore de commenter), je ne connaissais pas cette initiative. J’ai ai profité pour la diffuser.

    J’ai une liste longue comme le bras d’expériences malheureuses à ajouter au pot commun mais sans rentrer dans les détails et la rage que ça me provoque, je pense que ce qui m’a le plus déplu a posteriori, c’est d’avoir découvert que j’avais un corps de femme par ce bais-là, qu’on m’ait imposé ma féminité par ce type d’attitudes irrespectueuses avant que je ne la découvre par moi même, à un âge où c’est encombrant.
    Non, se faire complimenter sur ses seins à 13 ans avec proximité et regards inadéquats par un pote de son père n’est pas une bonne entrée en matière… (pour n’évoquer qu’un seul souvenir désagréable).

    J’ai mis un petit temps à m’en “guérir”, comme une rééducation, j’ai repris les bases…

    Bises

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