Le mépris

Des événements récents me donnent envie de retourner sur mon passé, sur mon histoire, sur cette capacité qu’ont certaines personnes d’être hautaines et méprisantes pour d’autres.

1991: j’étudie l’histoire, je n’ai pas beaucoup d’amis, j’aime aller au cinéma. Une de mes condisciples aime aussi le cinéma, nous allons de temps en temps ensemble. Nous discutons souvent pour savoir quel film aller voir, j’aime les films américains indépendants (le cinéma Arenberg est mon préféré de l’époque, avec l’Ecran Total notamment). Au fur et à mesure de mes choix, je me rends compte qu’elle me prend de plus en plus de haut, critiquant mon intérêt pour la culture américaine, mon goût pour des films de Gus Van Sant ou de Greg Araki par exemple. Pour elle, il faut aller voir du cinéma indépendant genre Manuel de Oliveira ou des films iraniens. Quand je lui demande des conseils de lecture, elle me propose Tony Hillerman en me disant que c’est de mon niveau. Madame lit … (mettre ici un auteur intello-chiant).

1996: je suis jeune employée dans le secteur culturel. Je suis entourée de collègues intello-chiantes qui font le moindre commentaire sur mes emprunts en films et en disques. Je n’ose plus regarder des comédies populaires ou écouter Afghan Whigs. Non, il faut mourir d’ennui avec Smog, Spain et cie, et regarder les films de Manuel de Oliveira. Je me rebelle: j’emprunte Buffy et défend mes choix. Je me spécialise dans certains sujets difficiles (le gamelan, l’histoire de l’Asie du Sud-Est) tout en gardant le plaisir de profiter de la culture populaire (et non, je ne vais pas jusqu’à écouter Britney Spears, et encore moins à faire une analyse sociologico-philosophique de son succès).

2002: je réalise un travail sur les musiques de Bollywood. J’ai très peur de l’envoyer à la personne responsable, sachant qu’elle va me juger durement, trouvant tout ça trop léger. Ce n’est pas le cas, je suis surprise mais malgré tout pas entièrement convaincue. Je sais que j’ai les capacités de faire des recherches, de les rassembler et de les résumer; en faire quelque chose de plus personnel m’est souvent difficile. J’aimerais apprendre à mieux écrire, à mieux m’exprimer.

2011: je me sens face à un mur de mépris et de non-reconnaissance. Je me sens nulle. Mes capacités sont complètement ignorées, niées et je ne correspond pas au niveau requis. Quant à décrire ce niveau, je pense qu’il ne concerne que 0,0000000000000000000000000000000000000000000000000001 % des personnes vivant sur cette planète. Je suis malheureusement tombée sur une de celles-là. Et elle me pourrit la vie.