La fenêtre panoramique

Il y a quelques mois, après avoir commenté la PAL d’Yspaddaden, celle-ci m’a proposé de faire une lecture commune du seul livre que nous ayons toutes les deux dans notre pile, La fenêtre panoramique de Richard Yates, que m’avait conseillé la compagne de mon papa il y a deux ans déjà. Suite à un malentendu, il ne me restait que 7 jours pour le lire alors qu’un bouquin de 500 pages me prend environ deux semaines, si pas plus. Mes congés plus une petite déprime pré- et post-festive ont contribué à la lecture de 300 pages en une journée…

Ce roman a été écrit en 1961 et se passe en 1955 dans une banlieue résidentielle new-yorkaise. April et Frank y vivent dans une maison avec jardin en compagnie de leurs deux enfants mais leur mariage se fissure. Dès les premières pages, je n’ai pu m’empêcher de penser à la série Mad Men, à Betty et Don Draper se débattant dans leurs déboires amoureux. Comme Don, Frank travaille à New York, dans une grande société. Il s’y ennuie mais c’était le but. Comme Don, il courtise une secrétaire. Comme Betty, April reste à la maison pour s’occuper des enfants bien que le livre ne s’appesantisse pas beaucoup sur sa vie. Elle reste un personnage assez mystérieux finalement. Comme Betty, elle tombe enceinte d’un troisième enfant mais à partir de là, leurs chemins se séparent. Comme Betty et Don, April et Frank fument et boivent des cocktails à tout moment, même lorsqu’elle est enceinte. Et c’est là que ça m’a intéressé: on aurait pu croire que cette image dans Mad Men était un peu forcée mais non, le livre étant écrit en 1961, aucune raison pour Richard Yates de ne pas décrire ce qu’il connaît. A croire même que les scénaristes de Mad Men connaissent très bien le roman et qu’ils s’en sont inspirés. (Après vérification, ce n’est pas le cas).

L’auteur fait une critique de la vie dans les années 50, décrivant admirablement bien les quartiers résidentiels de banlieue, l’étroitesse d’esprit des gens, un monde encore fort coincé dans les convenances et les idées préconçues, les bonnes manières, l’éducation à l’ancienne. La force de son cynisme ne se révèle malheureusement que dans les toutes dernières pages et c’est dommage qu’il ne se soit pas lâché plus tôt, et certaines discussions entre les personnages sont un peu longues. Malgré ces petites réticences, j’ai beaucoup aimé ce livre à cause des parallèles avec Mad Men mais aussi pour sa description si fine et en temps presque réel d’une époque révolue dont mes parents et grands-parents m’ont maintes fois parlé.

Je comptais regarder le film, Noces Rebelles, mais je n’ai pas eu le temps. Juste ceci encore: il est dommage que le livre soit connu sous tant de titres: Noces Rebelles pour le film en version française, La fenêtre panoramique pour la traduction (en référence à une grande fenêtre dans la maison du couple) et Revolutionary Road en version originale (décrivant le quartier de banlieue, titre bien plus approprié à mon avis).

Le billet d’Yspaddaden