Outre la kyrielle de dvd et autre vénérable vhs que j’avale sans discontinuer dès que miss sunalee s’endort, j’apprécie toujours la vision d’un film sur grand écran. Le plus souvent en période de festival et là nous avons eu pléthore de films déviants.
Tout d’abord la réouverture du musée du cinéma rebaptisé cinematek, où j’ai pu découvrir Yor le guerrier du futur (présenté à la nuit excentrique de Paris d’ailleurs), un film autre, turco-italien, marquant la rencontre contre-nature du film de préhistoire anachronique avec un sous zardoz/star wars…. un nanard premier cru qui m’a fait passer une soirée mémorable. Imaginez un film préhistorique où gambade un héros blond au sourire pepsodent, affrontant tricératops, mites géantes et autres dragons pour finir par se friter avec des rayons lasers dans une usine désaffectée, oui vous y arrivez ? Bien, continuez et saupoudrez le tout de synthi pop fm années 80, tournez moi ça en Cappadoce et n’hésitez pas à en rajouter une couche en effets spéciaux tout pourris, bon film
Il y eut ensuite le festival Offscreen au Nova où j’ai découvert quelques perles, dont Eagle vs. Shark avec Jemaine Clement des Flight of the Conchords (dont je vous recommande ce petit clip), une comédie douce amère contant la romance pathétique et touchante entre une gentille ugly betty et un nerd arrogant. Je le recommande chaudement. Le(s) tokyo de Gondry/Carax/Joon-Ho, quoique prometteur, fut finalement vite oublié, j’ai du mal à savoir si j’adore ou non, sans doute que les films à sketches m’ont toujours semblés une incongruité, noreille ayant une meilleure plume que la mienne, je vous invite à le lire.
Et puis le très attendu Bronson, biographie atypique du plus violent prisonnier d’Angleterre, la comparaison avec Orange mécanique est inévitable, tant le réalisateur a dépassé le simple biopic pour théâtraliser et pousser son sujet dans le grotesque, le grandiloquent et le kitsch post-moderne (ça fait bien tous ces mots à la suite). Je me suis endormi pendant Synecdoche donc un rattrapage s’impose. Que dire sur A boy and his dog avec un tout jeune Don Johnson… bonnes idées mais le film tourne en rond avant de déboucher sur un final totalement imprévisible mais un peu trop “ce n’était qu’un rêve”… dommage que le son optique, mono de 1975 aie si mal traversé le temps, c’était particulièrement inaudible.
La meilleure adaptation de I am Legend selon moi. Et je dis bien adaptation, tant le film s’éloigne du matériau de base, sans le trahir mais en y relevant la part d’humanité et de cruauté qui habite l’espèce humaine: The World, the Flesh, the Devil, avec Harry Belafonte. Un noir et blanc(he) splendide, un film qui promeut le triolisme interracial dans les années 50 aux USA… fallait oser et pourtant cela paraît crédible, avec 3 acteurs en tout et pour tout, on a la survie, la construction d’une micro-société et les inévitables conflits (raciaux, amoureux et idéologiques), filmé à l’aube dans un New York complètement déserté mais jamais cheap, j’ai hâte à le revoir.
Et encore 3 films italiens, un polar milanais, Milano Calibro 9, rythmé, bien écrit, les déboires d’un gangster fraichement sorti de prison, coincé entre la police et la pègre, qui cherchent toutes les deux à mettre la main sur son magot, il y a la loyauté à l’ancienne, la femme fatale, les couleurs et l’érotisme seventies, une bande son parfaite, jazz funk italien à la Nicolai. Une réussite, pas comme le Baba Yaga, seul et unique film de son réalisateur, comment a-t’il pu édulcorer une oeuvre de Crépax de la sorte, sans doute ce film aurait du être réalisé à l’heure actuelle pour éviter la censure des années 70 mais on aurait versé dans le porno total, un coup dans l’eau donc. Enfin, Macchie Solari, un giallo hypnotique rondement mené où réel et hallucinations s’entremêlent joliment, tout ça pour me rendre compte qu’il traînait dans ma pile de dvd mad movies depuis quelques mois, et bien je l’aurai vu et sur grand écran dans un état quelque peu hébété, tous ces films que je veux voir et qu’on projette à minuit, après je m’étonne d’être déphasé, on commence comme ça et on finit par dormir dans un cercueil.
Puis le Bifff bien sûr, qui ponctue chaque année le début du printemps, mais ce sera pour un prochain billet.