le choix d’Armalite, le 3ième cd de la case 26

Si il y a bien une chose qui m’énerve à Bruxelles, c’est l’absence d’innovation et la mentalité de suiveur, depuis le succès de Buena Vista Social Club, la musique latino-cubaine du genre squatte les bars branchouilles depuis au moins 10 ans. Ceci posé, place au grand maître du mambo, de la rumba, des conga, l’homme orchestre, l’orchestrateur de l’âge d’or hollywoodien, l’homme à femmes, qui popularisa les rythmes cubains de New York à Los Angeles, bref le bonhomme que je maudis un peu quand je veux manger un bout au Metteko en sortant de Brüsel !
Les amateurs de cocktails vous le diront, un vrai cocktail classique doit comporter le moins d’ingrédients possible, l’idéal tourne autour de 3, c’était sans compter sur Trader Vic et son rival Don the Beachcomber qui jetèrent les bases de la culture Tiki, avec leurs cocktails luxuriants mêlants fruits tropicaux, mélange de plusieurs rhums, jus frais et liqueurs diverses comme le Zombie, le Scorpion ou le célèbre Mai Tai. Souvent décriés par les puristes: trop sucrés, trop d’ingrédients, trop alcoolisés, pas assez raffinés (faut dire qu’avec du rhum agricole hein bon)… correctement mélangés, c’est un délice mais cela demande du talent et de très bon ingrédients, on préfère dès lors leurs opposer les classiques genre Collins (de l’eau pétillante avec un alcool blanc et un peu de jus de citron voire de la grenadine, c’est un peu triste) ou l’inimitable Martini dry. Bon d’accord mais Cugat là dedans me demandera le lecteur de Tourinne-la-Grosse ? J’y viens, j’y viens.
Chez Cugi, on retrouve la même absence de retenue, plus ou moins autodidacte, chanteur et violoniste de rue, puis de bar, il acquiert petit à petit une formation classique et finira par diriger un grand orchestre qui fera tournoyer les plus populaires acteurs d’Hollywood, de Rudolph Valentino à Ginger Rogers en passant par Esther Williams, collaborera avec Bing Crosby, Frank Sinatra, Tito Rodriguez et bien d’autres. Le tango est à la mode dans les années 20, il importe la rumba cubaine et même si de son propre aveu, il ne connaît pas grand chose aux musiques latino-américaines, il parvient à les fondre dans les musiques classiques et big band américains comme s’il avait fait ça toute sa vie. Pas étonnant qu’il soit resté un des plus grands chefs d’orchestre du bar du Waldorf Astoria (plus cosmopolite que polynésien, je vous l’accorde). C’est une musique de pacotille, de joie, de strass et de paillettes, n’y cherchez aucune authenticité, juste le plaisir de parader avec un costume sur mesure, une pin-up à vos côtés tout en sirotant un Suffering Bastard puis de virevolter sur ses rythmes endiablés où se télescopent tout l’imaginaire kitsch des Caraïbes et l’orchestration suave et sirupeuse que Cancùn même lui envie. Cugat, c’est Vegas, Miami, La Havane, Copacabana, la douce folie et l’insouciance, posez-vous devant Bathing Beauty et laissez vous gagner par la caliente, le son du maître rythmant les ondulations graciles d’Esther Williams en scope et en technicolor outrancier.
Mais hélas, les années 50 virent l’arrivée d’une musique plus simple, plus directe, sans fioritures, une musique qui parlait directement à la libido brute des adolescents, on remplaça petit à petit dans le cœur des jeunes les grands orchestres par le trio bien connu, basse, guitare, batterie, qui renvoya la musique insouciante et bien comme il faut de Pôpa/Môman aux oubliettes laissant place au King Elvis the Pelvis, mais ceci est une autre histoire. D’ailleurs la culture Tiki suivit le même chemin même si tous deux ressortent timidement du placard 50 ans plus tard. Comme quoi tout est affaire de pendule mon bon Tournesol.
le cd Xavier Cugat and his orchestra, Me Gusta la Conga est une compilation de ses grands succès (label Saludos Amigos, cd 62009) dont Siboney avec Bing Crosby, Bim Bam Bum et Babalu, à apprécier avec un bon Daiquiri fraise
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