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Je n’aime pas le jazz, je l’ai toujours dit.

Mes parents n’en écoutaient pas. Ils avaient bien acheté toute la collection de magazines avec cd mais ceux-ci n’ont jamais atteint le lecteur. Ils prennent la poussière depuis.

J’ai fait une tentative en suivant un cycle de conférences organisés par un magasin de disques de Leuven mais je n’ai jamais acheté aucun disque. C’était passionnant pourtant !

Bref, je n’étais pas vraiment opposée au style mais je manquais de portes d’entrée pour y accéder. Et puis j’ai commencé à travailler. Et un collègue a réussi à me dégoûter profondément avec sa manie d’imposer à tous pendant des heures son jazz de restaurant (du jazz un peu soft, sans aspérités, très “lounge”), son Philippe Catherine et autres jazzeux belges de seconde zone. Je détestais tout particulièrement un album de reprises version jazz de chansons de Sting, album que je déteste déjà en version originale. Et il le passait et repassait et à chaque fois, j’étais au bord de la crise de nerfs.

Un autre collègue a tenté de m’initier à Thelonius Monk. Cela n’a pas fonctionné. Un ami m’a fait découvrir John Zorn et son projet Massada. J’ai même été voir un concert mais c’est finalement assez proche des musiques juives.

J’ai changé de lieu de travail, je n’ai plus dû écouter la musique imposée par les collègues (je suis également dégoûtée à vie de Portishead). J’ai rencontré diane. Ensemble nous avons écouté du rock, des musiques du monde entier, de l’exotica, des musiques de film mais pas de jazz.

Un jour, il a descendu sa platine au salon et a sorti ses vieux vinyles. Il a commencé à mettre Ascenseur pour l’échafaud de Miles Davis. Je me suis habituée aux sonorités. D’autres disques de Miles ont rejoint la pile, ainsi que du Chet Baker (que je connaissais déjà suite au très beau documentaire de Bruce Weber, Let’s get lost), du Duke Ellington, du Ornette Coleman. Ces dernières semaines, les achats se sont intensifiés et les écoutes aussi. Et voilà, j’aime le jazz après plus de 20 ans d’essais infructueux ! Même des disques plus “free” comme Bitches brew (que j’avais déjà écouté en accompagnement d’un spectacle d’Anne Teresa De Keersmaeker) ou le gagnant du CDB (Matana Roberts). Il suffisait de trouver la bonne manière de m’apprivoiser…

(photos de diane)